‹ Voyage de la GrèceChapitre 117 sur 224 · L1VA£ XV, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

L1VA£ XV, CHAPITRE IV

Le lendemain, au point du jour, nous étions à cheval; la pluie, que nous redoutions depuis Athènes, commençait h tomber, ce qui n*empêctia pas les reli*> gieux de nous assurer que la journée serait belle; mais il en fut autrement. Afin de prendre le chemin de gauche, (c'est le nom que lui donne Pausanias), nous descendîmes pendant un demi-mille au midi jusqu'au bord d'une rivière qui conflue avec l'Aroanius. Nous avions devant nous, sur un escarpement du Ryni<T;ou, Caphyes (i), qui est maintenant appelée Dordovano- Castron , acropole pélasgique, fondée par Gapliyas , père (V Aîichise,et si^^nt d'autres, par Céphias. Nous tournâmes ensuite à l'ouest, en faisant route au milieu d'un abatis considérable d'arbres, auxquels on a^il mis le feu pour défi ici ICI des terres. Après avoir travei sc ce versant, nous entrâmes dans la région des pins, dont les rameaux, déployés en forme de parasol, au lieu

de nous abiitcr contre la pluie, nous inondaient quand nous les heurtions. Au bout d'une heure de marche , nous nous trouvâmes dans la zone des sapins; et malgré

le mauvais tçiiips, je mesurai plusieurs de ces arbres, dont le tronc avait au-delà de cinq brasses de tour» Tjcurs branchages étaient si grands et tellement enlacés, que nous étions obligés de nous tenir coueliés sur nos chevaux ahn de passer. Pour surcroît d'incom» modité, le ciel semblait se fondre en eau; les torrents se gonflaient et coulaient de toutes parts, en entraînant des avalanches de gravier et de pierres. Souvent nous nous trouvions arrêtés par des arbres renversés; le sentier était éboulé dans quelques endroits;

(i) Paus. , lib. Vin ,c.ik 'j Polyb. , lib. IV}.Step]i. Byz.

les dievaux de imgage tombaient presque à diaque

pas. Nous étions dans un état déplorable. Les agoïatis priaient et hiasphémaient tour-à-tour, en se recommandant à tous les saints, et en maudissant les Francs qui voyageaient avec un pareil temps, ainsi que les moines qui nous avaient promis un ciel sans nuages, Vingt fois ils se retournèrent vers le couvent, eo lui faisant les cornes^ sans oublier en même temps de demander pardon de leur in^evérence à saint Georges. Enfin, après deux heures et demie de &tigue8, nous atteignîmes le faîte du mont pordovana, qui est la roche Gaphyenne des géographes, et un des plus mau« vais défilés de la Morée. Nos guides convinrent alort qu'ils avaient eu tort de ne pas s'être achemines par la voie du Crathis, et on nous dit la même chose à notre arrivée a Calavryta. La bourrasque était trop fortii pour me permettre de visiter les ruines de Dordovano- Gastron, dont le nom dérive probablement de celui de Dardanus, qui avait, suivant Varron, reçu le jour daos la ville de Phéuée (i). Quant au Défile du ChcLSsewr^ je n'y vis qu'un plateau inabrité, fermé en hiver par les neiges, et dangereux dans toutes les saisons, à cause des loups qui Tiniestent.

Nous nous abritâmes sous les palmes d'un grand sapin; et après avoir repris haleine, nous descendîmes péniblement la montagae pendant une heure et demie, pour arriver aux sources de la rivière de Clitor, ou Pi ioljta, qui conflue avec le. Ladon. Nous niarcliàmes de la pendant une lieue au sud- ouest, en traversant des forets qui couvrent la base verdoyante du mont

(i) Apud Servium in jEneid., lib. VUI, v. i6d.

LIVRK XV, CliAPlXUE IV» ÔÔQ

Cyllèae, qu!oa appelle ici Chelmos. Nous eûmes aos^

sitôt en vue sur la gauche, h peu de distance, le village d'Arbouna^ qui est situé eiiLre des sommets verdoyants; et en marchant pendant nne demi-»iieue à 1 uccident nous arrivâmes à Platinder. Comme la pluie redoublait, nous nous estimâmes très-heurenx de trouver rhospitalité dans une cabane, où Ton alluma du feu pour nous réchauffer.

Le village albanais de Platinder se trouve sur le chemin qui conduit de Patras à Tripolitza. Nous avions, à une lieue au sud-est, la montagne de l^riulyta et le village de Carnésii qui est voisin des ruines de Cli* tor (i), dans lesquelles on trouve remplacement d'un temple, des débris de colonnes, des tombeaux et quelques pns de murailles pélasgiques. La caverne maintenant appelée Achiliona-Spiléon (a) ne donne plus naissance à la fontaine dont les eaux dégoûtaient, dit-on, pour jamais du vin ceux qui en buvaient. A trois quarts de lieue de cette grotte, on passe à Lycouria; et si ou dirige ses recherches vers Catzana, on trouve d'autres ruines. La tradition porterait à croire que ce sont celles de Luses (3), oit Mélampe guérit de la nympholepsie les filles de Prétus, qu'il aurait fallu plonger dans les eaux froides de l'Olbius, plutôt que de les exposer devant Tautel de Diane, comme les

(1) Paus,, lib. Via, c. 17 etai; PUn., lib. IV, c, 6.

(2) AchilloDa-Spiléon, caverne des Tortues.Titruv., lîb.yill, €.3, parle de cetUj vertu particulière aux eaux qui en sortaient. Ovid. , Metam, , lib. XV, v. 322 ; Plin. , lib. XXX.I , c. a.

Oi Steph. Byz.i Paus. , lib. VIII, c. 18; Polyb., lib. IV, c. xbj lib. IX, c. 2g y CaUifn.,.i/z Dian,^ F. P., v. 5i.

34o VOYAGE n£ LA GRÈCE.

Grecs ea usent encore à Tégard des fous ^ qu ils enchaînent dans les égli^. C'est à <iettc distance que les géagraplies anciens établissent la ligne de démarcaliun (i) entre le territoire des Pliénéates et celui des Clitoriens. Dans Tintervalle que je viens d'esquisser, le Ladon reçoit la rivière de Priol)?ta, celle de Lycuuria, et les torrents des coteaux de Catzana, qui bordent les vallées occidentales qu'il baigne avant de se jeter dans rAiphée.

Pendant que nous étions occupés à diner avec, nos

provisions, nous reçûmes la visite d'un papas, duquel j'achetai une petite médaille en bronze de Tégée; et comme il n'y avait pas d'apparence de voir' cesser la pluie, nous nous remîmes en route. Nous marchâmes non sans danger au milieu des torrents pendant deux heures et un quart, en remontant une vallée spacieuse, à lextrémite de laquelle on voit les sources du Ladon, que Pausauias place à soixante stades de Clitor^ distance inférieure d'un sixième environ avec celle de mon estime. Nous étions en vue de trois villages situés au penchant du mont Cheiuios, que les habitants nomment Soudéna'-Caio, Soudéna-Mezzano et Soudéna* Apano, Je relevai leurs gisements à la distance d'une demi-lieue les uns des autres, et leur position, em-

(i) Depuis les moulins de Platinder, la route qui contluit à Tripolitza s'élève constamment vers le plateau de Tégée. La première rivière qui traverse ce chemin est celle de Clilor, qu'on paase sur un pont ombragé de beaux platanes. On suit, à partir de là, pendant trois lieues, la rive gauche du Ladoo, qui se détourne à cette dbtance au S. O. Une heure S. E. , khan de Dàra ; trob heures S. £• , Yalidi; deux heures et demie S., Tripolitza.

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