‹ Voyage de m. le maréchal duc de Raguse, en Hongrie, en Transylvanie, dans la Russie méridionale (volume 2)Chapitre 1 sur 26 · SYRIE · texte numérisé non relu

SYRIE

Le 8 septembre au soir, je quittai Damas pour continuer mon voyage, et je me décidai à me ren* dredirectement â Jérusalem, en parcourant la Syrie dans sa longueur.

Nous suivîmes d'abord d'assez près M murs de Damas, dont nous tournâmes l'extrémité sud 9 c'est de ce côté que les croisés en firent le siège , sans pouvoir s'en rendre les malÈres. A quelque distance de la ville, mon guide me montra rendrait où saint Paul , frappé par une vision miraculeuse , fut renversé de son cheval et se réfugia dans un soutèr^ rain; c'est là qu'éciairé par la grâce, il devint chrétien.

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Tïous aVions toujours voyagé au milieu d'un pays riche et bien cultivé , et le soir nous campâmes proche de Dorca, dernier village de cet oasis admirable, dont la ville de Damas est le centre. D'immenses troupes de chacals vinrent toute la nuit rôder autour de nous, en poussant ces cris lamentables et perçants qui ressemblent si fort à la voix humaine.

Le 9 nous traversâmes, dans la matinée, un pays qui serait d'une extrême fertilité s'il était cultivé ; , les terres sont d'une bonne qualité, et il est arrosé ' par une jolie rivière. Le même massif de montagnes donne naissance au Jourdain et à cette rivière, dont les sources , voisines de celles de ce fleuve célèbre, se trouvent placées près de Nasbeia. Elle coule d^abord dans la délicieuse contrée de ce nom; plus tard, elle va porter le tribut de ses eaux à Farrosement des jardins qui environnent Damas. Nous avions tous ces riants pays à notre droite , fi nous laissions sur notre gauche les belles et vastes campagnes du pays de Horan , où Job pos* •édaît de si grandes richesses : aujourd'hui , elles ne seraient pas moins fertiles , si la culture venait les mettre en valeur.

Après le village de Jassa , où nous fîmes une halte de quelques heures , et qui parait être Tancienne ville de Suete , d'où tirait son nom ce pays vaste et aride qui sépare les montagnes à l'est du

JASSA. 7

Jourdain, des terres de Horan, nous entrâmes dans une horrible et immense plaine de rochers. Elle est entièrement composée de matières volcaniques, dont la décomposition est plus ou moins avancée. Ce sont des laves pareilles à celles que Ton voit aux environs du Vésuve et de TEtna. Nous, dressâmes nos tentes dans une espèce d'entonnoir, qui, très-certainement, a été la bouche d'un cratère. Ce campement fut un des plus tristes et des plus misérables de tout mon voyage : un peu de mauvaise eau, contenue dans une citerne, en faisait toutes les ressources.

Le 10, en continuant notre route, nous travers sâmet un terrain de même nature, mais qui n*était pas entièrement dépourvu de végéta tion^ et où l'on trouve un ass6z grand nombre de chênes ; des pasteurs turcomans le parcouraient avec leurs troupeaux. Enfin, nous atteignîmes le Jourdain, et je me déterminai à achever la journée et à demeurer la nuit sur ses bords. Je passai le pont de J«cOb , et je campai sur la rive droite.

- Le Jourdain servait autrefois de limite au roy<aunM latin de Jérusalem, du côté de Damas, et formait sa frontière militaire. Cette ligne défensive se composait de la mer Morte, du haut et bas Jourdain, de la mer de Galilée et du lac de Houle.

Au pied d'un contrefort de F Anti-Liban, à la source même du Jourdain , existait une forteresse gardant le débouché , qui , de ce côté , conduit à Damas ; elle faisait la tète de la ligne de défense. Cette forteresse s'appelait anciennement Panias, du nom d'une caverne consacrée au dieu Pan, et d'où sort la principale source du Jourdain. Les Arabes ont converti son nom en celui de Banias, qu'il porte maintenant. Cette place, successivement défendue par les chrétiens , assiégée et prise par les Musulmans, reprise par les croisés, eut une

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