‹ Voyage de m. le maréchal duc de Raguse, en Hongrie, en Transylvanie, dans la Russie méridionale (volume 2)Chapitre 13 sur 26 · LE CAIRE · texte numérisé non relu

LE CAIRE

Le â7 septembre au soir, à une heure assez avancée, j'arrivai au vieux Caire. Je descendis dans la maison de Soliman-Pacha , chez qui mon logement avait été désigné.Méhémet-AIi , en raison de son titre de Français et d'ancien soldat de l'armée française, l'avait chargé de me donner l'hospitalité et

de me faire les honneurs de la ville. En m'adressant à lui , et me confiant à ses soins , c'était ajouter aux agréments de mon séjour.

On m'attendait depuis longtemps ; des troupes avaient été envoyées, à ma rencontre, et, lorsque je Qûs pied à terre, je trouvai Soliman-Pacha qui 3 17

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était venu pour me recevoir a la sortie de ma barque. Je fus installé dans une charmante maison, située sur le bord du Nil, et prévenu que tout y était â ma disposition. Soliman-Pacha se hâta de me dire qu'il avait servi sous mes ordres et de me raconter les circonstances de sa vie et les événements qui, en le jetant dans les hasards qu'il a courus , ont créé son existence actuelle.

Soliman Pacha est qé à Lyon : il se nomme Sel* ves; son père est propriétaire d'usines importantes. Né avec Tinstinct belliqueux , de bonne heure il se disposa à servir. Il étudia pour entrer dans la marine ; mais le nombre des aspirants étant trop considérable alors , une partie reçut d^autres destinations : les uns furent placés comme officiers dans l'armée de terre , les autres comme sous-officiers dans l'artillerie de la marine. Selves fqt de ce^der* liiers. 11 navigua plusieur» années es cette qualité» et était embarqué» en 1804, à bord de l'eseadrc commandée par l'amiral YUleDeuTe. Il fil aveeeette fik>tta la navigation qui la conduisit aax ÂBlillea et la ramena sur les côtes de l'Europe, et asaiata as combatd'Qrtégal, oùYilleneuve eut la tioBtedeaere* tirer devant une escadre anglaise inférieure en non* bre, en lui abandonnant deux vaisseaux qui, étant lombes soua le vent, furent pris à sa vue, sana qu'il entreprit rien pour les saurer.

Cette expédition de l'amiral ViHcneufe éMt le

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eéflUneiiéeflieht de la belle combiDâteon de Napoléofi dont le but était d*éparpiller le$ forces nayaleê des Anglais 9 et de réunir les escadres françaises dans la Manche, pour nous donner une supériorité, momentanée il est Trai, mais décisive, afin de protéger le passage de la flottille réunie à Boulogne, et la sortie de la flotte et de Texpédîtion du TexeL Cette manœuvt'e) dont les Anglais furent dupes ^ et qui démontra qu'il aurait été possible , avec des forces maritimeé inférieures comme Tétaient les nôtres I d'être maîtres de la mer sur nos côtes ^ pendant un temps donné, fut au moment de réussir» Elle ne manqua que par la faiblesse de l'amiral Villeneuve, qui avec vingt-sept vaisseaux , dont les équipages étaient bien exercés et bien disposés , n'osa pas livrer bataille à l'escadre anglaise , conduite par Tamiral Calder , et qui n'en comptait que dix-huit.

Le Jeune 8elves , dégoûté d'un service qui avait Si peu d*éclat, désirait vivement passer dans Tar-^ mée de terre : un duel , dans lequel il tua son adversaire , le décida à quitter la marine. Il se rendit en Italie et demanda à entrer , comme soldat , dans le sixième régiment de hussards ^ qui faisait partie des troupes sous mes ordres , et que commandait alors le colonel Pajol , un des meilleurs colonels de cavalerie légère de l'armée française.

Le iële de ce Jeune homme , la manière dont il

se présenta, inlàrecsèreat le eokmel Es{ol; il le reçut dans son r^iment, le fit mettre en règle , et le prot^;ea «Taoe manière particulière : en peu de mois Selves devint sous-officier. Une circonstanœ hâta son avanoement. Napoléon avait à cette époque la manie de faire exercer aux manœuvres de rinfantme les troupes à cheval, et les hussards nVn étaient pas plus dispensés que les cuirassiers. Personne ne connaissait ces manoeuvres dans le sixième r^imenl de hussards. Selves les avait apprises dans le corps d*artillerie de marine ; on le fit instructeur at en même temps bri^dier , et peu après maréchal des logis.

JiOrsqu*en 18091a guerre commença, Selves se distingua ; il devint officier et fit plus tard , en cette qualité , la campagne de Russie. Il remplit pendant la retraite les fonctions d'officier d'ordonnance du maréchal Ney. £a 1814, étant employé dans la même qualité auprès du général Pire , il eut Toccasion d'être remarqué par Napoléon:

chargé par lui de missions momenlanées , son avenir semblait assuré, quand l'éilifice de l'empire s'écroula. En 1815, il fit la campagne des Cent- Jours, attaché à l^état-majordu maréchal Grouchy. A la formation de la garde royale , il fut proposé pour un emploi d'adjudant-major , avec rang d'officier supérieur , dans le premier rcgioient de cuirassiers, que commandail 2e comte Êlie de Pé-

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rigord; mais, comme il ayaît été à Warterloo , il ne fut pas admis.

Se trouvant ainsi sans emploi et sans activité , il entreprit de faire valoir la ferme de la plaine de Grenelle , qu'il prit à bail.. La garde manœuvrait souvent dans cette plaine et gâtait quelquefois ses récoltes. Selves me fut présenté à cette occasion parle général De Coetlosquet, qui le connaissait et avait de Tamilié pour lui. Le cœur du soldat pre-^ nant le dessus sur Tesprit du cultivateur, il se .dé-, cida à quitter la France en 1817, et à chercher la fortune dans les hasards des aventures.. Des Européens avaient réussi en Perse ; il forma le projet de s*7 rendre; mais, en traversant l'Egypte, il vit Méhémet-Ali qui lui proposa d'entrer à son . service, et, quoique ses offres ne fussent pas trèsavantageuses 9 Selves se décida à les accepter.

Méhémet-Ali avait en ce moment la pensée de former des troupes régulières, chose alors la plus difficile. Les Orientaux ont eu pendant bien longtemps, pour ce genre de service , une répugnance qui semblait invincible: Méhémét-Ali Pavait même tentée déjà une fois vainement.

Ce fut à Selves que cette opération délicate > ce nouvel essai, furent confiés. Il s'y prit avec une rare adresse et une grande habileté ; aussi est-il parvenu à le mener à bien. On peut assurer qu'il a dé* passé la limite du succès que Ton devait se promet-

tf<e$ «t, Il tiile trelifiaiice tfbMiQt de \ê pétt dtt pacha lui est contiDuée encore pendant ({liélquea im« nie» , il m^ndin Farinée égyptienne digne d'^e comparée aujt bonnea artoéea de TEubôpe et d'en* trer en ligné avec ellea.

En s^éterant et en royant s'agrandir le ëeiiSle dé aon autorité, Soliman-Pachii a eonstamment ré* fléchi sur son métier; Il a beaucoup I9 , beaoèetip étudié, et il a fait les plus heai^euses appllcatlùtis de son éxpéfitode et dé seé médilatiottSé II eAt de^ Tenu homme d*Un médite snpëHéu^ : de ^t dire de lui que , ce que les drèOnÀlttncee dé éa flë tae lui DnI pas permis d*ëpprëndre $ Il Va det ittë< Car n*2iyànt séffl en Ffanefe^ et cemiiatltl âtSé llOus, que dâUs déi$ ghtdes subsltei^nés , Il fe dètiflé lé grande fuetn ^ et Ta ftite avec suceèé to Egypte. U en péHe è mertéillé : lia les idées les plui sèinei éur tout ee qui tient è rorgsnitoliën des armées , à leurs mouYements, et sur les prinel)>eft qui ddlvent les régir. C'est enfin un général cohèoUiâié et qui serait rem&fqUé dans tous les étatà-miy'orsi

Son aetltrilé est eitl'ème ; il parle le turc et IV rabe avec facilité, et éonuëlt parfaitenifent le cafee^ tère du peuple auquel il a af!^il*e. Il est craint et aimé , et exefcè un grand pouvoir d*ot>tnion. C'est enfiti le créateur et là cheville ouvrière de Târmée égyptienne. Nul autre homme ne pourrait réussir aussi bien que lui, pafce qu'il Joint A des talents vé«

ritabtes des anlécédenU et iiiie expérience péi'son- Délie des choses et des botnmes qu*aucuii autre ne peut posséder au même degré. Méhémet-Ali a toujours eu pour lui la cotiiiaace qu'il mérite; mais peut-être n'afait-il pas une idée asse2 haute de ses talents, at ne les appréciait-il pas à toute leur yalèur. Je rai éclairé à cet égard , et en cela je crois lui dToir rendu un immense service.

Sollman-Paeha a eu le bonheur de rencontrer dans Ibrahim , fils de Méhémet-AJi, un honmie ca-^ pable de le comprendre, et susceptible de hautes inspirations militaires. Cette alliance de facultés précieuses, entre ces deux hommes supérieurs, accroît la puissance de Soliman-Pacha et devient une nouvelle garantie de ses succès.

11 a aujourd'hui cinquante-cinq ans , il est plein de fbrce et de santé. C'est le type de l'homme de guerre , de l'officier de l'armée française dans ses temps de gloire et d'éc|at , ce qui n'a pas peu contribué à me faire trouver si agréables mes rapports avec lui. Sa gaieté et sa philosophie pratique , qui sont aussi des vertus militaires , renouvelaient les sensations de ma jeunesse.

Soliman-Pacha, malgré lavieobcupée qu'il mène et les devoirs importants qu'il remplit, nourrit son esprit de ses souveuirs. Je trouvai dans son cabinet de travail les portraits qui , nie dit-il , lui rappelaient les plus belles époques de son jeune âge :

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c'étaient ceux de Napoléon , àa priace Eugfitie 9 Tîce-roi d'Italie, du maréchal Ney , et le mien^^

Indépendamment des personnes que j*ai déjà nommées , Méhémet-Ali a trouvé , tant parmi les Européens que parmi les Orientaux, d'autres hommes distingués , dont il a su reconnaître le mérite et utiliser les services. Les principaux vinrent dès le lendemain de mon arrivée me faire visite. Je ne les nomme pas en ce moment , me réservant d'en parler plus tard.

On doit penser avec quel empressement je revis le Caire et je visitai cette grande et belle ville , si renommée en Orient. Elle s*est embellie d'une manière extraordinaire. En 1798, une ceinture formée par une suite de monticules , débris d'anciennes constructions, et d'une (élévation moyenne de plus de cent pieds, l'environnait presque de toute part. A peine en reste-t-il quelques vestiges entre la ville et le Nil. Ces ruines, composées en grande partie de briques vertes, réduites en poussière par l'effet du temps, ont été répandues sur toute la plaine environnante : il en résulte un léger exhaussement , mais qui n'empêche pas les arrosements d'avoir lieu au moyen de saquis. Ces arrosements multipliés ont créé d'immenses jardins d'une très-grande fertilité ; ils séparent la ville du fleuve et sont traversés

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dans tons les sens par de belles et larges commiuiîcations : et , comme des clôtures n'arrêtent pas la Tue, elle peut embrasser un ? a^ espace.

Ibrahim-Pacba a bâti un magnifique palais sur le bord du Nil, et oouyert d*arbres l'Ile de Roudab, située en face, dont une grande partie est distribuée en jardins à l'européenne; il a fait aussi planter arec soin tous les enfirons des diferses maisons qui forment son habitation. Il en résulte on double effet : du Caire la ? ue est étendue et agréable, et, du palais, on admire la beauté du paysage qui se compose au premier plan des jardins nouveant ; atl second, de h Tille, dont on décourre tout le développement, et enfin de ta èitadelle qui domine le Caire et tek*tnlne le tableau.

Au delà du palais d'Ibf ahim-Pachâ est Boulaq , situé sur le bord du fleuve. Ses tnaisons formaient autrefois un petit bourg, dépendant du Caire et lui Servant de port. Il a pris tabt de développement qu*tl est devenu aujourd*bui une ville importante; c*est la ville manufacturière. Tous les grands établissements d'industrie y sont réunis. U y a aussi une école que Ton appelle école polyteàhniqUëf Ituis sott nom ne répond pas a l'enseignement qui y élt donné.

De Boulaq jiisqn*au vteilx Caire la distant est d'une lieue, et cet espace est garni par une suite de belles maisons , et animé par une population ^n-

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fidéraUe : le palai» d'Ibrahim «a( jdacé à peu prëa au miUçu«

Cei enviram du Caire o<a eoiièreig^itl changé de face,

U en e«t de inèfiie de riat^rieur de la ville. La rue priacipale qui ceoduit a la eîladeUe a ^(é élar gie, e( la circuiaiîon ett libre et facile ji p^ésept , au peint de pemsiettre aux veiturea du padia de la pare^^ir, Lee baaari reafermeut de rlchea pro* duiU du paya, de VBurepetde l'Arabie et de l'iûdei dea uilliers d'individus conetaiument en courte, el neulée lur oee 4uea préeieux dani le paya abonde (leur i¥Mn^re a'élève » dit-^n » i cinquante mille) donnant eu Caire uu mouveuient qui rappelle noa plui grandea plaeea de cummercet

Eu venant de BoulaqJ'enlrai au Caire parli|

place de l'Ëabékiéh- Sur cet en^lacement» je me rappelai le général ^ouaparle passant la revue de ses glorieusea légions; je voyais la maison qui fut sa demeure , le quartier général de l'armée d'Egypte , le lieu où Kléber termina son Uluatre car* rière*

En traversant la citadelle je revis le puits de Joseph» auquel un caprice seul a donné le nom de cet enfant dçs patriarches. Il est dans les habitudes et les mesure des peuples d'attribuer fU) grands hommes , dont Vhi^toire a consacré les noms > le^ nonuments remwqMaUo qui frappent» Ici reg«ffda

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