‹ Voyage de m. le maréchal duc de Raguse, en Hongrie, en Transylvanie, dans la Russie méridionale (volume 2)Chapitre 10 sur 26 · U HIL · texte numérisé non relu

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11 n'y a donc que Thoinme qui arrive d'Europe qui puisse trouver à Saïs quelque aliment pour Fimagination. Mais, quand on a pénétré dans la Haute-Egypte, quand on a pu admirer ce qui reste des monuments des Pharaons et de Sésostris, de ces hommes qui semblent avoir été des demi>dieux, et dont on explique et comprend à peine la puissance et les travaux , on doit accorder peu d'attention aux ruines de la Basse-Egypte. L'Egypte actuelle, sous les rapports des richesses, des produits et des trésors qu'elle peut fournir , est en-deçâ du Caire. L'Egypte historique, l'Egypte poétique, étonnante, admirable, l'Egypte, enfin, qui ouvre un champ sans limite à l'esprit, qui l'exalte et confond l'intelligence humaine, est au-delà.

De Saïs nous allâmes coucher au village de Kaf^ fer-Chabas , et le â6 septembre au matin , favorisés par le vent , nous fîmes bonne route. Rien n'est plus élégant que la marche légère de ces bâtiments, qui, avec un vent proprice, remontent le Nil , et font quelquefois vingt lieues dans une journée. L'immensité des voiles et leur hauteur extraordinaire rendent cette navigation périlleuse, et il arrive souvent des accidents. Mais aussi, avec quelle rapidité on refoule le courant du fleuve, et combien peu de temps on emploie pour franchir de grands espaces! Ces bouquets d'arbres environnant chaque village; ces villages, construits sur des tertres éle-

iti TSftlANlH.

véB, pour qu*îl8 «oient au*de88ii$ de» plus fbHes crues du Nil; cette multitude de bateaux montant et descendant, qui se croisent dans tous les sens; tout cela présente un coup d*œil animé et admirable , qui contraste fortement avec le désert toujours voisin et qu'on entrevoit souvent. Enfin , quand on pense que le fleuve, le seul qui arrose cette vaste terre, ne reçoit dans son sein, pendant la longue ligne de tant de centaines de lieues qu'il parcourt, aucune source, aucun affluent, nul auxiliaire d^au*cune espèce ; quand on songe qu'il est le principe unique qui apporte aux terres la fertilité, donne aux hommes les moyens d'existence, on s'explique pourquoi les anciens Égyptiens Tavaient divi^ nisé.

Les Égyptiens actuels, sans en faire un dieu, ne connaissent rien au-dessus du Nil; ils ne comprennent pas d'autre bonheur que de vivre dans son toîsinûge. Lorsque l'armée française était en Egypte , les paysans nous demandaient s'il n'y avait pas de Nil en France. Nous leur répondions: «cNous en avons cinquante.» Alors, ilsi-épliquaient.* « Qu'êtes-vous donc venus faire ici? »

Nous arrivâmes à Terrànéh à l'entrée de la noit. Nous nous arrêtâmes chez un Européen qui y est établi, et qui était employé dans l'administration des finances de l'armée d'Italie, en 1796 et 1797.11 est connu sous le nom d'Omar -Bey et se nomme

TERBANÉH. 18S

Baffi : c'est Méhémet-Ali qui lui a donné le titre de bey. Il est venu apporter son industrie en Egypte et y a fait fortune. C'est un homme d'esprit , un philosophe pratique , qui mène joyeuse vie. Il a donné asile et des moyens d'existence à quelquesuns de ses compatriotes , que les révolutions ont froissés et jetés dans une vie incertaine et sans

avenir.

Omar Bey a pris â ferme l'exploitation des lacs

Natroun, et partage avec le pacha les profits qu'il en tire. Cette exploitation est très-bien conduite , à ce que l'on assure, et donne de grands produits, que l'on exporte en Europe avec beaucoup de bénéfices.

J'avais d'abord eu l'intentioB d*aller risUer leé lacs MatrouD, et de voir les établissements que di-^ rige M.* Baffi; mais ils sont placés loin dans le dé* sert, et cette course aurait exigé plusieurs jours. On m'attendait au Caire, le vent était favorable, et je remis à mon retour à faire cette course, qu'à mon grand regret les circonstances ne m'ont pas permis d'exécuter.

Je partis de Terrânéh à dix heures du seir , et le lendemain S7, dans la matinée, j'étais arriféa Fendroit où le Nil se divise en deux branches qoi embrassent le Delta. Jusqu'alors nous aTîons oangué dans la branche de Rosette , qui , à elle seule, égale un des plus grands fleures de TEuropcMais, quand on est au milieu du Mil entier, à l'époque de l'année où nous étions arrivés, ou conçoit que lei Arabes l'appellent « la mer. »

Je descendis sur le Delta pour voir les trafaoi qui y sont entrepris. Ils sont tellement vastes, tellement difficiles , que l'on peut craindre pour le succès : s'ils réussissent, Méhémet-Ali aura exécuté un travail hydraulique qui l'emportera sur ceux des anciens et des modernes : il aura créé une an-

FÀnnAGE DU ML. 185

gypte, double ses produits; il aura fait enfiu un ouvrage admirable , et du résultat le plus immense. J*ai examiné les plans, et je me suis bien rendu compte du but que l'on se propose, des bases sur lesquelles le projet est fondé, et du système qui a été adopté.

L'Egypte est un pays très-fertile : on a cependant des idées fausses sur les circonstances qui le rendent tel. Il n'y a d'autre eau, dans cette partie de TAfrique , que celle du Nil , et les pluies sont trop rares pour' avoir une influence marquée sur la végétation. En débordant, le Nil, chaque année, se répand sur une plus ou moins grande surface de terrain, qui alors devient fertile : il en est de même pour les plaines du désert , quand il les recouvre.. Lorsque les terres, anciennement arrosées, et couvertes des dépôts que forme le fleuve^ ne sont pas himiectées de nouveau , elles 'demeurent sté^riles. (TesV'donc le Nil seul qiii donne la vie à la nature Mai» rînondatioh tie fait* que compenser la pluie qui manque, et équivaloir à ses effets daiis les autres contrées; elle ne prépare qu'une seule récolte .. Les protîtfits de l'Egypte sont , dans ce cas , les! mêmes que partout , et inférieurs à ceux où l'on' cuUke avec soin. Mats, quattd il est possible d'avoir toujours de l'eau à sa disposition, les récoltes ' se renouvellenit delix, tr^, et jusqu'à quatre fofs dan»le/COur^ de l'année. On conçoit qu*il doit en S 16

être ainsi dans up psqrs où la chaleur est extrèaief car les deux éléments de 1^ TégétuUçm résidant dans la chaleur et ri^umidi(é«

Dans certaines parties de l'^pM^ «u mc^fil de canaux intérieurs et de machines hy^dUlîQuet mues par desbœufe, on peut arroser constamiaest; mais l'étendue de ççs pprMoiM de tef ce est bonite, et le travail est dispendieux* C'est f9^r arriTCf i arroser avec facilité} sans f^aU.» et ji Tolonté, tfote la surface de la Basse-Egypte « que Wéhémel-AM a conçu et entrepris Texécution d'Hnh^r^ge, qi4, .en tenant, dans les plus hassea eaux, 1^ I^U i k hauteur nécessaire, laisse couler toute l'e^il^i^ti^y donne passage à celles qfix sont amei^ par les. crues annuel^s, et pi^éTienne ainsi les. d^U qtf et les pourraiefit g^çcasionne^^ Voilà, qMeUe ^i to peiin , sée première^

Lea conditions du pf oblime i résoudre swt « l'^d^arroçer, en touttemps, saes l'aide de saffeieyel par des simples saignées , trois railUojpif 1^ eeM mille feddams de terrain;

â« D'alimenter» au moment des craoi^ laei^endi bassins d'inondation, situéadansl'intfrj.e«r»dif#wt le Caire Jusqu'à lam^i

Z"^ De con^ierver la i^rigatiosi daOA les deux }m9Mr

ches, ^

U^ première cen^iMon e^^tr^lxie ta néestaUé 4^ lever les eau]( i «eirt soixenM^ miUmteeee»-

kAlRACtB BD HIL. 187

dt^slis de la campagne, et cela quand elles aont i<» plus basses.

La seconde, dé rejeter, au moment des crues, tine pai^tie des eaux de la branche de ftosette daQ3 celle de Damiette, où vient s*aboucher la plus grande pak'tie des canaux qui alimentent les bassins d'inondation, tlnebaùteùrd^eau d'un mètre cent solxantesii ihiUimèlres au -dessus des terrains, dans la blanche die Rosette, à été reconnue suffisante pour atteiildre ce but.

La troisième suppose que le niveau du Nil ne doit pas être sensiblement moindre qu'il ne l'est annuellement, au moment des plus basses eaux.

PDUlr satisfaire aux conditions imposées, on a décidé Touverture de deux nouvelles branches , creusées dans le Delta , le plus près possible de sa téte^ et qui^ après un court trajet, ramèneront les eaux dans les branches actuelles. Ces deux lits seront, coupés transversftlemeBt par des barrages , destioës é tendre les eaux , conjointement avec les digties et dévei*sdirs construits dans les anblénnes brailtehés, et qui, étant composés d'ouvertures fermani i volonté, donneront passage aux eaux, et formeront deuiL ponts édusés (i)* '

(1) L^arche principale, sitiide au niiliea4le chaque barrâ|^, detra rester toujours ourerte pour laisser coustammeni couler les eaux nécessaires à la navisation des branches. Le

188 ÏÎ\RRIGE DU niî„

Des (iig.ups, fiir lesquelles seront élevés dt;s dé-

'versoirs, couperont les lîts actuels, et sur les

barrages .et sur les tligues passeront les conioiunî-

'cations publiques d'Alexandrie avec le Caire et avec

'Suez.

Enfin un canal de navigation , avec un sas donnant 'passage aux bateaux, de la partie supérieure *^ la partie inférieure des barrages, sera établi, afin d'éviter de franchir la Jurande arche, qui présentera, par la rapidité de son courant , des obstacles di£&ciles à vaincre.

Des coupes nombreuses ont été faites pour dé-

'terminer la quantité d'eau que roule le Nil, dans

le$ basses eaux ; elles ont présenté pour résultat :

, Branche de Rosette. 435,57

LARGFrR DU «II. Dinâette. • 303,65

. pont barrage de Rosette aura quatre cent soixanteMdix mètres de loDgueur : au milieu, il y. aura uoe arche .de trent^^quatire mètres de large ; yingl-quatre arches, de vingt-quatre mètres chacune , seront placées douze à droite et douze à gauche de l^arche du milieu. Elles seront formées par des piles de dix. mètresd^épaissenr à la grande arche, et de huit aux autres, et les eaux auront un débouché de deux, céri soîxante-quatorte mètres.

Le pont barrage de Damiette aura trois cent YÎngtrsix 'mntres de longueur ; il aura dîx-sept arches , et donnera aux 'rnuT un débftichô de cenf quatre-vingt-quatorze mètres.

iABBAGB OU RU; 180

TiTiMB MOTBiiHBs Braocho de Rosette. 47,67

par minute '— Damiette. 48,86

— Damiette. 4,9^

m car.

iBf |sBcrioHs D^BAU Brauche de Rosette. , 1158,61

se trouvent être : ' — ' * Damiette. 1009,60

Ce qui donne, en multipliant les actions d'eau parles vitesses correspondantes^les quantités d'eau écoulées par vingt-quatre heures. Elles sont

m. cub.

BiAKCsB de Rosette. 79 53S 551,7S6

— Damiette, 71 033 840,640

L'expérience a démontré que l'arrosement d'un feddam exige par vingt-quatre heures seize mètres cubes deux cent deux millièmes.

Ainsi il faudra pour les trois millions huit cent mille feddams 61 567 600,000.

Si Ton ajoute Teau consommée par les arches du milieu, qui sont toujours ouvertes, laquelle est calculée â la quantité de 8î> 529 054,720.

La perte d'eau causée par le

A reporter. . . 14b,b9t>,654|7iO

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