LIVRE XIV, CUAPITRB I. I
Nous ftmes halte au |>oste des Mouches^ terrasse
oïl Ton voit une source abondante et trois grands réservoirs , ouvrage des Turcs. £n considérant quelques paysans occupés à labourer les champs , je songeai aux avantages dont ils pourraient joua avec un seul regard protecteur du souverain. Sans imiter les philosophes , qui , ne pouvant procurer le bonheur aux hommes ni le fixer auprès d'eux, le relèguent dans des contrées fictives^ j'en plaçais le séjour au centre des monts QËntens. Maïs en voyant les débris des routes tracées et restaurées par tous les dévastateurs du Peioponèse qui ont traversé llsthme depuis Philippe, père d'Alexandre, jusqu'au commencement du dix - liuîtièine siècle, je songeai que cette terre fut toujours le passage des conquérants, et que là paix en fut souvent trou'blée. Je profiLai d'une éclaircie pour relever, de la source de Migiais, les alignements des montagnes et leurs plans , qui s'abaissent depuis le ressaut de Caki- Scala jusqu'à la plaine de Corintlie.
Il fallut encore reconnaître ^ par des étrennes, Tat* tention des dervendgis , qui nous avaietfit apporté quelques quartiers de courges; et après les avoir quittés, nous traversâmes, dans l'espace d'une demi heure de marche, trois ruisseaux qui coulent vers Çencfarée. Nous avions perdu les traces de la voie publique, et je demandais oii était le beau point de vue dont on n'avait tant parlé. Les guides se taisaient. Je commençais à croire qu'on m'avait trompé, lorsque, après avoir escaladé une colline argileuse, j'aperçus tout à coup les deux mers, la campagne de Corinthe, les montagnes (le l'A^rcadie, et le ïaygète à l'horizon. Je fus saisi d'admiration ; et quoique le temps ait affaibli les im-
l8o VOYAGE DE LA GEÈCE.
presâiouâ que j éprouvai à cet aspect, je ne connais pas de termes capfd)tes de décrire un pareil tableau. Les sites du Pinde, la vue du mont Olympe, les beautés sauvages du Tempe, la perspective du bassin de la Hellopie et de Defphes, ne sont que des épisodes, si on les compare à l'aspect du Péloponèse et de ses golfes, que le voyageur découvre du faîte des monts (Jînieas. Mais ce coup d'œil fugitif s'éclipse, comme une sôè&e magique , dès qu'on change de position. A quelques pas de là, tout avait disparu-; nous venions d'entrer dans le lit desséché d'un torrent crénelé de distance i autre par des rochers, et nous suivîmes son cours pendant cinq milles , jusqu^au coude qu'il forme pour se rendre au golfe des Alcyons. A cette distance, je vis le sentier qui conduit , par les eaux thermales, au boui|[ de Péra-Chôra. Nous marchâmes ensuite en plaine jusqu'à la muraille dïxamilt, dont on reconnaît les soubassements. A peu de distance, nous guéâmes la rivière torrentueuse du Gontoporia pour prolonger pendant trois quarts de lieue des buttes crayeuses cpiî aboutissent à la porte boréale de Coriutlie. £nfin, après être restés plus de douze heures à cheval, nous descendîmes au même logement où nous avions été reçus lors de notre passage.
ZlVKt, XIY, GHAFITRB IK ^ l8f