‹ Voyage de la GrèceChapitre 41 sur 224 · LIVRE XIII, CHAPITRE VH. m · texte numérisé non relu

LIVRE XIII, CHAPITRE VH. m

OÙ te Turc met le pied^ il ne croà plus d^herbe^

serait ce qnVîle fut autrefois , et FlUissus ainsi que le Géphisse ombragés de platanes couleraient eotre des rives fleuries. Le peu de précautions qu'il faut prendre pour se prémunir contre la variation des saisons et des besoins modérés (i), permettraient encore & l'homme d'y suivre l'élan de son génie, sans être distrait par la nécessité de pourvoir à des besoins impérieux qui en entravent l'essor et en limitent trop souvent ailleurs la sphère.

I^s paysans de l'Attique ne sont point, comme Ta prétendu d'Anville, des Valaques, mais des Schypetars ou Albanais de race caucasienne, et les nomades valaques n'y résident, comme on le dira, que temporairement.

La GuiUetière, qui prit terre au cap Sunium, parle

du premier village de l'Attique qu'il vît en se rendant à Athènes , en ces termes : ce 11 demeurait dans les ca- « banes qui le composent, de ces sortes de gens que « les Turcs et les Grecs connaissent sous le nom d'Arec naoutes, et nous autres sous celui d'Albanais. Ils sont «I eu partie originaires de la frontière occidentale de « la Macédoine et des montagnes de la Chimère. Ils u sont naturellement braves, déterminés, infatigables vo- «c leurs, et justement en terre«ferme de Grèce ce que « les Maniâtes sont sur mer. Entre cinquante brigands «iquon empalera en Turquie, il y aura quarante-neuf fc Amaoutes. Les empereurs grecs les tirèrent de leur

(i) La sobriété des Athéoiens était proverbiale même dans le temps de leur splendeur.

Athen. Deipnobuph., Ub. X» c* 3; lib. 11^ c. 8.

lia VOYAGE l>E LA. GRÈCE.

« pays sur la décadence de l'empire, parce que ces es* « pnts turbulents étant naturellement enclins à la ré- « volte, on crut leur faire changer d'humeur en les R faisant changer de séjour. On transporta les plus « mutins dans la Morée et aux environs d'Athènes* « Depuis il y en passa d'autres après la mort de Scan* « derbeg ; tous suivent la religion grecque, parlent « le turc, le grec et leur langue nationale. »

Décrivant ensuite leurs usages, le même voyageur raconte comment il ftit conduit par un de ces Albanais dans sa cabane, qu'il trouva très-propre ; le repas qu'on lui offrit se composait de lait, de fromage avec des gâteaux assaisonnes d amandes et de miel. Témoin d'une pompe funèbre, il vit le corps du défunt, étendu à sa porte sur une pièce d'étoffe , ayant à ses cotés une grande houlette et sa carabine , (jiii étaient son équipage de paix et de guerre. Il entendit les myriologies de sa veuve, et les derniers adieux de ses parents, qui lui demandaient pourquoi il les avait quittés. aQucUe sottise a de rendre l'ame; que te manquait-il? La bourse des « passants n'était-elle pas à ta disposition ? et quand a tu n'avais pas d'argent , ils en avaient pour toi. » Les plaintes des autres ne s'éloignaient guère de ce style. . . « Puisque tu es mort , s'écria le dernier en t< l'apostrophant , c'est une affaire faite ; dis seulement «à saint Pierre qu'il t'ouvre la .porte du paradis, et «r informe-toi si on nous venge en enfer des chiens de « Turcs qui nous maltraitent. »

La population actuelle des dèmes , ou bourgades de rAttique et de ses villages , est de quinze mille chrétiens, la plupart scbypetars ou albanais, qui ressemblent aux anciens Égicores ou ckevriers de la Diacrie.'

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