‹ Voyage de LaponieChapitre 1 sur 6 · JU'^' ^^*/^ OF OXFORD · texte numérisé non relu

JU'^' ^^*/^ OF OXFORD

)UAND on parle de Kegnard, on songe à \l'auieur du Joueur, du Distrait, et [de quelques autres pièces qui, résistant ,au caprice de la mode, se sont imposées à Vadmiration de la postérité. Chez Kegnard, l'auteur dramatique est doublé d'un savant qui jette dans les récits de ses excursions Vesprit qu'il prodigue dans ses pièces de théâtre. Son caractère vif le portait aux voyages, et, dans un siècle oit les routes n'existaient pas, il visita l'Italie par plaisir y Alger et Constantinople par force. Dans la capitale des sultans il était esclave, un reiss barharesque s'étant emparé du navire sur lequel il avait pris passage pour aller d'Italie en France.

Rentré dans sa patrie après deux années d'esclavage, il visita diverses provinces; puis, poussé par sa passion de l'inconnu, franchit les limites de sa

patrie, alla en Danemark, ensuite en Suède et gagna la Laponie, Le royaume de Suède était encore à cette époque dans tout son éclat. Les exploits du grand Gustave avaient attiré sur la péninsule Scandinave l'attention respectueuse de l'Europe, et un voyageur qui avait vu' Stockholm était toujours certain d'intéresser ses lecteurs ou ses auditeurs en écrivant ou en racontant ses impressions de voyage.

La Livonie, VIngrie, la Carélie, la Finlande, provinces sur la cote orientale de la Baltique, dépendaient de la Suède. Saint-Pétersbourg y que le génie de Pierre le Grand devait fonder à l'extrémité du golfe de Finlande^ n'était point encore sortie de ses marais; la Newa coulait large et tranquille à travers un pays infertile et presque désert. Au delà de ces provinces suédoises s'étendaient les États des tzars de Moscowie. La cour de ces princes ressemblait à celle des khans tartares de la haute Asie. Les étoffes d'or ornées de pierreries étincelaient sur les épaules des boyards; l'organisation militaire n'existait pas, et le peuple russe y si souvent conquis par les peuples de l'Asie, avait subi l'influence de ses conquérants dans son costume et dans ses mœurs.

On était loin de se douter des transformations que devait subir, plusieurs années après le voyage de Kegnard, les provinces de la Baltique : les Russes remplaçant les Suédois, le tzar abandonnant Moscou et venant s'établir sur la Newa.

Kegnard monta vers le nord et arriva au fond du

golfe de Bothnie. Ce qu'il vit dans ces pays glacés, couverts de sombres forêts de sapins et de bouleaux, où le sol ne produit rien, où les hommes et les ani~ maux ressemblent si peu aux hommes et aux animaux qui habitent les autres contrées de ŒuropCy le frappa vivement » . Le récit de ce voyage ne fut pas imprimé de son vivant y il ne parut que vingt-deux ans après sa mort ^ y en lySi.

C'est ce récit que nous réimprimons aujourd'hui d^aprh la première édition y faite sur le manuscrit même de Vauteur. Malheureusement cette édition est trèi'fautive : bien des noms imprimés comme Rcgnard les avait écrits sont inexacts; dans plus d'un

1. En 1736, Maupertuis fut envoyé dans le nord par le ministre de Maurepas/et dans le récit du célèbre savant on voit que le curieux n'a rien exagéré, et que, venant de loin, il n'a point menti. Maupertuis était allé en Laponîe pour déterminer la figure de la terre; il en rapporta des calculs exacts et une Lapone. Cette fille du pôle Tadora, et, à propos de cette passion, il composa les ven suivants :

Pour fairt l'amour.

En vain Von court

Jusqu'au cercle polaire,

DieUj qui croiroit

QbV/i cet endroit ^

On eût trouvé Cythèref

Quant à Regnard, l'aplatissement de la terre vers les pôles l'intéressait peu; il alla en Suède comme il s'était rendu en Italie, poussé par la curiosité, et son récit est bien plus celui d'un amateur que d'un savant.

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