‹ Voyage du Comte De Forbin a SiamChapitre 11 sur 16 · SUR L’AMBASSADE A SI AM · texte numérisé non relu

SUR L’AMBASSADE A SI AM

convertir, le chevalier, médiocre théologien, lui donnerait des instructions assez superficielles ; enfin, je le priai de demander pour moi la coadjutorerie du chevalier et l’ambassade ordinaire, en cas que le roi se fit instruire dans la religion chrétienne. Il en parla au roi , qui m’accorda ma demande, en disant : « Je n’avais pas encore ouï parler d’un coadjuteur d’ambassade ; mais il y a raison, à cause de la longueur et du péril d’un pareil voyage. **

HJais pour moi on ne m’en dit pas un mot. Je partis deux jours après contre l’avis de tous mes parents qui faisaient fort les colères , peut-être pour ne pas être obligés de m’offrir une pistole/ Il n’y eut au monde que le cardinal de Bouillon qui me donna mille écus. Les usuriers me fournirent fout le reste qui m’était nécessaire, ' et mirent sur ma tête à la grosse aventure. Ils s’en sont bien trouvés par la suite; mais pour moi, si j’en ai rapporté le moule du pourpoint, mes affaires en ont été renversées dix ans durant.

Il faut bien du temps à un ecclésiastique pour prendre sur scs revenus vingt mille livres d’extraordinairc. Mon frère me fit souvenir d’un certain horoscope où l’on m’avait dit beaucoup de choses qui me sont arrivées, et il y avait que. je devais courir grande fortune sur l’eau. Je m’en moquai, et partis; et j’avoue que quoique je mé-

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prise ces sortes de pronostics, cela me revint à l’esprit à quatre mille lieues d’ici , dans une tempête qui nous rapprocha fort près du centre du monde. Notre voyage commença et finit fort heureusement; mais il y avait cinq mois que nous étions sur la mer sans que le chevalier de Chaumont eût eu aucune ouverture pour moi. Cela commençait à me fatiguer ; je prévoyais que si cela durait , je serais un zéro en chiffre à Siam , lorsqu’au travers de la cloison qui séparait ma chambre de la sienne je l’entendis ruminer sa harangue. Je lui dis huit jours après (car il chantait toujours la même note) que j’avais ouï les plus belles choses du monde.

Là-dessus il me mena dans sa chambre, et me la répéta. Je la trouvai sans faute. 11 commença à me parler de ce qu’il y avait à faire en ce pavs-là ; je lui donnai mes petits avis. Il est bonhomme, homme de bien, de qualité, mais il ne sait pas la géométrie. Je n’eus pas beaucoup de peine à lui faire sentir que, par aventure, je pourrais lui être bon à quelque chose. Depuis ce jour-là il ne cracha plus sans m’en avertir. Dès que nous fûmes arrivés à Siam , et que j’eus entretenu l’évêque de Métellopolis et l’abbé de Lionne, je connus clairement qu’on avait un peu grossi les objets , et que le roi de Siam voulait bien protéger les chrétiens, mais non pas embrasser leur religion; qu’il avait

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