‹ Voyage de la Jeannette [microforme]Chapitre 86 sur 148 · Traineau, (Ed · texte numérisé non relu

Traineau, (Ed

de

Leach et Ericksen nous rejoignent avec un traineau ei la moitié des provisions qui élaient restées là-bas ; l’autre est sur le youyou, à quelque distance en arrière. Is retournent les chercher avec trois chiens, et, plaçant dans une narta l’altirail de cuisine, je vais voir ce que devient l’avant-garde.

23, — Il est minuit, Au bout de 400 mètres à peine, nous arrivons près d'une étroite veine d'eau, et, en dépit de mes efforts les plus vigoureux, les chiens s'achoppent sur des blocs, culbutent le véhicule, me trainent sur la glace avec lui, versant le chargement à droile et à gauche, puis, satisfaits d'euxmêmes, ils effectuent leur traversée sans encombre, et, se campant sur leur séant, ils hurlent à cœur joie.

Me ramassant de mon mieux, je rassemble tout mon bric-àbrac, le porte sur la rive opposée, retourne le traineau et le lire aussi à l'autre bord: l'obstacle vaincu, mes bhèles reparlent, nous alleignons bientôt la grande crevasse : Melville est encore là, dans une ile de glace flottante, au milieu des embarcations el des traîneaux; je lui crie de faire préparer le diner : je passerai plus lard au moyen du youyou, Mais il réussit à diriger de mon côté un vaste glacon sur lequel j'embarque moi, mes chiens et ma batterie de cuisine, Nous nous employons avec ardeur à construire une passerelle pour gagner l'autre rive, el à une heure trente on s'assied pour manger, après avoir déjà transporté deux traineaux et nombre de colis. A deux heures et demie, la baleinière et le second cotre onl traversé sans dommage, Melville s'occupe de la grande embarcalion pendant que, aidé d'Ericksen et de Leach, je pousse les deux altlelages charriant le pemmican et le pain, jusqu'au

jalon où j'avais déposé la première charge. Nous revenons au

chenal : le pont s'est détraqué; le docteur et ses malades fotlent à la dérive sur lune de ses dalles. On place une autre passerelle sur laquelle on parvient à arrêter lilot qui porte nos invalides: ils la traversent à pied, le traincau-hôpital la franchit à son tour, el à six heures du malin, après avoir peine lout notre soûl, tiré, trainé, coupé, taillé, creusé, notre mate: riel entier, le premier cotre compris, a passé le chenal else lrouve en sûreté sur la glace ferme. I a fallu mettre à leu

la grande embarcalion et la manœuvrer à la rame, mais el a pu prendre sa part du travail de l'arrière-garde.

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le lit: nous nous glissons dans nos sacs, après avoir, pendant ces dix terribles heures, gagné juste 526 mètres.

Lever à six heures du soir; déjeuner à sept, jus de citron à septet demie; à huit, je mets en route Melville et les traineaux Let 3: Ericksen et Leach partent avec une narta.

Le Lemps est une idée moins désagréable, Un brouillard nous enveloppe où de temps à autre le soleil transparait, clignant comme lœil d’un ivrogne.

Anbulanee couci-couci, Chipp a mal dormi el se trouve très fatigué ce soir. Alexey se laisse abattre par la moindre colique. Lauterbach à une mine d'enterrement:; sa physionomie reste au même point de solennité. Danenhower est avemgle aux trois quarts. M. Dunbar excède ses forces et j'ai de lui donner l'ordre de nous les économiser,

A neuf heures moins ie auart, Melville revient dire que son Mac Clintock bat de l'aile: on redresse Le palin faussé, qu'on renforce par une rame amarrée à Pintérieur, À neuf heures quinze, Leach el EÉricksen et leurs chiens vont faire un nouveau voyage, Leur véhicule se démaneche à son tour; Nin lemann el Sweelman s'occupent de Le ralistoter, tandis que ls autres Tirent embarcations et lraineaux, À dix heures el demie, Le docteur part avec son détachement: on place le reste des colis sur le youvou, Nindemann, Sweelman, Anesuin el moile halons jusqu'au bivouur, où nous arrivons à minuit

Pour la premivre fois depuis le départ, nous avons franehi en lemps voulu notre moitié délape, dué à l'heure dite el pu commencer Ja marche suivante : tout cela parce que la route Eu peu moins mauvaise el qu'il n'y a pas de crevasses

2, — Diner à minuit un quart: au travail uue heure après Le temps reste brumeuxs, mais absolumentealme. Je prends la

Le avec un traineau à chiens el, voyant que la glace est à souhaut sur près de 2 kilomètres, je reviens acheminer fout mon monde, Ene ouverture se présente sur Fun des côtés de la route, Dumbrar et moi y lancons le vouvou : elle nous méncrail nord-est et je renonce à Fidée d'y embarquer Ja caravane;

nous suivons ensuite une fissure malhecreusement trop courte,

ar VOYAGE DE LA JEANNETTE.

mais qui est dirigée vers le sud, et sur laquelle nous luisons filer les bateaux l'espace de 250 mètres.

A deux heures et demie, le ciel s'éclaire, le soleil se montre dans toute sa gloire; on ne voit plus que quelques cirrus ; la brume s’'enroule et disparait comme par magie devant une légère brise nord-est. À cinq heures du matin le {hermomètre

indique —3",5; à sept heures, — 3"; on dresse les lentes, on s'enfonce dans les sacs après avoir soupé. C’est notre meilleure journée de marche: sept heures de rude travail ne nous donnent pourtant, en ligne directe, que 2*,800 (un mille cl demi).

Au sud, la banquise parait abominable : peut-être, pendant notre sommeil, se décidera-t-elle à changer. J'essaye d'obtenir notre posilion par un calcul Summer. mais les différences du relèvement du soleil au bout de ee: der: heures me donnent un angle trop aigu pour déterminer nettement un point d'intersection, Longitude 152°E,

Coucher à huit heures trente; lever à six heures du soir. Déjeuner à sept. M. Dunbar cherche en avant quelque passage pralicable, À huit heures on lève le camp, et une fois pour toutes, car l'ordonnamee de la marche ne saurait guère varier, je vais faire la description d’une de nos étapes,

Le réglement du 16 a dû tomber en désuétude pour names raisons, dont la meilleure est l'impossibilité de dire, « tel moment, ce que sera la glace la minute suivante : il est évident, en outre, qu'à fournir tous les jours dix heures et demie de ce labeur terrible, mous serions bientôt hors de combat : nos vivres s'en vont peu à peu: les poids à tirer diminuent en conséquence; peut-être Le temps viendrait où nous le mettrons à exécution; présentement il n'y faut pas songer. Avant le déjeuner, M. Dunbar a jalonné la roule au moyen de pavillons noirs: il part le premier pour s'assurer si, dans Fintervalle, les services des pontonniers ne seraient pas devenus néces saires, M. Melville le suit de près avec la majeure partie de équipage et les grands traineaux; n° 1, baptisé le Morse par nos gens, est le plus lourd et exige l’escouade entière. Erick sen et Leach vont et viennent tout le jour avec les nartas. de reste à l'arrivre-garde pour charger celles-ci: parfois jen

prends uné moi-même et vais relever Dunbar à Favant. Les

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LES ADIEUX AU NAVIRE. h19 grands transports amenés à la moitié de Pélape, Melville et les siens reviennent chercher les embarcations. Le docteur s’achemine avec ses malades et le traineau d’'ambulance, À onze heures du soir, et tout le matériel au rendez-vous, les cuisiniers quittent Jeurs bandoulières et préparent le diner, tandis que Melville et ses gens conduisent plus loin les premiers draineaux,

24, — Après ie repas de minuit, on s’atteile aux embarcalions; le docteur et ses invalides reprennent leur bâton de voyage et parlagent en deux le reste de l'étape; puis re-traineaux, puis re-cotres et re-baleinières ; narlas et chiens, loujours. À cinq heures et demie, j'arrive avec l'arpière-garde et le dernier traineau. Les cuisiniers s'affairent; on prépare les lentes; souper à sept heures, coucher à huit, Lever, six heures du soir,

Done, neuf heures passées aux courroies de halage, dix à se reposer où dormir, trois aux repas, deux à dresser les tentes, lever le camp, pionner la route, I n’est au monde de labeur plus pénible que de remorquer ces traineaux, et, mes deux olliciers de ligne restant loujours sur la liste des malades, j'ai énormément à faire. Tant que Melville sera solide au poste, out ira bien, Le docteur prie ei supplie; il réclame le droil d'épauter la bricole avec nous, mais je le crois encore plus ulile ailleurs, et lui prescris de ne pas quitler son ambulance pendant la marche ou les halles,

Lélape a été satisfaisante : 2 Kilomètres à voi d'oiseau: la ace S'estouverte deux fois, par bonheur après le passage des transports et des embarcations : j'ai eu force déboires avec les laineaux à chiens, L'avant de Fun d'entre eux à plongé dans

ut el Fos a dû couper les traits à la hâte pour que les infor-

nées bêtes pussent gagner l'autre rive; deux d'entre nous element Le véhicule de toute la vigueur de leurs bras. La ur! de demain s'annonce bonne : le vaste champ de eille glace sur lequel nous nous trouvons semble s'étendre

plusieurs milles, mais les mares superficielles augmentent ls difficultés de la roule; elles se recouvrent la nuit d'une lame mince qui se fond ensuite au soleil, et, en remorquant

ls (riineaux, nous palaugeons parfois jusqu'aux genoux : dans un mois, elles s'écouleront à la mer. Hier soir, le temps

élait couvert; plus tard la brume s'élève, mais il reste des cirro-cumulus et des cumulo-stratus qui m'empèchent à minuit de prendre notre latitude : impossible de savoir au juste où nous en sommes.

Chipp est extrêmement faible el ne peut fournir son étape que grâce à de nombreuses halles : je commence à être fort inquiet. Lauterbach à repris son travail; Alexey est encore malade, son estomac ne tolère aucun aliment.

En ouvrant un ballot de café, Slarr trouve la note suivante, et ce n’est pas le premier des messages qui nous sont ainsi parvenus :

Mes meilleurs vœux pour le succès de celte grande entreprise, Quani vous lirez ces lignes, vous penserez sans doute aux loyers confortables que vous avez quittés pour faire avancer la science, Si vous le jugez à propos, un mot de réponse, S'il vous plait, à l'adresse ci-dessous :

Gi, J, K.

Dixième boite aux lettres, New-York.

D'après les conseils du docteur, j'ai fait inventorier notre provision de sel : l’usage en sera suspendu jusqu'à nouvel ordre, Chaque embarcation en à deux boiles de deux livres chacune, douze livres en tout 5k,450).

Les conserves de poulet et de navet sont finies d'aujourd'hui; il faudra bientôt entamer notre réserve de vivres, sauf pour le cacao, le chocolat et le fromage, que nous emporterons jusqu'à ce que le poids en soit jugé trop lourd.

Coucher, huit heures trente; lever, six heures du soir. Le lemps est brumeux; déjeuner à sept; à huit, les traineau partent, Dunbar et moi ayant pris les devants pour éclairer la route, Beaucoup d’eau sous la croûle de surface, qui se rompl fréquemment sous nos pas; nous plantons le dernier jalon à 900 mètres : à l'étape d'hier on n'avait pas réussi à transporter la totalité du matériel, et six charges de traineaux étaient restées en arrière; == mais tout marche si bien que, le

25 à minuil, les cuisiniers sont à l'ouvrage. On dime à mme heure ; à deux on repart. J'ai pu prendre à minuit ume allilude méridienne qui, à mon grand étonnement, me domme une llilude de 77°46'N, Je ne m'élais point trompé dans mon ebservalion ; aussi je recommence mes calculs une demi-demain

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de fois afin de rechercher si je n’y ai pas fait de faute : tou-

jours le même résullat, Je visite mon sextant avec le plus

grand soin; il est en très bon état, et ma surprise augmente, Partir de 77218’ N., voyager vers le sud pendant une semaine et se retrouver vingt-huit milles plus au nord, c'est bien assez pour me rendre anxieux et perplexe! Je rumine la chose; un instant même je l’attribue à quelque cas de réfraction extraordinaire, lorsque, jetant un coup d'œil sur mon calcul du 23 d'après la méthode Sumner, je vois que l'intersection des deux lignes se trouve par 77°46’. Je n’en suis que plus préoccupé. Des observations prises à quatre heures trente et à sept heures trente me permettent de faire un autre Sumner qui, terminé el posé sur la carte, me donne 7743". Les moyens qui me restent pour dresser celle-ci élant très insuffisants, je puis leur attribuer en grande partie la cause de la différence entre celle latitude et celle que j'avais obtenue par la hauteur méridienne inférieure. Plus inquiet que jamais, je me décide à iendre midi et à prendre une hauteur méridienne supérieure, avant de former d'autres plans.

Le travail de la journée est moins encourageant que celui d'hier : nous n'avons gagné que 1400 mètres : la glace élait ouverte en plusieurs endroits et nous n'avons pu souper avant huit heures. Le temps, resté calme et brumeux une partie de la matinée, s’est rapidement nettoyé ; le thermomètre est descendu à —5",5 sous une légère brise de l'ouest, À huit heures, il remonte à —929,2: le vent fraichit, le ciei se couvre à moilié de cirro-cumuius voyageant vers l’est. On campe sur un moreau de vieille glace, M. Dunbar, envoyé en reconnaissance, raconte à son relour que c’est un tohu-bohu effroyable, eriblé de trous béants ; il ne savait comment se trainer par-dessus. Pourtant, nil desperanduin ! Sondages, 25 brasses.

Chipp est d’une faiblesse alarmante. Ses 600 mètres de marche avant la halle du diner l'ont mis hors de combat, et, quoiqu'il soit resté sept heures sur où dans son sac, il lui à

‘lé impossible de se tenir sur ses pieds quand lambulance est repartie pour le campement. A sa grande mortification, nolre ami a dû m'obéir et prendre place sur un traineau. Hélas! qu’en adviendra-t-i1?

Lallitude méridienne me donne le parallèle de 77°42N.; de

celui-ci, du moins, je ne saurais douter. Mon observation de minuit n'était incertaine qu'à cause de la forte réfraction causée par la faible hauteur du soleil. J'accepte donc la situation et modifie mes plans en conséquence, Au lieu de continuer droit au sud, j’appuierai vers le sud-ouest, puisque notre ligne de dérive s'oriente vers le nord-ouest; celle nouvelle direction nous la fera couper plus vite et nous portera plus tôt sur les rives de la banquise.

Je gagne mon sac de nuit à une heure de l'après-midi, par un épais brouillard que nous amène le vent d'ouest, J'avais donné l'ordre d'appeler tout le monde à sept heures; mais, de peur de me déranger, le cuisinier n'est pas venu prendre son alcool dans ma tente; le souci qui loujours veille en moi m'avertil que quelque chose marche de travers: je me lève, mais le déjeuner n’est prêt qu'à neuf heures moins un quart,

Mes mains, brüléces par ie soleil avant la fin de l'étape, sont gonflées et douloureuses; une application de cérat me soulage beaucoup.

La mauvaise glace qui S'étend devant mous exige un examen plus approfondi que le coup d’æil jeté ce malin par Dunbar. I y relourne pour chercher une route; S'il trouve quelque passe favorable, nous regagnerons bien vile le temps perdu. Nos gens restent « sur leurs rames », et certes, après le labeur d'hier, c'est un repos nécessaire, D'ailleurs, Ericksen el Leach ont encore deux ou trois chargements à voilurer au bivouac.

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