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CHAPITRE III

LA.CONIE.

Considérations historiques. — Route de Tégée à Sparte par Ainbroise - Finiiiii ])idat. — Évaluée par distances. — Enrôlas ou Vasiîl - P()t;mi(»s. — Magoiil.1. — - Ruines de Lacédéuione. — Évèques grecs. — jl^ute de Magoula à Leondari.

Les origines mythologiques des Lacédémoniens et leur législation ont été décrites et discutées par des critique s si profonds et si éloquents, (ju'on ne pourrait que les copier pour dire comment ce peuple qui eut pour pi*emier roi Leiex, fils de la terre, ayant reçu ses institutions de Lycurgue , forma une race si étrangère aux mœurs des Hellènes, qu'on serait tenté de croire, comme quelques historiens l'ont pensé, qu'elle fut plutôt' une colonie juive (i) qu'une tribu des familles doriennes descendues du Pindoros qui s'établirent dans le bassin de TEurotas (a). Problème inexpli-

(i) Les Spartiates et les Juifs se disaient frères et issus d'Abraham ( Machab. la , ai). Cette fraternité dérivait de celle des Jui£f» avec les Phéniciens » suivant une tradition rapportée par Timagoras.' Stephanus (in VocSfrftpn)) dit que les Spartes compagnons de Cadmus étaient allés en Laconie et y avaient fondé la ville de Sparte.

(a) F, Chragi^, de Rep. Lacedaemon. Meursius, de Regn. Lacedaenion. et Miscell. Laconie. M. le mar quis de Pnstoret, Hi.stoire de la législation des Lacédémoniens. Essai sur l'histoire et le gouvernement de Sparte par J. CF. Manso. Heyne, de Spart, Repub. judicium in comment. Soc. Gotting. V, IX, ouvrage destiné à rectifier la partialité des jugements de Paw. Uecrcn» Manuel de l'histoire ancienne.

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cable du courage le plus brillant et de la plus basse perfidie pour suppléera la force ouverte; de franchise

et de duplicité; de vertus domestiques et de dissolution; de mepns des richesses et de cupidité pour les métaux qui en sont le signe représentatif (i). X^es annales de Sparte composent le tableau le plus sombre de Thistûire grecque, quoique cette république en ait impose au inonde par des dehors de probité et de justice. £lle avait long-tonps séduit les républiques mêmes de la Grèce; mais la trahison substituée à la valeur, la bonne foi sacrifiée à l'intérêt , des populations entières asservies ou massacrées , et sa haine contre Tétranger , lui avaient enlevé la considération publique, dernier ressort d( hi prospérité des états, lorsque la bataille navale de Guide lui arracha l'empire de la mer. £lle ne fit plus que végéter après les journées de Leuctres , de Mantinée, et surtout à la suite du combat de Sellasie^ dans lequel Antigone écrasa ses derniers défenseurs sous le poids de la phalange macédonienne. L'histoire ne montre plus depuis ce temps sur le trône

de S|)arte qu un roi anssi lâche que ieroce dans la personne de Gléomènes qui, après avoir empoisonné le dernier rejeton de la dynastie des Ëurypontides , et assassiné les éphores, s*enfuit en Egypte, où il fut mis à mort, ëcorché, et sa peau, empaillée , attachée aux. fourches patibulaires d'Alexandrie.

Gomme le désordre est la suite inévitable de la subversion des familles royales, on voit, en continuant le dépouillement des fastes de Lacédémone, succéder à

(i) C'est Platon qui appelle Lacédémone l'anire du Hou, oCl presque tout l'or et l'argent de la Grèce s'engloutissait.

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un assassin Lycurgue, homme indigne de ce nom, qui avait acheté la couroune à prix d'argent ; Machanidas ,

connu par une guerre impoiitique dans laquelle il perdit la vie (i). Ënfîn Nabis , qui était une conséquence inévitable de l'anarchie militaire , saisissant le pouvoir et rexploitant dans le sens le plus naturel de rusuipaliori , paraît pour exterminer ce qui restait de Spartiates d'ancienne origine. £n frappant ce coup qui éteignait, la noblesse, le tyran, toujours conséquent dans ce principe , que rien de légitime ne peut s associer au brigandage, repeupla Lacédémone de serfs couverts de crimes, qu'il avait affranchis, de voleurs publics, de sacrilèges et de gens, dit Polybc, qui avaient échappé au glaive des lois. Ce fut encore lui, et ce ne pouvait être qu'un tyran, qui peupla l'Éleuthéro-Laconie d'une race impure de corsaires, et de brigands de profession.

Nous dirons, en décrivant cette province, quelles sont les races nouvelles qui ont succédé aux descendants de Leiex, car ce uest ici ni des mémoires historiques, ni des conjectures que nous avons à établir, mais l'état moderne de la Laconie que nous devons faire con* naître.

On découvre de Tripolitza les faîtes du Taygète, qui a pris le nom dePente-Dactyli,ou les cinq doigts j dans sa partie supérieure la plus escarpée. Cette chaîne qui se rattache aux moutagues de i'Arcadie accompagne par ses contreforts la rive droite de TEurotas, qui est encaissé de l'autre côté par le prolongement du mont Artemisius uni par ses enibranciiements au mont Cyllène ou Gielmos. C'est entre les rameaux ou contrepentes do ces deux vastes chaînes que se trouve reu-

San irOYAG£ DE hJL GRÈGE.

feraiée la Laconie. Au - delà sont les Éleuthero • Laçons,

établis dans les ressauts du Taygète, qui se bifurque pour embrasser le goiie de Kolokyna, en formant le cap Ténare ou Matapan du coté de la Messénie , et le promontoire Malée à l'entrée du golfe Argolique.

Tja Laconie tient une piace iiuuieuse dans l'iiistoire, et il faut comparer le caractère âpre et sauvage de ses habitants à la natnre de leur pays, pour comprendre ce qu'ils durent être et ce qu'ils sont restés au milieu de la Grèce désolée par tous les Barbares, jusqu'à la conquête des Turcs, qui pèsent sur cette plus belle partie du continent. Oh ! combien de fois , en contemplant les faîtes du Taygète et du Menelaon , j'ai suivi en pensée les cortèges des bacchantes qui parcouraient leurs retraites. Ces forêts, me disais-je , virent lenfance de Castor et de PoUux ; i'Eurotas porta le cygne mystérieux que Léda, leur mère, reçut dans ses bras. Les bosquets d'Amyclée entendirent l'épithalame d'ilclrnc, cause luiicsLc de la ruine de Troie. C'est par ce défilé que sortirent les trois cents conduits par Léonidas; ce fut de ces hauteurs qu'ils adresisèrent leurs derniers adieux à Sparte, où ils avaient ordre de ne rentrer que dessus ou dessous le large bouclier., que chacun d'eux avait décoré de devises héroïques.

En quittant Tégée, dit M. Ambroise Firmin Didot, de qui j'emprunte le meilleur itinéraire connu dans la Laconie, nous prîmes le sentier commercial qui cou-»

duit de Tripolitza à Mistra. La plaine que nous traversions, privée d'arbres, les ûancs arides des montagnes et la tristesse dés aspects rendent cette partie du bassin

de la Tégéatidc le lieu le plus sauvage de la Moréc.

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