‹ Voyage de la GrèceChapitre 98 sur 224 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Origine tie l'Aogelus. — Tripolis , aujourd'hui Xripolitza. — État de celte ville. — Inscriptions. — Tégée, ses ruÎDes. — Sources et gouffres de l'Alphée.-^ Asea. — Mantinée. — Ses ruines. — OrchomèDey aujourdliui ](.alpftkL — Roate de Haitinée à Argos. Route de TripoUua à Lerae. — Xdi^ d^I^TUc buiiioiumé les Moulins.

« L'Ârcadie est tournée vers TArgolide^ et de ce te côté habitent les Tégéates et les Mantinéens. » Après avoir donné ce gisement et iait connaître les dynasties héroïques qui régnèrent dans cette province^ Pausanias, ébauchant la topographie du Ménale, décrit Tégée et Mantinée. Il représente celte dernière ville comme la plus importante, puisqu'elle était per* cée de telle sorte y qu'il y avait des elieinins (jui menaient de ce point central dans le reste de l'Arcadie (i). Strabon ne parle que transitoirement de Tégée et de Mantinée, dont nous croyons à propos de faire connaître remplacement et les ruines, avant de poursuivre notre itinéraire à travers les régions les moins connues de TArcadie.

(i) Paus., 1. III 9 c. 1, 10.

VOYAGK T)P. hX GR^CÊ.

Un séjour de neuf mois à Tripoiitza, en f 799 , nous

a mis à purtt c de connaître cette capitale de la Morée, qui est située au centre de la Tëgéatide. Les habitants croient qu^elle a pris son nom de la réunion de Mantinée, • de Tégee et de Paliantion, dont elle se composa lorsqu'elles furent renversées. La chose est possible daos un sens, s'ils entendent qu'elle devint le refuge de leurs habitants lors de la destruction de ces vdles, qu'on peut rapporter à l'année i456. A cette époque, le fléau des hommes, Mahomet II, ayant converti les églises du Péloponèse en mosquées, divisé son territoire en spailicks et en timars pour doter ses soldats , enlevé la majeure partie de la population , répandit une terreur si générale , que l'église d'occident s'en émut. On sait comment le pape C^Iixte III ordonna alors qu'on fît des prières à la mère de Dieu, dans toute la clirétienté, trois fois le jour; qu*on sonnât dans les églises, pour avertir les fidèles de les réciter ; et Vangeius fut le signal d'alarme destiné à venger Tinjure faite â l'humanité et à la religion : mais Vangeius seul est resté, et la Grèce fut oubliée des qu'on cessa d'avoir peur pour sou compte. Tégée et Mantinée n'étaient plus, lorsque les Grecs descendus du mont Ménale, dans lequel ils s'étaient réfugiés, vinrent habiter Tripolis, acropole que Tite-Live place vaguement sur les confms de la Laconie et du territoire de Mégalopolis et que Pausanias range au nombre des bourgades appartenant aux Orchoméniens (a).

( 1} Tit-Liv. , Ub. XXXV, c. a? ; Strab. , VIII , 386 ; Polyb. , IV, c. 81.

(îè)Paus.,l. VIII, c. 27.

LIVRB XIV, CflAPlTRE VI. ^^j']

Les routes postales de Patras, Gastouui, Arcadia , Navarin, Modon^ Coroo, MUtra, Corinthe, aboutissent à Tripolitza, couime tous les chemins de l'Arcadie, qui est la provÎDce centrale du Péioponcse, rayonuaient autrefois vers Mantinëe, La capitale de la presqu'île, située au pied du mont Ménale, est environnée d'un cordon de murs bâtis il y a près d uu demisiècle, ainsi qu'un petit fort assis sur une hauteur. De distance en distance on remarque des espèces de bastions pratiqués dans le rempart, qui, est. garni d'une banquette étroite et percé de meurtrières. L'ar* tillerie en fer qui est jetée sur quelques plates - formes porte les armes de Saint*Marc* Le plan de la.ville est irrégulier; son terrain, inégal, coupé, montueux, eutreniêlé de terrains inhabités, de champs labourés et de flaques d'eau croupissante. L'enceinte qui enveloppe ce cloaque a six portes et une espèce de poterne pour le service particulier du sérail de S. A. le satrape de Morée. La principale porte, qui est dorée , et sur laquelle les croissants avec les queues sont arborés , est celle de Nauplie, située à l'orient; la seconde est celle de Calavryta , placée au nord , par laquelle on sort pour se rendre à Mantinée; la troisième a pris le nom de Caritène, et se présente au N. O. ; une quar trième, voisine du château, donne issue dans la campagne ; la cinquième conduit vers Londari , et la nxième est celle qu'on prend pour aller à Tégée, dont on trouve les ruines sur le chemin de Lacédémone.

La ville n'a d eau coulante que celle des. sources du mont Ménale; et cette rivière, sur laquelle on a bâti quelques moulins, après avoir traversé le quartier des tanneurs et alimenté les bains publics, ne traîuc plus

276 VOTàGB DB LA OilÈCE.

qu\\n cours qui est à sec pendant une grande par- ' lie de Télé* C'est à cause de cette disette d'eau qu'on a conduit à Tripoltt», au moyen d'un sonterraEzi ou canai hydraulique, une source abondante qui se trouve à quelques milles de distance.

Le sérail du visir occupe une grande partie du terrain compris entre la porte de Mauplie^ à cause de ses dîfiR^rentes enoeintes. C'est k proprement parler un vaste hangar en bois, élevé sur un plan carré divisé par une aile de bâtiments qui le sépare en deux twkù tju cours distinctes. Un traste corridor conduit à toutes les chambres; et les Arnaoutcs qui composent la garde dn pacba couchent hiver H été sous cet abri. La Oftseme Jës Delis, qui sont des espèces dehouzards, et le hareni ou quartier des femmes ^ font de cet assemblage de huttes une bourgade ou quartier qui a ses fours, ses bains, ses boucheries, ses écuries, sa mosquée, son gibet. On y trouve aussi des chiens, des rniaus» des mollahs^ des àniers, des codjas ou instituteur, des théologiens, des bouffons, des prisons, des geôliers, des bourreaux, des saltimbanques, de^ derviches ou cyniques, et des fiimiers.

Vers le miheu de la rue prmcipale, qui traverse la ville du nord uu midi , on arrive au bazar , qui est divisé en autant de rues qu'il y a de principaux corps de métiers. 11 est ombragé de platanes et de gros arbres, sur lesquels les cigognes établissent paisiblement leurs nids , sans s'effrayer des pendus qu'on y accroche. On voit presque partout des fontaines bien entretenues, et chaque maison a son puits , tm l'eau , qui y abonde à peu de profondeur, est de médiocre qualité. Les rues , à lexception de la grande, sont pavées seulement

Page 1