LIVRE XVI, CHAPITRE 1 f
h rive gauche du Pénée Ëléen et à une Heue environ de son embouchure dans la mer, se compose de
quinze cents maisons bâties en terre, dont la majeure partie tombent en ruines. Les Schypetars Laliotes, qui ont succédé aux Ottomans, après avoir ruiné ie commerce de Gastouni, lui portèrent une atteinte telle, qu'on n'y compte plus que deux cents i^milles; de sorte qu'en parcourant ses quartiers, je crus visiter une ville (jui avait éprouvé un siige. Ses hal>itauts, jaunes et défaits; les places publiques, les rues, obstruées de décombres et d'épais buissons de régh'sse, arbuste qui infeste les campagnes, offraient l'image de la désolation. Ce fut au milieu de ces ruines et des halliers entremêlés de tithyniales, que je pénétrai jusqu'à la métropole, dans l'espérance d'y découvrir quelques antiquités. Je lus sur ie linteau de la porte d'en* trée une inscription qui atteste que cette basilique fut ooDstruite dans le dixième siècle. Je trouvai dans la nef ce quon voit dans toutes les églises grecques, des peintures sans dessin et sans goût , telles qu'une Vierge brune , un saint Georges à cheval , chose qui est d'obligation, ainsi qu'un enfer avec des éveqiies , des diables et des Turcs. Je remarquai aux bas-cdtés trois monostyles en marbre blanc d'un assez bon style. Mes guides m'assurèrent que ces eulonnes venaient, ainsi que d'autres qui existent dans les bains publics, et les pierres employées à la construction des escaliers dans les maisons pai liculières, de Fancieune capitalt^ de l'Elide et de Cyllène. La chose est d'autant plus probable, qu'il n'y a aucune espèce de carrières à Gastouni ; et j'ai vérifié que depuis Phares jusqu'à la vallée du Cxclé ,
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on ne trouve pas de pierres propies au.\ coiislruclious dans toute celte contrée. *■
Gomme j*avais le temps de faire des observations détaillées, je pus me convaincre que C-handler, et surtout sou géographe, avaient travaillé dans les ténèbres, en traçant la çarte de la partie de r£lide qae je visitais. Le voyageur anglais, après avoir doublé de nuit le cap Papa, sans avoir vu les lacs Lâmi et Né* rovitza, dit qu'il aborda au point du jour dans le golfe de Clarence. A peine a*t*il pris terre, qu'il donne aussitôt 1 iustoire de Cyllène, dont li iixe remplacement sur une langue de terre basse et raboteuse. Passant de cette supposition k une autre aussi hazar* dée, il ajoute qu'elle fut remplacée par Chiarenza, ville renversée en j447 P^i* sultan Mourad, qui emmena soùrante mille de ses habitants en esclavage. Comment un liounnc aussi judicieux que Chandler a-t-il pu entasser tant d'erreurs , et copier saus critique les légendes turques, dans lesquelles tl n*est jamab parlé (|ue de chrétiens pourfendus par milliers^ ou traînés en captivité? N aurait-il pas dû, surtout après avoir visité la Grèc», savoir que ses plus grandes villes ne possédèrent janiais une pareille population.' Quand cela même aurait été« avant de se réserver un aussi grand nombre de têtes pour les courber sous le joug, ne fallait-il pas supposer qu'il y en avait eu autant d'abattues , car les Turcs ue font guère de prisonniers que quand ils sont las d'égorger? 11 est plus naturel, afin de concilier les faits, de dire que Mourad emmena soiiLante mille captifs de rj^lide, dont l'embarquement eut lieu au port de Chiarenza, comme autrefois Paul Emile avait fait partir d*Oricum cent cinquante mille