‹ Voyage de la GrèceChapitre 133 sur 224 · LIVRE XVI, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE XVI, CHAPITRE

prisonniers épirolos, (jui n'étaient pas pour cela ties habitants de cette ville de TAcrocéraune.

Chandler, ayant trébuché à son arrivée dans i'£lide ^ rnarcjae la suite de lu nairation de son vovajj;c dans cette province au coin du vague et de l'incertitude. Il dioe (chose qu'il omet rarement de rapporter) à un couvent qu'il oublie de nommer (f). Il laisse, en parlant, sur la droite le village de Clémoutzi, au penchant de la montagne qui forme le cap Ghélonates (a) ; et il ne parle pas de son château , qui est un point essentiel de reconnaissance (3). 11 traverse ensuite le Pénée £léen, et après trois heures de cliemin, il ar* rive à Gastouni. Cette description est sans doute peu précise; mais on se demande poun^uoi M. Kitchin a placé deux rivières ou il n'y en avait qu'une ^ et pourquelle raison il a mis le Selleîs près du Pénée. De cette manière sa carte est lautive depuis cet endroit jusqu'à Tembouchure de l'Alphée, comme on s'en convaincra par la suite de ma topographie (4)- Mais si les erreurs soiit accuuiLdees sous ce rapportée reconnais avec plaisir l'observateur, lorsqu'il nous parle des vignobles » des champs de coton , de la plante qui donne Tadra-

(1) La Notre-Bame des Blaqaeraes (navx^îa BXaxtftva), monastèt^ desservi par quatre moines qui ont une dotation en terres de trois mille cinq cents piastres de revenu.

(2) XeXwvâTu; a>cpa , Strab., lib. VIII, p. 338, Pomp. Mêla, hb. m, c. 3. Chelo/ialas promontorùun ahest a Crllene duo millffi passuum. Plin., lib. IV, c. 5.

(H) Clémoutsi, deux heures un quart O. IM. O. de Gaslonni.

(4) Le journal de Foucherot avait dé}A servi à rectifier cette erreur occasionée par un passage obscur deSlrabon (not* 387, p. 494 de la trad. du toin. III de Cbandler).

'ij^ VOYAGE DB LA GRàCE.

gante; et s'il n'ciit pas oublié les lins, ainsi que les plants de mûriers^ son tableau des bords du Fénée Eléen serait d'une yénfé frappante.

L'itinéraire du voyageur vers Élis mérite aussi quel*ques rectifications* Ainsi j'observerai qu'en faisant ix)ute à l'orient de Gastouni , on arrive dans une demi* heure à Nausoulou-Bey , et une demi^lteue plus loin, au village de Saban«Aga> Le Pénée reçoit dans cet espace quelques torrents qu'on passe sur des ponts en pierre. A trois quarts de lieue de Saban-Aga, on traverse Botikiotis ; et à pareille distance en avançant, Calivia , situé k la lisière des ruines d'Élis.

C'est sous le nom de Faheopolis qu'on désigne maintenant la ville d'Elis fondée sous les auspices de Jupiter Olympien. Composée primitivement de plusieurs hameaux (i), Thistoire nous appieud de quelle manière elle s'était successivement embellie de la pompe des arts, et nous ne savons que par tradition ses malheurs et sa ruine. La capitale de TÉlide , dont les peuples respectaient le territoire au point de déposer les armes dès qu'ils touchaient à sa frontière (a) ; Élis , qui vit naître Pbédon (3) , auquel Platon a consacré le dialogue de Socrate annonçant les dogmes sacrés de la divinité et de l'immortalité de l'ame ; £iis n'est plus, comme Apollonîe, que le séjour des pâtres; et cependant je ae la vis pas sans intérêt. Ses ruines , qui oc-

(1) ÂXtc, Stqih. fiyz., ainsi nommée d'Élée, fils de Taotalc. Paus., Iib.y, c. 4; Tit.-Liv., lib. XXXYIII, G.3a;Strab., lîb. VIII, p. 336; JAoà,, lib. XI, p* 40.

(2) Stiab. , lib. Vni , p. 358.

(3) Aulu-Geil. , lib. II, c. 18.

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cupent une demi-lieue carrée en surface depuis la rive gauche du Pénée , commencent auprès du village de Calivia , et aboutissent vers i orient au lieu appelé PaheopoHs, Il me serait difficile de dire à quel tas de décombres appartint le Xyste , où Ton distribuait le prix de la beauté , ni le temple de Minerve, oîi les femmes qui étaient jugées les plus partaites recevaient line couronne de myrte ( i ). Je cherchai avec aussi peu de succès riiippodrome, le cénotaphe, les autels d'Achille (2), le lieu oii se faisait la métamorphose de l'eau en vin ; et ne pouvant former que des conjectures , jc dirigeai mes pas vers racropole. Je ne vis dans cette ruine qu'un soubassement carré en maçounerie; mais je suis convaincu que si on fouillait dans certains endroits, on viendrait à bout de retrouver quelques restes des chefs-d'œuvre de Phidias et des grands maîtres qui avaient embelli Élis de statues et de bas -reliefs.

Libre d'explorer le terrain , en remontant le cours du Pénée une demi-lieue à Test de Paiieopoiis , j'arrivai au village de Schiron , situé en âice de SouU , bâti à la rive droite du fleuve , dont le cours est fréquemment entrecoupé d'attérisseinents. A peu de distance de là j je me trouvai au confluent de la rivière de Derviche-Tchélébi , que je crois être le Ladon d'Elîde. CVst le long de sa rive gauche que sont cultivés en grande partie les raisins de Corinthe, qu'on récolte dans le canton de GastounL A une lieue et demie est* nord-est, on trouve des ruines que je regarde comme celles d'Alesiaeum , place située sur le ciiemiu qui cou-

(1) Alhen., Ub. XII, c. 2.

(a) Paus. , lU». VX, c. a3.

VOYAGE DE LA GRàCE.

(luit d'ÉIis à Olvinpie , à travers les montagnes ( r ). En rétrogradant à Toue^t , ou voit un terrain cou\ ert de tuiles et de briques, indices aussi certains de lem* placement des villes, que les lumulus épars au milieu des campagnes le sont des champs de bataille » théâtre de l'aveuglement des hommes , qui couronnent de lauriers des cippes qu'ils devraient arroser de larmes et couvrir d'un voile de deuil.

On chercherait inutilement à démêler quelques mo* numents au milieu des ruines de Pylos ; mais on re* trouve les sources du Ladon,.qui traversait cette ville ^ dans la branche occidentale du mont Pholoé, dont le prolongement se termine au proitiontoire Ichthys. Je dus regretter de ne pas ^'tre arrivé quelques jours plutôt pour sauver des inscriptions écrites sur des marbres qu'on venait de convertir en chaux. Je ne poussai pas , dans ce moment , mes recherches jusqu'à l'origine du Pénée , qui prend ses sources sept lieues à l'orient dans les montagnes de Lâla , au-dessous du village de Ducas (2). Mais je ne perdis pas l'occasion

(i}Lieu voisin de rAmphidolide» où les habitants tenaient une foire tous les mois. Il était situé sur la route montueuse d'Ëlîs à Olympie, et compté au nombre des villes de la Pisatîde, Strab. , lîb. TIlI, p. 34t. Homère en parle comme d'tme

coltine, Il{a<(„ lib. XI, vers 756 à 758 j et le Scholiaste de Venise en fait une ville.

(2) Pour De pas rétrograder sur mes descriptions , je crois à propos de consigner ici le gisement des sources du Pénée, que je relevai dans un autre voyage : Sept heures £. d'ÉIis, zone secondaire du mont Phdloé; première brandie du Pénée, source, six heures et demie £• N. £. d'ÉIis, bordée sur ses deux rives, de quatie milles en quatre milles, par les villages

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d'explorer aes rives limoneuses , couvertes de iins et de motesons variées. Je vis encore que Chandler s*é-

lail trompe lorsqu'il affirme que le territoire gras de l'Élide ne convient pas au raiain de Corintlie. . s*é(ait mitiMX informé, il aurait su que c'est le manque de capitaux qui empêche les propriétaires de cultiver ce fruit ; et qu'il e&t daus Tintérét des Moraïtes de s'y opposer , parce qu'en augmentant les • récoltes (le Yui^a passa , ils en feraient uécessuireiuent baisser le prix.

Je rentrai de mon excursion dans l'inténeur de TÉlide,

a Gastoiini , le i juin i8i(>, au moment où le soleil se couchait ejatre les montagnes de Céphalonie et les hauteurs de Clémoutzi. Mon horîaon était borné douze lieues au nord-est par les faites les plus élevés de rolénos.

(le Coumani , fiédéni , Caryès , Iladgidès et Piri ; deuxième branche, distance, cinq milles £. S. E. entre Tautre source. La rivière qu'elle forme est appelée Olyplia et Cynlhîa. Son origine est près de Divris sur la route d*Olynipte ; on compte à sa rive droite , dans tm cours de trois lieues, Catîmani , Clidia , HiérojiLirui .^ui hi rive uj)))OS('t', Miisaki et Loiicu. Elle reroit des haiitpurs d'Antroni un ruisseau, 1 1 ces eaux réuuies confluent deux lieues plus bas avec le Péaec en face du village de Daoud. La troisième branche mère du Pénée coule de la partie des montagnes appelée Agioi-Pantès ( Toussaints). Elle se forme de deux rivières distincïtes, dont la première baigne la gorge dans laquelle sont situés les villages de Vervéni , Tsipiana et Bocovina. L'autre , appelée Képhalo - Yrisi , descend du mont Agioi-Pantès, et baigne la vallée où l'on voit Rénessi, Vatlii, San-Marina, Giarmena, Atîtaiiida - Clioi i , \cnia, et se réuuit auPénée, auconiliieut de J)aouti. £n(inoii pourrait, à la rigueur, regarder comme une quatrième branche , le Ladon Éléeu dont j'ai parlé pi-écédenunent.

VOY4GE J>E LA GrAcC.

J^s coteaux, du promontoire Araxe se confondaient , dans le lointain , avec les ciiaioes azurées des montagnes de rÉtolie. Je trouvais TÉlide, ainsi éclairée, délicieuse; mais dès que le jour eut fini, des nuées de moustiques firent entendre leurs bruissements ; et la brise ayant expiré, nous nous trouvâmes dans un baio de vapeurs étuulïantes.

primats, qui passèrent la soirée avec moi , m^apprirent que le canton de Gastouni , non compris l'arrundlssement dePyrgos, pavait , tant au grand-seigneur qu'aux Laliotes et au visir de Morée , une somme annuelle de neuf cents bourses. Cette redevance, énorme pour le pays , est soldée en numéraire par une po])Ulation agricole. de vingt-cinq mille paysans répartis dans cent douze villages inscrits au cadastre du Gazas. Indépendamment de cette contribution , les chrétiens de i'Klide sont à la disposition des agas de Lâla , qui exigent d'eux des corvées , pour cultiver des terres à leur profit , et pour emmagasiner ou transporter leurs grains , sans aucun dédommagement.

Malgré toutes mes recherches , je n'ai pu retrouver dans l*Élîde aucunes traces de ces métairies fortifiées dont les auteurs du moyen âge font mention ; mais j'ai vu revivre dans les institutions des seigneurs turcs les traces des droits féodaux. Les paysans , comme attachés à la glèbe , ne travaillent que pour des maîtres occupés à thésauriser et à se faire des guerres pareilles à celles de nos anciens seigneurs châtelains , qui n'étaient pas iiioins braves sous le beau me qu'à détrousser les passants lorsqu'ils voyageaient sans saufconduit sur leurs terres.

Parmi les médailles recueillie^) dans mes tournées ,

LïVRï xvr, CHAPITRE III. Syy

je me contenterai de citer les plus remarquables, qui, sans être inédites , peuvent néanmoins intéresser les

savants , et guider les recherclies des voyageurs que le temps amènera dans l Éiide (i).

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