‹ Voyage de m. le maréchal duc de Raguse, en Hongrie, en Transylvanie, dans la Russie méridionale (volume 2)Chapitre 12 sur 26 · BARRAGE DU KIL · texte numérisé non relu

BARRAGE DU KIL

ne s'exerçaDt que dans un espace borné , dont les digues peuvent et doivent être faites, surveillées et réparées avec soin. £t , si les choses paraissaient avoir des inconvénients, il suffirait de prolonger de moitié les déversoirs, et, alors, les eaux ne s'élèveraient jamais, dans les plus grandes crues, à plus d'un mètre cent soixante-six millimètres au-dessus du terrain, élévation jugée nécessaire pour alimenter les grands bassins d'inondation situés dans Fintérieur.

Tel est l'ensemble de ce travail gigantesque, où l'on entreprend de lutter corps à corps avec une des grandes puissances de la nature.

C'est un jeune Français fort distingué, M. Linau, établi en Egypte depuis une quinzaine d'années, qui a rédigé le projet de cette entreprise , et qui préside à son exécution , assisté par plusieurs autres Français possédant une instruction étendue, de grandes connaissances, et qui sont animés d'un fêle très-ardent.

' ^M. Lîn^n me montra tous les plans qu'il avait dressés , ainsi que les projets de détail qu'il avait rédigés, il me donna les renseignements les pins circonstanciés, répondit à toutes mes observations, et il me parut que son projet avait été médité avec profondeur et combiné avec une grande habileté; mais c'est à l'exéciilion maintenant qu'il faut arriver.

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Le 8ttôcès' d*uâ travail semblable dépend beaucoup des préparatift. Mettre la main à l'œuvre avant que tout soit prêt, c'est user les moyens sans presque aucune utilité. La première chose à faire, avant tout, était de réunir des ouvriers d'art en quantité suffisante; d'organiser des bataillons de tailleurs de pierre , de ebarpentiers , de serruriers , enfin , huit ou dix mille ouvriers instruits et en état de préparer, à la fois et d'avance , tous les matériaux nécessabes, de manière à pouvoir ea faire l'emploi avec ensemble et promptitude. Il aurait fallu former aussi de grands magasins fournis d'outils de toute espèce , et que tout ce qui était nécessaire au bien-être et à la conservation des ouvriers^ fût disposé.

Au moment de ma visite, rien à cet égard n'avait encore été fait; on avait rassemblé huit à dix mille paysans pour creuser les nouveaux lits, chose facile, qui n'exige que des bras, et comporte l'accumulation des moyens. Il y aurait eu avantage a ajourner ces travaux jusqu'à l'époque où ceux d'art pouvaient être commencés et conduits rapidement, ' afin de diminuer les efPets des eaux. Mais le vif désir qu'éprouvait le pacha de voir le mouvement imprimé à celte entreprise, et le besoin, peut-être, de se faire illusion sur les prompts avantages qu'il en retirerait, a décidé à consacrer des moyens considérables à des ouvrages dont l'époque , dans

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un^ bonne distribution de tratail ^ n'était pat encore Tenue, et qui,' iorequ'iU auront été achevée, ne donneront aucun résultat.

Une des choses qni caractérise le plus l*)0Kpérfonce acquise par de grands trafaux d^è exécutés, t*tÊt de saToir d'arance préroir tous les besoins , pfépa- ..rer jout ce qui est nécessaire peur y satisMre an moment même où ils se ft>Bt sentir ^ et de daaae# le trayail, et de déterminer l'Ordre dans lequel H doit être suivi, de manière à faire le maillêur emploi des moyens; enfin, de se préserver d'une iitipatleneé qai intervertit cet ordre et éloigne les résultats au lieu de les rappt*ocheré

J'ignore si eette belle et immebse entrept>lse sera menée à bien. Je le désire avec ardeur, car TbOltlme pourrait s*en gloriller) elle montrerait ce que Cuvent son génie et sa rolobté* Âsliirément, TlUdustrie n'a Jamais reçu nulle part de plus grands déve* loppements ; ni présenté des avanlages a|lpal^nts plus étendus;

Quand je revis le pacha , Je lui parlai avec admiration de ces ouvrages, et Je lui fiil^ obseirValtons que Je consigne ici sUr la nécessité d'organiser des bataillons d'ouvriers d'art, le he pUs qUé tàlrt l'éloge des plans de M. Linaâ , toUt en reconnaissant que je n'ai pas le droit de me regarder comme Juge compétent en pareille matière \ mais je l'engSgeai à faire tout au monde pour appeler à lui le célèbre

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ingénieur Brunel , dont la Frafbce se glorifie , qui a foit de si admirables choses en Angleterre, et dont l'esprit vaste ne s'étonne de rien : il joue a?ec les éléments, commande à la nature, et sait les moyens de la dompter quand elle se montre rebelle. Je crois, que, s'il vient en Egypte pour donner un coup d'œil aux travaux déjà faits , s'il vérifia Içs. calculs et approuve les projets, on aura une garantie certaine du succès. Je ne puis pas supposer que M. Brunel soit insensible à la gloire d'attacher son nom à une œuvre semblable; il serait digne de celui qui a vaincu la Tamise de maîtriser le Nil , de lui dicter des lois et de le forcer à doubler la masse des richesses dont il est le créateur.

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