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PRÉFACE

D'après les conseils de MM. Élisée et Onésime Reclus, le traducteur du présent voyage, qui a déjà fait passer dans notre langue plusieurs autres récits d'explorateurs polaires, a eru devoir remplacer par des mots français les termes anglais dont sont hérissées les descriptions des explorateurs des hautes latitudes, Rien de plus énervant pour le lecteur français que ces éternels pack, iceberg, hummock, land ice, old ice, floes, fields semés à pleine main dans le texte, comme une infatigable proclamation de l'impuissance et de la pauvreté de notre idiome!

Le mot banquise est consacré depuis longtemps, ainsi que chips 3 et bancs (sous-entendu We glace) qui sont les floes, lus ice fields des Anglais; comme on sait, la banquise est une prodigieuse étendue de

glaçons cimentés en champs et en bancs soudés les uns aux autres par le gel des hivers arctiques ou antarctiques. .

Loose ice a été traduit par isbrède, terme fourni par l'Interprète maritime anglo-français du lieutenant de vaisseau E. Pornain (Toulon, 1877).

Pour hummock, pour land ice, le traducteur a recouru, par une heureuse inspiration, aux Français les plus voisins des glaces éternelles, aux Franco-Canadiens qui, de proche en proche, paraissent destinés à coloniser leur grande part d'Amérique du nord, jusqu’à la lisière même de l'hiver sans fin. Sans le savoir, il répondait au vœu récemment exprimé par M. Napoléon Legendre, dans la Revue du Monde latin.

« Nous autres Canadiens-Français, nous avons, dit-il, créé où

Il PRÉFACE

conservé près d'un millier de termes que nous pouvons réclamer

comme nous appartenant en propre...

« Il faudra bien que l'Académie française se résigne un jour ou l'autre à les accepter : meublier vaut bien ébéniste; carré, char, lisse et palinoir ont infiniment plus de raison d'être que square, wagon, rail et skating rink.

« Les dictionnaires francais donnent tous les jours asile à une foule d'expressions dérivées soit des différents dialectes des provinces françaises, soit des langues étrangères, Et, dans ce dernier cas, on ne prend même pas la peine de franciser le mot, témoins les tagons, les tenders, les rails, les steaners, le turf, le sport, ete, Pourquoi done ces mêmes dictionnaires n'accueilleraient-ils pas des mots provenant d'un pays qui, par les preuves qu'il a données dans toute son histoire, a bien le droit qu'on lui conserve son Utre de provinee française, et qu'on lui permette de travailler au développement d'une langue qu'ila sauvée sur ce grand continent d'Amérique au prix des plus grands sacrilices?

« Un auteur a dit avec raison, « Quand un peuple perd sa langue, «il est bien près de perdre sa nationalité, » Eh bien! cette langue francaise dont nous étions les dépositaires, les gardiens, nous l'avons, nous, scrupuleusement conservée: et voilà pourquoi, après une séparation de plus d'un sièele, nous sommes restés Francais, et Français quand même; voilà pourquoi, sans vouloir indiserètement nous imposer, nous réclamons notre droit de naturalité; nous demandons que, lorsqu'il s'agira de la langue de France, de cette langue que nous avons aimée et que nous timor encore par-dessus loutes les autres, on nous donne au foyer maternel l'humble place restée vide si longtemps; qu'on nous permette de faire partie de ce conseil de famille, quand il prononce sur des intérêts qui Biennent à notre vie même,

« Autrefois, quand un citoyen romain voulait faire reconnaître ses privilèges, il n'avait qu'à prononcer ces simples mots : « Civis Romanus sin ». À notre lour nous répélons ce er, qui doit nous rouvrir ioute grande la porte de la patrie. « Nous sommes restés » Français! »

L’entremise d'un Français béarnais habitant Montréal, M, le professeur Coussirat, lui a valu le concours d’un des hommes éminents du Canada français, celui qui connait le mieux le Saint-Laurent maritime, ses côles, sa navigation, ses dangers, celui qui à le plus

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