‹ Voyage de la GrèceChapitre 179 sur 224 · LIVRE XVJI, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE XVJI, CHAPITRE III

Brûlée par les feux du soleil en été , couverte de neige pendant l'hiver à cause de son élévation au-dessus du

niveau de la im t , privée d'eau coulante pendant une partie de rauiiée , on s'étonne comment on a pu butir dans cette contrée la capitale moderne de la Morée. Après avoir passé et repassé plusieurs fois un torrent sinueux , décoré du titre pompeux de Saranta-Potamos (les quarante fleuves), nom que porte TAlphée dans cet endroit, nous fîmes halte auprès d'un khan ombragé de beaux plataucs, où des chevriers uous veuduent du lait pour nous rafraîchir.

^ Nous touchions à cette extrémité de la Tégéatide

où les anciens avaient placé des statues de Mercure, et qui fut peut-être, à cause de cela, appelée Phylactrée (i). Ce fut du haut de la montagne dont on descend le revers avec peine à cause des roches à travers lesquelles il faut se frayer un chemin, que j'aperçus le développement du Xaygète. Ses sommets, chargés de neige, formaient alors un contraste ébloais» sant avec sa base rcmbruuie par des forêts de sapins noirâtres. Le khan où nous nous arrêtâmes avait toute la rusticité des anciennes maisons de Sparte, qui ne devaient être construites (|Liavec la hac'he et la scie. Comme il était dépourvu de tout, nous y passâmes une triste nuit, et nous nous hâtâmes d'en sortir dès que le jour commença d'éclairer la vallée de TEurotas. Nous étions à cheval aux premières blancheurs de Taube. Le disque de la lune dorait de ses ravons l'extrémité du réseau de nuages Mancs accumulés autour des sommets du Taygète, dont les premiers

(i) Uerodot., lib. I, 66 i Paus., lib. VIII, c. 48.

5^4 VOYAGE DE L\ GRÈCt:.

feux du soleil nous découvrirent les belles formes , qu'ils coimnençaient à peindre de teintes roses. £n contemplant la grandeur de ce spectacle, nous arrivâmes au pont sur lequel on passe TEurotas. Le fleuve royal ( BanXiWTa(xoç ) ^ nom que lui donnent ics modernes, coulait alors à |)lciu canal; et bientôt ses eaux limpides se colorèrent, ainsi que la vallée de Lacédémone, des feux de Tastre du jour qui brillèrent sur la oam* {>agne. Je descendis de cheval pour dessiner le paysage qui s'offrait à mes regards. Tout me ravissait, vallons, bocages, coteaux, montagnes, et je suivis à pied la rive droite du fleuve qui est toujours orné de ses grands roseaux, de ses lauriers-roses, et auquel il ne manque que des cygnes amoureux pour compléter les récits que les poètes ont faits de ses bo^ds enchanteurs. Un calme profond, l'air suave du matin, le bruit des cascades du fleuve royal, rendaient ma promenade délicieuse. J'étais dans uioe sorte de ravissement, lorsque j'aperçus de l'autre côté de l'Ëurotas des Tchacons (nom moderne des Spartiates, dérivé du mot Aoatm ) , qui coupaient des roseaux. Leur présence m'ayant tiré de mes rêveries, je leur demandai où étaient les vieilles murai/les (ttou etvai toc raXatà xTipeia), et ils me les indiquèrent du doigt, dans la direction de Magoula (f). Nous côtoyâmes les col-

(i) Comme M. Didot li'a pas coté sa route, nous y suppléons par l'itinéraire suivant de Mistra aux ruines de Tégée emprunté à M. Geli.

A onze minutes de Mistra od ^passe un ruisseau appelé Panteleimona, base du mont Taygète, sentier à gauche qui con~ duit au village de Ti*ypa. 4 min. é^ise à droite. 4 nain, ruisseau

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