SUR L’AMBASSADE A SIAM. 1G
agi on politique qui veut attirer les étrangers et. lo commerce dans son pays, et s’assurer une protection contre les Hollandais, que tous les rois des Indes craignent beaucoup. M. Constance me découvrit la vérité malgré lui, et donna dans le panneau que je lui tendis ; il me proposa de donner au roi la ville de Banco, à condition qu’on y enverrait des troupes, des ingénieurs, de l’argent et «les vaisseaux. Le chevalier de Chaumont et moi ne crûmes pas la chose faisable, et nous lui dîmes franchement que le roi ne voudrait pas s’engager sur sa parole à une dépense de quatre à cinq millions, qui peut-être seraient perdus. La chose en demeura là; et je crois qu’il n’y eût jamais songé, sans une retraite que je fis au séminaire de Siam pour me préparer à recevoir les ordres sacrés. 11 arriva quelque affaire dont M. Constance voulut parler au chevalier de Chaumont.
Il fallait un interprète, il se servit du père Tachard; il lui trouva un esprit doux, souple, rampant, et pourtant hardi, pour ne pas dire téméraire; il lui parla de la pensée qu’il avait eue, pensée que nous avions traitée de chimère.
Le père Tachard offrit de s’en charger, de la faire réussir : il dit à M. Constance que nous n’avions aucun crédit à la cour ( il n’avait pas grand tort ) , et que s’il voulait en écrire au père de La-
DÉTAILS
chaise, sa révérence en viendrait bien à bout. Pendant que cela se négociait, M. Pamnart, missionnaire, qui était toujours chez M. Constance, en eut quelque vent, et vint m’en avertir; mais je ne voulus pas quitter ma retraite, et je laissai faire le père Tacbard, qui par là me souffla un beau crucifix d’or que le roi de Siam me devait donner à l’audience de congé, et dont le bon père fut régalé avec justice, puisque le chevalier de Chaumont et moi n’étions plus que des personnages de théâtre, et qu’il était le véritable ambassadeur, chargé de la négociation secrète. Je ne sus tout cela bien au juste qp’après être arrivé en France ; mais quand je me vis dans mon pays , je fus si aise que je 11e me sentis aucune rancune contre personne.
M. Constance était un des hommes du monde qui avaient le plus d’esprit, libéral, magnifique, intrépide, plein de grandes idées; et peut-être qu’il ne voulait avoir des troupes françaises que pour tâcher de se faire roi lui-même à la mort de son maître, qu’il voyait fort prochaine. 11 était fier, cruel, impitoyable, d’une ambition démesurée. Il avait soutenu la religion chrétienne parce qu’elle pouvait le soutenir, et je ne me serais jamais fié à lui dans les choses où son élévation 11’aurait pas trouvé son compte.
En arrivant à Brest , j’appris deux nouvelles