‹ Voyage de la haute Égypte; observations sur les arts égyptien et arabeChapitre 2 sur 24 · CHAMPOLLION · texte numérisé non relu

CHAMPOLLION

gue écrite dont le nom, durant tant de siècles, a été synonyme d'indéchiffrable. Chose inouïe, ce qui sert, dans tous les pays du monde, à manifester l'idée, servait ici à la voiler ou à l'obscurcir.

Cependant il devait venir un jour — ce jour est venu dans notre siècle — oti un homme de génie percerait les ténèbres qui enveloppaient le passé de l'Egypte et, faisant parler ces figures si longtemps muettes, expliquerait aux Égyptiens euxmêmes les pensées et les récits de leurs ancêtres.

Chacun sait que le point de départ des études de Champollion fut la pierre de Rosette, découverte à la fin du siècle dernier par des officiers français. Cette pierre portait une inscription gravée en égy})tien et en grec, en l'honneur de Ptolémée Épiphane, deux siècles avant notre ère. L'inscription égyptienne, en hiéroglyphes, était transcrite audessous en langue démotique, c'est-à-dire vulgaire et cursive. On avait donc, pour deviner l'énigme, une écriture en trois langues, dont l'une parfaitement connue, le grec. Déjà Silvestre de Sacy avait essayé ce déchiffrement et indiqué, avec une sagacité rare, quels étaient les groupes de lettres qui, dans les caractères démotiques, exprimaient les noms propres. Mais rien n'était fait encore, lorsque Champollion, en France, et le docteur Young,

en Angleterre, retrouvèrent en même temps le secret perdu, avec cette différence que l'interprétation du docteur anglais demeura stérile, tandis que la méthode du jeune savant français créa la science des hiéroglyphes. L'un et l'autre possédaient une clef; mais ce fut celle de Champollion qui ouvrit, et aujourd'hui, après quarante-huit années d'épreuves, l'excellence de ses principes d'investigation et de lecture est glorieusement démontrée. Ainsi ont été ou seront restitués au genre humain les titres des frères aînés de la civilisation ; car aucune nation ne remonte, à beaucoup près, aussi haut que les Égyptiens dans l'histoire du monde. Partout ailleurs la certitude historique, la chronologie positive s'arrêtent vers le huitième siècle avant Jésus-Christ, et tout ce qui dépasse cette époque jusque vers le vingtième siècle est confus encore et touche à des événements fabuleux. Les livres sacrés de l'Inde ne paraissent pas avoir plus de trois mille cinq ou six cents ans. La grande épopée sanscrite célèbre des faits qui sont à peu près contemporains de ceux qu'Homère a chantés, c'est-à-dire du douzième siècle. En Egypte, au contraire, l'authenticité des traditions, l'âge des Pyramides et du Sphinx font reculer prodigieusement les Hmites de l'histoire. A l'époque

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