LIVRE XVII, CHAPITRE VII. jy
lieues et demie de Ghimdva, où Ton recrute la plupart des brigands qui ^composent les ( (|iiipages' des armements de Nézapos et de Porto-Caillo. Les chevaux ai les mulets ne peuvent gravir les montagnes de cette contrée où Ton ne pénètre qu'à pied , ou bien par mer avec des esquifs légers habitués au service de la cote.
Le premier de ces ports, Nézapos, qu'on trouve à deux lieues de Dîro, est situé au nord du cap Gros ou
Drosso, qui est l'ancien promontoire Thvridès, voisin du lieu où d'Anviiie place le mouillage dHypsus; et au revers du même promontoire on arrive à un attérage qui est peut-être celui de Mésa. Ces baies solitaires sont Tasvle des forbans : on nV voit aucun village ; les habitatious sont situées dans des positions agresles, à de grandes distances les unes des autres, et cbaque famille formant une tribu armée vit isolement, sans autres lois que le frein d'une vaine superstition fomentée par des prêtres aussi ignorants et barbares que leurs ouailles. lie château délabré de Mâïna, bati par Guillaume de Villehardoin , est situé près des ruines d*Hippola. £ufin, à quatre lieues du cap Gros, on arrive au promontoire Ténare où l'on remarque deux calanques inabritées. Ce sont proba* blement les ports d'Acliillée et de Psamatos , entre lesquels se déploie une lieue au large le cap, dont l'extrémité semble s'être brisée pour former l'écueil Pascoligo, en avant duquel on a découvert en 1689 une sèche , que les vaisseaux doivent ranger à un demi-mille de distance.
Ténare, ville et promontoire, reçut son nom d'un héros fils de Jupiter, et, suivant d'autres, d'Icare. Ce
6oO VOYAGE DE LA GRÈCE.
phare du Pék>ponèse est placé sur Ja ligne de navigation de tous les vaisseaux qui viennent le reconnaître,
soit qu'ils fassent rente au levant, ou qu'ils retournent en o<*<;ident. Les vents qui s y reucontrent , les tempêtes qu'on y éprouve , les Ilots qui s'y brisent avec plus de foreur qu'au cap Malée , l'ont £ût surnommer Mata* pan, ou le tueur crhommes(i). C'est ^ comme l'a dit Stace, le séjour des venis fatigués qui en sortent plus impétueux, tandis que le Ténare , élevant ses sommets au - dessus des nuages et des ouragans , recourbe ses rivages pour Jonner un port que les flots semblent respecter, La ville de ce nom fut la patrie de Targonaute Ëuphème. £lle florissait au temps d'Auguste et elle est citée plusieurs fois par les écrivains du Bas-Empire. Chalcondyle dit qu'elle fut habitée par les i'nbalies (a); Nicéphore Grégoras et George Phrantza (3) la désignent sous le nom de Mai«na , et les modernes l'appellent Kistemès ou les ci- ^ ternes. Un ancien voyageur qui la place à Porto-Caillo en parie en ces termes : a J'y vis les pièces d'un dau-
Stat raUimia ap«x, ventosque inbraïqiiie Mmuâ
Despicit , et tantilB fessis insiditur astris. niic exhanati poMMCV ^<l(>?Htfi vcuti
. .ubî prona (Hes , lon^ros snper îpqnora tint-* Exigtt atfjue iugeus nn iiio uatat umbni pcofundo. < Interiore sinu frangeniia iitrun corvat Xienaros, expositos non audax scaudeie iluctus.
^tat. Thebaid. II , t. 35 et sei).
(a) Chalcond. de Reb. Turc, lib. I.
(S) Niceph. Greg., lib. XV; Phrants., lib* I, c. 4.
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LlYIlh XVII, CliAPllltfc, Vil. 6o l
OC phin d'airain qui portait un homme, et me dit-' on « que c*efttoit l'effigie d'Arion qui fust jadis sauvé par
«un poisson de cesle nature; s'il est vrai, je m'en « rapporte aux Grecs, suivant le récit desquels je lai c mis en escript. Joignant le petit port vous trouves « le village de Ramarèz , puis Scopie , et le cap- de « Pagu , qui est appelé Paheopolis (i). »
£n remontant une lieue et un quart au nord du cap Matapan on trouve le port aux Cailles » nid de pirates enclavé dans le territoire des Cacovouliotes ou Cacovoun lûtes. Ou dit que plusieurs de ces montagnards ont conservé pour coiffure une espèce de casque ou de calotte de fer, qui leur sert en même temps de marmite pour faire cuire leurs aliments. Le cantou qui est extrêmement pauvre manque de sources, auxquelles on supplée par des citernes qui sont une des propriétés les plus -estimées. Lorsqu'un klephtc (lu j)ays , et ils le sont tous, se uiarie, l'af- £ure principale pour célébrer les noces est de souder la citerne; plus on a consommé d'eau dans le festin, plus on passe pour riche, et cette prodigalité fait du bruit quelques lieues à la ronde. L'eau est une fortune : un Cacovouliote se confessant k un moine , lui avoua qu'il avait eu le malheur, après avoir donné à boire à son âne, de jeter un peu d'eau qui restait : le prêtre jugea le péché énorme, et n'accorda l'absolution que moyennant le prix de seize mesures d'huile, que le pénitent dut donner pour n'avoir pas bu fraterntilieuieiit avec son baudet.
(i) A une heure de U oôte Ralliés village. A la même dis^ tance de U mer, i heure N. O. Bocchot.
6oa TOTAGS DE LA GR^CE.
l*e château de Leucade et ie port de Rolok) thia , village qui a succédé à Asiné^ sont les dernières dépendances de l'anarchie des Gacovouliotes. Au-delà on remarque, aux distances indiquées &ur la carte, Vourlakias, Vatbica, Phoscaïuenès, Géranos , Kastri , Vatliya , et la baie qui porte son nom; Scutari^ Passevos pu Passavas ; Antoni situé au S. £. des ruines de Las; Marathouisi, Tile de Cranaé, maintenant appelée Phinokio ; et Trinissa , dont le défile donne entrée dans la Lacouie. Toute cette contrée est barbare ; les églises sans portes y sont sous la sauve-garde d'un peuple superstitieux et féroce , qui foule aux pieds la morale , tremble au nom du diable , et sert Dieu par la crainte qu'il a de Fenfer.
On retrouve quelques traces de civilisation , avec moins d'hospitalité, à Marathonisi , bourgade qualifiée du titre de capitale du Magne, à cause de la résidence du bey qui est nommé par la Porte -Ottomane. £lle se compose d'une rue bâtie le long du rivage, et d'un château flanqué de tours , qui est situé à quelque distance. Les vaisseaux, s'abritent dans un port formé par nie de Granaé, écueil bas , rempli de fenouil^ rendu célèbre par Faventure de Paris , qui s'y réfugia avec Hélène qu'il avait ravie à son royal époux Ménélas. Un peu au nord, on retrouve les ruines de Gythium , ou plutôt celles d'une ville romaine qui lui succéda vers le second siècle de notre ère : cet endroit est mainteuaut appelé PaliEopolis. Steplianopoli , qui aborda à Marathonisi eu 1797, après avoir donné quelques détails sur des antiquités qu'il vit dans les greniers du bey de Marathonisi, parle de Palœopolis , oa il trouva rinscripLioii suivaute : porte cia
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LIYBE XVII, CHAPlillE VII. 6o3
L)rcttrgue; d'un amphithéâtre, d'une ville de Lycur- .gue, ainsi que d'une légende funéraire portant : Mon
tombeau est pui\, mais Laccdcinonc est souillée par les dynasUs* Ces découvertes étaient digues de lui» et peut-être qu'elles sont du produit de sa Minerve; car il s'empresse d'ajouter que cette épitaphe ne remonte probablement qu'au temps de la conquête de Sparte par les Turcs. Mous la croyous de plus fraîclie date et fausse dans le style et la composition; car, à l'exéeption de quelques caractères illisibles sculptés sur un rocher, il n'y a plus rien du temps des Hellènes à Marathonisi* On voit cependant que Gythium couvrait quelques collines basses, qui se succèdent jusqu'aux roclicrs voisins de la nier. Une source d'eau salée, qui s échappe d'un rocher près du rivage, est vraisemblablement la fontaine d'Esculape : cette source et des blocs de marbre que les paysans trouvent fréquemment en creusant la terre, sont les seuls indices de la haute antiquité de Gythium.
Il paraît ^ue les Romains avaient établi des thermes aux environs de la source salée qu on vient de désigner. On voit également deux grandes citernes qui doivent être du temps des Pélasges : elles étaient taillées dans le roc (i) , et séparées pour conserver isolément plusieurs provisions d'eau. Au-delà on remarque deux bâtiments obiongs , semblables aux colombaria connus en Italie : ils sont construits en briques, avec des niches destinées à recevoir des urnes funéraires, et
(i) On en voit de pareilles à Segni dans les pays des Hcmîques. Note de M. L. Petit-Radel.
6o4 VOYAGE DE LA GiltCE.
noat qu'une seule ouverture pratiquée à Textréaiité. Sur la grève on remarque les restes submergés d*un
pavé en mosanjue, sans aucun emplacement d'édifices publics y si ce n est dans la petite île de Cranaé , où l'on trouve une chapelle grecque bâtie sur les fondations d'un temple.
I^i famille grecque des Cladianos gouverne le territoire de Trinissa et les tours qui défendent le défilé de laLaconie, devant lequel se sont arrêtées les forces d'Ibrahim pacha en iSaS, Cette capitainerie ooropreliait autrefois Scutaii, Cai veilai, INIarathonisi , Kolokjtliia , Passavas , Port - Yatlii , Géranos , Askamaris et Vourlakias, avec les temples de Diane et de Bacchus. Le mont Polakias et les cinq plateformes, TvÉvTc aj}.al, cloininent cette région, dans laquelle on pourrait pénétrer en franchissant les ressauts du mont Saint*Hélie, chose téméraire, à inoins qu'on ne par^ vint k se rendre maître de Marathonisi » afin d'assurer sa retraite.
L'état du Magne offre , d'après ce qu'on vient de dire , le tableau de la Grèce héroïque au temps ok ses peuplades soumises à des chefs particuliers vivaient dans un état liabilui l d'alanius et de guerres intestines. Chaque coin de terre , formant une anarchie composée de klephtes et de pirates influencée par un capitaine, «est continuellement sur le qui-vîve, ou bien en guerre avec ses voisins, et toules ensemble se regardent en état d'hostilité permanente avec le reste de l'univers.- Ainsi la xénélasie ou haine de l'étranger, les rapines, l'assassinat, le mensonge et le vol, qu'on érigeait en vertus à Sparte, sont autorises parmi les Maniâtes, pourvu que les désordres aient lieu en dehors
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LTVHl XVTl, OHAFITHIÎ Vil. 6o5
dupaysqu'ils habitent (i j. £nfm, les habitants de cette contrée ont toujours pour maKime l'adage du Spartiate Lysandre, qu'il faut tromper les enfants par des jeux^ elles hommes par des serments, Aiusi i'Éleuthèro«-Laconie ofTre, sous le rapport de soa état politique, un abrégé du tableau de TËurope au temps de l'anarchie féodale, lorsque des barons entretenaient de petites guerres intestines alimentées par des haines fondées sur Tintérét; qu'on ne voyait partout que des voleurs et des corsaires , autant de nations que de villages, et où chaque château Uanqué de tourelles annonçait le repaire d'un chef de bande et d'esclaves^ qui perpétuaient une fermentation causée par l'absence des lois. C'était aussi le temps des sorciers, des revenants, des laiitômes et des apparitions miraculeuses, qui prescrivaient aux esprits faibles de donner leurs biens aux églises; le Magne est, sous ce rapport, au point oh nous étions dans le dixième sièele.
L'archange saint Michel , qui apparut sur un rocher près de Grandville, et au sommet du mont Gar^ gan dans l'Apouille, où il ordonna de fonder des monastères bien dotés, se manifeste souvent dans les mornes du cap Ténare. Les Cacovouliotes qui croient le voir mêlent les Êibles de l'archange aux souvenirs du Nécyomanteion , caverne prophétique dans laquelle Callondas descendit pour sacrifier aux
(i) C'est l'idée de tous les peuples barbares, comme le rapporte César, en parlant des nations cci tiques cL germaniques , qui étaient adonnées au brî^dage : Latrocinia nuUatn habent mfaÊtttam^ qu(K extra finu ctQUiqM GmtatUfUuiu
Cœs. Gomment., lib. YL
6o6 VOTAGS DE LJL GE^CB.
mânes du poète Archiloque qu'il avait tué dans un combat; et du soupirail par lequel Hercule avait amené des enfers le chien Cerbère. Dans les histoires empreintes des ooaleurs du christianisme qu'ils racontent, les ps)cliagogues, ou nniustres des esprits, sont remplacés de nos jours par des papas qui, après avoir pillé les naufragés échoués sur leurs plages, prient pour eux quand ils sont morts, ou les vendent comuie esclaves quand ils ccliappent aux dangers de la mer. Lis assurent que Tantre où se pratiquaient les évocations {i^œ^tsyLaTa) est le séjour des Vroucolacas f que saint Michel Taiiarque , nouveau conducteur des âmes ( ^j^uy 0770^7:^^10; ) , pi ecipitc dans les abîmes ( axà zcH^tol^x), quand on a recours à leurs prières pour se débarrasser des poursuites de ces larves. Mais aucun d'eux ne prétend au pouvoir de les évoquer; et personne, à Texemple de Saul, ne serait tenté de consulter les esprits, à cause de la peur que leur nom seul inspire aux sycophantes même qui exploitent la crédulité publique (i).
Il serait intéressant de pouvoir séjourner assez longtemps parmi les Cacovouliotes aân d'étudier leurs traditions, qui perpétuent mieux que les marbres les usages et les préjugés religieux de l'antiquité.
f t) Plutarch* de sera numinis vindicta, p. 56o, La même oéi-émonie y eut encore lieu afin d'appaiaer les mânes de Pausanias roi de Sparte ( /cf. in vUa Cimtmis et ^id, de tera etc. p. i55}. Mais il parait qo'on faisait venir d'Italie des Psychagogaes, edttctons éuwnarum , qai avaient , comme les martinistes , le prétendu secret d'évoquer les ombres. On peot voir dans les saintes écritures que ces sortes de devins nommes Obotlts étaient en abomination au dieu d'Israël ( Dcuteronom. XVIII,
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livuk xvir, chapitre vu. 607
Il est certain qu'on retrouverait beaucoup de choses intéressantes à Kisternès. Mais quel Européen voudrait ^ s'il le pouvait , se résigner à vivre chez des pirates adonnés au brigandage , qui ne comptent , comme les habitants des Syrtes (1), que sur les dépouilles des naufragés et sur les débris 'des vaisseaux qu'ils se partagent (2), pour avoir de quoi commer-
10, XI, etc. ; Levit. XX, 27). D'après cela comment expliquer la cûfidaite de Saûl pour évoquer l'ombre de Samuel, lorsqu'il s'adressa à la prétresse d'Endor, qui devinait par l'Ob? (Reg. I, a8, 7). Au reste, si on y réfléchit, on verra que tous ces prestiges se réduisaient probablement à une scène do ventriloque, puisque le tleviri seul voyait quelque c/iose et que le consultant n'entendait qu'une voix. Ce fut ce qui arriva à Samuel que les vociférations de la Pythonisse effrayèrent. (David Milii, Dis.'^ert. Select,^ in-ia, 1724), St. Grégoire de IVissa, St. Jérôme^ Méthodios» paraissent traiter cette histoire biblique de mysti' f cation i et ils soutiennent que la prétendue prédiction même fut inexacte. (Dupiu, Bibl. Eccles. JTV® siècle , p. 80 et 90.)
(1) Les faabitans du golfe de fiengazi n*ont de revenus industrieb que les débris des vaisseaux qui périssent dans l'Adriatique. 11 paraît que cela fut ainsi de tout temps. Les anciens savaient qu'elle se divise à son débouquement en remoux, qui se dirigent, l'un vers les côtes de la basse Italie, l'autre vers les îles Ioniennes , et qu*un grand courant se porte au large dans la direction de la mer Égée (Mactob. Saïuiii., lib. Vil, p. 719). Nos navigateurs qui ont visité en dernier lieu le golfe de la Sidrc, ont appris des Arabes que leur principal commerce consiste en débris de vaisseaux et en vieux fers qui en proviennent. Ces Barbares savent de temps Immémorial, que ces décombres proviennent des naufrages qui ont lieu dans le golfe de Venise.
(a) Én 1786 le vaisseau marchand français le Sacré coeur de Jésus, commandé parle capitaine P. Madaille, ayant naufragé à Hiéro-Limnion prés du cap Gros, il fut conduit avec son
6o8 VOYAGS Dft LA GRXGF.
avec leurs voistas , afin de se procurer quelques objets d'échange. A l'estrémtté du Ténare, comme en Afrique, tout est ennemi pour l'étranger; et le christianisme, que les (^acovouliotes professent, permet seul d'espérer qu'ils pourront apparteair un jour à la Grèce^ dont ils sont l'écume et le rebut.
On a donné , en général , une importance imméritée aux Maniâtes. Catherine il les avait mieux appréciés, lorsqu'elle écrivait à Voltaire que les guerriers de Léonidas n'existaient plus dans les vallées du Taygète; et M. de ChâteaLibnaïKl u dit depuis , à bon droit, qu'il ne pouvait reconnaître dam ces pirates les vertueux liéritiers de la liberté de Lacédémone, Le Maniate, comme le Lacédémonien , est sombre, astucieux, délié et tourbe. Personne ne s'entend mieux que lui à négocier dans le sens de ses intérêts, qu'il suit avec d'autant plus de ténacité , que jamais il n'est distrait de sa pensée dominante par les mouvemeuts propres aux ames nobles et généreuses. Rapportant tout à ses vues, il n'existe que pour lui seul , et le plus possible aux dépens des autres. Il rit du mépris ; il aime qu'on le croie ignorant, afin de mieux tromper par les dehors de la simplicité y qui masquent sa pénétration habituelle. Jamais , à moins qu'il ne soit entraîné par l'avidité, il ne s'engage qu'à coup sâr dans une entreprise. Aussi traître que féroce il porte ses coups dans
équipage à Boullarions village distant de trois milles appartenant à Hélias Mandouvalis. Le vaisseau, les cables, les agrets, et les ballots de draps furent coupés en pièces, divisés par lots et chargés sur le dos des femmes, qui emportèrent jusqu'aux futailles dans leurs repaires. Ms, des afï. étruig. , c. n** 146a.
LIJiTRE XVll, CHAPITRE VII. DO9
robscurité; s'il combat loin d'une embuscade ^ il est comme le soldat dHorace , braisé quand il a verdu
sa bourse^ et lâche des quil l'a retrouvée. C'est pour le butin qu'il agit, et presque toujours retranché derrière des rochers où il ne craint pas d'être tourné. Avare et rapace , le Manîate n'est sobre que par avarice ou par nécessité. Sévère envers le sexe, dissolu dans ses mœurs, fanatique et irréligieux, une telle espèce ne peut inspirer que des sentiments de commisération à l'dbservatmir, qui voit à quel excès de misère l'absence des lumières de la civilisation peut rabaisser les hommes.
Le christianisme que les Éleuthéro-Lacons professent est, entre les mains de leurs prêtres, un objet de scandale et d'immoralité. Chaque barque de pirates, chaque troupe de Klephtes a son aumônier; et ces vendeurs de sacrements, pareils aux orphiques que Platon (r) et Théophraste (^2) avaient signalés au mépris public , offrent ^ à prix d argent l'expiation des plus
(1) Les Orphiques, suivant Platon (^Cratyl. de Leg. VI, 875, II), étaient des charlatans , àyù^—aL , qui frappaient à la porte des grands pour leur offrir de les purifier des péchés dont eux ou leurs ancêtres pouvaient être souillés , au moyen de quelques sacrifices et de certaines cérémonies. Ils séduisaient noa seulement les particuliers, mais des villes et des républiques
entières.
(a) Théophraste, diaciple d'Aristote, parle des mêmes charlatans dans le caractère du superstitieux ( Theophr. Charact.
qui ne manque jamais, dit-il, d'aller tons les mob se faire expier chez les Orphéotélestet, d'y conduire sa femme et même ses enfants portés par leurs nourrices. Plutarque raconte ( Apophthegm'. Lacon.) qu'un de ces Orphiques, voulant exciter la libéralité d'un Lacédémonien , lui vantait le bonheur destiné
6lO VOTAGF DE LA GRÈGE.
grands cnmes. Cependant ils se garderaient bien, comme diez nous, de demander des dispenses du carême, qui
servent, dit-on, à prévenir des péchés capables de donner ia mort a notre âme immortelle^ suivant la doctrine . de certains orpbéotéiesteSb Mai» on se rédime à prix d^argent des plus odieux brigandages, tant il est vrai que chez les |Huplcs où la religion consiste en pratiques, les vertus $out comptées pour rien. Aussi les prêtres maniâtes ne rougissent-ils pas de suspendre aux autels des saints les eX'Wfo des pirates; ils prient pour leurs suo» cès; ils prétendent pouvoir les réconcilier avec le ciel; et uu scélérat bien contéssé va, suivant eu^L, tout droit en paradis à coté du bon Larron.
C'est cependant vers cette peuplade barbare que plusieurs puissances européennes ont tourné quelquefois leur attention, sans réfléchir qu'elle n'est pas plus . moralement que numériquement importante. D'après un état détaillé fourni par des embaucbeurs anglais, il résulte que les Maniâtes comptaient en i8(3 onze mille trois cent soixante individus depuis Tâge de quatorze jusqu'à soixante ans, formant la population armée de leur pays, et cinq mille neuf cent cinquante- un hommes capables de servir activement à l'extérieur. £n prenant pour base du tableau de leur population onze mille trois cent soixante individus capables de porter les armes depuis Fage de (juatorze juscju'à soixante ans, si on triple ce nombre pour les femmes, les eoiants et les vieillards plus que sexagénaires, on trouvera que le total de leur population peut se balancer entre
dans l'autre vie aux prêtres et aux inidés de sa secte ; sur quoi le Spartiate lui répondit : Que ne êe hdtes^ de mourir?