LIVRE XlYj CUAPITRE V
de Saint-Rhéontas quittent les bords insalubres de la cote pour entrer dans cette région, d'oii ils ne redesœndeat «pi'après la Saint-Dimttrt ^ qui est l'époque de la clôture de l'Archipel (i).
Les routes qui rattachent Néo-Prasto et les .diffé* rentes villes de la Morée^ rentrent dans la plupart de celles que Pausanias a trac ccs cnUv la Tégéatirle t l la Laconie. Ainsi ^ au sortir de Prnsto (qu'il ne faut pas confondre avec Prasiès), si on sait pendant deux lieue» à Toecident un sentier pratiqué dans la chaîne de Ma* lévo, on arrive à £nglovi, village de soixante -deux familles grecques; et il part de là une traverse qui conduit à Carya, qu'on croit avoir remplacé l'ancienne Carye. A cette distance ^ le terrain redevient classique ; et au troisième détour du Malévo, où Ton suppose qu'Hercule, vainqueur d'Hippocoon , avait élevé un trophée, on aperçoit la chapelle de Notre^Dame^de-' Carya, qu'on croit bâtie sur le terrain du temple de Diane aux noyers ("i) j arbres communs dans -cette région froide de la Laconie. £n poursuivant la route
de Tripolitza, après avoir fraiiclil j)Uisi('urs montagnes nues, on arrive, dans deux heures de marclie, au village de Rizès, où commence Tancien défilé des Her^ mes; et de là jusqu'aux ruines de Tégée, la distance est de trois milles en plaine (3).
(i) On appelle , dans celte partie ,du Levant, clôture de l'Archipel» la Saint-Dîmitriy parce que l'escadre du capitanpacha » qui part de Constantioople à la Saint-Georges , pour croiser dans la mer Égée, rentre à cette autre époque dans son quartier d'hiver.
(a) Pans. , Hb. 11 1 , c. lo.
(3) Sur ceUe route, qui condtiit h Tri|>ulitza, ou trouve les villages de DougUana» Magoula et Zcvgalatio.
Saint -Rhéon tas, ou Eléonition, port situé quatre lieues à Të. S. E. de Prasto, a, suivant toute apparence, remplacé Prasies (i), ou Brasies, ville adossée à une liioïîlagiie, d'où elle avait pris le surnom d'Oréate. Lt^s rochers, maintenant déboisés, qui se détachent en séboulant, ont tant de fois écrasé les maisons, qaeli^ habilaiits ont quitté cet emplacement pour s'établir sur nn promontoire qui se recourbe en s'inclinant en pente douce au nord-est et en enveloppant lé port de Rtiéontas. D'après les renseigneineiils que j'ai pris, ii parait quoa n*a découvert dans les ruines de Prasiès qu*uti petit nombre d^inscriptions , qui ont été^ dit-on, relevées par M, Gropius d'Athènes, ainsi que quelques médailles, dont la plus importante est au typé d'Aréus, roi de I^cx>nie (a).
Trois lieues au septentrion de Rhéontas , on arrive au petit port de $aint-Jean, près duquel il sWt formé un village , qui est une échelle de cabotage où Ton charge des végétaux et les légumes, qu on porte aux marchés de Nauplie et d^Hydra. Au^Ià de ce mouillage , on place dans l'intérieur des terres , sur le penchant du mont Pamon , les villages de Théodouriana et de Gréveno, qui confinent avec le Troebos par la vallée d'Aglado-Campos. Quant aux ruisseaux décorés des noms de Thyrœus et de Phryxus , ce sont des torrents qui ne coulent que pendant Tliiver.
(1) Pnsi». Strab.t tib. VUI, p. Pau»., lib. iU, ai et a4 ; Thucyd., lib. II; Ptolem., lib. III, c. i6; 3tep|i. ]ijs>
(2) Jrgent. Tète d'Hercule jeune, à droite, avec la dépouille d'un lion.
R, Massue entre deux étoiles symboliques des gémeaux ou Diosciires.
LIVRR XIV, GUAPITIIR V. I
lies habitants de Pnislo ^ de Saint «Rliéoiitas se
sont enricllis en prêtant les capitaux provenaiit de leurs épargnes, aux navigateurs de Spezzia et d*Uydra, chez lesquels il les placent au cours du change marilune. Ils tirent d'autres revenus pins assurés de la frrme générale du beurre à Constantinople, qu'ils possèdent en vertu d'une concession particulière des sultans (i). Aussi ce canton , (pioique peu étendu, est-il un des plus riches de la Morée, en argent. Sa population, distribuée dans quatorze bourgs ou villages, eutre dans le cadastre de lacapilation pour deux nidle quatre cent soixante-deux billets de caratch. Afin de parvenir, d'après cette base, à faire le dénombrement de leur population, il faut, m a-t-on dit, supposer trois de ces billets pour deux familles; et on en trouvera six mille ceiit cinquante -cinq, qui représentent trente mille sept cent soixante-quinze individus.
Indépendamment de ce nombre de chrétiens soumis à la juridiction ecclésiastique de rarchevêque de Sanit-Khéontas,ce prélat étend son apostolat sur vingt» huit bourgs ou villages de la Laconie , au nombre des* (juels sont compris Amyclée et Hélos, dont le territoire aboutit à Tembouchure de 1 .burotas. Cette contrée, que j'ai classée, dans une note du chapitre précédent, parmi les villages suffi agants d'Argus, en avait été démembrée depuis J780. Par suite de dispositions particulières, les revenus royaux étaient appliqués à
(1) Les Tchacons, ou Laçons, du canton de Saint - Pierre, Grecs d'prigîne Gomme les Maniâtes , jouissent à Consbmtiaoplo de VappaliOf ou ferme du beurre, qu'ib tirent en grande paitie de la Crimée; ils ont leurs statuts et leur police particulière.
VOTAGB DE LA GaicCB*
la dotation du chef des eunuques noirs du sérail impérial de Ck>n8laûtinople; et un Africain mutilé se trouvait ainsi le maître du territoire autrefois possédé par les fils de Tyndare et de Lycurgue. Comme son indolente suprématie ne pouvait protéger ses vassaux que par des firmans, les beys de Mistra, aidés des Sdiypetars Bardouniotes , ne tardèrent pas à les hai^ celer, au point d'obliger la Porte à rétracter la donation qu elle avait faite au grand eunuque. Ainsi depu» quelques années les Hilotes modernes, toujours esclaves, ont courbe leurs têtes sous le joug des Spartiates inahométans, qui ne le cèdent en rien, pour la barbarie, aux républicains farouches dont les vertus exclusives furent toujours &tales à la Grèce.
C'est à cuiq lieues environ au midi de Prasto qtfon entre dans le territoire suffragant du métropolitaui de Rhéontas, en pénétrant dans le coli de Cosma ou Cosniopolis, séjour de trois cents familles cbrétieooes. Ces restes d'une population réduite en servitude par les agas de Pôtamia (i) vivent, comme les ancieos Eleutliéro-Lacons , divisés par tribus, sous le commandement de leurs gérontes, ou vieillards. Mais, plus laborieux que guerriers, la plupart sont cultivateurs, bergers, ou occupés à Uiller, dans leurs carrières, les meules de moulin qrfon exporte dans une grande partit des îles de FArchipeU
Quatre lieues au midi de Cosmopolis , on trouve
(i)Potamia, chef-Ueu du canton albanais de Bardouoia, dans le mont Taygète. Il y a un petit fort avec quelques canons, qui servent à sokimiser les fêtes du bayram; ladistaacf de là jusqu'à Marathonisi , port de mei , est de douze milles.
LIVER XIV, CHAPITRS V.
lliérarchi, bourg de cent trente feux, qu'on croit avoir succédé à lancienne Géronthre (i). La campagne qui s'étend au-delà jusqu'à la mer s'appelle Hélos , nom qui a survécu à celui de rorgueilleuse Sparte (2). C'est devant Hiérarchi que se croise avec le chemin de M istra le sentier conduit à Moncmbasie (3) ; et en remontant vers ia première de ces villes, on peut encore yoir les restes d'Amvclée, où l'on retrouve des marbres chargés d'inscriptions (4). C'est aussi de ce côté que finissent les villages suffragants d'Argos, qui figurent
(i) Pans. , lib. III 9 c. 22; Stepk. Byz. Toute cette coutrép n'est habitée que par des Grecs.
(a) Hélosy lUad, , lib. U, y. 91 ; Paus. , lib. III, c. aa ; Strab.» lib. VIII ♦ P. a65î Plutarch. , Jn VU. Lycurg.
(3) De Mistra au mouillage dHélos, on compte quatorze heures, et autant de Mistra à Monembasie. Le géographe de Nubie évahie cette distance à XC. M. P. , p. 1 92. Le poème Ms. de ia guerre des f rançais en Morée , parle d Hélos, qu'il écrit AIXos et d'une contrée appelée Pasavas :
Us desoendirent des villages voisins de Monembasie à Hélos« dans la contrée de Pasavas et dans les lieux circonToisins.
(4) Fragments troupés à Amjrclée*
. . M KESOISrEPlE
. .OininAPONOM Sur le même . .UPESBïS marbre.
. . . noznoprinioY eo . . .
. . ANAPIAS. BOÏAA KAM. .
..2 KAI PAMMATO *M NIKI
.eAiNFEAOZAAMO ËÏAAM
VOTAGt DE LA GRIsGE.
dans son cadastre comme des domaines semblables à nos évécliéfi in partibus (i).
£n remontant Tancien défilé du mont Zarcx, on passe au-dessous de Saint-Basile, village autrefois dépendant du comté de Belvédère eu Élide. Ce hameau est enclavé maintenant dans le diocèse de Rhéontas, qui exemptait , il y a vingt-cinq ans, dix-sept cent trente familles répandues dans fes difierentes régions de cette partie de la Laoonie. Là , comme dans le Ménélaon (Malévo), et sur le cap Ténare^ on parle dorien, et les paysans sont de race laconienne. Vainement quelipies voyageurs ont prétendu reconnaître chez eux l'idiome €^Iavon, il leur est absolument étranger. Oa ne trouve même dans leur pays que quelques tribus de Schyptjtars lizérites, qui s'établirent à Rardounia et dans le Pente -Dactyli, sous le règne de l'empereur Michel IIL
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jÇffr une pierre,
eilPAlOAACKAIMEnACIX nAMETlMOC OENIAATOM dHrATEFA.
(i) En poursuivant la cote de rKlt'Uthoro-Lnconic, on compte, depuis remboiichure de l'Ëurotas, trois lieues jusqu'à Kyparissi, village situé au fond du golfe de Cyphante, que les Laçons âppclleDt maîntenant Poulithra. Il y a là des satines et des pêcheries closes, où les habitaats prennent la quantité de poisson nécessaire à leur consommation , n*osant guère s'aventurer pins loin, à c.iiisp des forbans du cap Malée, qui les font esclaves poui eu tirer rançon.
tiVafi XlVf CHAPITRB Vl* 37$
Les oliviers et les mûriers sont les arbres des vallées méridionale» de la partie de la Laconie dont je viens d'ébaucher la topograpiiie. Dans le iiioiit Coraco- Vouni^ on ne trouve guère qu^e des châtaiguier« ; et le» Prasiens doivent en général leur opulence à leur . industrie piutot (juà U f<^rtiUté du territoire qu ils habitent