‹ Voyage de la GrèceChapitre 108 sur 224 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

PfalÏAsie. — Bépart du village de Saint-Georges. -^Ruines de PhUonte. — Indication de plfisieurs moBiiments. Cours de l'Asope. — Limites de la Phitasie.

Le village de Saint - Georges est divisé en deux quartiers groupés au penchant des mamelons qui se raLtacliciit a la chaîne ondoyante des montagnes du la Sicyonie. Sa population, entièrement grecque, se compose décent cinquante familles, qui ne sont pas nonvernéesavec la uieiiic inodération que celles des villages de risthme, quoique soumises à l'autorité de Kyamil, bey de Gorinthe. Cependant ce noyau des derniers en* fants des Doriens mériterait une considération particulière, si on réfléchissait que leur race s'est perpétuée depuis la plus haute antiquité dans cette partie du Péloponèse. Piilias, fils de Téménus, qui fut un. des Argonautes, avait donné son nom au pays qu'ils liabitent (i), et qu'Homère distingue spécialement de l Arcadie. Après le retour des Héraclides, la Phiiasie

(i) Paus., lib. II, c. i%i Strab., lib. VIII, p. 382.

3o6 VOTA^K DB LA GRàCE.

fut envahie par les Doriens que commandait Rbégniadès, descendant de Bacclius (i) ; el le diaiectts des paysans actuels, ainsi que les excellents vins des coteaux de Saint-Georges, prouvent leur extraction dorique^ autant que la protection particulière du fils de Sémélé envers leurs vignobles.

Le soleil éclairait à peine I horizon, lorsque nous montâmes à cheval, pour aller visiter une caverne située une tlenii-lieue au nord , que les gens du pays croient avoir servi de retraite au lion de Némée (a). Cétait, sans ajouter foi au récit des Phliasiens, qui racontent cette histoire, la seule chose qui me faisait quitter la route que nous devions suivre. Nous sortions de la maison de notre hôte, lorsque je remarquai sur un marbre enclavé dans Tescalier le nom d'Évancrite , ËÏANKPITOÏ; et comme j'appris qu'on avait trouvé ce linteau dans la plaine où nous devions passer, je conçus Tespérauce d'y faire quelque découverte. Afin d'être plus libre dans mes recherches, on donna ordre aux conducteurs de nos bagages de prendre les devants et de nous attendre à un caravansérail situé à l'extrémité occidentale de la vallée de la Phliasie.

Débarrasses de cet a 1 1 i rail , nous dépassâmes le secoad quartier du village de Saint - Georges; et après avoir marché droit au nord Tespace d'un nulle, je com-

(j) Paus., Jhtd,; Raoul-Rochette, ffisL de l'ÉiablUs, de$ €oi, grec. , t. III , p, 27.

(2) PausaBÎas place cet antre h quinze stades de Ncmée ( lib. II, c. i5), un mille sept huitièmes; ainsi ce ne pouvait être celui qu'où m'indiquait.

LITRP, XV, C0AP1TBC 11. 607

wençai à trouver les soubassements de plusieurs édi* fices helléniques. Ils étaient tt^op considérables pour me permettre de penser qu'ils appartenaif^nt au\ ruine» de Bembiiia (i), que Chaudier place de ce coté. Bieu-» tôt nous traversâmes un torrent tributaire de TAsope, et je retrouvai encon^ les (onclenu;nts de plusieurs eoceintes que le soc de la charrue n a pu démolir. Je suivis leurs encaissements , qui s'étendetit jusqu*& la base du mont Gavrias; et conmie je ne pouvais être sur l'emplacement de Bembina , ni sur celui de Némée , fen condos que je foulais les ruines dé Phlionte.

Il fallut suspendre un moment mes exploratioits pour inonter a la prétendue caverne du lion de Né» niée* Mon cicérone, ((ui était un maître, d'école de Saint - Georges, semblait, à entendre son verbiage, savoir tout , et avoir hérité de la peau dont Hercule fiitsait sa parure. Nous arrivâmc^s, en riant de ses prétentions, à cette grotte, dans laquelle je ne vis qu'une excavation basse, bouchée d'un fagot d'épines servant fie clôture pour y renfermer des moutons. Je commei^ais à plaisanter notre guide, lorsquea ponant regards vers le haut de la montagne , j'aperçus à peu de distance une église ruinée. Je cliiigeai mes pas de ce coté; et en approchant, je fus étonné de trouver un temple qui appartenait aux beaux siècles de la Grèce. Je tenais Pausamas à la maiu ; et en exa-

(1) Bembina. BiyjSvta tiic X«<(a'aç. Stepb. By«.; Strab., lib.Tm, p. 377 i Plin. , lib. lY, c. 6. Maison ôoBMt^ aussi par* fois l'épithète de lion rie Bembina, B»ii£tvt7Dç >iwv) à celui

fut tué par iicrcnli- ^uot. 1 du liv. ViU de Strab. , p. a5i de la traduction irao^aisie j.

3o8 VOTiLGE DR Là GR^GIt*

minant le coteau qui s incline du côté de l'Asope, je m'orientais, lorsque mon drogtnan , resté . dans la plaine , m avertit qu'il était au milieu d*une quantité considérable de ruines. Je me trouvais en conséquence dans la partie dePhlionle qui fut primitivement appelée Aréthyrée (i), et au somment du mont Arantius,sur lequel les Phliasiens avaient bâti un temple à Hébé. S1I n^existe plus de traces du bob de cyprès qui cou^ vrait ces hauteurs, je revoyais au moins l'édifice qui fut autrefois un asile inviolable ouvert aux malheureux (2) ; il est assez bien conservé pour mériter l'attention des voyageurs , quoique aucun n'en ait parlé jusqu'à présent (3). J'observai que, suivant leur usage.

(1) Jfôwi.,lib. II. V. 571.

(2) Les réfugiés suspendaient aux cyprès des chaînes votives, emblèmes de leur délivrance. On appelait la panégyrie qui s'y célébrait, les jours an Uerre^ parce qu'on en faisait des festons pour oroer la porte du temple d'Hébé.

Paus., lib. II, c. 12 et i3.

(3) Michel Fourmonty découvrit en 17)0 une liste d'évéques gravée sur une colonne en fnarhre blanc.

Évéques.

Jean ^

Philippe

Jean Athéaien XXXI

Démétrius ^^11

Démétrius Tricaranien • XXXllI

Démétrius Spartiate I

Basile B<»rbinicn H

Panagios frère Laure • XXVII

Pierre de Carvathi XLII

Jean de Carya XI

JeandeTama.

LIVRB XV, CRAPITHE II*. ScX)

les chrétiens, qui en avaient fait une église, ont pratiqué une porte à l'occident dans la cella , et établi une rotonde sous le pronaus, afin d'y placer le sanctuaire. Je mesurai quelques-unes des colonnes cannelées qui sont en place, auxquelles je trouvai dix -huit pouces <le diamètre; j'en comptai quatre au fronton, et remplacement de trente-deux autour du monument, qui était d'ordre dorique. Je ne pus retrouver aux environs aucuns vestiges de ienceinte consacrée à Cérès , ni de son temple; mais je reconnus les grosses murailles pélasgiques qui flanquaient le mont Coëlosse vers TAsope, oïl elles formaient probablement un chemin couvert pareil à ceux d*Ambracie, d'Olpé et de plusieurs autres villes grecques.

Phlionte (i), d après ce que je voyais, dut avoir deux époques de constructions; et en cela, l'histoire s*accorde avec les ruines que j'avais sous les yeux. Je sortais de l'acropole qui fut la demeure des Péiasges , prédécesseurs des Doriens; et je suivis fortuitement la direction dans laquelle Pausanias indique un temple

Robert III

Paul ûoxâs de Xylo Castron XIV

ParthéDios Yasiliotes Y

Pierre Trixéniotes . XY

N. R. IjCS noms de ces évoques, écrits à différentes époqnes sur la co-

lonne, semblent iiuUqut.r une succession, avec la dnrce de leur pontiilcat, saos rien apprendre relativement à 1 égiise de Phlionte.

(i) Phlionte, Strab., lib. YIII, p. S6ft4 Apollon. Rhod. , 3a5, sq. Thucyd. Hist., lîb. IV, apo, i33, 58; VI, 412, io5; Tit.-Liv. Hist., lib. XXVIII, 7; Polyb. , II, c. 4^, '^^i Sc/ioLf lib. I, V. ii5; Cic. Tuscul. Onœst,^ lib. Yj Diogen. Laert., Jn VUâ Speusippii M., in Timon,

3lO VOYAGE DB LA GRÈCE.

Escuhipc imheiUe. aspect des lieux, einbaiia&sés (le pierres de taille, ne lue donnait pas l'espéraucede le découvrir, lorsque j'arrivai & sa cella, que je distinguai, à ses coioniies doriques et à ses proportions, pour celle d'un temple pareil à celui d'Hcbé. A quelques pas au nord - ouest, j'en vis une troisième; et il est probable qu'avec plus de loisir, jaurais retrouvé le théâtre. Telle est de ce eôié^ pour me ser« vîr d'une expression de Cieéron voyageant aux mêmes lieux, que je visitai», la physionc»inie ou plutôt lesgue'^ letie de Phlionte dans son état de désolation.

Au sortir des enceiates que je venais (rexaiiiiiier, je crus eulrer dans 1 agora, en voyant un grand tombeau (i) , ouvert il y a quelques années par ordre de Véli pacha, qui a fait enlever de Phlionte plusieurs marbres chargés d'inscriptions. A peu de distance, je traversai une des branches de FAsope près d'un pont ruiné, qui est d'une construcLioa ancienne. Je ne cherchai pas l'endroit que les Phliasiens appelaient Tonibilic de la terre, dont ils re^^ardaient leur ville comme fo^ mant le centre (2). Mais en avançant dans la plaine, je crus reconnaître les débris des temples d'Apollon et d'isis, qui sont entourés d une multitude de delnisde

(1) On voyait dans l'agora, ou place jiublique de Phlionte, le tombeau tl'Arisleas , poëte conteiuporain d'Es< hylc et de Cti('rrilc, qui avait fait un nombre considérable de pièce» de théâtre , et trente-deux farces ou satyres. -

(2) Paus., lib. II, c. i3. Cette folie était coromuDe aux haln< tantsde Delphes, ainsi qu'aux Hébreux , qui plaçaient le centre de la terre sur le Parnasse et à Jet n^aleni , comme les Maliowétans l'assigueut niamienanl à leur vill« de Uk Mecque.

LIVUE XV^ CUAPITHE H. 3l I

marbre et de tombeaux anciens qui semblèrent n'avoir

jamais été fouillés.

La ruine de Phlionte date suivant toute apparence de Tannée j 460 , temps où Mahomet II ravagea la plus grande partie du Péloponèse. Chalcondyle nou6 apprend oomment ce prince campé auprès de Fatras^ après avoir reçu à composition Gastriménuin , qui est le cliâteau de Morée des petites Dardanelles, Salménique, situé au bord de la rivière de ce nom , dont le manque dVau força les habitants à capituler, se rendit h i^gium. Partant de cette ville, on le voit se diriger par Pheanum, qui mi le même que Pliénéon ou Pfaonia,etsé rendre k Phlionte, qu'il ravagea, en s'appliquant a affaiblir les Aikmais, gens toujours prêts à se révolter, et se retirer ensuite â Athènes ( i ).

Mon guide prit congé de nous au bord de la rivière de Saint-Georges, que nous avions vue en entrant par le défilé du mont Polypiiengos; et je relevai à gauche uue ferme euvirouuée d arbres, qu'on peut prendre comibe point de reconnaissance, afin de dresser la carte de la Phliasle. Ce serait dans cette direction , vers le village de Panariti , qu'on pourrait chercher ks traces de Coclé, qui gdut exister dans le coude que forme TAsope avant d'entrer dans ia Sicyonie. Couune je ne suivis pas la rive opposée de ce Ûeuve, je donne vaguement cette indication; et j*ajouterai même qu'il n'y a aucune ruiue en vue le long des montagnes de gauche, que nous prolongeâmes pendant une heure et demie de chemin. A trois quarts de lieue de Phlionte, nous guéatues une rivière venant du mont Gavrias, et

(i) Chalcoodyle , lib. IX , ad anu. 1460.

3l2 VOYAGE DK LA GRKCE.

une lieue plus loin, nous passâmes TAsope sur un pont en pierre construit au-dessous du village de Botchics,

ou Boudgicati.

Nous retrouvâmes au caravansérail de Boutchica les gens de notre suite, qui s'étaient largement régalés du jus de la treille , pour dire adieu aux vins de la Phliasie. J^observài que la vallée d'où nous allions sortir réunit dans cet endroit les deux branches de l'Asope, qui viennent. Tune dumoutOiovos, une lieue au nord, et Pautre du Soron-Oros, qui est à l'occident, mais un peu plus éloigné. Je me trouvais près d'un aqueduc moderne qui sert à porter des eaux à plusieurs moulins situés à sa décharge; et de là je promenai longtemps mes regards sur la Phliasie , vallée entourée de montagnes nues et grisâtres. Des bergers, campés à peu de distance , sous des huttes en clayonnage , animaient, seuls avec leurs troupeaux, cette terre autrefois vivifiée par une population nombreuse. Leurs casquettes de jonc, surmontées de houppes, attachées sous le menton avec des cordons flottants sur leurs épaules, la panetière, la boulette, la corne qui leur sert pour boire (i), la flûte de Pan, me rappelaient la coiffure et le costume des pasteurs arcadiens et de ceux du Latium. Ils chantaient, et Tun d'eux fit entendre ce refrain , qui me rappela les temps de leur félicité pastorale : Quel pays produit comme h nôtre du mielj des figues et du pain (a) ? et les

(i) Athen., lib.XI, p. 47^>, cdit. LugduD.

(a) Cet endiousiasmc respectable des Gref;s pour leur pays a été remarqué dans tous les temps. Quelle terre ^ 6 Hipponice ^ proditU du miel 9 desjigttes et dufMÛn ! s'écrie un interlocuteur

LIVBE XV, CHAPITRE 111. 3i3

femnies, en Élisant tourner rapidement leurs fuseaux «

répondaient : Enfants^ bénissez le dœu Loai-pausaut; cest lui qui nous donne ces trésors.

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