‹ Voyage de la Jeannette [microforme]Chapitre 7 sur 148 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

‘ARATIFS DE L'EXPÉDITION

Une conversation avec M. Grinnell. — Lettre à M. Bennett. — La réponse, — Retards forcés. — En quête d'un navire. — Achat de la Pandore, — Avant-projets. -- Opinion du docteur Petermann. — M. De Long en Angleterre. — Les ballons. — La Pandore devient la Jean, tte, — Le lieutenant Danenhower, — Du Havre à San Francisco. — Le bill au Gun srès. — Entrevue avec le Secrétaire de la marine. — Les travaux du capitaine. — £°s officiers, ses hommes. — Adieux de M. Bennett.

Dans l'été de 1873, lorsque la Juniata reçut l’ordre de partir pour les côtes du Groenland, le lieutenant De Long ne manqua pas de faire visite à M. Henry Grinnell de New-York, afin de recucillir tous les renseignements que ses longues relations avec les explorateurs polaires avaient pu procurer à leur célèbre patron. M. Grinnell lui prêta les cartes dont s'étaient services les diverses expéditions équipées par ses soins. — En les rapportant, au retour, M. De Long lui raconta son voyage; ils causèrent pendant plusieurs heures. Quelque temps après, le lieutenant dinait chez M. Grinnell avec le docteur Bessels ct d’autres vétérans polaires. S’adressant à son hôte :

« Pourquoi ne pas vous occuper d’une nouvelle expédition au Pôle Nord. J'aimerais tant à la commander, et résoudre enfin le problème! Vous avez si souvent essayé, que n’essayez-vous encore!

— Je suis trop vieux, répondit M. Grinnell, J'ai eu mon jour. Aux jeunes à présent! Mais M. James Gordon Bennett!! en voilà un qui ferait votre affaire ! Que ne lui parlez-vous? »

1. Propriétaire du journai le New-York Herald; le mème qui, plus tard, a envoyé M. Stanley à la recherche de Livingstone. (Trad.)

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ette conversation avait eu lieu le 1‘ novembre 1873; M. De Long trouva l’idée bonne el écrivit tout de suite à M. Bennett, alors à Paris. M. Bennett avait déjà songé à quelque entreprise de ce genre; il répondit courtoisement, et, à son relour, au commencement de 1874, sa première entrevue avec son correspondant lui prouva qu’il avait sous la main la chose la plus importante pour une expédition : un chef. Dans sa lettre, M. De Long avait parlé du lieutenant Chipp, son camarade à bord de la Petite Juniata, comme du compagnon qu'il choisirait entre tous, et dès lors M. Bennett regarda celui-ci comme le bras droit du futur capitaine,

Tous ces plans sommeillèrent jusqu’à la fin de novembre 1876. Quelques complications avec l'Espagne rendant une guerre possible, on ne songeait plus à visiler le Pôle. En janvier 1:74, M. De Long passa de la J'uniala au Brooklyn, et à la fin de la mème année au navire-école Sainte-Marie, appartenant à la marine des États-Unis, mais placé sous la surintendance du Bureau d’Éducation de la ville de New-York.

ën novembre 1876, M. Bennelt et le lieutenant De Long reprirent sérieusement leurs projets : il leur fallait un navire dans le plus bref délai possible, car, dès la belle saison, ils voulaient le lancer vers le Pôle. Après avoir vainement cherché parmi les bâtiments américains, le lieutenant obtint en décembre un permis de deux mois et partit pour l'Angleterre, où M. Bennett comptait le rejoindre aussilôt; mais son voyage ne put avoir lieu qu’à la fin du congé de M. De Long.

Celui-ci n'avait pas perdu son temps, el, soit en personne, soit par l'entremise d'agents confidentiels, il s'était diligemment employé à la recherche du navire, surtout dans les ports du nord où arment les pêcheurs de baleines et de phoques : nombreux furent les bâtiments soumis à son inspection; mais les difficultés augmentaient tous les jours, et pour de misérables pontons on demandait des prix fabuleux : les bons navires n'étaient plus à vendre, les fanons de baleine ayant tellement enchéri qu'un seul voyage aux mers polaires remboursait, et au delà, la valeur même du bâtiment. Le seul navire sortable qui se trouvât sur le marché élait la Pandore, yacht de plaisance appartenant à Sir Allen Young et qui lui avait servi plu-

sicurs fois pour ses croisières aux régions arcliques, Encore

hésitait-il à s'en séparer. En lout cas la vente n’élait pas effectuée quand M. Bennett arriva. Il désirait que M. De Long prit une prolongation de congé, mais le lieutenant savait que c’eût été désobliger ses camarades de la Sainte-Marie, qui attendaient leur tour; au jour dit, il repartait pour l'Amérique.

M. Bennett continua les recherches, mais la Pandore avait toujours ses préférences. Sir Allen lui-même est un explorateur de mérite; il accompagnait l'amiral Mac Clintock quand on retrouva les premières traces de l’expédition de Sir John Franklin, et depuis il avait fait nombre d’autres voyages. Il élait fier de la Pandore, achetée expressément en vue des régions areliques et plus d’une fois mise à l'épreuve, Tout d’un coup il se décida à s’en défaire, puis la regretta, de telle sorte que, le navire étant déjà sur le point de prendre la mer, il fit les plus grands efforts pour rentrer en sa possession.

M. De Long élait à bord du navire-école dans le port de New- York quand il apprit la conclusion du marché. Il donna aussitôt sa démission de commandant de la Sainte-Marie, demanda six mois de congé au minislère et écrivit à M. Bennett une lettre qui montre à la fois et l'étendue de ses plans ct la promplitude avec laquelle il voulait les réaliser.

Depuis le 17, où j'ai su l'achat de la Pandore, j'attends à chaque instant que vous me rappeliez en Angleterre. Comme nous en étions convenus, j'ai demandé au ministre un congé de six mois, et notifié à qui de droit ma démission de lieutenant commandant de la Sainte-Marie : réclamer une seconde permission ne me semblait pas convenable, A force de démarches, cette affaire à élé réglée quarante-huit heures après votre lélégramme : mes malles sont failes ; je suis prèt.

Trois routes s'ouvrent devant nous : le détroit de Smith, le détroit de Béring, la côte est du Groenland. Tout en reconnaissant certains avantages à cette dernière, je préfère le détroit de Béring. Le professeur Nordenskjüld a reçu de notre Bureau Hydrographique des informations sur ces parages : on nous en livrera copie. En quittant San Francisco le 1* juillet, nous serions encore à temps de faire quelque chose de bon au nord du détroit; mais il vaudrait mieux ètre prêts pour le 1“ ou le 10 juin. Il est possible que mes vues soient modifiées par l'opinion du docteur Petermann : quant à l’allirmer dès maintenant, ce me serait difficile, puisque vous ne me dites pas la route qu'il patronne.

Voici les points principaux sur lesquels j'appelle votre attention: il est de toute importance que j'aille en Angleterre, pour surveiller moi-même les réparations de la Pandore et la préparer à prendre la mer, La moindre négligence en ce moment pourrait causer plus tard l'insuccès de l'ex-

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