‹ Voyage du Comte De Forbin a SiamChapitre 1 sur 16 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

En 1684, des ambassadeurs du roi de Siam parurent à la cour de Louis XIV. On voit par les mémoires du temps que cette ambassade n’excita point d’autre sentiment que celui de la curiosité, et fut traitée par les courtisans moins comme une affaire que comme un amusement. Cependant deux vaisseaux transportèrent à Siam une ambassade française, et ramenèrent l’année suivante une députation siamoise, dont le chef joua plus tard un grand rôle dans son pays , et fut le principal ministre de l’usurpateur Pitracha.

Voici quelle fut l’occasion de ces relations de la France avec un pays lointain et inconnu :

Il y avait alors à Siam un Grec, que l’on appelait M. Constance , quoique son vrai nom fût Constantin Phaulcon , et qui , sans porter le titre de barkalon ou premier ministre, en exerçait toute l’autorité. 11 était né à la Custode, dans l’ile de Céphalonie. Diverses

il AVANT-PROPOS,

aventures de jeunesse l’avaient amené à la cour de Siam, où il joua le même rôle qu’on a vu jouer depuis à Laliore par le général Allard et le général Ventura. Il avait suivi d’abord la religion grecque, qui était celle de sa mère, et s’était fait ensuite protestant, ayant eu , pendant qu’il servait dans la marine marchande, de nombreuses relations avec les Anglais. Plus tard , les jésuites établis à Siam le convertirent au catholicisme, et il forma dès lors le projet de conquérir à l’Église le royaume de Siam, le Tonquin, la Cochinchine, la Chine et le Japon , avec le secours et par l’intermédiaire de la France. Si ce fut là son véritable but , ou s’il ne chercha à lier des relations avec l’Europe que dans des vues d’intérêt personnel , c’est ce qu’il est difficile de savoir bien précisément, à cause des contradictions de ses nombreux historiens. Quoi qu’il en soit, deux mandarins siamois, accompagnés de M. Levacher, prêtre des missions, vinrent à Paris proposer un traité d’alliance, et promettre la conversion de leur roi.

Louis XIV, plutôt pour satisfaire son zèle religieux . que pour procurer des avantages matériels à notre commerce, fit partir un envoyé pour la cour de Siam. Ce fut le chevalier de Chaumont, capitaine de vaisseau, à qui l’on donna pour coadjuteur l’abbé de Choisy , et pour major d’ambassade le comte de Forbin , alors fort jeune, et connu seulement dans la marine par sa rare intrépidité.

Cette ambassade n’eut aucun résultat utile. M. de Chaumont, le père Tachard, jésuite qui l’avait accompagné comme missionnaire , l’abbé de Choisy, et enfin

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