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fortune variablei parce qu'elle était également précieuse pour la défensive et pour Toffensive des armées opposées.
Le centre de la ligne militaire du Jourdain fut couvert , pendant quelque temps , par une forteresse placée en avant, et à peu de distance du fleuve» sur la rive gauche; précisément à Tendroit où, depuis, un grand kan, en partie ruiné aujourd'hui, a été bâti près du pont de Jacob : c'est Baudoin IV qui la fit construire. Elle fut assiégée deux fois, et enfin prise par Saladin.
Cette forteresse et celle de Panias étaient confiées à la garde des templiers. En arrière étaient placées les villes fortes de Safad et de Tibériade; la fi'ontière présentait ainsi un bon ensemble de défense.
La vallée du Jourdain a été souvent arrosée de sang humain. Depuis le temps des patriarches jusqu'à nos jours , elle a fréquemment fourni des champs de bataille. G*est au-dessus du lac Houle, entre le ruisseau de Dan, appelé aussi le petit*Jourdain , qu'Abraham surprit les quatre rois et les défit. C'est encore au-dessus du lac Houle , à peu de distance de l'endroit où nous nous trouvions, que Jonathas, l'un des Machabées, battit et mit en fuite l'armée nombreuse de Démétrius-Nicator, Chaque pas rappelle les combats des croisés, toujours leur courage, quelquefois leurs malheurs. Baudoin II, roi de Jérusalem, fut battu par Monduc,
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Soudan de Mosul, sur le Haut-JourdaiQ. Les mèmea Ueiix virent la défaite de Baudoin III , et celle de Baudoin IV, vaincu par Saladin. Beaucoup d'autres combats furent livrés jusqu'à ce qu'enfin le désastre de Tibériade, où Guy de Lusignan fut fait prison^ nier, entraîna la chute du royaume de Jérusalem. . Le Jourdain est très-peu large, mais tl a une grande profondeur : on peut le comparer à la Seine au-dessus de la ville de Troyes. On le passe sur uq fort beau pont qui a trois arches en ogive et d'une architecture gothique.
Arrivé sur les bords de ce fleuve, témoin de tant de saints prodiges, je me plongeai dans ses eaux« 11 me semblait qu'en touchant cette terre sacrée, berceau de notre croyance ; de cette religion sublime qui rendit à l'homme sa dignité première , que l'abus de la force lui avait enlevée $ qui donna des droits à la faiblesse et lui assura une protection efficace ; plaça l'humanité dans une région supérieure et lui promit de hautes récompenses; adoucit ses soufl^rances, en les sanctifiant; de cette religion qui fut enfin le principe de la civilisation moderne; il me semblait , dis-je , qu'en ce moment je commençais une nouvelle vie.
. Depuis le Jourdain jusqu'à Jérusalem; jusqu'à Ébron,jnaison d'Abraham ; jusqu'à la mer Morte, où le Courroux de Dieu se déploya ; jusqu'à la vallée de Thérébinte, théâtre de la gloire et de
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rhérolsme de David ; on ne voit que des lieux qui rappellent les plus grandes scènes du passé. Des noms que notre enfance a prononcés avec un religieux respect retentissent presque seuls à notre oreille ; on vit avec les patriarches , avec les prophètes , avec les miracles : Tâme s'abandonne naturellement à la réflexion, à une pensée méditative, à une douce et sainte mélancolie; là on. respire dans une atmosphère de piété qui semble agir sur tout. Dans aucun pays les croyances ne sont aussi vives, et chaque religion est professée sur cette terre avec ardeur. Juifs, chrétiens, musulmans, tous ont une égale ferveur, et il semble que la puissance particulière de la Judée soit de disposer le cœur de Thomme à se mettre en rapport et à «ntrer en communication avec la divinité.
Après avoir puisé de l'eau du Jourdain, pris des ros<^aux et des papyrus, qui croissent en grand nombre sur ses bords, le 11 au matin, je me mis en route pour Tibériade. Je me trouvais sur le terri* toire de la tribu de Nephtali, après avoir traversé celui de la tribu de Menasses. Ce pays suit la rive droite du Jourdain. Il est sec et pierreux : cependant on trouve fréquemment des terres fertiles, et elles seraient propres à toute sorte de culture , et l»articulièrement à celle du coton ; mais il n*y a pas de bras pour en tirer parti, et elles restent en friche.
Nous allâmes au «puits de Joseph. C'est un lieu de repos , créé pour soulager les voyageurs. G*est là, dit-on, que Joseph fut descendu dans une citerne, par ses frères, et vendu à des marchands
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égyptiens» La tradition a consacré ainsi cet endroit, et les recherches géographiques ne la contrarient pas, car elles placent â peu de distance la plaine de Dothain, où la Genèse dit que Joseph rencontra ses frères. Je m'y arrêtai un moment pour méditer sur les souvenirs qu*ici chaque pas ré- Teille.
Je continuai ensuite mon voyage et je rencontrai sur la route le neuvième régimentde chasseurs, au service de Méhémet-Ali. Ce corps, entièrement composé de Turcs engagés volontairement , s'était distingué pendant la guerre. Il y avait peu d'ordre et de régularité dans sa marche et dans sa tenue ; mais sur la figure des soldats , je remarquai tous les signes de la résolution et du courage. Un Italien, ayant servi autrefois dans l'armée française, et qui était attaché au régiment en qualité d'instructeur, me donna des renseignements assez satisfaisants sur ce corps.
Nous descendîmes des hauteurs : parvenus sur les bords du lac de Tibériade, nous le contournâmes pendant deux heures, et après une marche de huit heures, à partir du pont de Jacob, nous arrivâmes à Tibériade.
Cette mer de Galilée forme un des plus beaux lacs que Ton puisse voir ; sa grande étendue , la limpidité de ses eaux, les montagnes qui l'environnent, et qui toutes sont fertiles et seraient suscep-
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tibles de la plus riche culture, font de cette contrée » un pays où la nature semble s'être plu à prodiguer ses dons.
Autrefois une nombreuse population habitait les bords de ce lac; treize villes florissantes y étaient bâties : aujourd'hui Tibériade est une réunion de cabanes infectes, qui tombent en ruine, et où la misère se montre ayec tout ce qu'elle peut présenter de plus triste et de plus dégoûtant. Une enceinte fortifiée, qui date du moyen âge, est cependant en* core assez bien conservée.
Cette Tille , qui appartenait au comte de Tripoli, fut témoin de la longue lutte des croisés , qui défendaient le royaume de Jérusalem contre les Musulmans; elle était leur point d*appui. C'est dans son voisinage que furent livrés une multitude de combats^ et presque sous ses murs qu'eut lieu la dernière catastrophe.
Après un grand laps de temps les Français reparurent sur le même théâtre de guerre. Tibériade vit aussi les exploits des troupes de l'armée de l'Orient. En 1799, pendant le siège de Saint-Jeand'Acre, le grand-visir flt une démonstration offensive et se porta dans la plaine d'Ësdrelon, en avant de Nazareth : le général Bonaparte marcha â lui avec quatre à cinq mille hommes , le battit en vue du Mont Thabor , et notre cavalerie poursuivit les Turcs jusqu'à Tibériade, qui lui ouvrit ses portes,
et de là jusqu'au pont de Jacob , sur le Jourdain , où elle acheva leur dispersion.
Nous campâmes hors de la ville , sur le bord du lac qui nous fournit un repas délicieux. C'est là que saint Pierre fit la pèche miraculeuse, rapportée par l'Écriture. Le poisson s'y trouve dans une abondance si prodigieuse, que dans les tempêtes il vient, en grande quantité, échouer sur lacdte.M. le comte d'Estourmel, qui m'a précédé sur ces lieux, et que le mauvais temps a forcé de rester plusieurs jours a Tlbériade, m'a dit avoir été témoin de ce phé* nomène. Deux barques seules étaient dans le port : il n'y en a pas d'autres sur toute cette côte.
Quelques pauvres Turcs , quelques Juifs, plus pauvres encore, habitent Tibériade, et représentent la population florissante qui couvrait autrefois la contrée. Je trouvai là un Juif de Brody , qui nous offrit ses services et nous fut utile.
Beaucoup de Juif^ quittent l'Europe pour se rendra dans ce canton. Ce n'est pas à Tibériade même qu'ils s'établissent, c'est à Safad, petite ville située à quelques lieues, sur le sommet du plateau. C'est là que les Juifs croient que le Messie doit venir, c'est là qu'ils l'attendent avec confiance. De toutes les parties du monde il en arrive à Safad; ils viennent terminer leur vie dans cette ville qui doit un jour, selon eux, briller d'un vif éclat et devenir le chef-lieu de leur puissance. Quelle foi profonde pé-
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nètre encore les Juîfo, et avec quelle constance ils refusent de reconnaître la main qui les a frappés , et dont le signe se montre partout!
J'allai visiter des eaux thermales à peu de distance de Tibériade , et que Ton dit fort salutaires. Elles sont situées sur les ruines de l'ancienne Ematts. Des colonnes nombreuses, et d'autres vestiges de la splendeur de cette ville, frappent encore les yeux. Ces eaux ont une température de soixante degrés ; elles renferment une grande quantité de muriate de soude, de sulfate de soude , de nitrate de potasse et de gaz sulfureux. Un établissement de bains , en mauvais état , existait il y a quelques années; Ibrahim-Pacba , depuis qu'il occupe ce pays , en a fait construire un nouveau qui est fort beau.
On ne saurait trop admirer les vastes contours de la mer de Galilée ; ils seraient admirables, s*i1s étaient peuplés et cultivés; mais, dans une étendue de cent quatre-vingts milles, qui forme son développement, à peine compte- 1- on deux mille habitants.
Le 12 je partis de grand matin pour me rendre à Nazareth, en allant visiter auparavant le Mont Thabor , où se fit le miracle de la transfiguration. Je passai à peu de distance du village de Gana , théâtre d*u^ autre miracle. Je traversai constamment un pays favorisé par les dons de la nature, et qui ne demande que des habitants pour redeve* nir riche.
Nous nous arrêtâmes au Mont Thabor. C'est une montagne en forme de cône tronqué, qui est isolée, â rentrée de la vaste plaine d'£sdre1on, et ne se lie d^aucune manière, aux chaînes voisines. Son élévation est de quatre cents toises environ , au-des* sus du niveau de la campagne. De vieux arbres, des chênes verts , clair-semés, en couvrent la surface ; les pentes , et le ])lu(eau , de mille toises de
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loor à pco prés , qui ccforoone le sonmet, soot aecidaitelkment oillÎTës. Ua ffiMt el na coDTcnl y nistaient aotrefbis , mais à présent Q en reste à peine qnelqoes légers indices. Do sommet du Mont Tbabor la me embrasse les vastes plaines de rinié> riear de la Syrie; â Fonest le rerers du mont Carmel, an midi one suite de Tallées , qoi condniseot à Jérusalem; à l'est, on a à ses pieds la Tallée du Jourdain et les plaines qoi mènent à Damas; au nord, enfin , rAnli-Liban.
Après neuf heures de marche noos arrirâmes à Nazareth. Cette yille est sitoée ao deroier échelon de la chaîne de montagnes venant de FAnti-LibaD , et qoi forme , avec le mont Carmd , b vallée du Coppa , 00 de Fancien fleuTC Hélus , et qoi conduit â Saint-Jean-d*Acre. Qoelqoes milliers de chrétiens et quelqoes Tores , population considérable pour le pays, habitent Nazareth. Cette petite Tille est placée sur un amphithéâtre au fond d*un rentrant et séparée de la plaine par un défilé.
Les maisons sont en pierre , et en assez bon état. Il y a uni belle fontaine à Feutrée, et au moment où Je passais , plusieurs femmes, qui me parurent Jeunes et belles. Tenaient en portant aTec beaucoup de grâce des cruches sur leur tète , y chercher de Feau. Je crus Toir les filles de Madian.
Je me dirigeai sur le monastère des moines de la Terre Sainte, où , suivant Fusage des voyageurs
catholiques , j'allai réclamer l'hospitalité. G*eftt tine belle îQstîtation que celle qui protège ainsi rbomme^ que des sentiments religieux , ou d'autres intérêts, appellent dans ces contrées lointaines , au milieu d'un peuple farouche, souvent cruel, et»toujours ]>auTre et misérable. C'est une noble manière de servir Dieu, que de s'expatrier pour se consacrer aux devoirs de piété et d'humanité, que ces bons moines accomplissent avec constance et dévouement. Quoi qu'on en ait dit , ils vivent au milieu de dangers et de privations de toute espèce. La prière et l'exercice de la charité , voilà tout ce qui remplit leur vie; et le sentiment du bien qu'ils font chaque Jour est leur seule récompense ici bas»
Ces pieux cénobites étaient à Téglise au moment où nous arrivâmes. Celui d'entre eux qui est chargé de recevoir les étrangers vint aussitôt qu'il fut instruit dé notre présence; une porte revêtue de ftr, et de trois pieds de haut, s'ouvrit , et nous fûmes admis.
J'allai d'abord à l'église pour visiter lesàiictuaire, situé au-dessous du cœur ; un autel , que décorent des fleurs toujours fraîches , y est élevé. C'est dans cette grotte qu'une vision céleste vint jadis annon« cer à la sainte Vierge ses hautes destinées.
Après avoir pris possession de mon logement , je me fis conduire dans les divers lieux consacrés par la religion. Je vis l'endroit où était placée la
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demeure de saint Joseph, et Tatelier oii il trafaillait. Les constructions qu'on y remarque semblent appartenir aux temps les plus reculés. On a élevé la une chapelle où Ton dit la messe une fois par semaine.
Un autre lieu , qui a reçu une destination semblable, et qu'on désigne sous le nom delà sacristie, renferme une table de pierre taillée dans un rocher, sur laquelle on dit que Notre-Seigneur mangea arec ses disciples , peu ayant sa mort ; enfin ce qu'on appelle. la synagogue était l'école des jeunes Hébreux. Ce fut là que Jésus*Christ enfant , ayant discuté avec les docteurs , une dispute survint à la suite de laquelle il fut sur le point d'être jeté dans un précipice et forcé de prendre la fuite. Tous ces lieux sont Fobjet d'une vénération particulière et employés au culte divin.
Je visitai ensuite l'intérieur de la ville, et je cherchai à me rendre compte du fait d'armes qui s*y est passé en 1799. L'armée turque venait de Damas, au secours de Saint Jean-d' Acre assiégé. Le général Bonaparte avait posté en observation , à Nazareth , le général Junot , avec trois cents hommes d'infanterie, et cent quatre-vingts chevaux. Les Turcs se présentèrent devant Nazareth et furent repoussés; le lendemain, le général Bonaparte, qui avait marché rapidement par la vallée du Goppa , déboucha sur les derrières de l'armée turque , l'at-
KAZAIITV. fi *
taqua -inopiaéinent et la mit en fuite , apris un ehoc de quelques minutes.
On a peine â comprendre comment le général Jiinot, avec une poignée de monde, dans un lieu qui o£Freune assez bonne position , mais qui , pour être occupé convenablement , exigait des forces an moins quadruples de celles quMl avait , et si loin de tout secours , ne fut pas enlevé. Sans vouloir diminuer la gloire qu'il acquit dans cette drcon» stance, il faut pour expliquer ce qui se passa, supposer que Tennemi fitseulement une démonstration, ' une simple reconnaissance ; et qu'il n'attaqua les troupes françaises, en position et appuyées aux principaux édifices, qu'avec de la cavalerie. Souvent la gloire de la défense résulte de la faiblesse de Tattaque. Quoi qu'il en soit, Junot resta maître de son terrain, et l'armée française arriva à temps pour le dégager.
L'armée turque était rassemblée dans un vaste bassin, entouré par les montagnes de Naxareth,. le Mont Garmel , le Mont Thabor , et le Mont Hermon. Notre attaque fut dirigée sur les villages de Foulé et d'Ât-Foulé. Les Turcs, enfoncés, se dispersèrent; une partie se retira sur le Haut-Jourdain , l'autre sur Naplouse et Jérusalem.
Le récit que me fit le général Bonaparte , à son retour de Syrie , cadre parfaitement avec la situation des lieux. Il ajouta qu'un petit nombre découpa de canon avait suffi pour lui donner la victoire.
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le .traversai toute cette plaine d*£aârelon , qu^ est de la plus grande ferlilité; mais c'est un don de, la nature dont personne ne profite. Il n'y a pas la cinq centième partie de la surface qui soit cultivée:, les herbes hautes et épaisses , qui la couvrent et naissent d'elles-mêmes, restent sans emploi, sans qu'il y ail des troupeaux pour les consommer; elles ne servent qu'à fertiliser de nouveau la terre » qur les produit inutilement.
. Cet état de choses est le résultat des désordres t qui 9 depuis un si grand nombre d'années, ne cessent de désoler ces contrées. Là où la nature est prodigue de ses richesses , là où l'homme trouverait une large récompense d'un médiocre travail , il s'éloigne : car là aussi est le danger. Un pays riche et fécond , est ordinairement ouvert, dès lors go peut le parcourir avec facilité, et les oppresseurs peuvent s'y rendre à tous les moments : l'attaque y est aisée, la défense difficile; tandis que dans les paysde montagnes, au milieu des rochers, la défense est facile et d'un succès pour ainsi dire assuré. Si h terre cultivable est peu étendue, si les produits sont faibles, au moins leur conservation est garantie»
Il arrive de même que des villages sont bâtis de préférence loin des sources qui donnent de la bonne eau , et que les habitants aiment mieux être contraints au travail pénible et journalier d'aller la chercher à une grande distance, que de demeurer sur les
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lieux où des étrangers, qu'ils redoutent, seraient attirés par les mêmes avantages. C'est donc le raisonnement et l'instinct qui amènent les peuples malheureux dans ces endroits retirés et abruptes , et par les mêmes motifs que , dans un pays composé de plaines et de montagnes , toute la population se retire dans ces dernières. Il faut que la protection vigilante de l'autorité , la main efficace dugouYcroement, se fassent sentir, pour que les plaines soient habitées avec sécurité.
Trop souvent dans mon voyage j'ai pu vérifier la justesse de ces observations. Ainsi la magnifique plaine d'Ësdrelon est déserte ; ainsi le plateau de la rive droite du Jourdain et les bords du lac de Tibériade sont déserts ; la Cœlé-Syrie est inculte et ne renferme que des pasteurs ; il en est de même de la plaine d'Antioche, que Ton dit être la plus fertile du monde ; tandis que le Liban est extrêmement peuplé, et que le pays âpre et difficile de Naplouse est rempli d'habitants. i
Partout et constamment les mêmes. causes produisent les mêmes effets^ l'état des choses. actuel est donc l'expression des désordres dont TOrient, depuis tant de siècles, n'a pas cessé un moment d'être le théâtre. Si les œuvres de Méhémet-Ali, si l'admirable police qu'il a établie dans les pays soumis à son pouvoir lui survivent, tout prendra une nouvelle face dans ces contrées.
Après avoir franchi rimmenfte plaine (rEsdrelon, nous campâmes au pied des montagnes que nous avions à traverser pour nous rendre à Jérusalem. Cest au village de Jenni que nous dressâmes nos tentes. Ce lieu est riant; il y a des eaux vives et de beaux pâturages, qui y avaient fait rassembler une grande quantité de chevaux, levés dans ce pays, pour servir â la remonte de la cavalerie. Le cheik du village m*offrit tous les secours dont je pouvais avoir besoin , et me fit fournir des gardes pour la sûreté de nos équipages pendant la nuit. Plusieurs officiers européens, qui étaient à ce dépôt, vinrent me saluer; entre autres un médecin italien. L'Orient renferme un assez grand nombre de ces individus , dont la vie a été bouleversée par les révolutions, ou compromise par quelques actes politiques, qui
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sont Tenus y chercher un asile et du p&in. Quelques-uns y ont trouvé la grandeur et la fortune. Les conversations que j'avais avec les Européens étaient instructives pour moi. Il y a d'ailleurs tant de charmes à rencontrer loin de son pays des gens qui ont des souvenirs communs, un même langage, et qui comprennent nos mœurs et notre manière de sentir et de juger !
Lors de la dernière révolution qui a éclaté à Naplouse et à Jérusalem, les rebelles s'étaient réunis au village de Jenni. Ibrahim-Pacha les y châtia sévèrement.
Je partis le lendemain , 14 septembre , de grand matin. Nous marchâmes à travers un pays fbrt difficile , dont la population , assez considérable , ha« bile les parties les plus âpres et les plus retirées, et où elle cultive avec soin des champs peu étendus, entourés de rochers. Nous nous arrêtâmes à Naplouse. Cette petite ville est située dans une gorge étroite, mais ornée de riches plantations; son as- "^pect extérieur est charmant. Il est vrai que rien ne saurait faire deviner, à celui qui ne l'a pas éprouvée, la séduction qu*exerce la vue d'une réunion de beaux arbres sur un voyageur traversant, au milieu de l'été, les contrées brillantes de TOrient.
Avant d*entrer dans la ville, nous f imes une halte de quelques heures au bord d'une jolie fontaine , bien ombragée. Ce lieu était délicieux. Quelques
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femmes de Naplouse vinrent 8*y liTrer â leiirt tra« xàux de ménage. Nous les abordâmes , et elles s*en« tretinrent avec nous sans difficulté » mais toigours en conserTant leurs roiles. Une d'elles , accompa** gnée de deux jolis enfants , dont l'un était d'une exigence et d'une tyrannie qui ne pouvaient lasser la tendresse et la douceur de sa mère , attira partie culièrement mon attention ; J'éprouvais pour elle de l'intérêt* Une femme turque s'en aperçut, et , voulant l'accroître, elle me dit, en me montrant sa c<nnpagne : u Elle est des. vôtres, elle est chrétienne. » Il y a quelque chose de primitif et de vrai dans cette division qui classe les peuples par croyances. Cette manière d'envisager Texistence , la sim* plifie et lui donne de la dignité. Les paroles de la femme turque produisirent leur effet et je donnai quelques pièces de monnaie à ma co-religionnaire.
Naplouse est l'ancienne Samarie , ou du moins elle touche immédiatement au terrain sur lequel la ville antique était bâtie.
Samarie fût la capitale du royaume d'Israal , séparé de Judas et de Benjamin; elle le fut aussi d'une nation nouvelle, que formèrent les colonies envoyées d'Asie par Salmanazar , lors de la captivité des Hébreux à Babylone , et qui prit le nom de Samaritaine*
Autant Naplouse, vue de loin, parle agréable-
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ment aux yeux , autant son aspect est repoussant quand on pénètre dans son enceinte. La population y est ag^glomérée, les rues sont extrêmement étroites, plus encore que ne le sont ordinairement celles des villes turques : la moitié est couverte de voûtes, qui en font comme des galeries souterraines , de manière que Ton ne voit le jour que de distance en distance. Tout enfin y est encore plus sale et plus infect qu'ailleurs.
Cette ville renferme un monument vivant de son antiquité. Cest une famille samaritaine, qui forme une espèce de tribu ; elle n'a jamais quitté ce séjour et ne s'est jamais alliée à aucun étifanger. J'allai visiter le chef de cette famille, qui se compose aujourd'hui de trois ou quatre cents personnes. On le considère comme une espèce de patriarche. Le grand rabbin prétend descendre en ligne droite d'Aaron, frère de Moïse, et posséder les livres écrits par le lils d'Aaron. S^'l en est ainsi , ce sont des manuscrits contemporains des plus anciens parmi ceux que l'on trouve en Egypte, dans les tombeaux. Je ne demandai pas à les voir , parce que leur vue iie m'aurait rien appris; j'acceptai cette déclaration comme je la donne , sans la garantir.
Après avoir passé la majeure partie de la journée.^ du 14 septembre à Naplouse, je coatinuai ma route et j'arrivai dans un lieu très-sauvage , où se trouvait une fontaine. Nous dressâmes nos tentes et nous 7 passâmes la nuit.
Le lendemain nous partîmes de grand matin ; ce jour^là, nous devions arrivera la ville sainte, et j'éprouvais d'avance une vive émotion. Tant d'idées ^ diverses se réveillent â son seul nom ! ^
Le pays que je traversai , jusqu'à trois lieues de Jérusalem, me parut, ainsi que celui que j'avais parcouru la veille, cultivé avec le plus grand soin. Une multitude de jardins bien tenus, remplis de figuiers et de vignes , en font la richesse , et les villages que l'on traverse présentent une assez grande apparence d'aisaucc. Cependant le pays par