‹ Voyage de la Jeannette [microforme]Chapitre 84 sur 148 · RÈGLEMENT JOURNALIER · texte numérisé non relu

RÈGLEMENT JOURNALIER

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Déjeuner. . . . . .

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En route.

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\vant d'allumer la lampe à alcool, on placera le fourneau dans un trou pratiqué dans la neige, afin de prévenir toute déperdition de chaleur, et l'on aura soin d'assurer le tirage par un petit tunnel, Les cuisiniers seront relevés tous les samedis. Le cuisinier de chaque escouade devra, à toutes les haltes, prendre son alcool au traîneau Saint-Michel, refermer parfaitement la cantine et préparer le repas aussi vite que possible, Je recommande la plus grande attention pour le choix de la grace et dela neige

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LES ADIEUX AU NAVIRE. 433 employées; l’homme à qui passera le service de la cuisine la semaine d'après est chargé de les ramasser sur les mornes les plus élevés; il ne devra jamais racler à plus de 2 centimètres au-dessous de la surface, Il assistera, en outre, le cuisinier dans son travail,

Les autres membres de chaque détachement auront à décharger et à recharger les traineaux. Aussi longtemps que faire se pourra, le traineau Saint-Michel retournera tous les matins chercher des vivres dans notre bivouac actuel, Quand il faudra recourir aux provisions mises à part ou emballées, on donnera, par personne et par jour :

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GEORGE DE Loc.

Lieutenant de vaisseau, marine des États-Unis, commandant l'expédition polaire. Traineaux et embarcations sont parés de leurs couleurs :

Le premier cotre, Jeannette, porte mon pavillon de soie.

Le second cotre, Hiram, a le nom d'Hiram sur son drapeau

La baleinière, Rosey, le nom de Rosey sur le sien,

Le Lraineau n°1, Sylvie, un guidon bleu de forme carrée et la devise: \il desperandum.

Le traineau n° 2, Lissie, une banderole en queue d'aronde,

Le traineau n°3, le drapeau des Elats-Unis.

Le traineau n°4, une banderole blanche, avec croix de Malte rouge et la devise : Zn hoc signo vinces.

Le Lraineau n° 5, Maud, devise : Conune je me trouve.

A huit heures, chacun boit sa dose antiscorbulique; je procède à Pappel général; je lis l'ordre transcrit plus haut, On lire le {tit canot à côlé du youyou métallique; on place sur le traineau Saint-Michel 90 litres de jus de citron dans deux bonbonnes, 5 bouteilles de caoutchouc dito, 45 litres d'alcool dans un eslagnon, 2 dames-jeannes pleines de whiskey ; les boites d'instruments, de médicaments, de chirurgie, celle du chronomètre Negus n° 1630; la carabine Winchester dans son élui, avec douze paquets de cartouches. Je répartis les officiers en deux bordées,.

De Long, Chipp, Danenhower, Melville, Ambler, Dunbar, Collins. Newcomb.

Lalitude 77°18'N., longilude 153°25'E.; tempéralure, —6°7,

Vendredi 17 juin, — Lever à sept heures, déjeuner à huit, Nous chargeons de vivres le deuxième traineau Saint-Michel et je l’expédie en avant avec l’ordre de s'arrêter au dernicr jalon planté par Dunbar. On serre les courroies de tous les véhicules, on place des coins de bois mou entre les bonbonnes d'alcool. J'ai écrit hier une note que nous laisserons ici et dont voici la copie (la date en est conforme à notre longitude actuello) :

Cotre des États-Unis la Jeannette, Sur la glace, latitude 77048'N., longitude 15395, 17 juin 1881,

Demain soir, samedi 18 juin, nous lèverons le camp et partirons pour le sud, espérant, avec la protection de Dieu, gagner les îles de la Nouvelle Sibérie et de là, avec nos embarcations, les rives du continent, La Jeannelle a été clavée dans la banquise de l'océan Polaire, le 5 septembre 1879, à vingt-cinq milles est de l'ile Herald, et a dérivé vers le nord-ouest depuis cette date jusqu'au 12 juin 1881. Ce jour-là (longitude E, 1559, latitude N. 77015’), après une légère dislocation des glaces, elle a été broyée par la rencontre de deux champs formidables, puis à coulé à pic le 13 juin, à quatre heures du matin. La veille, à huit heures du soir, nous avions quitté le navire et campions sur la glace, ayant pu sauver pour quatrevingts jours de vivres, cinq embarcations, toutes les tentes, l'allirail de cuisine, plus d'armes, d'habits et de munitions qu'il ne nous en faut, Nos officiers et notre équipage (les noms suivent) sont au complet : nous n'avons eu aucun décès à déplorer depuis notre départ des États-Unis: point de scorbut; l'état général est assez bon, je dis assez, car deux officiers, le lieutenant Chipp et M, Danenhower, et trois hommes, Alexey, Tong-Sing et Kuchne, recoivent les soins du docteur pour diverses causes débilitantes.

Nous avons découvert et nommé deux îles : le 21 mai 1881, l'ile Jeannette (latitude 76047 N., longitude 158956’ E.), et le 25 mai 1881, l'ile Henriette, sur laquelle sont descendus Melville et quelques autres (latitude 7708” N., longitude 157045’). Sauf ces deux petits coins de terre, nous n'avons vu que des glaces depuis mars 1881, où nous nous sommes éloignés de l'île Herald, La banquise de cet océan est analogue à celle que le capitaine Nares à trouvée au nord du détroit de Smith, et, les brises dominantes étant celles du sud-est, la vieille glace dérive lentement vers Le nord-ouest, Pas de courant qui ne puisse être rapporté aux mouvements atmosphériques. Dans l'hiver de 1879-1880, le thermomètre est descendu à — 500; à — 46,6, dans celui de 1880-1881 ; il est monté à + 7,8 l'été dernier ; jusqu'à présent, il n'a pas dépassé — 1,11, La première moilié de juin (— 69 et — 4°) ne nous donne guère le droit de compter sur une saison chaude.

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hepuis notre premier emprisonnement, nous ne nous sommes jamais trouvés dans une étendue d’eau suffisante pour avancer ou reculer d'une seule longueur de navire,

Après avoir quitté la Jeannette, j'ai donné l'ordre de camper ici quelques jours pour charger les traineaux, reposer les malades et prendre nos arrangements en vue du voyage. Nous partons avec vingt-trois chiens et emportons soixante jours de vivres,

GEORGE W. DE Loxc,

Lieutenant de vaisseau, marine des États-Unis, commandant l'expédition polaire.

Je fais coudre avec soin ce document dans une feuille de caoutchouc, puis on le place dans une jarre vide. Qui sait où les glaces le promèneront!

Diner à midi; à une heure on se couche, pour une courte sieste avant le lever du camp.

A cinq heures du soir, j'appelle les dormeurs; on sert le souper, que, pour l'avenir, nous baptisons déjeuner. A cinq heures cinquante, on arrache les piquets des tentes; le départ élait indiqué pour six, mais nous ne sommes pas prêts avant six heures vingt. Le grand cotre marche à souhait, liré par toute la compagnie, mais nos bêtes, sous la conduite d'Aneguin, ont fort à faire avec le traîneau n° 1; souvent il faut nous arrèler pour courir aux chiens, empêtrés dans quelque fondrière. A la fin, je donne l’ordre à six matelots de quitter le halage, et je les accompagne au véhicule. Mieux aurait valu rester à mon posle! tlier, on se le rappelle, j'avais chargé M. Dunbar d'éclairer notre route : Melville, ce matin, fit descendre les provisions au troisième jalon, croyant que c'était le dernier; ce soir, naturellement, il veut s’y arrêter; survient notre pilote : il y en a un quatrième, l’élape n’est pas assez longue, il faut aller jusque-là! En mon absence, — je ne puis ôlre partout à la fois, — Melville se rend à ce conseil, et l’embarcation, au lieu de faire halle près des vivres, est lirée beaucoup plus loin, à ma grande déconvenue quand j'en suis informé.

Pendant ce temps, avec mes six acolytes, je reprenais le lraineau n° 1, que, par des efforts presque surhumains, nous parvenons à conduire à 450 mètres. L’ambulance attendait; J'envoie Chipp et ses malades rejoindre le premier cotre. Puis les six hommes et moi, nous attelant d’abord à l’'embarcation,

ensuite à la balecinière, nous les remorquons toutes deux à l’endroit où nous avions laissé le traineau : je me demandais où élaient Melville et ses gens, qui depuis longtemps auraient dû revenir, lorsque j'apercois de loin Chipp et ses hommes, arrôtés, immobiles. J'y cours : la glace s’est ouverte: il faudra décharger le reste de nos véhicules et trouver un moyen quelconque de leur faire traverser l’eau. J'envoie tout de suite au campement chercher le petit youyou, je fais passer le traineau-hôpital: Chipp essaycra d’alleindre les autres le plus tôt possible et de nous les expédier. Mais le temps s'écoule, et mes six aides, el moi, et les chiens, restons encore seuls pour amener le deuxième cotre et la baleinière, les traineaux 1 el 2 jusqu'à la récente el malencontreuse allée.

Melville et son équipe ne reparaissent qu’à dix heures du soir; on lance à l’eau les deux embarcations; on les hale sur l'autre rive. Pour éviler de décharger les traineaux, on cherche un endroit où le chenal soit assez étroit pour qu'on puisse organiser une sorte de pont de bateaux au moyen de grandes dalles de glace. Pendant cette aventureuse traversée, le palin droit du n° 1 se recourbe; n° 2 et 5, encore plus malheureux, cassent chacun un des leurs: les tenons du montant se brisent raide. Bref, quand on se trouve sur l’autre côté,

18 juin (minuil dix minutes). — trois de nos véhicules sont démantibulés, l'heure du diner est passée, nos provisions sont à près de 2 kilomètres; l’allirail de cuisine, les sacs et couvertures du n° 1, encore plus loin. Qu’y faire ? On épaule les brndoulières de deux embarcations, et à une heure et demie nous arrivons enfin au dépôt de vivres. J’ordonne une halte, bien gagnée s’il en fut. Mais nous ne sommes pas à bout : à son retour du grand cotre, le docteur, rencontrant Chipp et ses malades, exténués de fatigue, leur avait octroyé une petite dose de whiskey el le conseil de s'arrêter au troisième jalon ; Chipp, n'ayant pas compris, continua jusqu'à l'embarcalion. Done il fallail, ou tous marcher vers l’ambulance, ou ramener lambulance vers nous. La seconde alternative semble plus praticable. Ericksen part avec un traineau et des chiens pour rapporter le fourneau et les casseroles du n° 1, et nos invalides, s'ils ne peuvent marcher. Pendant le trainage du premier cotre, Lauterbach, ployé en deux par des crampes, avait dù quitter les

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LES ADIEUX AU NAVIRE, 447 saneles et était resté là-bas sous la garde de Newcomb. Lee a souffert jusqu'à se jeter sur la glace : encore le plomb sans doute ! À deux heures du matin nous sommes tous réunis; on dine, sauf le traineau n° 1, dont le repas n'est prêt qu'une heure plus tard.

bès que les quatre escouades ont avalé leur souper, Slarr et Bartlett, le traineau Saint-Michel et quelques chiens vont chercher des vivres au campement; Cole, avec le reste de l'atlelage, ramènera le traineau-hôpilal. A trois heures et demie, nous retournons tous au « bac »; on décharge les véhicules cassés, on enlève la cargaison des autres, moins le pemmican et l'alcool; et, nous mettant huit à chaque bricole, nous les lrainons au bivouac, qu'on regagne à six heures. Cole élait déjà arrivé; Ericksen repart avec ses bêles, pour apporter la tente et les sacs de nuit du n°1. On soupe à sept heures; on se couche à huit sous la garde d’une sentinelle, el nous nous reposons enfin, harassés de fatigue.

Ciel couvert tout le jour; thermomètre, — 6° à huit heures du soir, Vent nord-est. La température cest aigre, humide; le froid nous pénètre jusqu'aux moelles, Cependant nos hommes sont fort en gaieté. Chose singulière, nous n'avons ni courbature, ni raideur dans les membres après cette rude nuit de travail. Tous ont dormi « splendidement », excepté Chipp, qui se sent «les jambes usées » et n’a pu glaner que quelques heures de sommeil. Alexey, le maitre d'hôtel et Kuchne paraissent décidément mieux.

A neuf heures trente du soir, on dépose au bivouac un des véhicules brisés et deux chargements; d’autres repartent à la rescousse du reste. M. Dunbar va jalonner l'étape de cette nuit; une bordée s'occupe à rafistoler nos malheureux traîneaux el celui de la baleinière, dontles barres traversières sont cassées : il faut en descendre l’embarcation pour procéder au radoubage,

Notre début n’est pas encourageant : route abominable, neige molle et profonde, ouvertures de méchante mine dont le passage accroît terriblement notre labeur. De toute nécessité, il à fallu beaucoup trop charger nos transports : la glace est leilement anfractueuse que vingt-huit hommes et vingt-trois chins, donnant toute leur force, ne peuvent tirer le grand

traineau (poids, 750 kilogrammes) que sur une longueur de quelques mètres par coup de collier; si, à la descente d'un lalus, il s'enneige dans quelque fondrière, la tâche de l'en retirer est vérilablement herculéenne. La température se maintient encore entre —6° et—4°; pourtant nous étions en manches de chemise; la sueur ruisselait sur nos corps comme par une pesante journée d'été. IT faudra se résoudre à alléger nos véhicules et à mulliplier le nombre des trajets : j'avais espéré que trois nous suffiraient par étape; bien heureux si nous pouvons faire avec six !

A minuit seulement tous les bagages sont là; on s'assicd pour diner.

Dimanche 19 juin. — A une heure du matin, on se remet aux ravaudages. Le traineau Saint-Michel et les chiens, sous la conduite de Starr, vont chercher le reste des vivres à l’ancien campement.

Le traineau de Melville ne portera désormais que le pemmican et l'alcool, 471 kilogrammes au lieu de 608.

L'arrimage de celui du second cotre semble sur le point de céder; il faut descendre l’embarcalion et resserrer les courroies; on arrange celles du traîneau n° 1, sur lequel on place dix-sept boîtes de pemmican (346 kilogrammes}, huit cantines d'alcool (45 kilogrammes), un sac et demi de thé, un sac el demi de sucre, un de café, 16 kilogrammes de Liebig. Sur le n° 5, celui du docteur, presque tout le pain. Sur ceux de Danenhower et de Chipp, leur provision seulement de pemmican et d'alcool. Souper à six heures du matin ; à sept heures et demie, distribution de jus de citron; prières à sept quarante; à huit, on va se coucher.

A huit heures du soir, le second cotre, le traineau n° 1 el l’'ambulance s’acheminent; Starr et Ericksen les précèdent avec le traîneau Saint-Michel et les vivres. Cette fois, nous n’ircns que jusqu’au grand cotre : la baleinière n’est pas encore prèle, et je reste à l’arrière-garde pour activer nos travailleurs.

L'ordre de marche est changé : Chipp, Danenhower et les autres invalides escorlent le traineau-hôpital et, sous la conduite du docteur, iront tout d’une traite jusqu’au lieu de halle. Melville suit, avec les transports et leurs embarcations. Je charge les traineaux à chiens et les expédie à mesure, L'étape

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LES ADIEUX AU NAVIRE, 43) eût été bonne si la glace ne se fût disjointe après le passage du second cotre et du traineau n°1; quand je me porte en avantavec mes bèles, nous avons assez de tablature à effectuer la traversée; enfin, à minuit, je gagne le bivouac et donne l'ordre de préparer le repas pour vingt-six hommes, puis je repars emportant de quoi nourrir mes six restés là-bas, À ma grande surprise je les trouve à moilié chemin, avec Melville et la baleinière. J'envoie à leur diner notre ami et son équipe, et mes gens s'occupent du nôtre, pendant que je retourne au campement d'hier et charrie à l'embarcation une cargaison de vivres, Cela nous mène à une heure du matin, où nous dinons, luxe inaccoutumé, devant une planche qui nous sert de table: le dernier Lo ho hisse ! de Nindemann nous avertit bientôt que Melville rentre au camp. À deux heures, je vais chercher là-bas les sacs de pain; au retour, et sans provocation aucune, la route étant, par exception, assez bonne, le traîneau Mac Clintock se détraque sur le bord d’une fissure; une des flasques se fausse complètement. On décharge le véhicule; puis nous nous atlelons à la baleinière et la traînons jusqu’à la susdite fente. Melville et ses gens reparaissent; l'embarcation franchit le pas difficile et s'éloigne grand train avec eux; je reste à garder mes sacs, Ericksen et ses chiens arrivent du bivouuc d'hier; j'ajoute au poids qu’ils en rapportent le traineau éelopé; ils le remettront à SwWeelman. Melville fait dresser les lentes, et, d’après mes ordres, Wilson débarrasse le n° 3 et me le ramène avec son allelage; on y place la moitié du pain, et, en élablissant çà et là des ponceaux de glace sur les peiles lézardes, nous le débarquons sans encombre à cinq heures du matin; Bartlett s’est chargé du reste. Ericksen et Leach rentraient après une nouvelle course : Boyd et Johnson prennent leur traîneau pour un autre voyage là-bas; ils emporlent une cantine el recucilleront ce que peuvent encore contenir d'alcool deux ou rois estagnons abandonnés pour cause de fuite.

Souper à six heures. Hier soir, pour un point de côté, on avail ajouté M, Collins à la liste des inutiles ; ce matin, il semble lout ragaillardi. Jus de citron à sept heures trente; coucher à huit. Nous ne sommes qu’à 2700 mètres de notre point de départ du vendredi 17.

Dans ma tente, le sommeil du jour à été Lroublé par l'humidité de la couverture qui nous sert de matelas; mon sac de nuit était mouillé : la neige et la glace se fondent sous la chaleur du corps et montent par-dessus les bords du carré de caoutchouc; du reste, il faut prendre notre literie telle quelle : impossible de la faire sécher en pareil temps.

Lever à six heures du soir, Déjeuner à sept. I pleut sans désemparer depuis ce matin; la température est à + 1,16, quoique le vent reste nord-est, Ne voulant point aventurer ma troupe, je mande à toutes les tentes qu'on ne partira pas avant que le temps se débrouille, et, enfournés jusqu'au cou dans nos sacs trempés, nous passons une nuit maussade, appelant le soleil de tous nos vœux.

A nulle époque de l’année les voyages ne sont plus pénibles. Au printemps, en hiver même, si la froidure est intense, l'air est singulièrement sec, À la fin de l'été et en automne, la fonte des couches superficielles a fait disparaitre en grande partie les aspérilés de la glace : la marche n’est pas trop mauvaise. En ce moment, hélas! que pouvons-nous espérer? Hier on palaugeait à mourir dans cette neige molle : celte journée de pluie sera le couronnement de l'édifice. Les chiens mêmes se glissent sous les bateaux comme des poules, ou se serrent contre les portes des tentes pour faire appel à notre pitié, Le seul bon côté de la chose, c’est que toute cette eau va précipiter Ja fonte de la glace, et que, s’il survient une «vague de froid », la route en sera bien meilleure.

À terre, dans un logis confortable, le bruit des goultes de pluie battant les vitres et le toit est parfois doux à entendre: mais ici! On n’allume de feu que pour les repas; nul endroil pour sécher nos nippes:; par les trous de ventilation de la lente, l’eau coule en minuscules cascades, mouillant encore nos pauvres corps déjà si mouillés!

Ces halles, ces longs campements me montrent de reste que plusieurs de nos camarades ont emporté en contrebande nombre de ces pelits objets « qui ne pèsent rien du tout ». C'est curieux, comme on en remet au jour, comme leur masse réunie augmente le poids à tirer! Avant de repartir, je me propose de faire une battue générale.

Le diner de minuit nous amène au 21. — Vent du nord-esl,

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