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PRÉPARATIFS DE L’'EXPÉDITION. 39 pédition, Il faudra tout de suite télégraphier en Chine pour rappeler Chipp, et, si mon idée vous convient, le charger de conduire la Pandore à San-Francisco par la route du cap Horn. Quand le bill de transfert du navire sous le pavillon américain passera devant le Congrès, il sera nécessaire d’y insérer une clause établissant qu'il doit ètre commandé ct manœuvré en tout ou en partie par des officiers de l'État; que la flamme du drapeau des États-Unis sera hissée au grand mât, l'équipage soumis aux règlements et à la discipline de la marine nationale; il serait, en outre, donné au Président le droit de conférer au commandant telle autorité qui luipermit, en cas de périls extrèmes, d’exercer dans son navire le pouvoir le plus absolu. Il me faudrait aussi un ordre du Président à peu près dans ces termes : Il vous est enjoint, par ces présentes, de cominander l'expédition que prépare en ce moment James Gordon Bennett, Écuyer (Esq.) de New-York, et, pour ledit objet, d'entrer en rapport avec le Secrétaire de la Marine, afin qu'il vous prête toute l'assistance dont vous aurez besoin.
De mème pour le Département des finances, afin que le ministre puisse donner à son agent d'Alaska l'ordre de nous procurer assez de peaux de phoque pour habiller environ trente-cinq hommes de taille variant entre 1,68 et 1",82, plus une quarantaine de chiens et, si possible, cent tonnes de charbon. Il nous faut la permission d'utiliser, au besoin, l'arsenal et la cale sèche de San Francisco. Bref le mémoire au Congrès aura à demander que les différents services du gouvernement soient autorisés à nous donner secours et assistance de toutes facons, et à nous fournir tous instruments et apparaux, provisions et équipements qui peuvent se trouver en possession de l'État.
Suivait un devis de dépenses pour une croisière de trois années.
La mention dans cette leltre de la correspondance de M, Bennelt et du docteur Petermann se rapporte à une entrevue qui avait eu lieu en mars 1877 entre le géographe allemand et le propriétaire du New-York Herald et que celui-ci racontait ainsi à M. De Long :
Je rentre d'une course précipitée à Gotha : une visite au docteur Petermann. Vous le connaissez sans doute de réputation : c’est lui qui a mis en train les deux expéditions allemandes aux régions polaires, Les trois heures passées avec lui m'ont amplement dédommagé de cet ennuyeux voyage à Gotha,
I m'a dit étudier depuis trente ans le problème du Pôle Nord et être sûr qu'on y arrivera, mais jamais, d'après lui, par le détroit de Smith ou la mer de Baffin. Il convient avec moi que les Anglais s'acharnent à cette route par orgucil national, croyant l'avoir découverte les premiers, Comme moi, comme vous, si mes souvenirs sont exacts, il pense qu'on
n'atteindra le Pôle que d'un « coup d'aile ». {1 va mème plus loin, prétendant qu'avec un navire bien choisi et un commandant expert dans la navigation des glaces, tout peut être parachevé dans une saison, Il aurait envie d'en essayer trois mois... Monsieur le Docteur n’a pas l'air de croire que Sa Haute Sapience pût être coincée par les glaces juste au moment où Elle se préparerait à regagner le logis! [1 dit aussi qu’en Angleterre tous les gens du métier sont maintenant d'avis qu’on ne réussira jamais à gagner le Pôle avec des traineaux. Pour lui, l’hivernage dans les régions polaires est une faute qu’il faut tâcher d'éviter; si l'on prend « sa route », on doit faire son affaire dans les trois mois d'été ou pas du tout. « D'après tous mes renseignements, a-t-il ajouté, c'est du second hiver bien plus que du premier que les marins souffrent dans les climats arctiques. Quelque étrange que cela paraisse, les gens du Midi, Italiens ou Grecs, en supportent les rigueurs mieux que les Danois ou les Suédois. » J'ai été sérieusement tenté de me procurer un second navire el de prendre la « route » du docteur Petermann. Naturellement, je devrais m'attendre à hiverner là-bas, car je ne crois guère aux trois mois du géographe allemand.
Quelques jours après avoir écrit sa lettre, De Long se rendit en Angleterre pour s'occuper des réparations de la Pandore, maintenant la Jeannette. Le yacht élait à Southampton; son nouveau capitaine le visita dès son arrivée et, après mûr examen, télégraphia à M. Bennett, alors dans le Leicester, qu’il serait impossible de le remettre en état et de l’armer assez tôt pour partir la même année par le détroit de Béring : tout au plus pourrait-on prendre la route du Spitzberg ou longer les côtes est du Groenland. Mais le détroit de Béring était devenu l’idée fixe aussi bien de M. Bennett que du lieutenant De Long, et il fut décidé qu’on continuerait les réparations de la Jeannelie pour l’expédier par le cap Horn à San Francisco, de façon à marcher vers le nord dans les premiers jours de l’été de 1879,
Ce qui détermina surtout le tracé de leur grande ligne d’exploration (sans compter la non-réussite des expéditions envoyées par les autres roules), ce fut le courant du Japon qui se dirige au nord par le détroit de Béring, et l'étendue qu'on supposait à la Terre de Wrangell. On espérait que les eaux tièdes du Pacifique, poussées dans l’océan Glacial, ouvriraient une voie jusqu’au Pôle, peut-être. Toutes les fois que les baleiniers ont dû abandonner leurs navires dans ces parages, ils les ont presque toujours vus dériver vers le nord : il était naturel d'en induire que la plupart des courants suivent cetle orientation,
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et aideraient puissamment les navires à gagner une haute lalilude : par contre, les difficultés du retour pourraient en être augmentées. Dans l’idée que la Terre de Wrangell occupait un très vasle espace, — le docteur Pelermann avait même émis l'opinion que cette Terre, qu’on sait maintenant être une petite ile, s’élendait jusqu'au Pôle pour reparaitre à l'hémisphère opposé sous le nom de Groenland, — on comptait en longer les côtes, d’après les principes établis en navigation polaire ; puis, si la Jeannelte était définitivement arrêtée par la banquise, des escouades munies de traineaux, profitant de la « glace de battures », tâcheraient d'atteindre un parallèle encore plus élevé, À ces hautes espérances venait s'ajouter la nouveaulé relative de cette route, qu’on croyait fertile en découverles scientifiques et géographiques, même si le but principal venait à se dérober.
Parmi les projets mis en avant pour faciliter la campagne, on agita quelque temps celui d’emporter des ballons, et quoique l’imperfection actuelle de la navigation atrienne ne permette guère d'en allendre grand’chose uuns les régions arctiques, MM. Bennett et De Long n’y renoncèrent qu'après un sérieux examen. Le secrétaire du premier écrivait au capitaine :
J'ai fait prendre des renseignements à Paris sur le matériel en question. Markham et Hull n'ont pas la moindre confiance dans les ballons, D'après Markham, une exploration par cette méthode serait pure folie; impossible au ballonnier de se charger d’un traineau ou d'une embarcation pour son retour : il serait sûr de son affaire, S'il ne s’agit que de s’enlever au-dessus ou dans le voisinage du navire pour observer la région, un ballon captif rendra quelques services, pourvu qu'on n'ait pas trop de difficullé à l'emporter ou à le gonfler : dans un voyage avec traineaux, ce ne serait qu'un embarras de plus.
M. Wilfrid de Fonvielle, l’éminent aéronautc français, consulté sur la meilleure manière de construire des ballons pour celle campagne, répondit par une note, que nous renvoyons à la fin du livre,
La question avait été déjà soumise à M. Bennett par M. De Long :
Ne croyez pas, lui écxivait-il, que je compte le moins du monde sur les ballons pour arriver au Pôle, À mon avis, ils ne sauraient être utiles que pour gagner une certaine hauteur au-dessus d’un navire et dominer
un plus vaste horizon : si, par excruple, on est à la recherche de quelque passe favorable, une seule ascension peut épargner plusieurs journées de durs travaux dans une fausse direction. — El à M. Samuel King, l'aéronaute : Aurez-vous la bonté de réfléchir à nos ballons polaires? Je voudr'ais, si possible, me servir d'aérostats captifs, afin de mieux choisir les chenaux où j'aurai à engager mon navire. En outre, pensez-vous que leur force élévatoire, appliquée aux traineaux, diminuât les difficultés du tirage sur les champs et les buttons?
Plus lard, encore à M. Bennett :
Je viens d'avoir avec le professeur King, le « ballonnier », une conversation longue et intéressante par suite de laquelle je conclus, à mon grand regret, que, sur les glaces polaires, les ballons ne nous rendraient aucun service, Pour enlever à une hauteur de 45 mètres 82 kilogrammes de chair et d'os (mon poids), plus 32 Kilogrammes de cordages, ete., il faut, d'après M. King, un ballon de 6",70 de diamètre, Cette énorme machine devrait être gonflée par du gaz produit, où par la combustion du charbon, ou par l'action de l'acide sulfurique sur de la limaille de fer; dans ce dernier cas, nous emploicrions, de ces deux substances, la charge entière d'un second navire, et dans le premier il faudrait ètre sûrs d'avance de trouver une mine de houille à la Terre Kellett (Terre de Wrangell).
Chaque ballon coûterait de 700 à 800 dollars (3500 à 4000 francs). {mpossible done de vous présenter la chose comme très utile et très économique. Le temps qu'on passerait à extraire le charbon nécessaire pour gonfler l'aérostat nous donnerait vingt-cinq milles d'avance en traineau ou à pied : s’est-à-dire qu'on y gagncrait l'horizon entrevu seulement du ballon captif,
Mais l’altention du commandant se délournait bientôt de ces considérations secondaires pour se concentrer sur les travaux autrement importants qu'il avait à surveiller, Le navire était alors sur le chantier de Deptford. De Long y passa le printemps et les premicrs jours de l’élé, s’'occupant sans relâche de toutes les améliorations que lui suggtraient son expérience et les conseils des gens du mélier, pour le renforçage et l’'emménagement d’un navire déjà construit avec le plus grand soin en vue des voyages polaires.
La Jeannette, prête enfin, fut emmenée à Cowes, où elle embarqua son équipage, puis au Havre, où elle mouilla le 18 juin, et nombreuses furent les visiles qu’elle reçut pendant son séjour : le commandant achevait de se munir de cartes, de livres, de provisions de toutes sortes, Le 4 juillet, la Jeannette fut baptisée en grande cérémonie; le 6, M, Bennett repartit pour
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PRÉPARATIFS DE L'EXPÉDITION. 59 New-York. Le navire l'escorta jusqu'au large, puis retourna au Havre, qu'il quitta définitivement le 15 juillet 1878.
Le capilaine emmenait à San Francisco sa femme et sa petite fille ; le maitre John W. Danenhower l'accompagnait en qualité de second. Get officier était à Smyrne, sur le navire des États- Unis Vandalia, qui promenail le général Grant et sa suite d'un port à l’autre de la Méditerranée, lorsque lous ces préparalifs d'expédition vinrent à sa connaissance. Appuyé par le
Prsebreles un LPS Le maître John W. Dancnhower.
général, il offrit ses services à M. Bennett; celui-ci les accepla, sauf à en référer à M. De Long. Le consentement du capitaine obtenu, M. Darenhower le rejoignit au Havre.
John Cole, contremaitre, et Alfred Sweetman, charpentier, deux autres membres de la future mission, avaient servi sur les yachts de M. Bennelt, qui les recommanda chaudement, le premier surtout : « Vous aurez en Jack Cole, dit-il, un de vos meilleurs marins ; dans les moments de danger il vaut son pesant d'or; il manie les matelols comme pas un. »
Pendant les cent soixante-cinq jours que dura la traversée du Havre à San Francisco, aucun de ceux qui montaient la Jeannette ne mit pied à terre, quoiqu'elle dût, à lrois reprises, mouiller dans des baies du détroit de Magellan, Au large de la côte du Brésil, à près de cent milles de la terre, un petit incident était venu distraire les voyageurs : une mésange et une alouelle, évidemment emportées par quelque tourmente, se posèrent sur le gréement, Elles ne semblaient pas cffrayées, mais refrsaient de manger, quoique tout ce que contenait le navire en fait de graines leur fût offert; elles restèrent indifférentes à du fromage en vie qui aurait dû tenter ces inseclivores. La mésange mourut de faim et de fatigue. Son pauvre petit cadavre, une élégie sur son funeste destin composée par un Suisse, mailre d'hôtel du bord, et la latitude et la longitude du lieu furent pliés dans un papier portant ladresse du New-York Herald, puis introduits dans une bouteille qui fut jelée à la mer et n’est point encore parvenue à destinalion. L’alouette s’envola de la cabine, ouverte par accident. Elle volela en dehors du navire, qu’elle fit de vains efforts pour rejoindre, tomba dans l’eau et disparut.
Le voyage fut difficile; à son arrivée devant San Francisco, la Jeannette, repoussée par le vent du nord, ne put y entrer pour la fêle de Noël comme ses passagers l'avaient cspéré. Deux jours plus tard, le 27 décembre, elle s’amarrait enfin à une bouée de l'arsenal de Mare-Island. Il ne restait à bord qu'un panier de charbon.
A la fin de janvier, le bill réclamé par M. De Long passail devant le Congrès : « Le Secrétaire de la marine est autorisé par ces présentes à accepter ct à prendre en charge, pour l'usage d’une expédition au Pôle Nord par voie du détroit de Béring, le navire Jeannette, appartenant à James Gordon Bennett et par lui consacré à ce but. Ledit Secrétaire est autorisé à employer pour l'équipement et l'armement complet du navire tous ceux des matériaux à sa disposition qui peuvent êlre utilisés dans ce but; en outre, à enrôler pour « service spécial » des matelots en nombre suffisant el à leur fournir Lemporairement et sur les fonds du ministère leur paye que James Gordon Bennett s'engage à rembourser à la première réquisition du Secrétaire. Avant son depart, le navire recevra les
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PRÉPARATIFS DE L'EXPÉDITION. fl ordres et instructions du département de la marine; les hommes enrôlés pour service spécial, comme il est dit plus haut, auront à se soumettre sous tous les rapports aux articles de guerre, règlements et discipline de la marine de l'État, Il est entendu que le gouvernement des États-Unis ne sera nullement tenu responsable des dépenses faites ou à faire par ladite expédition, »
Les termes de cet acte soulevèrent quelques discussions relatives au maiériel à fournir par le Secrétaire de la marine; en somme, Chacun romnrenail parfaitement que M. Bennett restait chargé de toutes les dépenses, tandis que le gouvernement gardait en main toute l’aulorité.
D'un côté, le capiluine De Long devait donc agir sous la direction du ministré; de l’autre, être 1e représentant financier ie M. Bennett, double situalion qui exigeait un jugement etlentif et sûr : il lui fallait à la fois, et pourvoir l'expédition de toui ce qui lui serait nécessaire, et éviter toute dépense inutile à son généreux patron. Du jour où la Jeannette mouilla dans la baie de San Francisco à celui où, six mois après, elle appareilla pour son dernier voyage, la sollicitude du commandant fut sans cesse en éveil, Le ferme et large dessin de l’ensemble ne devait pas lui faire perdre de vue les plus minutieux détails. Son tact et sa persévérance ne furent jamais en défaut, et il se voua sans relâche à assurer le succès de sa mission.
Son premier souci élait, naturellement, de voir son navire en parfaite condition. Le ministère avait nommé une commission d'examen, et, le 24 janvier, le capitaine De Long, écrivit à M. Bennett un récit circonstancié des travaux de celle-ci, ajoutant le résultat détaillé de ses propres investigations. Il savait son navire par cœur, l’ayant connu tel qu'il était au sortir des mains de son précédent propriétaire, le connaissant micux encore depuis que, sous ses yeux et d'après ses ordres, lant d'améliorations y avaient été apportées; enfin, l’expérience de ses qualités nautiques, faite pendant la traversée du Havre à San Francisco, lui montrait clairement ce qui clochait encore pour une campagne aux mers du nord. Mais c'élait maintenant au ministère à décider. Une audience du Secrélaire de la marine lui paraissait indispensable avant que les dernières instructions fussent expédiées de Washington,
Elle lui fut accordée, Voici ce qu’it en dit dans une lettre à M. Bennett.
20 février 1879,
.… Le 15 j'étais à Washington, ct j'avais avec M. Thompson une courte entrevue; une plus longue le 19. J'en suis entièrement satisfait. Le ministre assure s'intéresser personnellement et officiellement à notre succès; il déclare avoir la conviction que nous avons « le pied sur leseuil même du Pôle ». Dès que le bill soumis au Congrès aura été voté, l’autorisant à s'occuper de l'expédition, tout ce que nous pourrons désirer sera fait. « En premier lieu, dit-il en substance, je vous donnerai officiellement l'ordre d'en prendre le commandement; on vous fournira ce que vous voudrez et de la façon qu'il vous plaira; vous demanderez autant d'aide ou aussi peu qu'il vous en faudra; vous choisirez vos hommes à votre guise, où et autant qu'il vous conviendra; vous équiperez et préparerez l'expédition d'après vos plans ; en un mot, toute l'assistance que le ministère peut vous donner est et sera à votre entière disposition. Au départ, je vous conférerai la même autorité qu'aux amiraux commandant les flottes, ajoutant que vous aurez sur vos subordonnés le pouvoir le plus absolu; ils auront à vous obéir en tout, vous n'aurez à rendre compte qu'à moi. Il faut que vous soyez armé d'avance contre une mutinerie, une révolte, un désastre : il faut que l'entreprise réussisse ! »
Pouvais-je mieux demander? Le décret porte, du reste, que tout le matériel appartenant à l'État est mis à ma disposition.
La bonne volonté du ministre avait certainement été éperonnée par l’ardeur contagieuse de son visiteur, mais il appréciait déjà les mérites du capitaine. Le 23 septembre 1882, dans le discours prononcé à la réception à Washington du mécanicien Melville et du lieutenant Berry, M. Thompson à dit, en effet :
Dès le principe, M. Bennett avait présenté et vigoureusement appuyé M. De Long comme le chef futur de son entreprise, Le ministère aurait eu le droit et le devoir de le refuser, si M. De Long, outre sa capacité professionnelle, n'avait pas possédé les qualités reqnises pour une semblable mission. Sur le premier point, nous savions à quoi nous en tenir, et tous ses camarades du service lui rendaient un témoignage unanime; sur le second, il ne nous a pas fallu de nombreuses entrevues pour juger M. De Long ce qu’il était : un homme de dévouement, d'énergie, de volonté, de décision juste et prompte, un homme parfaitement qualifié pour une campagne de ce genre. Pour les autres choix, le ministre s'entendit nécessairement avec lui, se laissant unes du plus au moins, par les vues du capitaine.
L’ettraction magnétique qu’il exercait autour de lui facilitait singuiièrement la réussite de ses désirs; mais il (ut toujours:
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PRÉPARATIFS DE L'EXPÉDITION. 43 scrupuleusement respectueux des droits et des privilèges d'autrui, et très attentif à ne jamais blesser ceux avec lesquels il avait des relations personnelles. Pendant son séjour à Washington, dans une lettre au lieutenant en second Danenhowe:, qu'il venait d'envoyer à l'arsenal de Mare-Island, où l’on s’occupait du renforcage de la Jeannette, il ajoutait, après lui avoir décrit minutieusement les travaux en cours d’exécution :
Vous avez maintenant une idée générale des opérations déjà commencées et qui vont continuer sous vos yeux. Le Secrétaire de la marine a décidé que les matériaux seront fournis par le service; la main-d'œuvre reste à notre compte. Il est indispensable que le total n'en soit pas trop alarmant : je veux ménager le plus possible la caisse de M. Bennett.
Dès votre entrée à l'arsenal, vous aurez à vous mettre en rapport avec le commandant et à lui dire, de la façon la plus délicate possible, que vous venez le seconder dans les réparations du navire et verser les sommes que M. Bennett vous comptera pour la paye des ouvriers. Vous lui demanderez la permission de vous assurer la coopération du constructeur, du mécanicien en chef, de l'officier d'équipement, toutes les fois que la chose pourra nous procurer quelque économie. Allez voir ces trois messieurs, priez-les de vous laisser surveiller les travaux, non pour les contrecarrer en rien, mais comme membre vous-même de la future expédilion, connaissant le navire, au fait de mes vues, chargé de me transmettre tous les détails possibles, comme, enfin, oyant le loisir d'entrer dans toutes les minuties dont eux-mêmes, accsblés dedevoirs plus importants, ne pourraient guère s'occuper, ete., etc. Qu'ils aient la bonté de vous indiquer une façon d'agir convenabie et qui, sans blesser aucunement l’étiquette, nous permette d'exécuter nos plans.
Les ordres pour les travaux en question ayant été transmis au commandant par les chefs des divers bureaux, ce sont les autorités de l’arsenal qui choisissent et embauchent les ouvriers. S'il vous semble qu'on en ait trop pris, ou que quelqu'un d’entre eux n'utilise pas bien son temps, il faudrait en référer au ministre; mais ce sera une chose délicate et que je laisse à votre tact et à votre discrétion. Économie n'est pas crime pourtant, et je ne vois guère qu’on puisse s'en formaliser.
Je remets nos intérèts entre vos mains, vous priant seulement d'agir de manière à n’indisposer qui que ce soit, et pour le plus grand bien de l'expédition. Nous sommes tenus de dépenser le moins possible soit au souvernement, soit à M. Bennett, et il y a plusieurs moyens d'y arriver. MA", Fletcher et Much (officiers de l'arsenal), qui m'ont promis leur concours, pourront vous en indiquer quelques-uns.
M. Dancnhower, écrivail-il là-dessus à M, Bennett, est parti pour San Francisro; je lui ai donné les directions les plus détaillées sur ce qu'il aura à fre là-bas, lui disant et redisant que sa mission est de réduire
les dépenses le plus qu'il lui sera possible. Si la copie de ses instructions est terminée avant le départ du courrier, je l'enverrai pour que vous puissiez les lire, et les approuver, j'espère. Ai-je besoin de vous assurer que je regarde vos intérêts comme les miens propres et que je travaille à diminuer les frais avec autant de zèle que si, au lieu du vôtre, mon nom devait se trouver sur les reçus?
Et un mois plus tard, à M. Danenhower, au sujet de quelque devis:
M. Chipp et vous voudrez bien me dire ce que vous pensez du chiffre, C'est par petites sommes de 300 dollars par-ci, 500 dollars par-là que l'argent s'évapore, et je suis plus avare des deniers de M. Bennett que je ne le serais des miens.
Pour donner une idée sommaire du résultat final de tous ces travaux de renforçage et d'équipement, nous n'avons qu’à copier une leltre à M. Bennett, écrite en mer quand la Jeannette eut quitté San Francisco, et pendant les loisirs si bien gagnés des premières journées du voyage :
Je reviens sur le passé pour vous dire où en étaient les choses le 30 mai, quand je revins à l'arsenal. Je trouvai les réparations, ou plutôt les changements terminés, les chaudières neuves en place; les façons avant complètement remplies jusqu'à 3,05 à partir de l’étrave; et, au milieu du navire, sur une longueur de 12",20 et une profondeur de 2",45, le vaigrage fait de virures en chène de 15 centimètres de hauteur. Le milieu du navire avait été renforcé par un solide assemblage d'entretoises et de tirants. Un pont entièrement neuf remplaçait la partie qu'on avait enlevée pour retirer les anciennes chaudières. Le navire avait passé au bassin : il était calfeutré, repeint !,
1. Dans une autre nole à ce sujet, et spécialement en ce qui regardait le renforcage, M. De Long ajoute : « Un treuil à vapeur a été placé sur ie pont en avant des étais de la cheminée, assez puissant pour soulever l'hélice, débarquer le gouvernail et haler le navire en avant, L'avant a été puissamment renforcé avec des courbes et des baux en chêne, rempli sans laisser une seule maille, puis calfaté au-dessous du pont jusqu'à 3,05 en avant de l'étrave, A l'intérieur, le doublage primitif, en orme d'Amérique de 9 centimètres, a été maintenu: il s'étend de l’avant à l'arrière et descend jusqu'aux tôles des varangues, à environ 1",22 de la quille. Dans les compartiments occupés par les machines et les chaudières, dans les soutes à charbon, sur une distance de 12,20, depuis le pont du spardeck jusqu'aux vaigres de fond de chaque côté, l'ancien vaigrage ‘ . les liaisons longitudinales ont été enlevés, et remplacés par des vaigres de 15% -entimètres en pin de l'Orégon, par virures simples: l'emplacement des écarts est distribué avec soin, Juste en avant des chaudières, une série de baux et d'entretoises les garantira d’un coincement violent; en outre, la forme de la coque, aux flancs largement évasés, permettra au navire de se soulever et d'échapper ainsi à la pression des glaces, L'épaisseur totale de la paroi est de 50 centimètres au milieu du bâtiment; les couples sont, en moyenne, à 30 centimètres de distance, de centre à centre, »
Er son ( tout por toute nom] 89; | qual de tr ou el
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En outre on a préparé, monté, puis démonté et emmagasiné uno maison de planches qui servira à l'hivernage. L'énumération serait longue de tout ce qui a été fait: un observatoire portatif, des porches pour les porles des cabines pendant les grands froids; toute la voilure neuve, toute une série complète d’agrès ; les soutes à charbon élargies et lé Au augmenté : elles en contiennent maintenant 132 tonnes au lieu de
; les chaudières en place et raccordées ; les machines revues avec soin, st ailes ajoutées à l’hélice, faisant en tout six ailes ou l'équivalent de trois propulseurs. On nous a fourni une collection complète d'outils ou engins de mécanicien, Chronomiètres, sextants, boussoles et cartes; ca-
Coupe transversale des soutes Coupe transversale 6 à charbon devant les cheu-
la chambre de chauffe [ dières, montrant les
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