CHAPITRE VIIL
Honte d*A.thènes k Ëleiisb. «^Yme sucrée^ Céphisse Attique. Mont Pœcile. — Défile de Gaidation. — Monastère de Daphné, anciennement appelé temple d'Apollon. — Ruines du temple de Vénus Philé. — Inscriptions. ^ Gaki-Scala. — Iles Phannaciisèset Circé.—Khéiti ou ruisseaux salés. — ^Plaine de Thria. — Voie mystique. — Éleusis. — Souvenirs historiques. — Honumeuts. — Ruines. — Inscriptions. — A.quéducs.
En prononçant ces paroles avec émotion, M. Fauvel
me pressa dans ses bras : a adieu me dit-ii , mon ami , «je vais maintenant sentir tout le poids de ma soli- « tude ; je ne vous reverraî plus ( i ). » Je ne pus lui répondre. . . . notre caravane tournait le coin de la rue qui conduit À YJgora^ et je m'éloignai précipitamment. Nous prîmes un chemin que je ne connaissais pas encore, et je quittai Athènes en sortant par la porte qui remplace celle de Dipylon.
Nous entrâmes aussitôt dans la voie sacrée (2) , route autrefois bordée de monuments qui auraient suffi poiu: la rendre célèbre^ si die n'avait pas été illustrée par la plus imposante d^ cérémonies religieuses. Tous les cinq ans, des tliéories ordinairement composées de plus de trente mille personnes, précédées de chœurs de musique, la parcouraient , environnées des pompes et de la magnificence du culte mythologique, en portant la statue d'Iacchus , descendant de Jupiter par Dionysios, au temple d'Ëleusis, sanctuaire où se
(i) Mes rapports avec M. Fauvel datent de l'année xëoi^ lorsque j'étais prisonnier de guerre à Gonstantinople. (a) Paus^i lib. I , €• 36 j Suid. în voc* U^à
LIVftfi Xiri, CHAPITRC VIII. l33
célébraient des mystères qu'il n'était pas pemiU aux mortels de révéler. Chaque pays chommait ^es orgies ; Isiset Osirts avaient institué celles des Égyptiens; ou suivait les rites de Mithras eu Asie; eu Samolkrace c'était U mère des dieux qu*oii invoquait, comme institutrice delà congrc'gation des Gabires ; le Thesmophore des Béotiens était Bacchus; Vénus était la divinité puissante de Gypre. Jupiter en Crète, Castor et PcJlux à Amphisse, Vulcain à Lemnos , avaient leur culte secret; mais rien n égalait ie^ Panathénées. Le cortège avait ses stations marqiées par le rituel des £umolpides, qui contenait les procédés nécessaires pour opérer les prestiges destinés à entretenir la crédulité des peuples (i). Dans Tordre accoutumé des pompes, le Yan mystique, servant de bannière^ s^anrêtait à la colonne d'Anthémocrite (2), et au toinbeau de Scyros , pontife de Dodone (3), où Ton faisait des ofirandes. Ou laissait aussitôt à droite le mont Pœcile , pour entrer dans un défilé bordé de pins, qui conduisait aux temples d'ApoUon et de Vénus, auKquels on offrait des sacrifices. En descendant vers le golfe de Salamine, on couronnait le cippe de Théodore , qui fut le plus grand acteur tragique de son temps. Plus loin on brûlait des parfums devant la chapelle de Jupiter débonnaire, où Thésée s'était purihé du sang des monstres qu'il avait
(x) Kircher a publié un traité de mécanique, dans lequel il décrit les divers insU'uiiients employés par les prêtres, afio de foire pleurer la bonne àéésse, parler Apollon et produire dea^ illusions fantasmagoriques. OEdip., 1. 11^ p. 3a3.
(a) Paus. Attic. , lib. I , c. ^5.
(3) Jd. ibid.
l34 VOTA^E 1>K LA Glt^CE.
exterminés. On chantait des hymnes au rqpoisoir du figuier sauvage (i) sous lequel Cérès s^étatt arrêtée lorsqu'elle cherciiait Proserpuie , que Plutou avait ravie à sa tendresse maternelle. Ainsi eette^ proees» sion était une visite rendue aux dieux et aux grands hommes protecteurs et bienfaiteurs d'Athènes, dont l'histoire était représentée par des autels , des colonnes et des monuments votifs sur cette terre d'illusions, de fables, de vertus, de gloire et de tristes catastrophes.
Grâce aux écrivains dont les ouvrages ont eehappé à la barbarie , le voyageur attentif^ peut retrouver les vestiges des merveilles qui embellissaient TAttique. Â un mille d'Athènes, nous traversâmes un plant d oli* viers, ùh Yon me montra un puits antique, une chapelle délaissée, quelques colonnes brisées; et à peu de distance 9 nous passâmes le lit du Céphisse. An sor* tir de l'olivaie, nous aperçûmes à droite le hameau de Nozea ou Zovrea, et nous laissâmes dans la même dî^ redîon Oéphissia , terre de campagne d'Hérode Atti« eus (2). Après avoir contourné au midi te mont Pœcîle, nous arrivâmes à l'en droit où Ton avait élevé un tombeau à la courtisane Pythionice, dont la séducUon reposait sur les Ihres. A son approche les élégants d'Athènes chantaient, en le couvrant de ileurs: « hymnes, « schoiies, ame de nos festins, et toi lyre d'ivoire, tout <c dort sous ce marbre inanimé ; pourquoi mourir quand c( on était si jolie ?» Harpalus avait employé deux, cents talents à faire construire ce monument, contre lequel Lucien s'élève avec indignation, en pensant que les en&nts
( i ) Pans. Attic. c. 36 , 37, 38 et sêq. (a) A. Coll. Noct. Auk ., lib. I, c. 1.
biyiiizeo by GoOgI
LIVIIEXIII, CUAIMXKE VIII. l35
de la patrie , morts eu Cilicie en combattant pour ta itberté de la Grèce, n^aiiaieiit pas mémo on tombeau
de gazon (i).
Nous entrtmea presque aussitôt dans le (jiéfilé de Gflidarioa ( Vjfmer^ nom digne d'Harpal us), qui s'onvre entre les monts Gorydalus et Icai^, et à mi-chemin nous arrivâmes au monastère de Daphné^ hiti sur les ruines du temple d'ÀpoUon. Les deux dernières colonnes de cet édiiice avalent été enlevées par le dévastateur moderne du Parthénon. Il ne noua restait i voir que l'église, dans laquelle je remarquai un Cbrisl et des figures en mosaïque bien conservées. Je remarquai dans un des bas odtés uiie colonne antique; un cippe avec deux figures dans la cour ; et sur le pavé d'un corridor, je lus quelques kttres d'une inscription <p ne foirmeni plus aucun sens.
Apc^ avoir 6it mes adieux quelques personnes qui m'avaient accompagné, je yins faiic une pause au Umple de Véuua-Philé construit, dit Pausanias, en. argoUllies d'une beauté admirable (a). J'ignore si sous la nom d'argolitlies, que Gedoyn traduit Yài pLci'res NançheSj l'auteur a voulu indiquer une enceinte cyclopéenne ; mais la chose ne me paraît pas vraisemblable. A la vérité, je n'y ai aperçu aucune trace de ciment; mais comme on trouve parmi les décombres des tambours de colonnes cannelées, luxe des arts que
(i) Ce monument sépulcral est situé à rciïrémUé orientale tlu défilé qui donne entrée dans l'Attique, au point d'où l'on découvre l'acropole et le Parthéuon.
Position, lib. Si; Theopomp, apiul Athen., ïib. 1; Lucia^i, Uetair. Dialog. Xi }Dulheil, journal des SuvaoU», août
il) Paus. Achaîc. , lib. 1 , c. 37*
l36 VOYAGE DE LA GRiCff.
je u'ai jamais . vu adapté aux monuments pélasgiques , j*en <x>nclti8 que c'élait une constraction hellénique. M. Fauvel m'avait prévenu qu'il y avait découvert autrefois des colombes en bronze, provenant de quelques e3>voio , placés dans des encadrements qu'on voit sur le rocher qui s'élève au nord du temple. 3è reconnus &cilement les cadres creusés au ciseau , qui contenaient les oiFrandes des fidèles, et je pus, grâces à un fac simiie qu il m'avait donné , lire les trois inscriptions suivantes, qui rappellent la consé* oration de ce temple , qu'on prétend avoir été élevé par Démétrlus à sa mère Philé, qui était peut-être surnommée Aphrodite (i).
Satisfait d*avoir vu ce que je desirais, et de retrou-» ver les traces de la voie sacrée, qui tourne autour d'une partie du temple, qu'un torrent prolonge au septea-^ trion, je m'avançai dans la partie du défilé appelée Caki-Scstla. Nulle gorge ne mérite mieux, i'épitbète de mauvais chemin^ Au sortir de ce pas , nous déboa<r châmes en face de Tile de Circé qui, en se confon<^ dant avec la grande Pharmacuse et le cap Anchiale,
(i) inscriptions,
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LIVRB XIII, GHàFITRB TIII. 187
semble fermer de ce coté le canal de Salatnine. Nous étions , d'après mon estime , à deux lieues et un quart de chemin d'Athènes, lorsque nous entrâmes dans la plaine de Thria(i), et il nous restait environ cinq milles à parcourir pour arriver à Éleusis. Après avoir pris quelques gisements , je rentrai dans la voie sacrée , que ]e suivis jusqu'aux Rhéiti (2), ou sources salées consacrées à Cérès et à Proserpine , sur le courant desquelles on a construit des moulins. Je perdis à cette distance la trace des ornières creusées dans le rocher par les roues des chars, qu'on suit dqmis le temple de Vénus Philé. A quelques pas de là , je passai le lit du torrent appelé Céphisse Eleusinien, sur lequel il y avait autrefois un pont , où les pèlerins et les dames athéniennes qui se rendaient aux grands mystères d'Eleusis se provoquaient par des sarcasmes et des quolibets pareils à ceux qu'où entend au retour des Otes de Saint-Gloud (3).
Je me détournai vers la mer pour examiner des ruines eomposées de quelques colonnes brisées et d un pivH naos avec une espèce de porte ouverte à l'orient. La grève sablonneuse, la seule qui existe sur celte cote généralement escarpée, me porta à conjecturer que ce dut $tre dans cet endroit où, tandis que la pompe d'Éleusis faisait une station au figuier sacré, son attention fut tout à coup-frappée d'un spectacle inattendu.
(x) Paus. Attic. €. 37.
^Stoi. Ils servaient aux ablutioiis des initiés aux mystères
d*Éleusis. Paus. ibid. Hesych. in voc. ut supra.
(3) Hesych. in rtfu^ioçi. Suid. in r«çu^îi;«iv. 6(^hol. Aristoph. in Plut.
l38 VOYâGS DB LA GRIeCE.
Desceudaul du char qu'elle montait, ce fui dans cet endroit qu'on vit Phryné s'avancer lentement vers le
rivage, déliant sa ceinture, se dégager de ses vctciiienls, et, dénouant sa chevelure, entrer et se plonger eu na* géant dans les flots émus, aux acclamations d'un peuple
qui la saluait des noms de Cytliérée, d'Anadyomeue et d'Aphrodite.
Trois cents pas au nord de cette grève solitaire,
j'arrivai à un puits fort ancien, et, ensuivant la même direction, je m'arrêtai auprès des débns d'une rotcuide, oii je copiai une inscription en grands caractères grecs tracés sur un linteau en marbre blanc (i).
Nous entrions dans la plaine de Thria, à 1 époque des sanailles, qui s'ouvraient par la fête des Thesmo* phories, qu'on célébrait au mois de panepsîon (2) ou pyauepsion. On emblavait les campagnes après le coudier des pléiades, durant le mois de mairaakterion ou décembre , qui était terminé par les Prœroûes. le vis les paysans labourer les champs autrefois consacrés à Cérès avec des charrues modelées sur la forme qui Leur futdoi onee par Triptoième (3), inventeur du même soc dont on se sert maintenant et des aires sur lesquelles ou foule les grains comme aux temps antiques. La charnie,
(1) Inscription,
^TPAXaNLElAOTOÏ A . ^ . . O
nOikAAAAMOtNA TIAH AKAHA IZIAOTOSZTATONOZ KTA* . Ae NAIEÏÏ
(2) Salmas. Ëxcrcilat. Pliu. , p. 75*1, coi. i,
( H) Triptoième paraît avoir été tin reonomisîte qui deaituirait à Eleusis. Gronov. t. VII , Aotiq. Graïc.| p. 1 13.