CHAPITRE PREMIER
Dervena-Choiia , ou villages de l'Isthme. — Fontaine Sithnitlc. — Route de Mégare à Candili. — Poste militaire du grand défilé» Aëras. — Mont Macripla^i. — Bois du Massaci-e. — Po9te fonuine des Mouches ( Migiais ). — V^rsaot ntécidional des mootagnes.-- Défilé de Péra-Chora. — Muraille d'Examili. — Retour à Codnthe.
Les Dervena-Choria^ ou villages de i isthme de Corinthe, au nombre de six (i), parmi lesquels j'ai nom-
Ihbieau des Dervena-Choria.
des
fiBUllit.
C<>ndiini. • .
AUmmU.. . .
Mcgare . . .
Albau. et Gr.
kSo
Pcra.Qidra.
ToTAi des familira , des hommes d'armes et des
Total de la popuIatTon
2»tOO
^,45o a,too 63o
OBSfiRTATIOlVS.
Comme U-s ramilles sont trèsnombrt iiiirs , jc> U s ai calculées, «l'api le cadastre, à sept individus par maison, pour les hommes d'armes , jf ilois j)i/"vi iilr qu'on les pi i nd drpiiis l'âge rte qninw?
jusqu'il si)ixanlf ani. Je u'iii pas porté dam ce tableau la population de Kénettif qnl m'est incomme.
l'Jl VOYAGE DE LA GRÈCE.
mé Conclura et Mégare, forment un canton soumis à un régime particulier qui a pour objet de veiller à la
police des défiles (i). Quelle politique, ou plutôt quel hasard, a permis qu'une population chrétienne alba« naise fût préposée à la garde du Péloponèse? Quelle capilulaliou a pu lui conserver, au milieu delà Gièce . asservie , le droit des armes , et un rang sous les drapeaux du Grand*Seigneur? La connaissance de cette particularité n'est pas venue jusqu à moi. Je ne pourrais citer que des traditions ; et il m'est plus. facile de dire, diaprés le témoignage des auteurs anciens, les rapports des bourgades actuellesavec l'emplacement des villes historiques. Je ne crains donc pas de me tromper, en iixaut Érinea,ouÉriniatès(2), au voisinage de Gondura, bourg près duquel on trouve des ruuies. Je placerai , par suite de mes mductions, Pages auprèii de Yillia (3); Mazi,
(i) Routé par distances de Mégare à Condura. En traversant la plaine dans la direction nord, à 8 minutes» diapelle et poits à droite» puits à ^^auche. 9 min. restes de deux mars parallèles» peut-être ceux de Tanden aqueduc. 10 min. route à droite qui
conduit à Élciisis. 10 min. torrent, mines présumées d'Erenée ou Erinéc. 8 min. traces d'antiquités. 9 min. un peu à droite base des montagnes, oliviers. 12 min. torrent, ou entre dans le mont Citheron. 3 m. ancienne tour, bois de pins. a8 m. défilé, bon chemin, ravin à droite, route taillée dans le roc, traces des roues, route k droite percée dans le rocher. 7 min. passage affreux entre des rochers magnifiques , pins. 10 min. extrémité du défilé. 8 min. torrent, hauteurs abruptes. 6 min. chapelle. 7 min. cxtrcnulc de l-i jiliunc d'Eleusis. i2 min. descente. 2.1* min. mont Kérat.is à dr oite. 5 min. plateau cultivé. 26 min. plateau isolé^ deux cba|>eUes. 3i miu. Coudura. Total 3 heures 49 minutes.
(a) é^iyux, Paus., iib. I, c. 44; Éfivim^, Stcph. Byz. (3) Paus. , Plin , lib. IV, c. 7.
Uiyiiizeo by GoOgI
MVRE XIYt CHAPITBE U Iji
au nord iryEgostlièue(i) ; Pisa, hameau inodcruc, dans les monts Œniens, ne répood à aucun lieu connu; maïs Péra-Chôra, situé au revers du cap Olmiœ^ servira à faire reconnaître CJËQoé.
Le ciel s'étaot éckircî , nous partîmes de Mégare par un beau clair de lune , qui me permit de voir la fontaine dédiée aux nymphes Sithnides \^à) ; et quoique le jour dut tarder à paraître, j'y trouvai un grand nombre de femmes occupées à laver. On me fit remarquer une quantité d auges eu pierre, qui sont eu aussi grand nombre qu'il y a de ménages dans la ville. Je sus que le lendemain des noces, on conduit au son des vidonji la nouvelle mariée à lauge que son mari lui a réservée, et qu'elle y est installée en qualité de ménagère , dont la principale occupation est , à l'avenir , (le laver et de blanchir le linge de la famille. J^^ous étions à une demi«lieue environ de la ville, et à peu de distance de l'ancienne citadelle attribuée à Alcaihous, près de laquelle on voit maintenant quelques moulins à vent à huit ailes. Dès qu'on eut abreuvé nos chevaux , nous nous remîmes en Toute; et la lune s'étant couchée, nous tombâmes daus une obscjunté profonde. (Comme le terrain est parfaitement uni , j'étais sans inquiétude par rapport aux faux pas ; et quoique sans point de reconnaissance, je compris, au froid piquant qui se Élisait sentir, que nous marchions vers noe région élevée.
(i) Pans., ibid.; Steph. Bys.
(a) Paus., lib. T, c. 40. C'est probablement de ce cAté que se
trouvait le tombeau d'Iphinoé, sur lequel Ic^ filles de Mégare faisaient des libations et déposaieat une boucle de leurs cheveux, la veille de leur mariage.
174 VOTàGE D£ Lik GRÈCE.
Vers les six heures du matin, nous aperçûmes les
premières lueurs de l'aurore, et je vis sous mes pas une beUe et large route, qui se dessinait dans la di-* reetion du grand dervin (i). Les objets, qui s'édai* raient insensiblement, me raniinaient; et le soleil, dont nous eûmes le leter vers sept heures , me laissa aperoe¥oir Hle de Salamîne, les oôtes de rAttî* que et les îles du golfe de Saros. ^^ous étions à sept milles de Mégare , et noùs «pprodiions de ia base des montagnes, lorque je découvris la mer de Côrinthe et le mont Parnasse. Nous fîmes une demi -lieue entre la double perspective des deux golfes, et je remarquai que les monts OEniens se trouvent sépares , de ce coté, des chaînes parallèles de TAttique, comme ils le sont, vers Corinthe, des montagnes de i'Ëpidaurie» Ainsi ce groupe escarpé peut être considéré comme un système isolé entre le grand continent de la Grèce et la presqu'île de Moree , dont il serait le boulevard dans un système de défense régulière. Un autre Gélimer y trouverait une forteresse naturelle, du sein de ia<* quelle il pourrait improviser des attaques soudaines, à Tabri des rochers des monts Ubniens; et peut-être quelque Gédëon nouveau sortira un jour du centre de oes mornes pour délivrer les en&nts dlsraël (â).
(i) Cette route fut ouverte en ijiS par Ali pacha » sérasker, ou généralissime du Grand-Seigneur, lorsqu'il chassa les Vénitiens de la Morée«
(a) Gédéoo battait son blé dans sa grange , quâod Fange du
seigneur vint lui annoncer qu'il délivrerait le peuple île Dieu.
Roule par distances de Mégare au grand défilé, dans la
LiVIl£ XlVy GHikPlTHfi 1. 1^5
Nous percltmes toute espèce dlioriBon pour entnr
dans le lit desséché de deux torrents qui se rendent au golfe des Alcyons; et nous commençtons à monter un glacis couvert de pins , quand nous entendîmes des hurlements affreux pousses par les gardiens du grand défilé. Des hommes sales et noirs de fumée étaient sor<» tis d un hangar pour jeter le cri d'alarme, auquel les postes environnants répondirent par des vociférations prolongées ; et dans un din^d^osil , toutes les embuscades furent sous les armes (i). Nous nous dirigeâmes
direction oue<;t. A 7 minutes lit d'un torreat^ près d*un grand nombre de blocs de pierre. 8 min. on tourne à gauche. 5 inin. deux tumolus. 6 min. torreet, base dn mont CéramoD couverte de halHers, le mont Cilheron restant à la distance de deux
raiilt's à droite. 12 min. oliviers, citerne creusée dans le roc, fnmu!us. 8 min. éniinLurcs hoisios. >,2 imn. éj^lisc au pied du liioat Citheroo. Arbri$$4;au]^ y ou a))erçoit ia baie de Phaière ilans l*A.ttiqne. at min. rochers contre lesquels les Perses lancèrenty dit -on, des flèches. 7 min. soubassements d'un mur and^oe. 3 m. enceinte présumée de la ville de Tripodbcos» située SOT an renflement de la base du mont Géranien. 14 min. restes d'antiquités, tuniulu^ a droite. 19 min. haie de Livadostro , village de Porto-Ger niano regardé coirime Tancienne ^^'oslhène. PsaihoSy lieu voisin de Pagae. Ces deux villes étaient situées dans deux golfes formés par les projections, du mont Githeron. Total a heures 33 minutes.
(1) Les postes, qui sont au nombre de onze, se contentent de pviisserdes cris alin de prévenir de l'approche des voyageurs , dits se servent de signaux pour annoncer les corsaires et les pinies. Uo certain nombre de coups de fusil indicpie 1c nombre et la marche des bandes de brigands de la Rooiélie. ^ces atîs rapidesy on peut, dans l'espace de quelques be«resy opérer la levée en masse de tous les paysans préposés à la garde des défilés de l'ibihiue.
176 VOYAGJi DE hX GRèCJS.
vers le poste de Candili , où réside le lieutenant du
derven-aga ; et nous i luies iiulte au caravansérâii qui est le logement des marchands et des voyageurs.
Comme on n'exige pas de passe port pour entrer en Morée(i), nous fûmes peu questionnés; et mon drogman , après avoir donné les étrennes au chef du poste, nous annonça que nous pouvions partir quand bon nous semblerait. Les postillons se préparèrent; mais, avant tout, je voulus prendre les gisements , qui m'ont servi a 01 lenter les ports de Psato et de Gemiano , daus le {itortulan du golfe de Cohnthe.
Après cette opération, je quittai le caravansérail de Candili (a); et à peu de distance, nous trouvâmes en-
(i) C*est pour sortir de la presqu'île qu'il faut un boiourdî du visir. Les inuleficrs ne sont tvwus de se muoir que d'un tesAéret, ou acquit^ sigaé du derven-aga qui réside à Corinthe; et ces sortes de passavants, tant ceux qu'on délivre à Tripoiitza qu'à Corinthe y rapportent une somme annuelle de cinquante mille piastres au vbir.
Indépendamment de cette redevance, les chrétiens sont souinis an kcphaliatico , ou passe - debout , à raison de dix paras par tête.
11 y a un autre droit pour le transit des marchandises^ qui est :
Pour chaque charge de café, de 3 i/s piastres^
Id» de draps 5 Id,
Et pour toute autre espèce de marchandises
manufacturées 2 1/2 Id,
Pour assujélir chacun à ces droits, le passage de la voie Hadrienne par les roches Scyroniennes n'est permis qu'aux Mégariens , qui ont un abonnement réglé et fiiw d'après un tarif particulier.
(a) Route par distances de Candili à Corinthe. A. 11 minutes» coude tournant omhragé de pins. 29 min. passage anciennement fortifié entre deux sommets des montagnes, qui pourrait devenir .
iiiyja£ XIV, cHAPiXjiE 1. 177
oore un poste dont les gardiens vinrent tendre la main
pour nous demander des étrennes. Cette fouie de gens qa'on rencontre en Turquie me rappela le proverbe deDucange (i), que c'est de Vargent «i toujours de l'argent qu'il faut donner à tout venant. Le défilé daus lequel nous marchions est plongé sur ses flancs par des embuscades d'Arnaoutes, qui ont leurs huttes au milieu des pins. Nous montâmes de là jusqu'au coi des monts Œniens appelés j^éms , ou la Tourmente^ en laissant à droite un torrent qui se décharge dans le golfe de Corintlie. Nous avions en lace deux pics calcaires, qui servent de points de reconnaissance aux navigateurs pour se diriger sur le mouillage d'Agrilos et vers les Bonnes- Iles , Cala - Nisia^ lorsque nous entrâmes dans le passage de Caki^Scala^ Cette descente, qui na rien absolument de mauvais, nous conduisit à une belle route tracée sur le versant du mont Macryplagi y qui regarde le golfe de Saros. Des chasseurs
inexpugnable. la min. la vue $*étend à cette distance.aS mio. fidte du mont GeranieDy couvert de pins à droite» large tor~ rent. min. soubassements d'une ancienne muraille. 14 min.
descente rapide. \l\ min. terrain saccadé et labouré de torrents, ruisstau, fourra de mvrtes et de grenadiers, carreaux de terrain cultivés, séparation du mont Géraniea des monts OEnic ns. la min. ruisseau. i3 min. platane, Migiais, citernes. %i min. point de vue d'où Ton plonge sur les deux golfes. 6 min. fontaine à droite. 61 min. descente vers le golfe de Corinthe.
min. carrières* 10 min. cap Olmiae. 5 min. espace creusé. i3 min. ancien mur de fortification. 4 min. ruisseau. 20 min. ruisseau. 16 nufi. Corinthe. Total 6 heures.
Canc. , p. aa5 , in not.
lîTapprirent qu'il existe un lae dans les escarpements de cette montagne, ainsi qu'une quantité considérable de cerfs ^ de chevreuils et de sangliers. Je vis voler autour de ces rochers des aigles, des milans et une grande quantité de ramiers. Je remarquai de vastes d^âts dans les forêts de pins, que les bergers incendient pour le seul plaisir de détruire, et qu'ils finiraient par e&tiiper s'ils étaient plus nombreux.
Nous dominions à gaoche sur un terrain inculte , traversé par le torrent du Massacre, qui coule du nordouest au sud-est; et parvenus à son origine, nous entrAmes dans le bois qui lui donne son nom. On j montrait, il n'y a que peu d'années, un lieu rempli des ossements des Albanais qui y furent exterminés par le visir Cassan pacha, en 1779. Xe ne vis plus, dans cet endroit arrosé de sang, qu un ravin ombragé d'aunes, de bouleaux, de pins, d'érables, et de lauriers- roses, arbres de climats différents, qu'un même sol fait croître et prospérer. On circule au milieu de leurs touffes épaisses pour gravir une colline, d'où Ton descend, par un sentier difficile au fond d'une gorge traversée par un ruisseau , qui coule vers le port Schœnus. On arrive ensuite à une route pavée en dalles schisteuses; et je comptai que nous étions à trois quarts de lieue du boi$ du Massacre, lorsque nous eûmes franchi un second coteau. Nous nous trouvions au bord de la rivière de Pisa , dont le cours est ombragé de myrtes et de grenadiers. Ses buissons étaient alors remplis de merles et de grives qui muaient leur ramage triste comme les harmonies de l'automne, au bruit des eaux de ce ruisseau , le dernier ipi'on passe avant de mon* ter au plateau de Migiais,