WEST MAIN STREET WEBSTER,N.Y
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main, dès l'aube, Chipp essayera de gagner la terre pour y chercher des traces du passage des blancs.
30. — À lrois heures du matin, Chipp est parti dans la baleinière avec MM. Collins, Dunbar et Alexey. Celle fois ils ont pu débarquer, et même recueillir des indices précieux. A leur entrée dans la hutte du chef, reprise de la scène de la veille; on se livre des deux côtés à une pantomime effrénée el toul aussi inutile; puis un des naturels pousse en avant une squaw toute ridée, originaire de quelque terre du voisinage de l'ile King. Alexey la comprend, il cause avec elle, Désormais tout va comme sur des rouleites. Confirmation pleine et entière du récit de la baie Saint-Laurent : Horpish toujours sur le tapis. Chipp nous amène le chef de la tribu, escorté de la vieille; on nous répèle la même histoire en ajoutant que les blancs avaient hiverné sur la côte est de la baie Kolioulchin et construit une maison (un observaloire?) qu'en s’en allant ils avaient démontée et emportée. Ni dates, ni noms, sauf le sempiternel Horpish.
Si Nordenskjüld avait laissé quelque nole ici ou à la baic Saint-Laurent, il nous eût épargné bien des recherches. Mais comme il n'avait lui-mème aucune crainte sur sa posilion et ne soupçonnail point la fièvre d'inquiélude excilée à son sujet en Europe et en Amérique, il est tout excusable de n’y avoir point songé. La baie de Kolioutchin n'étant pas trop en dehors de ma route, j'y donnerai un coup d'œil en passant.
Dans le cas où quelque voyageur, venant après nous, désirerait savoir si nous avons touché à Serdze Kamen, je m'assure que le chef comprend bien qu'il lui faudra remettre ma lettre au prochain navire; de plus je lui octroie un bonnet de marin orné d’un ruban avec le mot JEANNETTE inscrit en brillantes majuscules dorées. Il s'en montre si fiér que, très certainement, il ne manquera pas de s’en faire beau devant les étrangers. Collins écrit une note sur un morceau de papier; je la signe, et nous la collons au fond du couvre-chef.
Enfin, ayant distribué aux naturels du tabac, du thé, du pain {ils demandent vainement du rhum), ayant donné des aiguilles à la vicille, el accepté à notre lour un peu de saumon et de renne, nous prenons congé el levons l'ancre à six heures du malin. A dix, une baidera à voiles nous attend sur la mer, venant d’un autre groupe de hutles; le navire s’arrèle, mais
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A LA DÉRIVE AVEC LES GLACES. 53 comme ces gens ne peuvent nous comprendre et probablement n'ont pas grand’chose à nous dire, nous continuons notre route. Brume et température humide de midi à minuit. Vents nord-ouest, puis nord.
Dimanche 31. — Pendant la nuit nous dirigeons le navire vers l’ouest pour gagner le méridien de la pointe orientale de la baie Kolioutchin, puis nous meltons le cap sur un promonloire orienté sud (vrai) : une ligne de côtes basses s’élend ensuite de l’ouest à l’est, défendue sur une hauteur de quatre milles par un vaste rempart de vicille glace fuyant au loin à perte de vue. Près de nous, il est coupé par un chenal en forme d’entonnoir, le goulot plus rapproché de la terre. Supposant que celte ouverture peut être formée par un courant d’eau débouchant dans la baie, et la carte montrant en effet qu’un petit fleuve se déverse dans celle de Kolioutchin, je me décide à y entrer : des tourmentes de neige nous cachent les rives de lemps à autre.
A sept heures du malin, nous croyons apercevoir des huttes sur une hauteur en arrière de la plage; mais le navire ne saurait y arriver et pour cause : tout le long de la berge on voit un ouriet de glaces large d'un mille et demi; le goulet navigable ne continue pas plus loin. Quelques minutes après, de mon poste au nid de corbeau, je distingue parfailement la petite slation; à huit heures, nous nous arrêtons sur la lisière mème des glaces. Je veux faire un dernier effort pour acquérir la certitude complète du départ de Nordenskjôld. Chipp, Danenhower, Dunbar et Alexey prennent la baleinière. Melville maintient les feux allumés, afin d'éloigner le navire au moindre mouvement de l'ennemi, manœuvre à laquelle il doit recourir plusieurs fois. On jette la sonde par 15 brasses sur fond de grave grossière; la drague donne d'assez bons résultats. M. Newcomb ajoute à sa collection des moueltes de la grande espèce Quant à moi, juché dans le nid de corbeau, je suis anxieusement du regard la baleinière qui se faufile avec lenleur de passe en passe, de chenal en chenal; enfin je la vois loucher terre : Chipp aborde les naturels accourus sur la plage. Nos amis reviennent à une heure : la Vega a bien hiverné ici, à deux milles au sud-ouest du village. Les Tchouktches ont conduit Chipp dans un endroit d'où ils lui ont montré le
lieu où les étrangers avaient jeté l'ancre. Aussi bien qu'il a pu comprendre, car aucun de ces sauvages ne parle anglais, et Alexey ne nous est ici d'aucune utilité, la Vega est repartie depuis deux ou trois mois. Ses boutons de vareuse lui servant de monnaie, il s’en est procuré quelques « souvenirs », parmi lesquels trois boutons d'ordonnance suédois, danois et russes. En l'absence de loule autre preuve, ils suffiraient à démontrer que la Vega a hiverné à la baie Kolioutchin, aucun navire que celui-là n'ayant à bord, pour sûr, des officiers de ces trois nations.
Hissé la baleinière et mis le cap sur le nord à une heure. À deux, service divin : bien des cœurs s'élèvent vers Dieu, reconnaissants de ce qu’enfin il ne nous reste plus d’inquiélude sur le sort de Nordenskjôld'! En route maintenant pour la Terre de Wrangell!
Sur le côlé ouest de notre goulet, la glace dérive vers le large, de sorte qu’il est déjà cinq heures du soir avant que le navire se trouve duns des eaux suffisamment déblayées pour mettre le cap sur le nord-oucst-nord. À six heures, on signale une ierre, que je suppose ètre l’île Kolioutchin. Pendant le premier quart, nous sommes inquiélés sans cesse par d'énormes glacons errants qui nous imposent la plus constante surveillance. A dix heurcs du soir, voyant que le nombre s’en accroit sans cesse, je me dirige vers le nord-est (vrai). Après avoir dû arrèter les machines de onze heures à minuit et laisser dériver le navire dans des passes élroiles, nous gagnons enfin des eaux libres.
1‘ septembre. — Journée sans intérêt. L'après-midi on signalc une lerre au sud-ouest; peut-être le cap Nord ou ses alentours. Nous en sommes à plus de soixante milles; c’est sans doute un mirage qui nous le montre à une trentaine seulement. Une vaste isbrède très étendue nous sépare de la lerre. Magnifique coucher de soleil, Nuit de lune et d'étoiles.
2, — D’hier soir à ce malin, où nous devions être à cent milles
1. Le baron Nordenskjüld, après avoir hiverné à la baie Kolioutchin, fut délivré des glaces le 18 juillet 1879, passa le 19 à Scrdze Kamen, mouilla le 31 au large de Pile Saint-Laurent, le 14 août devant celle de Béring et arriva à Yokohama (Japon) le 2 septembre, Quand le capitaine De Long communiqua avec le chef George, la Vega n'était donc partie que depuis un mois, et non drois, comme il avait cru le comprendre. (Éd.)
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A LA DÉRIVE AVEG LES GLACES, 85 à peu près de la pointe sud-est de la Terre de Wrangell, le navire a marché à souhait, le cap sur le nord-ouest. Mais à sept heures la ligne immense de la banquise se déploie devant nous; aussi loin que le regard peut s'étendre dans la direction de l'ouest, on ne voit que des glaces; nous poussons vers le nord à travers des débris de champs; de nouveau la banquise nous barre la route; il faut se résigner à en longer la marge, tournés vers le nord-est.
A midi, sondage par 24 brasses; épaisse boue bleuâtre et coquilles. Une bonne brise du sud-est nous permet de faire six nœuds par heure, toutes voiles dehors, et toujours sur la lisière de la banquise. Mais nous nous éloignons de plus en plus de la Terre de Wrangell. Le soir je fais recouvrir les feux pour économiser le charbon, et nous marchons sous'voile seulement, Le temps est beau; nous avons pu prendre la hauteur du soleil et établir notre position : latitude 69°10'N., longitude 17696’ 30"0,.
3. — Journée passablement accidentée. À une heure du matin, on aperçoit la banquise en face, el par le bossoir du vent. Pris le plus près, mais avant d’avoir pu ranimer les fourneaux,
nous arrivons sur la glace, par bonheur très doucement; le navire s’y appuie par bâbord et reste immobile jusqu’à ce que nous ayons assez de vapeur pour nous glisser en arrière. Aucune avarie : nous étions tombés juste sur une petite échancrure.
La brume reparaît en même temps que le jour. On signale au sud-est un navire gréé en barque et chargé de toile, maisil est à quatre milles au moins et nous sommes trop affairés à chercher une passe pour courir le rejoindre et entrer en communicalion avec lui, Il resteen vue pendant trois heures et disparaît dans le brouillard. Bientôt nous ne distinguons plus que des glaces, sauf au sud-est, d’où nous venons. Je me décide à enfiler un chenal qui semble continuer vers le nord-ouest; mais. à rois heures du soir, les brumes s’abaissent; la mer est tellement encombrée que force nous est de stopper et de crocher une ancre à glace dans un banc. Nous profitons de cette halte pour jeter la sonde (28 brasses, sur vase bleue); la drague ramène quelques astéries pour M. Newcomb. Puis le brouillard se dissipe quelque peu; nous repartons; à cinq heures et demie
il s'épaissit de nouveau, el de nouveau le navire s’amarre à un glacon. Temps calme, mais brumes impénétrables jusqu'à minuit. À sept heures, second sondage : 38 brasses, vase bleuc. Je suis éreinté de cette journée passée dans le nid de corbeau.
k. — Pas de vent, et toujours du brouillard. Nous n’osons nous éloigner du champ; pourtant, près de nous, les masses de glace rétrécissent leur cercle; les débris moins volumineux s'acheminent vers le sud par les espaces encore libres. Notre gréement est couvert de ncige et de cristaux de givre, merveilleux spectacle dont nous ne sommes guère d'humeur à contempler les beautés! La glace de la banquise me parait avoir une épaisseur uniforme de 2 mètres à 2",20; elle émerge d’environ 60 centimètres. La surface en est légèrement mamelonnée ; les buttons les plus élevés ne dépassent pas 2 mètres, Celte nuit une mince croûte de glace nouvelle s’est formée sur les eaux, el jusqu’à huit heures du malin, la température est restée à —1°,7. Un bruit de ressac au sud-est indique une mer libre dans cette direction.
A deux heures du soir, le brouillard se dissipe : on ranime les feux; nous partons. Nous prenons la route du nord-est, qui paraît moins périlleuse, et, un peu plus lard, la Jeannette vogue avec entrain sur les eaux à peu près déblayées. Un tronc d'arbre y flotte avec toutes ses racines; mais, chose autrement importante, la vigie signale une lerre au nord-ouest (vrai). D'après notre estime, ce scrait l’île Herald, découverte par le capilaine Kellett du navire de S. M. B. le Herald, qui y débarqua en 1849. La banquise reparaît dans le nord; re voulant ni m'y aventurer, ni perdre de vue notre nouvelle connaissance, je fais diminuer les feux et nous passons la nuit à courir des bordées dans les espaces encore libres. Nous devons être à quarante milles tout au plus de cette terre, mais le mirage la défigure et nous empêche d’en évaluer plus exactement la distance.
Des nuages autour du soleil à son coucher semblent prédire le vent; mais la lune vient de se lever superbe et nous promet une belle nuit. 6
5. — Journée claire, agréable ; légère brise du nord. A quatre heures du malin, on chauffe à toute vapeur et nous entrons bravement dans l’isbrède par une passe assez large orientée
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A LA DÉRIVE AVEC LES GLACES. 87 vers l'ile Herald, Toul va bien d’abord, mais à six heures la jeune » glace, épaisse déjà de 3 ou 4 centimètres, se montre dans les chenaux, et semble se faire plus compacte et plus dure à mesure que nous avarçons. J'y lance le navire, qui l'étoile et la fend, et la casse de son taille-mer, parfois au détriment de notre doublage; puis nous retrouvons l'isbrède, qui nous présente sa paroi, haute de plus de 4 mètres, el nous force à nous amarrer à un banc.
Pendant l’après-midi nous voyons plusieurs fois, d’une facon très distincte, des terres au delà et au-dessus de l’île Herald, el beaucoup plus loin dans la direclion du sud-ouest. J'ai cru un instant à quelque aberration d'optique: mais celles qu'on aperçoit au sud-ouest sont toute différentes des autres : des cônes en pain de sucre, couverts de neige, aux arêtes nettement définies. Notre horizon de champs est parfaitement uni : on n'y voil pas de mornes que l'action du mirage puisse transformer en montagnes. C'est bien une terre! Mais comment en déterminer la distance? La présence des glaces dans le champ de la vision détruit sans pitié les illusions que chacun peut se faire sur la rectitude de son coup d'œil. À bord d'un navire, deux observaleurs se trouvent généralement d'accord sur l'éloignement de tel ou tel objet qu'on aperçoit au large, Ici, personne n’est du même avis : ces terres au delà de l'île Herald, hier, un d'entre nous les mettait à quarante milles : un autre à cent, un troisième à quatre-vingts, ct, quoique aujourd’hui nous en ayons approché d’une vingtaine de milles {moitié roule, à mon sens), les discussions continuent, les évaluations s’échelonnant entre dix et quarante milles. A une heure après midi, les glaces semblent se détendre : on rallume les feux : nous nous frayons une voie entre les débris de banes et à travers la mince lame de cristal qui recouvre la mer; mais à quatre heures il faut s’amarrer de nouveau. Le doublage du navire est comme fourbi à neuf. Cà el là se montrent quelques éraflures, honorables cicatrices des luttes de la journée.
6, — Admirable école de patience qu’une banquise polaire ! Mes espérances et mes prières sont seulement de gagner l’île Herald et y prendre nos quartiers d'hiver, c’est lout ce que je demande ; mais, aussi loin que porte le regard, on ne voit que
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des glaces, ct des glaces si fortement gelées, congelées et regelées qu’elles semblent n'avoir jamais vécu sous forme d'eau et être condamnées à n’y arriver jamais ! Je me disais hier qu’aujourd'hui, pour sûr, quelque chenal allait s'ouvrir : aujourd’hui, c'est à demain que j'en renvoie l'espérance : une violente bourrasque pourrait bien briser la banquise... oui, mais si, à son tour, la banquise brisait le navire! Par-ci par-là se découpent des laquets d’eau, des miroirs de glace mince; ils ne nous sont d'aucun secours: je ne connais point l’art de faire sauter la Jeannette de l’un dans l’autre, La brume tombe et voile même « notre » île. Baromètre stationnaire. Léger vent du nord. Thermomètre variant entre —5°et 0°.
A une heure de l'après-midi le ciel s’éclaire; une passe étroite se présente dans la direction de l'ile. Les fourneaux ronflent, la lutte recommence ; nous heurtons les glaces de notre bélicr, Non que j'essaye de traverser de force ces épaisses murailles hautes de trois mètres à quatre mètres et demi; mais partout où quelque fissure s’est ouverte entre deux champs, fussent-ils de cette taille formidable, nous l’attaquons avec ardeur, frappant de notre étrave, puis reculant pour reprendre notre élan el frapper encore, afin de déterminer une trouée suffisante pour y engager le navire. Le treuil à vapeur nous est très ulile : il nous permet aisément de piquer l'avant de la Jeannette dans un partie faible de la glace, lorsque nous n'avons pas assez de champ pour que le gouvernail puisse la faire évoluer. Mais à quatre heures et demie les bancs solides se retrouvent devant nous, la brume s’abat plus épaisse que jamais, el force nous est d’amarrer encore le navire. Afin d'économiser le charbon, je ne me contente plus de faire couvrir les feux, je donne l’ordre de les lais:°r éteindre. Ce soir trois ours ont paru, à un mille de distance, et se sont empressés de fuir dès qu’ils ont vu les chasseurs. — Distribution générale de besieles, avec injonction formelle de les porter.
Dimanche 7 septembre. —- Repos complet sous tous les rapports. La journée commence par des ondées de neige, s’éclaircit, puis le brouillard revient qui désormais règne en maitre. Les glaces s’ébranlent ; le navire paraît dériver avec elles vers le nord-ouest. À dix heures, j'inspecte l'équipage, puis je lis les articles de guerre et le service divin. Les sondages de midi
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