LIVRE XVI, CHAPl iUK IX
Après avoir contemplé ce tableau, nous prîmes le cléfîlé appelé Sarpénico-Diasélos^ et nous mimes trois
quarts cVheure pour descendre d;ms la vallée de C^alavrjta. Nous nous trouvions, à celte dislaucc, hors de la région des sapins, et nous vîmes, au milieu d'uo groupe de chênes verts, la fontaine Théophania^ qui donne uaissance an Ciérynite. A huit minutes de ses bords, nous laissâmes à droite le village de iiieopliania; et nous passâmes auprès d'une église (i) environnée d*un bois religieux, qui est le rendez* vous d'une panéojyrie qu'on célèbre à la fctt' des rois. Bientôt nous arrivâmes au couQueut de deux ruisseaux qui se confondent avec le Gérynite; nous dirigeâmes de là au nord-ouest vera Gandéla (2) , village situé dans le mont Oienos; et au bout d'un quart de lieue, nous guéâmes le Ciérynite. Nous fîmes route pendant trois quarts d'heure en vue du bourg de Kerdessi, restant à gauche, parallèlement au métochi de Lavras, qui est situé au nord. En poursuivant notre chemin à i occident, dans la dirèction d'un pont sur lequel on passe le Cérynite, afin de se rendre dans la vallée du Mêlas, je comptai deux Zevgalatlos habités par cinquante familles grecques qui cultivent les coteaux voisins d ua marais fieingeux, et les rizières de ses bas-fonds. Enfin, un quart de lieue plus loin en tournant au nord, nous laissâmes à gauche le village de Visoca, et nous entrâmes dans la vallée de Calavryta.
(i] On prétend que cette église a remplacé un temple appelé Théophania. Le culte des dieux de Samotbrace aurait-il existé dans cette contrée ? Voy* Diod. , lib. V, c. 48 et 49.
(2) Candéla, dix-scpt minutes O. do Théophania; seize minutes rî. , gué de C^ynite.
456 VOYAGE DE LA GRfeCF..
Nous trouvâmes a ce détour une belle fontaine revêtue en mâçonnerie solide , située en face d'un pont
en pierre de cinq arches bâti sur le Cérynite, qui est grossi ,à cette distance par la réunion d'une multitude de ruisseaux. Dans la nouvelle direction que nous tenions , nous mîmes quinze minutes pour arriver en vue du monastère de la Sainte-Laure , qu'on aperçoit daus le mont Yélia, Je sus que cette chartreuse était enctore habitée par cinquante frères Taures , ou Trappistes ( i ), soumis à une règle austère ; et trois quarts de lieue plus loin, nous entrâmes à Calavryta.
Nous logeâmes chez un primat grec de la connaissance de M. CarCwright , qui ne crut pouvoir nous témoigner mieux la joie de nous posséder qu'en brisant sa vaisselle après chaque service « et en buvant dans un vase énorme pour porter nos santés. Elles furent si souvent répétées, que cet bote bruyant, qui criait et chantait à tue -tête, tomba dans un état d'ivresse telle^ qu'il aurait volontiers mis le feu à sa maison pour nous donner le bouquet de la fcte. Aussi ^ dès ie iendemam, nous pensâmes à
(i) Suidas, au mot laum, dit qu'il signifie inappe^ vtw^w^l et il ajoute : La taure est une cetÊule étroUe 4e9 mtmes; wl XaSp« i c«vji mxwdA p^ovax^v. He là vînt le nom de Saure» ou trappes , qu'on donna à ces monastères, comme on le voit dans les histoires de saint Sabas et de saint Euthyme. Quelques-ans de ces cénobites surnomniaient par humilité leurs cellules elables ou mandra ; quant aux frères Laures, ils se logenii'nt à l'étroit pour se conformer à ce passage de l'écriture : Entrez par la porte ctroite; tiaùAvet ^icc xitç çtvijç icvXik» ^ voU du Citd est laure ou étroite^ çtvttnôç.
Ann. J. Pout. ad c. xjlxi J. Qintaeux.