CHAPITRE PREMIEE
Jésus-Christ, le Verbe incarné, l'ami de Tenfance. — Ce dont nous fûmes témoins à Bethléem, la nuit do Noël. — Nazareth. — Jésus-Christ et les enfants pendant sa vie publique.
Quand je débarquai à Jaffa le 22 décembre 1879, je n'avais que deux compagnons : l'un, un curé du Canada, l'autre prêtre lui aussi, mais complétant ses études dans la ville Eternelle. A Jaffa, nous eûmes le bonheur de trouver au débarcadère un bon et savant frère Franciscain envoyé à notre rencontre par le père gardien du Saint Sépulcre. Aujourd'hui, nous vous invitons tous à nous suivre en esprit dans notre voyage. Je dois déclarer tout d'abord que je ne puis ici décrire tous les lieux visités, je dépeindrai seulement quelques-uns de ceux qui furent sanctifiés par la présence de Jésus- Christ au temps de sa Nativité et de son
12 VOYAGE EN TEURE-HAINTE.
Enfance. Je rappellerai à votre souvenir quelquos-iines des actions accomplies par le iSau veur ; quelques-unes des paroles prononc«< s par lui en laveur des enfants. Tel est mon plan Si je réussis je vous aurai convaincus (et cV^* le but du voyage que nous allons faire ensemble), que Jésus-Christ est vraiment l'ami de l'enfance.
Mais avant d'aborder aux rivages de la Palestine, je dois faire quelques remarques. Si qu«*lqu'un de vous désire entreprendre un jour le voyage de la Terre-Sainte, je lui dirai d'abord lo. Etudiez la vie de Notre-Seigneur Jésus- Christ, et l'histoire de ce qui s'est passé en Terre-Sainte tant avant que depuis Tère chrétienne. 2o. L'aspect de cette contrée a beau coup changé depuis le temps où vivait notr«* Seigneur. La terre jadis fertile est aujourd'hui une terre de malédiction. Le pays avait alors un gouvernement régulier, ce n'est plus maintenant qu'une province de l'empire turc, et le peuple gémit dans la pauvreté et l'oppression la plus dure. Pas d'arbres, si ce n'est quelques arbres fruitiers. Mais de nos jours comme jadis^ les montagnes stériles de la Palestine sont partout pleines de caves ou grottes formées par la nature, où l'homme établit sa demeure, comme autrefois, et où le berger vient toujours abriter son troupeau. 3o. Que dire des lieux Saints ( Durant l'espace de quatre siècles environ, cette, région demeura sous le contrôle des empereurs Romains ; sous Constantin, elle devint la pro-
priété des chrétiens ; plus tard, celle des Mahométaiis, qui, à leur tour, furent défaits par les Croisés. Ces derniers n'occupèrent pas longtemps la Terre-Sainte, et le pays est aujourd'hui soumis au sceptre du sultan de Constantinople. Le gouvernement turc cependant respecte les droits, ou du moins quelques-uns des droits des chrétiens en Palestine.
Disons aussi, en passant, un mot d'un événement historique d'une grande importance. Quand Constantin embrassa le christianisme au commencement du IVe siècle, sa mère l'illustre Sainte Hélène, se transporta en Terre-Sainte, fit l'acquisition des lieux consacrés par la présence et les miracles du Sauveur, et y érigea des églises et des monastères afin de les conserver et d'en permettre l'accès aux chrétiens du monde entier. Cette grande Sainte couvrit la Palestine de monuments splendides, et enfin, sa mission achevée, elle fit don à l'Eglise catholique, dans la personne du Pape, des églises^ des monastères, et des hôpitaux qu'elle avait fondés. Les papes ensuite confièrent la garde du Saint Sépulcre et des autres lieux saints aux dignes enfants de Saint François. "^
Depuis plus de six cents ans, les moines ont veillé amoureusement sur la tombe du Sauveur à Jérusalem, sur la grotte de Bethléem, sur la maison de Nazareth et sur un grand nombre d'autres lieux célèbres. Durant six cent cinquante ans, plusieurs milliers de Franciscains ont été mis à mort pour la foi, mais d'autres vinrent
VOYaiiiu k.> i t.UUt.-:;AiME.
qni prirent la place de ces martyrs, et les onfantB de Saint François gardent encore anjourd'hai le poste qni leur fat confié. Si qaelqu un de vous se rend un jour en pèlerin à la Terre- Sainte, il le» trouvera, comme je l'ai dit, o* à la garde de ces édifices sacrés, et y pnaiii nuit et jour. I^eur occupation est d'orner ces lieux, de sanctifier le peuple d'alentour, ainsi que les étrangers qui visitent la Palestine. Mais ce n'est pas tout encore : à Jafia, à Ramley, à Jérusalem, à Bethléem, à Nazareth, ces bons religieux ont des hôpitaux destinés aussi à Tasage des pèlerins. Quiconque se présente est le bienvenu, quelle que soit la religion qu'il professe, quel que soit le pays d'où il vienne ; il pexxt rester là quelques jours, il ne lui en coûte rien. Les Franciscains fournissent aussi aux pèlerins des guides dévoués et sûrs, capables à la fois d'être leurs interprètes et de les protéger dans les difi&cultés ou les dangers qu'ils peuvent rencontrer. Je dois dire ici ouvertement que, étant donné l'état actuel de cette partie de la Syrie, qu'on appelle la Terre-Sainte, il est impossible d'y faire un voyage avec profit, à moins d'avoir pour guide un père franciscain ou du moins un prêtre qui réside en ces lieux, et qui connaisse parfaitement le pays ; et je dois dire encore à la gloire des religieux franciscains, que n'était leur présence en Palestine, ces lieux si chers à tant de titres aux cœurs des chrétiens auraient été depuis longtemps occupés et profanés par les schismatiqucs, les juifs et les sectateurs de Mahomet.
De Jérusalem notre petite compagnie partit à une heure de l'après-midi, le 24 novembre. lie matin du même jour, nous avions visité, dans l'ég-lise du ^aint Sépulcre, l'endroit de la crucifixion, l'endroit où la croix fut plantée et enfin la tombe de laquelle Jésus sortit plein de vie au jour de sa Résurrection. Mais aussitôt que nous fûmes hors de la Ville Sainte, tandis que nous dirigions notre course vers le midi, nous n'avions plus qu'un seul sentiment, une seule idée transportait nos âmes : Nous allons à Bethléem, nous serons là la nuit de Noël !
O Bethléem, toi dont le nom se trouve sur les lèvres de tant d'enfants dans ces jours de Noël et du premier de l'an ; Bethléem, berceau du Yerbe Incarné, je te salue ! je baise avec une émotion profonde la pierre qu'il arrosa de ses pleurs, et les murs qui résonnèrent de ses premiers cris.
Bethléem se trouve à six milles au sud de Jérusalem. Tous étaient bien fatigués, et le sentier que nous suivions était bien rude, mais ce qui s'offrit à notre vue était plus que suffisant pour dissiper toute fatigue. A environ un mille de Jérusalem, on montre un endroit où la Sainte Famille prit un peu de repos au pied d'un arbre. Non loin de là se trouvait la maison du vieillard Siméon ; c'est lui qui, le jour où Jésus fut présenté au temple, prit l'enfant diAn dans ses bras et demanda de mourir, ne désirant plus vivre après avoir contemplé le Désiré des Nations, le Sauveur du genre humain, la Lumière
16 VOYAOE RW TF.RRF.-8ATXTE.
des gentil». iSuii luin d«j j m, noir* j:u.dc
nous fit r»'marqu<»r une cii. iji- au milieu de la Toute. C*'lt4-» citerne s'appelle la cùerne de 'VEtoik, ou encore la citerne des Rois Mages. La ]égend«' rapporte que Tétoile qui les avait guidéa du fond de l'Orient, après avoir disparu à leurs regards, se montra à eux de nouveau, à cet endroit même, et les remplit de joie.
Durant ce voyage, nous rencontrâmes un certain nombre de pèlerins venant de différents pays, pour se rendre à Bethléem. Nous quittâmes la voie ordinaire afin de pouvoir visiter la grotte des Bergers. Bethléem veut dire la maison de pain, parce qu'on y récoltait en abondance un blé de qualité supérieure. Ici les collines ne sont pas aussi élevées que dans d'autres coins de la Terre-Sainte ; mais elles sont entièrement dénudées, car l'on n'y voit point d'arbre, et on y remarque un très grand nombre de grottes formées par la nature. Nous vîmes passer plusieurs troupeaux de moutons et de chèvres ; nous pûmes aussi entendre la voix des bergers qui les faisaient paître. Nous pouvions les entendre, mais les voir était presque impossible, parce qu'ils étaient cachés dans les crevasses du rocher, ou dans les taillis sur les flancs des collines. De temps à autre on pouvait voir encore un homme, quelquefois deux, menant un âne chargé de provisions ou d'instruments de labourage. Tout nous rappelait le pèlerinage que firent tant d'années auparavant Joseph et Marie. C'était peut-être à la
■même heure, en suivant le môme ravin qu'ils s'étaient rendus à Bethléem !
La grotte dite des Bergers, est située à deux milles à l'est de Bethléem. Cet endroit célèbre portait jadis le nom de " les saitUs pâturages. " Il y a dix-huit cents ans, à minuit, dans ce lieu même et à pareil jour, un ange apparut à de pauvres bergeis ! C'est ici que Jésus-Christ apprit au monde l'amour qu'il porte à l'enfance. *' Voici, dit l'ange, voici que je vous apporte une bonne nouvelle, nouvelle de joie pour tous. En ce jour est né le Sauveur, et c'est le Christ, le Seigneur, dans la ville de David. Voici le signe auquel vous le reconnaîtrez : vous trouverez l'enfant enveloppé de langes et couché dans la crèche."
Bien des années plus tard, une église fut bâtie à cette place. Aujourd'hui il en reste peu de traces, mais le sol est couvert partout de pierres de taille, qui ont dû certainement faire partie de l'édifice aujourd'hui disparu. On peut encore se faire une idée de la forme de cet édifice. En descendant quelques degrés de l'endroit qui était le sanctuaire, vous vous trouvez dans la crypte ou sous-bassement, et c'est là, diton, le lieu même où la lumière de Dieu environna de toutes parts les bergers. Ce fut là qu'ils entendirent la multitude des esprits célestes qui chantaient : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix aux hommes de bonne volonté ! Un autel existe à cet endroit, et un prêtre y célèbre la messe. Malheureusement
co prêtre n'est qu'un ministre schismatiqne. Cependant le respect de la Sainte Eglise, pour les lieux consacrés par le Sauveur est tel, qu'elle accorde un»î indulgence partielle à ceux de se» enfants qui vont prier dans cette grotte.
Toujours en approchant de Bethléem, nous passâmes par un village nommé le village des bergers. On dit que c'était là que demeuraient ces hommes favorisés entre tous, qui furent les premiers invités à venir adorer dans l'étable, le Fils de Dieu fait homme pour sauver les hommes.
Bethléem s'élève à l'extrémité orientale d'une haute colline. Au temps où vivaient Joseph et Marie, il y avait au nord et près du sommet de cette colline une caverne creusée par la nature, où les bergers venaient abriter leurs troupeaux. Cette caverne, pas très vaste, était irrégulière, beaucoup plus longue que large, s'étendant de quelques pieds vers le sud, de manière à y former une petite retraite ou enfoncement. La nuit où le Sauveur naquit, la grotte devait être sombre et humide ; la tradition rapporte qu'il s'y trouvait un bœuf et un âne ; on aurait pu voir ça et là une poignée de paille, et dans l'enfoncement mentionné, le râtelier pour les animaux, dans lequel un peu de paille a été laissé par oubli. Et dans cette étable Marie enfanta son fils, le Fils de Dieu ; là elle l'enveloppa de langes et le déposa dans le râtelier. C'est ici que les bergers vinrent visiter l'Enfant Jésus ^ c'est ici qu'ils l'adorèrent, c'est ici qu'ils com-
prirent qu'il était le Verbe Incarné, et c'est en 86 retirant d'ici qu'ils rendirent grâces à Dieu de ce qu'ils venaient de voir et d'entendre.
La tradition nous apprend encore que la Sainte Famille n'avait pas encore quitté l'étable quand les Mages de l'Orient, sous la conduite de l'étoile miraculeuse, vinrent adorer Jésus et reconnaître en lui le Roi des Juifs qui venait de paraître dans le monde. On montre encore à cet endroit l'emplacement occupé par Jésus et les Rois Mages quand ceux-ci lui offrirent leurs riches présents. Tous ces détails sont conformes à l'Evangile qui déclare qu'ils entrèrent dans la demeure, et trouvèrent l'enfant avec Marie, sa mère.
Quelques mots maintenant sur le Bethléem d'aujourd'hui. L'église élevée sur l'emplacement de la crèche doit être l'un des plus anciens monuments de l'univers. On dit qu'elle fut érigée par l'empereur Justinien au Vème siècle Cette église connue sous le nom de V Eglise de la Nativité est entourée et en partie masquée par différentes bâtisses. L'une de ces bâtisses est l'église paroissiale catholique ; une autre est un monastère de moines schismatiques, et enfin, nous y avons vu le monastère des pères franciscains et l'hôpital destiné aux pèlerins. Bethléem compte une population catholique de 3.000 âmes sur une population totale de 5.000 habitants ; donc, on le voit, la majorité de la population est catholique. Les habitants de
Bethlt'f'm ont un attachement remarquable ponf leur foi.
Puissé-je maintenant vous donner une idée fidèle de ce dont nous fûmes témoins à Bethléem, le 25 décembre 1879 ; je ne saurais jamais en perdre le souvenir. Il était presque nuit, quand nous approchions de la ville. Le chemin était rapide et rocailleux, mais les cloches de Bethléem faisaient entendre leurs sons joyeux, au milieu du silence de la nuit. Ça et là on pouvait voir les traces des feux de joie qui s'éteignaient, les restes aussi des illuminations et des feux d'artifice ; et notre cœur battait de joie lorsque nous voyions les habitants de* ce village béni, restés fidèles à la foi de leurs aïeux, continuer d'honorer ainsi la naissance du Sauveur, et de rendre grâces au ciel du privilège accordé à leur cité.
Nous fûmes bientôt introduits dans la maison réservée aux pèlerins et tenue, comme nous l'avons déjà dit, par les enfants de Saint François. Nous y fîmes la rencontre de nouveaux pèlerins, venus de bien loin comme nous, pour célébrer à Bethléem la fête de Noël. Le patriarche de Jérusalem était arrivé avant nous, accompagné de plusieurs de ses prêtres et de quelques pères Franciscains ; ceux de Bethléem se joignirent à eux, et tous ces prêtres ou moines réunis formaient un nombre considérable d'officiers pour la solennité qui approchait. Le service divin commença à dix heures du soir, par le chant des Matines. L'illumination était des plus
brillantes. Le chant coniposé pour la circonstance et le lieu, était on ne peut plus beau, et ce qui ne contribuait pas peu à le rendre remarquable, c'étaient les voix vibrantes des jeunes Arabes, s'unissant aux voix plus douces et plus exercées des moines Italiens. Là se trouvaient les fidèles du pays avec leurs costumes si pittoresques. Mais rhoure solennelle approchait minuit était près de sonner ; la messe allait commencer, et nous étions là, à Bethléem, à quelques pas seulement de l'endroit même où le Fils de Dieu fait homme daigna se manifester pour la première fois aux regards de l'homme. Oh ! comme chaque parole, tombant des lèvres des ministres, s'enfonçait profondément dans notre cœur ! " Le Christ est né pour nous, venons l'adorer." " Le Seigneur m'a dit : Tu es mon Fils, aujourd'hui je t'ai engendré. " Puis vint le " gloria in Excelsis, gloire à Dieu au plus haut des cieu.x, " chanté à la fois par les prêtres et les bergers de Bethléem.
La première partie de l'office de la nuit de Noël se célébra dans l'église paroissiale, située dans l'enclos qu'occupe le monastère des Franciscains ; mais il se termina par une procession à la grotte de la Nativité. Telle que nous la voyons aujourd'hui, la grotte est en partie l'ouvrage de la nature, et en partie l'ouvrage de l'homme. Le roc primitif forme trois côtés et une partie du plafond, mais dans la partie Nord, le plafond est relié au sol ou pavé par mi ouvrage en pierre. Avant d'arriver à la grotte
môme, vous passez par l'église bâtie an-dcssu». puis descendant quatorze marche», vous vous trouvez sous le sanctuaire, et vous arrivez alors à l'étable si glorieuse de Bethléem.
L'é table forme de nos jours, comme une église souterraine ; la lumière du dehors ne peut y parvenir ; elle mesure trente six pieds de l'est à l'ouest et environ onze du levant au couchant. On y brûle nuit et jour un très grand nombre de cierges. A l'extrémité orientale de la grotte, dont la forme est ronde comme le sanctuaire de nos églises, on peut voir une pièce de marbre blanc dans laquelle est enchâssée une étoile en argent. Voilà la place de la Nativité et vous y lisez l'inscription suivante : *' Ici Jésus-Christ •est né de la Vierge Marie ! " Tout commentaire sur ces mots serait déplacé. Le sujet est trop élevé !
A quelque distance de cet endroit, à votre gauche, se trouve un enfoncement mesurant douze pieds de long sur cinq de large, c'est le lieu où Marie trouva la crèche, placée sur la projection du rocher. De riches draperies oeuvrent généralement le plafond de cette partie de l'étable, et en face de l'endroit de la crèche on peut voir un autel appelé l'autel des Rois Mages, auquel il y a chaque jour une messe chantée, et une messe basse, célébrées par des pères Franciscains. J'eus la consolation d'y dire la sainte messe durant cette même nuit de Noël.
Après la grand'messe, célébrée, comme je l'ai dit plus haut, par le patriarche de Jérusalem,
une procession s'organisa, se rendant de l'église paroissiale, en passant par un grand nombre de corridors, à la basilique de la Nativité qui touche à la grotte elle-même. Durant cette procession, le nombre de prêtres revêtus d'ornements sacrés était plus considérable qu'il ne l'était à l'église durant la messe. Les ornements étaient d'une grande richesse, et les hymnes de l'Eglise ayant trait aux grands mystères du jour pénétraient jusqu'au fond de nos âmes.
Le patriarche de Jérusalem, durant tout le temps que dura la procession, portait entre ses bras, une corbeille, dans laquelle était déposée une image de l'enfant Jésus. Quand on arriva en face de l'étoile d'argent, dont nous avons déjà parlé, le clergé s'arrêta, et le diacre du jour commença le chant de l'Evangile. " Et il arriva que lorsqu'ils étaient là, les jours où elle devait enfanter furent accomplis." Ici le diacre interrompit son chant, et s'approchant du patriarche, il prit dans la corbeille l'image qui s'y trouvait ; puis il continua le chant de l'évangile : " Et ici elle mit au monde son Fils premier né." En disant ces mots, il place l'image de l'enfant Jésus à l'endroit même où Jésus était né. Le chant est repris par le diacre : " Elle l'enveloppa de langes " et en même temps il imite l'action qu'il vient de mentionner, et continue le texte sacré, " et elle le coucha dans la crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie." En achevant ces paroles, le diacre se tournant un peu à gau-
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che, va porter l'image de Icnfant JZ-stis, à la place même où Marie d^'posa son petit enfant 1.900 ans auparavant. Des larmes d'émotion coulaient de tous los yeux admis à contemplei cette touchante cérémonie.
L'église demeura remplie de fidèles durant toute la nuit. Naturellement dans cette grande occasion, tous les prêtres désirèrent célébrer la messe sur l'autel des Rois Mages, et la masse des fidèles s'approcha de la table sainte. Le but que je poursuis avant tout, dans ce petit ouvrage, est de vous montrer le Verbe Incarné ami de l'enfance. Pouvait-il montrer plus efficacement son amour pour les enfants, qu'en venant sur la terre sous la forme d'un i>etit enfant ?
Errons encore un peu ensemble, si vous le voulez bien, autour de l'étable où le Seigneur daigna se montrer aux hommes. A côté de la grotte de Bethléem se trouvent plusieurs grottes du même genre : on y a dressé des autels pour perpétuer le souvenir des faits que ces lieux rappellent.
On voit d'abord un autel dédié à saint Joseph. Ici un ange apparut à Joseph pendant son sommeil, et lui dit de prendre l'enfant et sa mère et de fuir en Egypte, où il devait rester jusqu'à nouvel ordre. A quelques pas plus loin se trouve un autel, nommé Vautel des saints Innocents. Afin de se défaire du roi des Juifsqui venait de naître, Hérode avait fait massacrer bien des milliers d'enfants à Bethléem et dans
les environs. Ces chers petits ouvraient à peine les yeux à la lumière, que le glaive trancha le lîl de leur existence. Ils reçurent le baptême du sang, et le divin enfant de Bethléem leur appliqua les mérites de sa vie et de sa mort. Hérode répandit leur sang, mais le Rédempteur leur mit ses palmes à la main et des couronnes sur la tête ; la première conquête qu'il fait sur la terre, c'est la conquête de ces petits enfants qu'il aimait si tendrement. On raconte qu'un grand nombre de ces petites victimes furent massacrées dans ce lieu même, et que leurs reliques se trouvent sous l'autel dit des saints Innocents.
Non loin de la grande basilique bâtie audessus de l'étable et un peu vers le sud, il existe une chapelle souterraine d'une assez grande dimension, où plusieurs lampes braient sans cesse. C'est la grotte du Lait. Cette chapelle est la propriété exclusive des moines catholiques, et néanmoins, chose assez étrange, les femmes des Grecs schismatiques, des Bédouins et des Mahométans, tout comme les femmes catholiques visitent ce sanctuaire, et contribuent même à l'achat de l'huile destinée à brûler devant l'autel. Ecoutez ce que dit une pieuse tradition.
Après l'apparition de Tange, pendant que Joseph faisait ses préparatifs pour le voyage qu'il fallait entreprendre, la Vierge Mère vint se cacher dans cette grotte. Pendant qu'elle allaitait son divin enfant, une goutte de lait
lomha de ses mam^'lles et mouilla la pierre à <^et endroit, et depuis ce jour, quand les mères de Palestine ne peuvent nourrir leurs enfants de l(»ur propre lait, on les voit s'empresser à la grotte, gratter un peu la pierre, mêler la poussière ainsi obtenue à un liquide quelconque et l'avaler, en invoquant le nom de Marie. Ce remède leur réussit infailliblement.
Laissons maintenant Bethléem et suivons Jésus f'nfant dans ses voyages. Dans tous les détails de sa vie nous le trouverons l'ami de l'enfance.
En partant de Jaffa pour se rendre à Jérusalem, on passe par un certain lieu appelé Abou Gosh. A peu de distance de là se trouve un misérable petit village qui n'offre de remarquable aux regards des voyageurs que les ruines d'une ancienne église. Le village porte le nom bien significatif de El Latroun. On dit que là naquit ou demeura jadis le bon larron. Son nom était Dismas. La tradition nous dit que la sainte Famille, se rendant en Egypte, fit halte dans ce lieu, théâtre des brigandages de Dismas. Il devait être tard, le lieu était isolé, car c'était au milieu d'un bois ; et la première pensée du criminel Dismas, à la vue des étrangers, fut, on peut le croire, de les voler, et, si besoin était, de leur arracher la vie. Cependant la vue du petit enfant, que portait Marie, l'émut de compassion. La femme du* brigand témoigna une grande bonté aux étrangers ; on n'en saurait douter, «lie éprouva un sentiment secret de vénération pour l'enfant de Bethléem. Elle était mère aussi,
"mais son jeune fils était atteint de la lèpre. Ayant été lavé avec l'eau dont la Vierge Mère s'était servie pour laver son fils, l'enfant du brigand fut, dit-on, guéri de son horrible maladie. Le lendemain, au moment du départ, Dismas leur donna quelques secours pour continuer leur route, et leur demanda de toujours prier pour lui.
Quand nous voyons un enfant dans les bras de sa mère, n'oublions pas le Fris de Dieu, l'ami de l'enfance. Songeons qu'en condescendant à être porté tour à tour dans les bras de Joseph -et de Marie, Jésus voulait sanctifier les services de ce genre que les pères et mères rendent à leurs enfants, tout comme il devait plus tard sanctifier la tombe elle-même, au contact de sa chair adorable.
Traversant en esprit une partie de l'Egypte, nous arrivions à la ville du Caire. Nous ne sommes pas des touristes, mais des pèlerins ; ayons garde de l'oublier. Aussi je ne vous parlerai ni des pyramides, ni des jardins, ni des palais du Caire. Je vous engage à me suivre, par des rues étroites, au quartier le plus obscur et le plus ancien de la ville. Ici, entrons dans une église qui fut bâtie par les catholiques, mais qui ne leur appartient pas de nos jours. Ce monument, autrefois d'une grande beauté, tombe aujourd'hui en ruines, mais n'en est pas moins cher aux cœurs des chrétiens. Après avoir descendu quelques marches, à droite de l'autel, vous vous trouvez à l'emplacement jadis occupé
28 VOYAGE EN tp:kiie-sainte.
par la maison de la sainte Famille. C'est ici qne Josoph et Marie se réfutèrent contre la fureur d'IIérode, emportant avec eux le plus précieux des dt'pôts, le P'ils même de Dieu. C'est ici qu'il» priaient, c'est ici qu'ils endurèrent les douleurs de l'exil, jusqu'au jour où l'ange vint dire à Joseph qu'il pouvait retourner dans son pays. Prosternez-vous, collez vos lèvres au plancher de cette maison bénie, et poursuivons notre voyage. Avant de nous éloigner du Caire, nous devons cependant faire une visite à Varbre de la sainte Vierge.
Chaque touriste qui voyage en Egypte ne manque pas de faire une visite à l'arbre désigné sous ce nom. On le voit à six milles environ du Caire. Cet arbre remarquable appartient à la famille des sycomores. Il produit de petites figues bonnes à manger. Il est d'une taille assez élevée et le pied est entouré d'une clôture érigée par l'ex-impératrice de France, la malheureuse Eugénie. Tout à côté coule une source de toute beauté. Sous les branches de cet arbre, Jésus,. Marie et Joseph se reposèrent, il y a bientôt dixneuf cents ans ; à cette source ils se désalté* rèrent. Il nous faut maintenant retourner ea Terre-Sainte, mais n'oublions pas l'arbre de la sainte Vierge et la source qui coule à ses pieds. Soyons dans l'admiration en voyant Celui qui a tout créé et qui préserve tout, soumis lui-même aux besoins des petits enfants. Par amour pour l'enfance, il a souflfert la faim et la soif, et il a. lui-même déclaré qu'un verre d'eau froide donné
à run de ces petits ne resterait pas sans récompense.
On ne peut savoir au juste combien de temps la sainte Famille demeura en Egypte ; mais pendant que nous suivons Jésus-Christ sur la terre de l'exil, ne perdons pas de vue que l'objet de tous ses voyages, le but de toutes ses actions était la sanctification des enfants qu'il aimait tendrement.
Alors que la sainte Famille errait en Egypte, saint Jean-Baptiste était déjà dans le désert, so préparant, par la prière et le jeûne, à sa grande mission, celle d'annoncer au monde la venue du Messie. Saint Jean-Baptiste, comme tout le monde le sait, fut purifié dans le sein même de sa mère, sainte Elizabeth. Le lieu de sa retraite était à environ douze milles de Jérusalem, à l'ouest de cette ville. Une ancienne tradition rapporte que la sainte Famille, en se rendant de l'Egypte à Nazareth, passa par le désert, et que saint Jean lit présent à Jésus d'une croix que le précurseur avait fabriquée avec un roseau. Il s'inclina devant son Maître et reçut sa bénédiction. Joseph, Marie et l'enfant Jésus sont maintenant à Nazareth, où les chastes époux avaient passé le temps qui s'écoula entre leur union et la naissance de Jésus. A leur retour, on ne saurait en douter, ils furent reçus à bras ouverts par leurs anciennes connaissances, et ils restèrent en cet endroit jusqu'au jour où le Sauveur les laissa pour aller prêcher au monde la doctrine du salut.
Je n'ai pas oublié Témotion qui 8*empara de nos cœurs, lorsque le 12 janvier nous entendîmes notre guide s'écrier tout-à-coup d'une voix élevée : " Nazareth ! " Nous en étions encore à quinze milles pourtant. La ville de ce nom est située sur une très haute montai^ue, au nord de la belle vallée d'Esdrélon. Des collines assez élevées l'entourent de trois côtés. J'ai dit qu'une grande émotion pénétra nos cœurs quand nous entendîmes le nom de Nazareth ; pouvait-il en être autrement ? Nous avions traversé l'Atlantique et la Méditerranée, nous avions visité la France et le beau sol de l'Italie ; quelques jours auparavant nous avions admiré les riches jardins d'Alexandrie et parcouru l'Egypte, que Ton pourrait presque appeler un paradis terrestre à cause de sa fertilité ; enfin le ciel, la terre et l'eau nous avaient depuis longtemps convaincus que Dieu est admirable dans tout ce qu'il fait, et qu'il est digne de toutes les louanges. Mais combien plus solennel est ce moment î Dans quelques instants nous serons au lieu même de l'Annonciation, à l'endroit où le Fils de Dieu se fit homme et commença à habiter parmi nous !
Yous me demanderez sans doute où est la maison de Joseph ? quelle en est la forme ? A l'époque où vivait Marie, sa maison, construite sur le flanc de la colline, communiquait avec des grottes souterraines qui faisaient partie de l'habitation, de^ sorte que la demeure de la sainte Famille était, on peut le dire, en partie l'ouvrage-
de la nature, et en partie l'ouvrage de la main des hommes. Mais dans l'espace de dix-huit cents ans, bien des changements ont eu lieu en cet endroit béni.
En arrivant à Nazareth, venant du sud, la première construction qui s'ofire à la vue est la basilique érigée sur l'emplacement de la sainte demeure. La partie extérieure de la sainte maison de Nazareth n'existe plus ici aujourd'hui, mais on peut voir la place où elle se trouvait jadis ; on voit aussi les chambres souterraines dont nous avons parlé plus haut.
Dans le cours des temps on construisit en ce lieu plusieurs églises qui furent détruites par les hommes ou tombèrent en ruines. L'église qu'on y voit aujourd'hui est nouvelle et d'une grande beauté, quoique la dimension n'en soit pas très vaste. En y entrant vous avez devant vous une large ouverture, juste au-dessous du chœur des moines, lequel s'élève à une certaine hauteur au-dessus du pavé de l'église. Dans l'ouverture vous voyez de grandes marches ; elles sont au nombre de quinze. Descendez ces quinze marches, et, marchant douze ou quinze pieds sur une surface unie, tombez à genoux et élevez votre cœur vers Dieu avec des sentiments d'admiration et de reconnaissance. Vous êtes à l'endroit même de l'Incarnation. Une inscription gravée sur la pierre qui supporte l'autel vous le dit éloquemment :
** Hic VerbufH caro factum est. Ici, le Verbe s'est fait chair. " Je ]] t]% Tbè"^^^
Marie doiTunira dans cette maison de Nazareth, où elle avait reçu la visite de rarchange, jusqu'à ce que le Sauveur eût atteint l'ài^c de trente ans. Elle y demeurait avec Joseph, son ^'poux. Les artistes chrétiens nous ont souvent représenté l'Enfant Jésus aidant sa mère dans les emplois les plus communs, balayant la maison, puisant de l'eau à la source voisine, ou maniant les instruments dont se servait son père nourricier. Pour donner aux enfants l'exemple de l'obéissance, le Fils de Marie se soumit à toutes ces nécessités vulgaires de la vie. A Na- "zareth, l'enfant Jésus grandit et devint fort, et quoiqu'il fût infini dans toutes ses perfections, cependant sa sagesse et sa beauté augmentaient à l'extérieur, à mesure qu'il avançait en âge. La tradition nous a révélé le caractère de l'Enfant-Dieu, à cette époque de sa vie. Quand les femmes de Nazareth se sentaient accablées de chagrin et de douleur, elles se disaient : " Allons voir le Fils de Marie. " Et la vue de l'Enfant divin suffisait à leur rendre le calme et la paix qu'elles avaient perdus.
Ces lieux témoins de la vie et de la mort du Sauveur nous donnent des matériaux si abondants que, pour ne pas être trop long, je dois passer sous silence la disparition de Jésus lors de la visite à Jérusalem, et sa découverte dans le temple au milieu des docteurs. En cette occasion, il voulut donner aux enfants l'exemple de la piété envers Dieu, et de l'obéissance qu'ils doivent à leurs maîtres.
Tout ce que j'ai déjà dit touchant l'enfance et la jeunesse du Fils de Dieu, Verbe fait chair pour le salut de l'homme, nous donne le droit de conclure qu'il est vraiment l'ami des enfants. Les enfants eux-mêmes, quand ils le voient représenté, tantôt étendu sur la paille de l'étable, tantôt occupé aux travaux ordinaires, comprennent aisément qu'il les a aimés et s'est livré pour eux. Oh ! que l'Eglise aussi a bien compris cet amour de Jésus pour les enfants ! Avant l'apparition du Verbe sur la terre, le monde paien n'avait aucun respect pour l'enfance. Exposer, sur les grands chemins ou sur le cours des rivières, des enfants nouveau-nés, était chose très commune dans ces temps barbares ; la loi autorisait, quelquefois même commandait la destruction des enfants, si les pauvres petits venaient au monde faibles ou difformes.
Aujourd'hui encore, en Chine et dans plusieurs autres pays, des milliers d enfants périssent dje faim et de misère le long des grands chemins et sur le bord des rivières. Il y a quelque temps, un pont s'écroulait dans la capitale de la Chine, et un grand nombre d'hommes et d'enfants étaient précipités dans la rivière, très profonde à l'endroit du désastre. Tout près de là se trouvaient une vingtaine de bateaux remplis d'hommes, pas un ne se dérangea pour porter secours à ceux qui se noyaient. Oh ! quel contraste entre cette conduite barbare et la conduite de nos Sœurs de charité, des amis de la sainte
'enfance, et de tant de chrétiens généreux, tant
8é VOYAGE EN TERRE-SAINTE.
laiquos que religieux, qui dévouent leur existence entière aux soins de l'enfance. Ah ! ce» héros et ces héroïnes de la charité ont étudié à l'école de l'enfant de Bethléem et de Nazareth.
Suivons Jésus-Christ durant sa vie publique, et considérons ce qu'il a dit et ce qu'il a fait ipour les enfants.
Les pèlerins qui vont à Jérusalem manquent rarement d'aller visiter le Jourdain, et principalement cette partie de la rivière où Jésus- Christ fut baptisé par saint Jean.
Nous avons entendu dire à notre g'uide, que les chrétiens de l'Orient, qui viennent visiter le Jourdain, apportent avec eux, et trempent dan» l'eau du fleuve, le linceul destiné à les ensevelir. Mais voici une autre pratique qui est universelle. Les voyageurs chrétiens arrivent au Jourdain munis d'un vase quelconque ; ils le remplissent de l'eau du fleuve, et emportent précieusement dans leur patrie l'eau ainsi recueillie. Ceci n'a guère besoin d'explication. Il y a dix-huit cents ans, le Sauveur du monde descendit dans les eaux du Jourdain, et ainsi les sanctifia. Il a lui-même déclaré que le baptême est nécessaire et qu'il sanctifie les âmes, et les milliers de chrétiens qui, chaque année, viennent visiter les rivages du Jourdain, se disent que le Fils de Marie, lorsqu'il fut baptisé en ce lieu, avait présents à l'esprit les enfants que Dieu devait donner soit à eux-mêmes soit à leurs amis ; et ils emportent comme un trésor, dans leur pays, de l'eau des- ,tinée à conférer le baptême, oui, un peu de cette
VOYAGE EN TERRE-SAINTE. 3i>
can du fleuve sanctifié par le Sauveur, par l'ami des petits enfants.
Cet endroit du Jourdain que visite le pèlerin est près de la fameuse colline de Galgala. Les Juifs, à leur départ de l'Egypte, avaient campé à Galgala, et ce fut là que la manne cessa de tomber pour leur nourriture. Au sujet de la manne, un auteur ascétique fait cette remarque à la fois juste et toute gracieuse : " Lorsque les petits enfants des Hébreux virent, un certain matin, le camp tout couvert de manne, ils éprouvèrent ce qu'éprouvent les petits enfants qui voient la neige pour la première fois. Ils coururent en toute hâte la recueillir, en mangèrent avec délices, en emportèrent à leurs mères, et celles-ci leur expliquèrent que c'était le pain des anges que Dieu, dans sa miséricorde, leur envoyait. "
Si nous remontons avec Notre-Seigneur la rivière du Jourdain et le lac de Tibériade, nous le voyons multiplier, à deux reprises différentes, quelques pains et quelques petits poissons, pour nourrir une fois quatre, une autre lois cinq mille personnes. Mais qu'on en fasse ici la remarque, sans compter les femmes et les enfants. Ah ! il ne pouvait oublier ces chers et jeunes amis. Il eut pitié d'eux, il craignait qu'ils ne vinssent à défaillir dans le désert, et voilà pourquoi il les nourrit en faisant un miracle. Quand, quelques années plus tard, il institua le saint Sacrement de l'autel, il commanda que son corps et son sang fussent distribués aux enfants, dès qu'ils
seraient capables de comprendre la grandeur do ce don, le plus excellent des dons qu'il a daigné faire à l'homme ; et l'un de ses grands triomphes, c'est de voir, chaque année, des enfants, préparés par des maîtres pieux, s'approcher de la Table sainte.
L'amour de Jésus-Christ pour l'enfance n'était un mystère pour personne. Un jour, pendant que le Sauveur parlait à la foule, plusieurs femmes, accompagnées de leurs enfants, se frayèrent un chemin jusqu'à Lui. Les disciples, surpris d'une telle indiscrétion, voulurent les éloigner, mais le divin Maître : " Laissez, dit-il, laissez venir à moi les petits enfants, ne les en empêchez pas. '* Puis il les embrassa, leur imposa les mains et ne les renvoya qu'après les avoir tous bénis.
Le Sauveur a voulu lui-même nous dire pourquoi les enfants étaient si chers à son cœur.
Ces enfants, ils appartiennent à Dieu. Il ne veut pas qu'il en périsse un seul. Mépriser ces petits êtres serait un crime, car ils sont gardés par des anges du ciel, des anges qui voient la gloire de Dieu.
Pourquoi le Fils de l'Homme vint-il sur la terre ? " Il est venu chercher ce qui était perdu."
Les enfants représentent le Christ en personne. *' Celui qui recevra un de ces petits en mon nom, dit-il, c'est moi-même qu'il reçoit. " Les enfants qui lui appartiennent par le saint baptême sont encore plus chers à son cœur. Voilà pourquoi il a formulé un arrêt terrible contre quiconque leur porterait scandale. Ecoutez et tremblez :
" Si quelqu'un, dit-il, scandalise un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui pendît au cou une meule de moulin, et qu'on le jetât au fond de la mer. "
Les comparaisons les plus touchantes de l'Evangile sont celles où le Sauveur parle des enfants. (Saint Matthieu, xviii.) '* Si un homme a cent brebis, et qu'une seule vienne à s'égarer, que pensez-vous qu'il fasse ? ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf sur la montagne, pour aller chercher celle qui s'est égarée, et s'il arrive qu'il la trouve, je vous dis en vérité qu'elle lui cau.so plus de joie que les quatre-vingt-dix-neuf, qui ne se sont point égarées. Ainsi votre père, qui est dans les cieux, ne veut pas qu'un seul de ces petits périsse. " Voici encore une comparaison bien touchante : " Jérusalem, Jérusalem,... combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu ne l'as pas voulu ! Le temps approche où votre maison restera déserte ! " (Saint Matthieu, xxiv, 37.)
Durant les quelques jours passés à Jérusalem, nous eûmes bien garde d'oublier le Mont des Olives. Cette montagne très élevée est située à l'est de Jérusalem, et n'en est séparée que par la vallée étroite du Cédron. L'endroit célèbre appelé Jardin des Olives est au pied de la montagne, et au sommet se trouve la place d'où le Sauveur prit son vol vers le ciel, le jour de l'Ascension. J'ai bonne souvenance que lorsque nous gravissions la montagne, à peu près au tiers du
chemin, iioiro guide 8 arrêta et noua dit : cet endroit s'appelle : " Fletus Domini, lieu où le Sauveur a pleuré. " Vous savez tous le mystère que célèbre l'Eglise le Dimanche des Rameaux. Peu de jours avant sa Passion, Jésus-Christ avait, par le plus grand de ses miracles, rendu à la vie Lazare, déjà mort depuis quatre jours. Six jours avant sa mort, il était à Béthanie avec Lazare. Béthanie n'est qu'à deux milles de Jérusalem, •et le Mont des Olives est situé entre ces deux places célèbres.
En ce jour, les disciples, saisis d'admiration à la vue de tout ce que Jésus avait fait, vinrent en foule de Jérusalem à sa rencontre. Les habitants de Béthanie se joignirent à eux, et tous l'accompagnèrent vers Jérusalem. C'était un triomphe solennel, une déclaration qu'ils le reconnaissaient comme le Messie, le Désiré des nations ; les uns portaient des rameaux d'olivier dans leurs mains, les autres couvraient le chemin de leurs vêtements, et tous ensemble, hommes, femmes et enfants criaient à haute voix : " Hosannah au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! G-loire au Très-Haut ! " On ne vit jamais triomphe plus spontané, plus sincère. La ville entière, alors remplie de monde, à cause de la solennité de la Pâque, se mit en émoi. Quand II fut près de la ville, la foule grossit encore, les habitants de Jérusalem vinrent aussi à sa rencontre. Du haut de la montagne, le spectacle dut être grandiose. Là, devant eux, était la cité du grand roi ;
elle était là avec ses remparts, ses synagogues, ses palais ; on voyait le temple rebâti par Hérode, resplendissant de beauté ; les premiers rayons du soleil levant se jouaient sur les pinacles dorés. Près de Lui, le Sauveur voyait des aveugles à qui il avait rendu la vue, des lépreux et des infirmes qu'il avait guéris, peutêtre des morts qu'il avait ressuscites. Il nous semble qu'il aurait pu se laisser aller à la joie •et à un noble orgueil.
Mais non ! Il est maintenant près de la ville, il la contemple et se met à pleurer, disant au milieu de ses larmes : " Un temps viendra pour toi où tes ennemis t'environneront de tranchées, ils t'enfermeront et te serreront de toutes parts, ils te renverseront à terre, toi et les enfants qui sont au milieu de toi... " (Saint Luc, xix, 43, 44.)
Dans ce passage, le mot enfants s'applique aux habitants de Jérusalem. Mais il n'en est pas moins vrai que, dans cette occasion douloureuse, Jésus-Christ avait présents à l'esprit les petits enfants de la ville coupable. L'histoire nous a rapporté que, lors du siège de la ville, les petits enfants soufirirent des tourments tels que l'on ne saurait les décrire.
Suivons maintenant le divin Sauveur montant au Calvaire chargé de sa croix. Il s'y montre encore l'ami des enfants.
Il était bientôt midi, et il allait mourir avant le soir du même jour. Il avait fait deux chutes, accablé qu'il était par le poids de sa croix. Il •était maintenant hors des murs de la ville, et à
qnelquos pas était le lieu de rexécutîon. Une grande foulii le suivait, et dans la foule un j^and nombre de femmes s'apitoyaient à sa vue. Ce» femmes étaient-elles du nombre de ceux qui croyaient en Jésus-Christ ? Etaient-elles accompagnées de leurs enfants peut-être guéris de quelque maladie par lui ? Ou bien étaient-elles simplement des femmes juives qui pleuraient par une compassion toute naturelle ? On peut croire qu'il y avait parmi elles des personnes de toutes ces conditions. Cela importe du reste fort peu. Toujours est-il que, malgré l'excès de ses tortures, malgré qu'il ait déjà présent à l'esprit le supplice qu'il va bientôt endurer, quand lesclous seront enfoncés dans ses pieds et ses mains, malgré tout cela, il s'oublie lui-même, il ouvre pour ainsi dire son cœur et laisse voir à tous l'amour qu'il a pour les enfants. Se tournant vers les saintes femmes : " Filles de Jérusalem, dit-il, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants. (Saint Luc,. XXIII, 28.)
L'apôtre saint Jean rapporte, dans son évangile, que le Sauveur, voyant sa mère au pied de sa croix, et à côté de sa mère le disciple qu'il aimait, désigna Marie pour être la mère de Jean, et dans la personne de Jean, Il désignait toute la chrétienté, comme l'explique l'Eglise. Un instant après. Il pencha la tête et expira. (Saint Jean, XIX, 30.)
Maintenant, on peut le croire, son œuvre est consommée, et il peut s'en retourner à son Père^
Il 6tait venu pour chercher les enfants, les bénir et les sauver. Par ses ordres un ange est préposé à la garde de chacun d'eux, et c'est aussi par une disposition de sa volonté adorable que sa sainte Mère les a pris sous sa protection. Mais il a fait quelque chose de plus pour témoigner son amour pour les enfants, il a voulu qu'ils eussent des protecteurs puissants au ciel, des guides assurés sur la terre. Il a donc commandé aux parents d'être la providence visible de leurs enfants. Les enfants sont appelés à vivre dans la société et à en devenir des membres utiles, et, pour accomplir ce but, l'éducation du foyer leur est nécessaire.
Mais la fin dernière des enfants est de voir et de posséder Dieu pendant l'éternité. Il faut, pour qu'ils parviennent à cette noble fin, qu'ils apprennent à connaître les commandements de Dieu qu'ils doivent observer ; il faut qu'ils connaissent la doctrine chrétienne à laquelle ils doivent croire, et enfin les sacrements qu'ils devront recevoir. Suivez-moi jusqu'aux bords du lac de Tibériade. En ce lieu, quelques jours après sa résurrection, le Sauveur rencontra, un matin, saint Pierre avec cinq autres disciples. Il avait promis à saint Pierre les clefs du royaume des cieux, c'est-à-dire le gouvernement de l'Eglise universelle. En ce jour-là, il accomplit sa promesse. " Simon, fils de Jonas, m'aimez* vous ? " — " O Seigneur, vous savez tout, répond saint Pierre, vous savez que je vous aime. —
Paissez mes a^eaux, paissez mes brebis." (Saint Jean, xxi.)
I^s agneaux confiés à saint Pierre à trois reprises consécutives désignent naturellem«'nt la jeunesse, la partie la plus tendre du troupeau ; par les brebis, on entend le reste des fidèles. Je puis me dispenser ici de tout commentaire ; saint Pierre et ses successeurs, saint Pierre, le guide infaillible pour qui le Maitre a prié, a reçu de Dieu la garde de l'enfance. A lui de former l'intelligence, de préparer le cœur des enfants, pour qu'ils deviennent dignes de posséder un jour, dans le ciel. Celui qui les a tant aimés pendant qu'il était sur la terre. " Laissez venir à moi les petits enfants, oh ! ne les en empêchez pas. "
Le Sauveur monta au ciel, en présence de ses apôtres, du sommet de la Montagne des Oliviers, et c'est une pieuse tradition qu'il viendra un jour sur la même montagne, ou peut-être dans les nuages, au-dessus de la montagne, juger le monde au dernier jour. Ce sera le jour de la résurrection générale, le jour du jugement et de la sentence irrévocable.
Ils trembleront, en ce jour terrible, les parents qui auront négligé de procurer à leurs enfants le pain d'une éducation chrétienne, le vêtement de la grâce sanctifiante. Ils trembleront ceux qui auront manqué de guider leurs pas dans la voie étroite qui mène au ciel ; et ceux aussi qui auront refusé de leur tendre la main lorsqu'ils tombèrent dans le péché. Ces parents négligents
et coupables se trouveront en ce jour devant l'ami des enfants. *' Eloignez-vous de moi, leur dira Jésus, éloignez-vous, maudits ! " " En vérité je vous le dis, quand vous avez refusé vos soins à ces petits enfants, c'est à moi-même que vous les avez refusés. " Mais à ceux qui ont aimé les enfants, il dira : ** Venez, vous, les bénis de mon père, venez posséder le royaume qui vous est préparé depuis la création du monde. J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez désaltéré ; j'étais nu, et vous m'avez couvert ; j'étais malade, et vous m'avez
visité.. Car toutes les fois que vous avez
rendu ces services à ces petits, c'est à moi que vous les avez rendus. " (Saint Mathieu, xxv.) Notre-Seigneur récompensera dans l'éternité les bienfaiteurs de l'enfance, mais il punira aussii dans l'éternité ceux qui auront négligé de tra-*, vailler à la sanctification des enfants.
CHAriTRE DEUXIÈME