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Je repars à neuf heures et rencontre Alexey; il revenait hors d'haleine chercher une carabine pour M. Dunbar qui avait vu un ours. M. Dunbar, en effet, avait vu un ours, mais, en homme prudent, il n’ose se fier à sa pique et, piroueltant sur ses talons, se hâle de prendre ses jambes à son cou. À un angle de la route, il retrouve, à 30 mètres de distance, sa bêle qui court sur lui quelques instants, puis s'assied ct le contemple jusqu’à ce qu'Aneguin arrive avec son arme. L'animal se lève alors et déléle; on le poursuit, mais sans succès : nil comme à l'ordinaire.
11. — À une heure du matin, tout notre balaclan est transporté à près de 3 kilomètres. On fait halte pour dîner et je me frotte les mains de ce beau résultat, quand on vient m'apprendre qu’une ouverture est en train de se former à 400 mètres de l’avant, Je n’en suis guère surpris : chaque fois que je m'arrètais dans celte étape on entendait le murmure de l’eau frappant à petit bruit sur les glaces. À une heure cinquante on repart; deux heures après, tout le matériel est sur le bord de l'allée. Elle s’est élargie considérablement; on la traverse à grand labeur pour en trouver d’autres plus loin; les pontonniers s’escriment; à six heures quarante, quand on gagne le camp, la marche se trouve réduite à moins de 4 kilomètres.
Pendant que, au premier bac, je surveillais le passage de out mon monde, j'ai été extrêmement surpris de l'aspect des nuages au sud-ouest: depuis nombre de jours je n’en avais pas vu indiquer autant de reflets d’eau. M. Dunbar, comme moi, ne peut croire qu’ils se soient formés au-dessus de la glace. Je grimpe sur un morne haut de 6 mètres et, explorant soigneusement l'horizon avec ma longue-vue, j'aperçois très clairement la mer libre; une terre paraît au delà. Serait-ce une troisième île, ou, puisque nous ne sommes pas sûrs de notre longilude, quelque cap avancé de la Sibérie? En tout cas, ce n’est aucune des Liakhov.
Elle est juste au sud-ouest. J'ai bien fait de changer de route, nous scrons délivrés plus vite. D'après notre estime, elle semble à une distance de dix à quinze milles; cette vaste étendue d'eau zébrée de longs courants de glace serait la marge de la banquise sur laquelle nous nous traînons péni-
blement; peut-être la mer libre s’étend-elle jusqu'aux rivages de la Sibérie, comme le disent les explorateurs russes. Tant de théories nous sont déjà parties entre les doigts! je serai longlemps à croire que nous puissions laisser les glaces derrière nous avant d’avoir franchi le Cercle polaire arctique.
Il y a juste un mois que le navire a coulé, je ne vois pas encore que nous ayons trop souffert de nos labeurs. Ils sont rudes pourtant! Chacun de nous assure n'avoir jamais passé par de semblables épreuves. Cet éreintant trainage, ces glissades, secousses et cahots, celte bandoulière qui vous entame les épaules et vous scie la poitrine ne sont pas des plaisanteries; creuser et tailler au pic et à la hache une glace dure comme du caillou nous endolorit jusqu’à la moelle des os. Le leiaps fait mine de changer, le ciel se barbouille et a tout l'air de promettre des bourrasques du sud-est; un vilain brouillard nous enveloppe. Ce vent va-t-il nous repousser au nordouest et nous empêcher de gagner la terre?
Le chocolat et le cacao — je n’en porterai pas le deuil, n’aimant ni l’un ni l’autre, — sont épuisés et nous passons au thé ce matin : 30 grammes par têle est trop, la moitié suffira. Coucher à neuf heures; les hommes de garde se relèveronl désormais toutes les deux heures. Lever à six, déjeuner à sept pour loutes les tentes, sauf la nôtre, où le fourneau a donné pas mal de déboires à Ericksen, le cuisinier de semaine. Le thermomètre marque <+1°,6, le baromètre esl tombé à 750 millimètres (temp., 3°,3). Impossible, par celte brume, d'examiner les alentours, mais tant d’eau nous environne que nous alteignons peut-être la lisière de la banquise. À six heures du soir il pleut à torrents, le vent du sud-est qui soufflait bruyamment tout le long du jour, s’est changé en une brise modérée du sud-sud-ouest. A huit heures je prends le youyou pour voir un peu de quoi il retourne, la brume nous empêchant de distinguer l'autre bord de lallée ouverte devant nous. La brise passe au sud-ouest, le ciel se débrouille, l’horizon s’éclaircit. Notre chenal a 300 mètres de large; à une très petite distance, un autre le suit en ligne parallèle. Je fais vider les deux cotres qui vont nous servir de bacs, et à neuf heures du soir on y charge loutes nos appartenances ct dépendances. Les tentes, sacs de nuit, havresacs,
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chiens et nartas n’offrent guère de difficultés; il n’en est pas de même des grands transports tout arrimés, qu’il faut hisser avec des ménagements infinis. On y consacre le premier cotre ; ilemporte d’abord un des lourds traineaux placés sur l'arrière, puis le second; au troisième voyage on y monte les deux reslants, l’un à la proue, l’autre à la poupe, six hommes debout au centre pour équilibrer les poids. Cette opération, très hasardeuse j'en conviens, nous a économisé le temps qui se scrait perdu à décharger, charger et corder ces pesants véhicules.
12. — Pourtant nous n'avons pas fail en out un demi-kilomètre quand, à minuit, on s'arrête pour le diner ; le temps est sensiblement plus froid, le vent a tourné à l’ouest, le soleil brille et nous pouvons enfin jeter un coup d’œil autour de nous. Partout des allées d’eau; bacs et passerelles de glaçons resteront à l’ordre du jour. Cet ouvrage ne fatigue pas outre mesure, mais il est fort long, surtout quand on ne trouve pas sous la main de débris de moyenne taille et qu’il faut recourir à des nappes longues comme un paquebot et hautes de 2 à 3 mètres. La caravane les franchit les unes après les autres, traverse deux champs larges de 500 mètres chacun, ct fait halte dans une île de glace de même dimension et de même hauteur. Le spectacle n’est pas encourageant : plusieurs crevasses trop courtes pour nous être utiles, assez larges pour nous incommoder beaucoup, et, au delà, des bancs à surface anfractueuse qui promettent une rude élape pour ce soir. Le vent à passé au nord-ouest, le ciel est clair et ensoleillé, des grains soufflent de temps à autre. La brume couvre l'horizon du sud-ouest; on ne revoit ni l’eau ni la terre d'hier, Plusieurs dovekies (guillemots noirs), des mouettes, un auk (grand guillemot) et, chose singulière, un papillon vivant trouvé par le docteur et que j'ai conservé; ce n’est point un habilué des glaces, il y aura été porté par la bourrasque du sud-est ou celle du sud-ouest qui a suivi.
Souper, sept heures trente. Personne, dans ces conditions, ne saurait conter par le menu les divers incidents de la journée, et chaque matin, avant de gagner mon sac, je me félicite de n'avoir pas tout oublié. Les cent et une épreuves et difficultés de la marche, la pénible besogne du traînage sont de tous les jours, et, une fois décrites, ne demandent pas de
A7? VOYAGE DE LA JEANNETTE, répélilion. Plus lard, qui sait? je pourrai donner un (our plus intéressant à ce récit de notre campagne sur l'océan glacé : ces notes informes sont tout ce qu’il faut pour le quart d'heure. Sondages, 23 brasses sur fond vaseux. Dérive rapide au sud-est, Coucher, neuf heures du matin. Lever, six heures du soir. A sept, déjeuner. Vent frais nord-ouest; baromètre, 763 millimètres (lemp., 4,44); thermomètre, —0°,5. Temps couvert et brumeux, départ à huit heures. Nous débutons par transporter tout notre équipage de l’île du campement dans celle qui l’avoisine, et ainsi de proche en proche, jusqu’à minuit et demi (900 mètres seulement).
13. —- Nous atlcignons un excellent ruban de glace long de 2 kilomètres. On y fait halte pour diner; nous arrivons ensuite à un chenal de 60 mètres d'ouverture, qui nous sépare d’une île de glace, très rapprochée de la berge du champ opposé. Trois grands glacons flottent sur l’eau ; on les capture, on les range bout à bout, et nous passons avec toute la célérité possible, Au delà s'étend un banc large de 1 kilomètre, et long de 8 ou 10; malheureusement, sa plus grande dimension n’est pas dans la direction requise; après l'avoir traversé, nous campons à six heures trente-cinq, salisfaits d’en avoir fini avec cette étape (3 kilomètres). Pendant qu'on place les embarcations, Dunbar et moi prenons le youyou pour donner un coup d’œil à celle de ce soir. La passe entilée ne conduit qu’à un morne, sur lequel je parviens à me hisser : dans l’orientalion voulue, 1 kilomètre de larges clairières nous sépare de la bonne glace, et nous perdrions bien des heures à défaire et à refaire la cargaison de lous nos véhicules, tandis que, le premier chenal une fois franchi dans la direction de l’ouest, un champ à. surface unie s'étend sur 2 kilomètres et paraît soudé à une autre sur lequel nous pourrons reprendre notre route vers le sud-ouest: voilà qui est décidé ! En retournant aux tentes, je revois les nuages du 11, et cherche au-dessous, mais inutilement, la terre et l'eau tant désirées. M. Dunbar, lui, retrouve positivement la mer et je finis par la distinguer aussi, toute rayée de fleuves de glace ; de terre, point. D’après les distances relatives et mon champ de vision, cetle eau vive est à moins de 14 ou 15 kilomètres sud-ouest. Depuis minuit le ciel est sombre et triste.
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Nous traversons des flaques, ou, pour mieux dire, des étangs plus grands que nous n’en avions jamais vu dans ces parages, Celle eau et le peu de cohésion des glaces me donnent à croire que nous sommes près de la mer. Un horizon clair nous permettrait d'être bien vite au large sur cette question ; ce brouillard obstiné nous contrarie d'autant plus.
Et maintenant il me faut enregistrer la première infraction à la discipline que j’aie eu à noter depuis le début de la croisière, et cela de la part d’un homme dont la conduite était au-dessus de tout reproche. Melville avait placé une paire de semelles à l’arrière d’une des embarcations: les cahots de la route les font glisser sur le sac de nuit d’Ed. Starr, matelot. A la halte du matin, Starr les aperçoit et, tout en colère, les lance au loin sur la glace. Melville l’avertit qu'elles lui appartiennent, lui donne l’ordre d’aller les ramasser, lrminant par : « Et n’y revenez plus!» Starr n’a point l'air d'entendre, mais grommelle quelques mots de « semelles mouillées », de « ça m’est bien égal à qui elles sont! » Melville renouvelle son injonction. J'arrive, Starr ne montre aucune intention d'obéir, mais continue à murmurer d'une façon peu respectueuse, Je lai commande de se taire et d'exécuter les ordres de M, Melville ; il ne m’écoute pas, et farfouille encore dans le bateau, répétant entre ses dents : « Un bon endroit, vraiment, pour y fourrer des semelles mouillées ! » A la troisième ou quatrième fois, il se décide enfin à descendre et à se baisser pour relever le corps du délit. Mais quant à garder le silence, il ne le fait que lorsque, apparemment, il n’a plus rièn à dire. Je lui ordonne de se tenir à part. Un moment après, je m’approche; « quelle explication peut-il me donner de sa conduite : désobéissance aux ordres de M. Melville, désobéissance aux ordres du commandant?» — « Il ne savait pas que ce fût à lui que parlât M. Melville » : telle est sa réponse, aussi humble qu’absurde. Bref, je me vois forcé de le suspendre de son service.
Coucher à neuf heures. Lever à six. Déjeuner à sept. La soirée est belle et calme. Un soupçon de terre au sud-ouest; d'aucuns assurent voir parfaitement la mer. A cette heure le soleil frappe presque à angle droit cette partie de l'horizon; mais si demain matin la brume n’a pas déjà tout envahi, il
47 VOYAGE DE LA JEANNETTE, sera derrière nous, au-dessus de la rive supposée et l'on saura enfin ce qu’il en est.
Départ à huit heures. Après avoir traversé la passe, nous marchons sur l’ouest-sud-ouest; pendant notre sommeil, plusieurs ouvertures se sont produites dans le banc; il faut se remettre aux ponts; à minuit etdemi seulement, nous gagnons la bonne glace et faisons halle pour diner.
14. — À dix heures, la brise s’élait levée du nord-ouest el avait poussé sur nous des masses de brouillard qui s'étendent bientôt au ciel tout entier; notre repas est attristé et refroidi par la disparition du soleil.
J'avais oublié de dire que, ces derniers jours, trois de nos chiens ont été pris de convulsions, Jim, d’abord, que l'accès a saisi au trainage et a secoué longtemps après que l’on eul coupé les courroies. Peu d’écume à la gueule, mais un grelottement perpétuel comme s’il tremblait de froid. Puis Renardeau, puis Tom : celui-ci paraît frappé d’élourdissement; ensuite il lourne sur lui-même une minute ou deux et se jette sur Loup, son camarade de sangle, qu’il croit sans doute responsable de sa crise. Renardeau est le chef de l’attelage du youyou, nos sept plus misérables bêtes de trait (équipe de M. Ambler). Viennent ensuite celles d’Alexey; Ericksen a les sept meilleures. Le pauvre Jack ou Joe, le chien au dos ouvert, a été laissé par mégarde dans quelque passe; le reste ne vaut pas la peine d'être mis au harnais. En route à une heure cinquante; la glace est mauvaise et requiert presque toujours le travail de nos mineurs, parfois celui des pontonniers. On campe à six heures vingt; élape, 4 kilomètres 1/2.
Le temps n’est rie: moins qu'agréable, Par moments le soleil \ cree les nuages et nous fait des promesses que le brouillard,
courant du nord-ouest en tourbillons pressés, l’'empèche de
ir. Averses de neige du matin au soir.
tujourd’hui, les petites mares se regèlent : la glace mince q . les recouvre s’effleurit sous nos yeux. Si le fait seul que © ‘te eau reste liquide au-dessous de la température où l’eau aouce se prend, ne suffisait à établir qu’elle contient du sel, la production de l’efflorescence dès que la croûte se reforme, en serait la preuve sans réplique. Les semelles de nos botles s’usent si rapidement sur les arêtes {ranchantes des glaces
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LES MARCHES SUR LA MER GLACÉE, Crti que lessdemandes de nos saveliers ont épuisé ma réserve, J'ai dû les autoriser à prendre le cuir des rames du youyou: et, ce malin, on passe à celles du grand cotre. Ils le préfèrent sans nul doute aux peaux non tannées. Mais nous allons gagner la mer, je l'espère, et ce nouveau sujet de souci sera avec les choses du passé. Souper à sept heures; coucher à neuf. Lever à six; déjeuner à sept. Brise modérée du nord-ouest. Temps sombre et triste; un peu de brot‘llard. Départ à huit heures quinze. On à perdu quelques minutes avant de pouvoir atteler les chiens : pendant notre sommeil, certains d’entre eux s'élaient avisés de ronger le cuir de deux harnais, laissés imprudemment à portée, Ce soir nous avons traversé en tout onze fissures, sur trois desquelles il a fallu jeter des ponts; dans ma frayeur que les huit autres ne vinssent à s’élargir, j'ai tellement pressé la marche, qu’à une heure du matin nous avions déjà fait 2700 mètres.
15, — Hier soir, l'horizon du nord-est avait commencé à séclaircir; à partir de minuit, les lourdes nuées de brume s'enroulent peu à peu; de temps à autre on aperçoit le soleil et quelque trouée d'azur. Des cirro-cumulus s'élèvent du sud-est; le ciel se débarbouille partout. Je cherchais à retrouver notre terre, quand je vis Aneguin debout sur un morne ct regardant altentivement dans une direction un peu différente. Je cours à lui; il me montre dans l’ouest une longue ligne noire qu'il croit être une île. Pour moi, c’est de l’eau; du reste, ma longuevue le confirme. Mais je retrouve la courbe régulière aperçue le 13 et peut-être le 11; je suis à peu près sûr de revoir aussi l'Océan, Comme, du sommet de notre piédestal de glace, mon champ de vision ne peut guère dépasser six milles, je pense que la banquise doit se terminer plus près de nous : au large, une sorte de promonloire avance au milieu de l’eau; il est évident que nous arriverons à celle-ci d’abord. La terre est maintenant au S.60°0. magnétique (S.-0. vrai); ou nous en sommes très rapprochés, ou nous aurions dérivé beaucoup au sud-est, car, pour les cinquante-deux dernières heures, il y à une différence de cinq points dans le relèvement. Mais la légère brise de ces jours-ci n’a pu nous pousser fort loin. Toutes ces circonstances bien et dûment pesées, je conclus qu'il faut conlinuer notre marche au sud-ouest. Pendant le diner (une heure
476 VOYAGE DE LA JEANNETTE, quarante à deux heures vingt) la lune, qui nous boudait depuis deux mois, est venue nous rendre visite et, chose encore plus satisfaisante, un phoque parait dans les environs. M. Collins tire, et, cette fois, le youyou ne laisse pas au gibier le Lemps de couler à fond. Je donne l’ordre à M. Dunbar de prendre Ancguin avec lui et de marcher de l'avant, Ils vont six fois plus vite que la caravane, et, après avoir fait 5 ou 6 kilomètres — la moitié de notre distance probable de la mer, — ils reviendront nous dire ce qu’il en est de la banquise, de la terre et de l’eau. Dunbar emporte une carabine et un peu de pemmican.
A six heures moins dix, nous avons gagné 1200 mètres: l'endroit est plan et favorable à un bivouac; il ne s’en présentera de pareil que beaucoup plus loin. Je donne l’ordre de s’arrêler; à peine les tentes sont-elles dressées que la pluie tombe à torrents. Le vent lourne à l’ouest-nord-ouest; le ciel se recouvre de nuages, presque tous en ligne du nord au sud.
Le phoque nous arrive jusle à point; sa chair va nous reslaurer, son lard graisser les chaussures. Iversen, tout exprès détaché. du tirage, est le premier au camp et prépare le gibier. Il enlève la colonne vertébrale, débite la viande, vingt livres seulement (9 kilogr.) et la partage entre les cinq tentes: on procède de la même façon pour la graisse: chacun aura sa part des deux trésors. J'oclroie aux cinq maitres queux une plus grande dose d’alcool, deux onces de sel, une cerlaine quantilé de débris de pain. A sept heures quinze nous nous asseyons à un festin splendide : après notre régime de pemmican à saliélé, celle viande fraiche nous paraissait un régal digne des dieux. Les sybariles ne disaient plus que le phoque « préfère attendre ». L'infortuné, lué à deux heures et demie, dépouillé à quatre, dévoré à sept, nous a laissé d'aussi bons souvenirs que le meilleur diner servi chez l’illustre Delmonico. Nos 7/33 de ces vingt livres, tout simplement mis à la casserole avec de l’eau, trois onces et demie de Liebig (100 grammes/, une demi-pinte de mie de pain, une once de sel, on s’en serail léché les doigts jusqu'aux coudes! La tente n° 4 a confié à la poêle ses 6/33 et avec tant de succès, que Melville leur trouvait le goût d’une friture d’huitres.
M. Dunbar et Aneguin sont de relour à sept heures trente. Ils ont fait en avant plus de 6 kilomètres et se croient arrivés
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à moitié chemin de la mer. Celle-ci s’agrandissait sans cesse dans leur champ de vision : la terre paraissait aussi loin que jamais : on en dislinguait seulement la vague silhouette neigeuse que nous connaissons déjà. Serait-ce, après tout, une des iles Liakhov? Je rends grâce à Dieu que nos chances s’augmenlent de nous embarquer bientôt. Coucher à neuf heures; lever à six.
Le temps, chose singulière, est agréable et clair, quoique. d'après la température (4 1°,5 au soleil), nous nous fussions attendus à la visite du brouillard.
D'part à huit heures du soir; route qu'il nous faut creuser dans une « Arabie pétrée » ; nombre de craquelures à franchir, mais un seul pont à construire.
Grand guillemot.
CIAPITRE XIV
(16 juillet — 5 août 1881)
L'ile grandit toujours. — Une quasi-noyade. — La neige rouge, -- Terre ou eau ? — Glaces à aiguilles, glaces pourries, glaces mouvantes. — 11 fait beau, enfin! — Les embarcations. — Terrible labeur, — Dérive loin de l'ile, — Une falaise, — Débarquement difficile. L'ile Bennett, — L’exploration, — Un peu de géologie. — Les marées, — Excursion de M. Dunbar, — Le charbon, — Départ de Chipp. — Retour de Dunbar. — Mauvais temps. — Retour de Chipp. — Préparatifs du départ. — Tempête et froid. — Pauvres chiens !
Samedi 16 juillet. — À minuit et demi, nous nous arrèlons pour dîner, après deux bons kilomètres. Le temps est superbe, quelques cirrus rehaussent le bleu du ciel. La terre parait plus distincte qu'hier ; nous ne voyons pas encore l’eau. En roule à deux heures; à cinq heures trente, tout notre atlirail est transporté à 900 mètres plus loin, mais le licu n’est guère propice pour y dresser nos lentes, et, landis que je prends mes observalions, Dunbar s'éloigne à la recherche d’un meilleur bivouac. Il trouve notre affaire à 400 mètres en avant : le moment esl favoraile, plusieurs ouvertures viennent de se reclore. Je donne l’ordre de se remettre en marche, et retourne à mes relèvements. Comme ma boîte est confiée à une des narlas, je suis souvent obligé de l'envoyer chercher à l’arrière-garde el de la porter avec moi pendant l'intervalle qui sépare les deux observations du même jour. M. Dunbar élail assez loin, en quête d’un morne qui pût lui servir d’échauguette, Ne voyant pas reparailre Melville pour le second convoi, je finis par m'inquiéter, et m'’avance à sa rencontre, le sextant d'une main, l'horizon arlificiel de l’autre : la glace s’est de nouveau
disloc {enan crima accou notre ver à que, ment
M. M le pa creva
mais de l'eau à la qu'il pres au Y rière séch fois d'un pem le n
Terre où eau ?
beau, entin!— Une falaise, — eu de géol gie.
part de Chipp.
Préparatifs du
us arrôlons st superbe, parait plus En roule à il est transère propice mes obserur bivouac.
noment esl reclore, Je à mes res narlas, je re-garde el re les deux ez loin, en Ne voyant ce finis par tant d'une de nouveau
L'ILE BENNETT. 479 disloquée! Les chiens avaient déjà traversé; il leur fallait maintenant revenir vers nous avec les traineaux vides. Melville s’escrimait à tirer les deux grands transports du mauvais pas. Nous accourons à la rescousse, ce n’est qu’à neuf heures que tout notre matériel est au campement où nous avions compté arriver à sept; mais on se console bien vite : Collins a tué un phoque, le youyou s’en est emparé, nous souperons magnifiquement.
I n'est arrivé ce malin une assez ennuyeuse aventure. M. Dunbar et moi, en nous rendant à un morne pour examiner le pays, avons dû faire force détours et franchir nombre de crevasses, Les premiers ne nous coûtent qu’un peu de fatigue ;
L'ile Bennett vue à distance.
mais, à un saut par-dessus une lézarde de plus d'un mètre de large, la glace se brise sous mes pieds et je plonge dans l’eau jusqu’au cou; mes habits me reliennent quelques instants à la surface, Dunbar se précipile vers moi el me saisit par ce qu'il croit mon capuchon, en réalilé par mes favoris : il m'a presque arraché la têle des épaules. Quand nous arrivons au youyou, Johnson court chercher mon havresac resté à l’arrière-garde, et bientôt j'enfile des vêtements secs; le soleil va sécher mon costume de bain. Mais, bien autre malheur, cet cette fois irréparable, un traineau à chiens chavire juste sur le bord d'une fissure et nous fait perdre plus de 120 kilogrammes de pemmican. M. Newcomb a tué un oiseau nouveau pour nous, le mollemokki. L'apparition d'un morse — nous n'en avions
pas vu depuis si longtemps! — excite notre plus vif intérèt, Collins et Nindemann l'ont évidemment louché; il a fini par s’éclipser après avoir remonté sur l’eau plusieurs fois. Mais la merveille du jour, c’est notre veau marin, grand, gros et gras, qui nous fournit et la viande pour la marmite, et le lard pour les bottes.
La terre continue à se montrer; la mer nous lient toujours rigueur. M. Dunbar croit lavoir apercçue, vers sept heures du matin, à gauche de la côte ; à mon avis il fait erreur.
Souper à dix heures un quart. Le phoque est lout simplement délicieux. On ne se lève de « table » qu’à plus dc onze heures ; aussi, je ne me couche pas avant de relever laltitude méridienne. Elle me donne, comme latitude, 76941’ N. s’accordant assez bien avec mon calcul par la méthode Sumner, si grossièrement tracé qu’il fût. Donc, en les combinant avec les observations de hauteur prises dans la matinée, je ferai un calcul de l’heure et du lieu, pour connaitre la position vraie.
Les courroies du transport n° 1 ont cédé; du reste, j'avais le projet, en prévision de glaces encore plus mauvaises, de réduire le chargement de ce traineau : on s’en occupera ce soir. Je donne l’ordre de nous éveiller à huit heures. Vents légers du nord-ouest; baromètre, 772 millimètres (temp., +- 4,3): thermomètre, — 0°,6; le ciel se couvre de cirrus et de cirrocumulus.
Déjeuner à neuf heures. Lever à huit heures du soir; Chipp reprend le service. Melville en sera un peu soulagé; je lui confie les fonctions de terrassier en chef en place du docteur, mis dans le cadre de réserve active,
On répare et l’on allège les transports n° 1 et 2. M. Dunbar va planter ses jalons : au retour il nous dit avoir vu l'eau. Moi-même, du sommet d’un morne, je l’aperçois clairement, à droite de l'ile. Celle-ci est plus distincte que jamais. Allons! je commence à le croire, nous liendrions notre troisième découverte!
Les calculs basés sur la latitude correcte 76°41’N. me donnent pour longitude 153230’ E. Sondages, 23 brasses sur fond vaseux. Diner à minuit.
Dimanche 17 juillet, — Départ à une heure; M. Cole et nos
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L'ILE BENNETT. 48l matelots vont terminer l’arrimage du traineau n° 4 et nous l'ämener ensuite. À 200 mètres du camp, il faut jeter une passerelle; à 500, construire un pont. Melville s’en tire à merveille, Chipp y pousse lestement la caravane, puis nous gagnons un champ uni sur lequel le trainage est facile; à six heures quaranle-cinq, nous avons nos 2700 mètres : on fait halte, on dresse les tentes.
Du haut d’une pyramide de glace je vois l’eau à droite et à gauche de l’ile; dans la première de ces directions, elle brille à travers les entre-deux des mornes. M. Dunbar, qui a fait en avant un et demi de ses fameux milles, me dit qu’elle paraît partout. D’après lui, la mer ne serait pas à plus de 7 ou 8 kilomètres du point où il s’est arrêté, à 6 ou 7 par conséquent de celui où nous ferons halle demain matin. La terre ne lui semble pas se rapprocher; mais il a trouvé la glace très unie; une grande partie n’en doit pas dater de plus d’un hiver: dans deux jours pour sûr, nous serions sur la lisière même de la banquise. On verra.
Nous avons trouvé de la neige colorée en rouge et nombre de glacons couverts de boue. Pendant la marche, une lame mince cède sous mes pieds et me révèle une ruse assez inattendue chez les pnoques. Deux trous par où quelqu'un d’entre eux venait respirer, étaient réunis par un tunnel creusé sous la neige et la glace mince, un lieu de refuge, sans doute, quand un ours lui donnail la chasse. Tout près, une cavité, où il s’élait débarrassé par frottement du poil détaché à la mue.
Souper à sept heures quarante-cinq. Service divin à huit heures trente. Coucher à neuf. Lever à six heures du soir, déjeuner à sept, départ à huit. À 450 mètres du camp, nous rencontrons notre première ouverture, qui, facilement franchie par les narlas, s’élargit et devient fort mauvaise pour les embarcations et les traineaux pesants. Il en est de même des deux crevasses suivantes, dont la traversée demande beaucoup d'attention et de soins.
Désireux de voir enfin la vaste étendue d’eau dont me parlait M, Dunbar, je l'accompagnt jusqu’à la chaîne de débris qui lui a servi d’observatoire : j'ai beau écarquiller les yeux, je n'aperçois que la banquise. Mon camarade assure distinguer c'airement la mer, toule rayée de trainées de glace; pour moi, Jl
c’est un effet de réfraction. Mais l'espace se lrausforme sous nos regards comme un kaléidoscope et je finis à mon {our par demander : 'Est-ce l’eau, est-ce la terre? — Toutes les deux, peut-être! La courbe de l'arrière-plan ne présente plus qu’un contour très vague; plus bas s'étend ce qui d'ici semblerait des falaises sombres et des plaques de neige, mais infiniment peu distinctes. Plus j’'examine, plus j’hésite : M. Dunbar ne sait que dire. À certains moments, nous jurerions que la banquise s’élend jusqu’à la terre; dans d’autres, que celle-ci est à une très grande distance et nous, au contraire, sur les bords d’un vaste océan parsemé de monts de glace en dérive; une seconde après, j'altribue tout au mirage; c’est lui qui nous présente l’image élevée et renversée de nos mornes, de nos restants de débris : il n’y a ni lerre ni eau! Mais non! la coupe lointaine, aperçue depuis lant de jours, a trop bien conservé sa forme pour qu’on y puisse voir un effet de la réfraction! Armés de la longue-vue, nous restons plus d’une heure à étudier ce mouvant paysage, et finissons par conclure que la partie supérieure de celte bande sombre est peut-être une côte, ct la partie inférieure la mer, bien certainement. Après le repas, Dunbar et le docteur prendront les devants pour s’en mieux assurer. Inquiet de l'absence prolongée de Chip et de ses hommes, je reviens au gros de la troupe : les ouvertures de glace leur ont donné beaucoup de tablature; nous transportons tout le convoi à 1200 mètres: on fait halle à minuit; nous dînons. Soudain M. Collins m'appelle, ct, me montrant le sud: « Capilaine, est-ce la terre? est-ce l’eau? » Je regarde : nouvelles incertiludes. Si c’est la terre, nous n’avons pas vu d’eau à l’ouest; si c’est l’eau, il n’y aurait à l’ouest d'autre terre que notre fameuse courbe, encore si éloignée. Je suis au non plus; M. Dunbar a l’air de tomber des nuages. Que faire? Mais la vague apparence qu'on croit distinguer au midi doit être à une très grande distance; si nous marchons de ce côté, quelque vent du sud-est peut s'élever et nous emporter lestement dans la direction contraire, tandis qu’en nous orientant vers louest, nous rencontrerons, qui sait? celte terre ou cette eau avant que les bourrasques nous poussent dans un sens opposé. Et d’abord, attendons le retour de nos éclaireurs!
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18. — Ils partent à minuit cinquante; puis la caravane s’ébranle; elle traverse deux étroites passes, et nous avons la bonne fortune de tomber sur près de 4 kilomètres de glace unie ct récente, sur laquelle nous avançons allègrement. Au bout se présente un vieux champ, pas trop mauvais, mais de vilaines fractures s'ouvrent de toutes parts et nous forcent à reculer à grand’hâte; à cinq heures quarante seulement, nous sommes en sürelé. Le temps était resté assez doux ; le soleil se voilait de temps à autre et permettait de quitter les besicles, auxquelles certains d’entre nous n’ont jamais pu s'habituer. Légères brises de l’ouest; les nuages nous arrivent lentement de ce côlé.
Le docteur et M. Dunbar reviennent à six heures. Ils ont fait 3 kilomètres au delà de notre présente station. Beaucoup de terre, disent-ils; pas du tout d'eau. La banquise, d’après eux, s'élendrait à toucher la côte : ce n’est plus la mer « dans deux jours! » Ce nonobstant, nous gardons l'orientation vers l'ouest : la terre grandit à nos yeux; je la crois, en somme, assez rapprochée; nous ne voyons plus rien au sud; en revanche, Chipp a distingué quelque chose au nord.
Si nous réussissons à débarquer, n'importe où, nous aurons au moins le bonheur de sentir la terre ferme sous nos pieds, de savoir que le vent ne nous promène plus au hasard. A moins que la carte des îles Liakhov ne soit très incorrecte, la courbe en question ne peut être l’une d’entre elles; leur latitude la plus élevée s’y trouve fort au sud-ouest de notre posilion du 16. S'il y a une mer libre au nord de cet archipel, comme l’assurent Wrangell, Anjou et Hedenstrôm, nous pourrons l’atteindre, du sud de notre terre. Un oiseau en main vaut mieux que deux sur la branche : je vais me diriger vers ce que je vois, au lieu d’errer à l’aveuglette sur cette perfide mer de glace, en quête d’une rive que nous ne sommes même pas cerlains d’avoir aperçue.
Souper à six heures trente; coucher à neuf, Lever à six; dé. jeuner à sept. Ciel absolument pur. Thermomètre, — 09,56; + 9° à l’intérieur de la tente n° 6. Départ à huit heures; la route est passable; mais bientôt on arrive à un chenal de 200 mètres; un vaste gâleau de glace nous tient lieu de bac; tout est sur l’autre rive à dix heures ct un quart. Puis, course
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splendide; halle à minuit et demi après lrois bons kilomètres dans la direction du nord-ouest.
19, — Le temps est encore serein et clair: des cirro-cumulus paraissent au nord-est; le vent reste sud et semble fraichir. La terre se montre très distinctement, et, en dépit de l’assertion de nos éclaireurs d'hier, je ne suis pas sûr qu’il n’y ait aussi de l’eau.
Départ à une heure cinquante, chemin superbe pendant plus de 3 kilomètres, puis on arrive à un formidable tohu-bohu de débris de glaces, de trous d’eau; les blocs de grosseur raisonnable brillent par leur absence. La marche proprement dile n’y serait pas trop difficile, mais y trainer les véhicules est tout autre chose. Que de terribles écrasements pour produire ce chaos! Des pointes de glace hérissent le « sol » à tous les angles possibles; en voici un léger crayon :
Je grimpe sur tous les mornes pralicables; M. Dunbar court cà et là en quête d’une voie. Melville s’est déjà mis à la tache herculéenne d’enlever les plus larges dalles pour nous ouvrir un chemin; mais il aurait fallu des passerelles sans fin ni compte sur ce lacis de craquelures béantes : le docteur trouve enfin vers le nord quelque chose de moins mauvais : jy cours et conclus comme lui; ilest maintenant près de six heures, nous avons fait 7 kilomètres depuis hier soir; le passage de nos convois sur ces fouillis d’arêtes nous prendra peut-être trois heures ; soupons d’abord; ensuite nous nous hâterons de sortir de ce dédale; à aucun prix je n’y veux dresser les lentes, Le baromètre baisse rapidement, 760w",7 {temp., 46,5), ct,
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L'ILE BENNETT. 485 quoique le thermomètre se maintienne à —0°,6, je crains des bourrasques du sud-est et serais désolé de perdre la prise que nous avons déjà sur la terre.
Le docteur appelle mon attention sur des blocs de cristaux à aiguilles rongés à moitié et qu’il est facile de désagréger complètement : on peut y étudier la façon dont se forme la glace : les prismes y sont très distinctement visibles ainsi que la vacuole et les strates causées par les gelées successives; ils ressemblent à ceux du muriate d’ammoniaque ou aux colonnes basalliques de la grotte de Fingal; on les sépare sans peine, couche par couche, et horizontalement, à chaque ligne de gelure. (App. G.)
A sept heures vingt, nous nous asseyons pour souper. Le soleil flamboie dans un ciel sans nuages. Tous se plaignent de la chaleur; j'expose un thermomètre au soleil, il marque +1°,6. À huit heures quarante on reprend les courroies, et jusqu’à trois heures de l’après-midi nous sommes livrés, corps et âmes, au plus rude labeur qui ait jamais été notre lot : je n'aurais pu me figurer un semblable gâchis : glaces émieltées, gateaux pourris, boue visqueuse, trous d’eau entremèlés de blocs impossibles à entamer... pour y faire avancer notre malériel, il fallait, pas à pas, jeter des ponts, tailler la roule, en venir même à entourer de cordes une portion de la masse mouvante : chaque nouvelle rubrique réussissait quelques minutes, puis naufrageait comme le reste. C'est par sauts et par bonds et au bout de longues heures d'efforts et de danyers que nous sommes parvenus à transporter, les uns après les autres, tous nos véhicules sur un vieux champ. À midi, des nuages arrivent du sud et cachent le soleil; impossible de prendre une latitude comme je le désirais si fort. Coucher à cinq heures. Lever à onze heures du soir. Déjeuner à minuit. Sondages, 22 brasses 1/2.
20. — Tout éreintante qu’a été notre besogne du soir, je suis bien heureux de ne pas en avoir renvoyé la fin à plus tard; que serions-nous devenus au milieu de la brume d’aujourd’hui? Température, — 2,8, due à l’évaporalion, car, sur la glace, les flaques d’eau ne font pas mine de geler. On a trouvé Renardeau noyé dans une mare où il aura été jeté par quelque convulsion,