‹ Voyage du jeune Anarchasis en Grèce, Volume 8Chapitre 11 sur 69 · VIM · texte numérisé non relu

VIM

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dent à tout rétablir : cl de là quelle foule de deToirs aussi essentiels qu'indispensables pour chaque classe de citoyens, pour chaque citoyen en particulier î

O vous qui êtes l'objet de ces réflexions , TOUS qui me faites regretter en ce moment de n'avoh'pas une éloquence assez vive pour vous parler dignement des vérités dont je suis pénétré ; vous enfin que je voudrais embraser de tous les amours honnêtes , parce que vous n'en seriez que plus heureux , souvenez-vous sans cesse que la patrie a des droits imprescriptibles et sacrés sur vos talens , sur vos vertus , sur vos sentimens et sur toutes vos actions ; qu'en quelque état que vous vous trouviez , TOUS n'êtes que des soldats en Biction ^ toujours obligés de veiller pour elle, et de voler à son secours au moindre danger.

Pour remplir une si haute destinée , il ne Suffit pas de vous acquitter des emplois qu^elle vous confie , de défendre ses lois , de connaître ses intérêts , de répandre même votre sang dans un champ de bataille ou dans la place publique. Il est pour elle des ennemis plus dangereux que les ligues des nations et les divisions intestines; c'est la guerre sourde et

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Ifflfite t mais vive et conlinue , que les vices font aux mœurs : guen*e d*aulant plus funeste , que la patrie n*a par elle-même aucun moyen de Téviter ou de la soutenir. Permettez qu'à Texemple de Socrale je mette dans sa bouche le discours qu^elle est en droit d'adresser à ses enfans.

C'est ici que vous avez reçu la vie , et que de sages institutions ont perfectionné votre raison. Mes lois veillent à la sûreté du moindre des citoyens , et vous avez tous fait un serment formel ou tacite de consacrer vos jours à mon service. Voilà mes titres : quels sont les vôtres pour donner atteinte aux mœurs , qui servent mieux que les lois de fondement à mon Empire ? Ignorez-vous qu'on ne peut les violck* sans entretenir dans TEtat un poison destructeur ; qu'un seul exemple de dissolution peut con*ompre une nation , et lui devenir plus funeste que la perte d'une bataille ; que vous respecteriez la décence publique , s'il vous fallait du courage pour la braver ; et que le faste avec lequel vous étalez des excès qui restent impimis est une lâcheté aussi méprisable qu'insolente P

Cependant vous osez vous approprier m;i

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gloire y et TOUS euorgueilliry aux yeux des étrangers » d'être nés dans cette ville qui a produit Solou et Aristide , de descendre de ces héros qui ont fait si souyent triompher mes armes. Mais quels rapports y a-t-il entre ces sages et vous ? je dis plus , qu*y a - 1- il de commun entre vous et vos aïeux ? Savez-vous qui sont les compatriotes et les enfans de ces grands hommes ? les citoyens vertueux , dans quelque état qu'ils soient nés , dans quelque intervalle de temps qu'ils puissent naître.

Heureuse leur patrie , si aux vertus dont elle 8*honore ils ne joignaient pas une indulgence qui concourt à sa perte 1 Ecoutez ma voix à votre tour, vous qui de siècle en siècle perpétuez la race des hommes précieux à l'humanité. J'ai établi des lois contre les crimes ; je n'en ai point décerné contre les vices , parce que ma vengeance ne peut être qu'entre vos mains , et que vous seuls pouvez les poursuivre par une haine vigoureuse. Loin de la contenir dans le silence , il faut que votive indignation tombe en éclats sur la licence qui détruit les mœurs , sur les violences , les injustices et les perfidies qui se dérobent à la vigilance des lois, sur la fausse probité , la fausse modestie , la

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fausse amidé , et toutes ces rîles impostures qui surprennent Testime des hommes. Et ne dites pas que les temps sont changés , et qu'il faut avoir plus de ménagemens pour le crédit des coupables : une vertu sans ressort est un6 vertu sans principes ; dès qu'elle ne frémit pas à Faspect des vices, elle en est souillée.

Songez quelle ardeur s'emparerait de vous, si tout à coup on vous annonçait que rennenû prend les armes , qu'il est sur vos frontières , qu'il est à vos portes. Ce n'est pas là qu'il se trouve aujourd'hui ; il est au milieu de vous , dans le sénat, dans les assemblées de la nation, dans les tribunaux, dans vos maisons.

Ses progrés sont si rapides , qu'à moins que les dieux ou les gens de bien n'arrêtent ses entreprises , il faudra bientôt renoncer à tout espoir de réforme et de salut.

Si nous étions sensibles aux reproches que nous venons d'entendre , la société , devenue par notre excessive condescendance un champ abandonné aux tigres et aux serpens , sei*ait le séjour de la paix et du bonheur. Ne nous flattons pas de voir im pareil changement : beaucoup de citoyens ont des vertus ; rien de si rare qu'un homme rertueux , parce que , pour

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Tétre en elTet, il faut avoir le courage de Tétre dans tous les temps, dans toutes les circonstances^ malgré tous les obstacles, au mépris des plus grands intéi^éts.

Mais si les âmes honnêtes ne peuvent pas se confédérer contre les hommes faux et pervers, qu^elles se liguent du moins en faveur des gens de bien; qu'elles se pénètrent surtout de cet esprit d'humanité qui est dans la nature , et qu'il serait temps de restituer à la société , d'où nos préjugés et nos passions Tout banni* 11 nous apprendrait à n'être pas toujours en guerre le» uns avec les autres , à ne pas confondre la légèreté de l'esprit avec ki méchanceté du cœur, à pardonner les défauts , à éloigner de nous ces préventions et ces défiances, sources funestes de tant de dissensions et de haines. Il nous appi*endi*ait aussi que la bienfaisance s'annonce moins par une protection distinguée et des libéralités éclatantes que par le sentiment qui nous intéresse aux malheureux.

Vous voyez tous les jours des citoyens qui gémissent dans l'infoiiune ; d'autres qui n'ont besoin que d'un mot de consolation , et d^un cœur qui se pénètre de leurs peines ; et vous demandez si vous pouvez étr« utiles aux honi-

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mes ! et vous demandez si la nature nous a donné des compensations pour les maux dont elle nous afilige ! Ah l si vous saviez quelles douceurs elle répand dans les âmes qui suivent ses inspirations ! Si jamab vous arrachez un homme de hien à Tindigence , au trépas , au déshonneur » j'en prends à témoin les émotions que vous éprouverez ; vous verrez alors qu'il est dans la vie des momens d'attendrissement qui rachètent des années de peines. C'est alors que vous aurez pitié de ceux qui s'alarmeront de vos succès , ou qui les oublieront après en avoir recu^li le fruit. Ne craignez poin^ les envieux , ils trouveront leur supplice dans la dureté de leur caractère ; car l'envie est une rouille qui i*onge le fer. Ne craignez pas la présence des ingrats ; ils fuironi la vôtre , ou plutôt ib la rechercheront , si le bienfait qu'ils ont reçu de vous ' fut accompagné et suivi de Testime ei de l'intérêt : car si vous avez abusé de la supério» rite qu'il vous donne, vous êtes coupable, fti^ votre protégé n'est qu'à plabidre. Oa à dit quelquefois : Celui qui rend un service doit l'oublier , celui qui le reçoit s^en souvenir ; ^ moi je vous ^ q^e le second s'en sou*

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iriendra , si le premier Toublie. Et qu'importe que je me trompe ? est-ce par intérêt qu'on doit faire le bien ?

Evitez à la fois de tous laisser facilement protéger , et d'humilier ceux que tous avez protégés. Avec celte disposition, soyez obstiné à rendre service aux autres sans en rien exiger , quelquefois malgré eux , le plus que vous pourrez à leur insu , attachant peu de valeur à ce que vous faites pour eux ^ un prix infini à ce qu'ils font pour vous.

Des philosophes éclairés , d'après de longues méditations , ont conclu que le bonheur étant tout action , tout énergie , il ne peut se trouver que dan%une âme dont les mouvemens , diriges par la raison et par la venu , sont uniquement consacrés à l'utilité publique. Conformément à leur opinion, je dis que nos liens avec les dieux , nos parens et notre pàtiie , ne sont qu'une chaîne de devoirs qu'il est de notre intérêt d'animer par Le sentiment , et que la nature nous a ménagée pour exei'cer et soulager l'activité de notre âme. C'est a les remplir avec chaleur que consiste cette sagesse dont, suivant Platon , nous serions éperdui^ient amoureux , si sa

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beauté se dévoilait à nos regards. Quel amour ! il ne (inirait point : le goût des scien« ces f des arls , des plaisirs , s'use insensiblement ; mais comment rassasier une âme qui , en se faisant une habitude des vertus utiles â la société , s^en est fait un besoin , et trouve tous les jours un nouveau plaisir à les pratiquer.

Ne croyez pas que son bonheur se termine aux sensations délicieuses qu'elle retire de ses succès ; il est pour elle d'autres sources de félicité, non moins abondantes et non moins durables. Telle est Festime publique ; "Cette estime qu'on ne peut se dispenser d'ambitionner sans avouer qu'on en est indigne ; qui n'est due qu'à la vertu ; qui tôt ou tard lui est accordée ; qui la dédommage des sacrifices qu'elle fait , et la soutient dans les revers qu'elle éprouve. Telle est notre propre estime , le plus beau des privilèges accordés à l'humanité , le besoin le plus pur pour une àme honnête , le plus vif pour une âme sensible , sans laquelle on ne peut être ami de soi - même , avec laquelle on peut se passer de l'approbation des autres, s^ils sont assez injustes pour nous la refuser. Tel est enfin

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ce seutiment fait pour embellir nos jours , et

doDt il me reste à tous donner une légère

idée.

Je continuerai à tous annoncer des vérités communes ; mais , si elles ne l'étaient pas , elles ne tous seraient guère utiles.

D«s Amis.

Dans une des îles de la mer Egée , au railieu de quelques peuptiers antiques , on avait autrefois consacré un autel à l'Amitié. 11 fumait jour et nuit d'un encens pur et agréable à la déesse. Mais bientôt, entourée d'adorateurs mercenaires , elle ne vit dans leurs cœurs que des liaisons intéressées et mal assorties. Un jour elle dit à un favori de Crœsus s Porte ailleurs tes ofirandes ; ce n'est pas à moi qu'elles s'adressent , c'est à la Fortune. Elle répondit à un Atbénien qui faisait des vœux pour Solon , dont il se disait l'ami : En te liant ave\! un homme sage , tu veux partager sa gloire , et faire' oublier tes vices. Elle dit à deux femmes de Samos qui s'embrassaient étroitemeut auprès de son autel : Le goût des plaisirs vous unit en appa-

rence ; mais vns cœurs sont déchirés par la jalousie, et le seront bientôt par la haine.

Enfin deux Syracusains , Damon et Phintias , tous deux élevés dans les principes de P jthagore , vinrent se prosterner devant la * déesse : Je reçois votre hommage, leur ditelle ; je fais plus , j'abandonne un asile trop longtemps souillé par des sacrifices qui m'ou* iragent, et je n'en veux plus d'autre que vos cœurs. Allez montrer au tyran de Syracuse , à Tunivers , à la postérîté , ce que peut l'amitié dans des âmes que j'ai revêtues de ma puissance.

A leur retour y Denys , sur une simple dénonciation f condamna Phintias à la mort.

Celui-ci demanda qu'il lui fiit permis d'aller régler des afiaires importantes qui l'appelaient dans une ville voisine. 11 promit de se présenter au jour marqué , et partit api'cs que Damon eut garanti cette promesse au péril de sa propre vie.

Cependant les afraii*e8 do Phintias traînent en longueur. Le jour destiné à son trépas arrive ; le peuple s'assemble ; on blâme , on plaint Damon, qui marche tranquillement h la mort, trop certain cpie son ami allait re-

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venir , trop heureux s'il ne revenait pas.

Déjà le moment fatal approchait , lorsque mille cris tumultueux annoncèrent Tarrivée de Phinlias. 11 court, il vole au Heu du supplice ; il voit le glaive suspendu sur la tête de son ami; et, au milieu des emhrassemens et des pleui's , ils se disputent le bonheur de mourir Tim pour l'autre. Les spectateurs fondent en larmes , le roi lui-mcme se précipite du trône , et leur demande instamment de partager une si belle amitié.

Après ce tableau , qu'il aurait fallu peindre avec des traits de flamme , il serait inutile de s'étendre sur l'éloge de l'amitié , et sur les ressources dont elle peut être dans tous les états et dans toutes les circonstances de la vie.

Presque tous ceux qui parlent de ce sentiment le confondent avec des liaisons qui sont le fi'uit du hasard et l'ouvrage d'un jour. Dans la ferveur de ces unions naissantes , on voit ses amis tels qu'on voudrait qu'ils fussent ; bientôt on les voit tels qu'ils sont en effet. D'autres choix ne sont pas plus heureux ; et l'on prend le parti de renoncer à l'amitié , ou , ce qui est la même choso , d'en changer à tout moment l'objet.

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Comme presque tous les hommes passent la plus grande partie de leur rie à ne pas réfléchir , et la plus petite à réfléchir sur les autres plutôt que sur eux-mêmes , ils ne connaissent guère la nature des liaisons qu'ils contractent. S^ils osaient s'interroger sur cette foule d^amis dont ils se croient quelquefois environnés, ils verraient que ces amis ne tiennent à eux que par des apparences trompeuses. Cette vue les pénétrerait de douleur ; car à quoi sert la vie , quand on n'a point d'amb? mais elle les engagerait à faire un choix dont ils u'eussenl pas à rougir danS la suite.

L'esprit, les talens, le goût des arts, les qualités bnllantes, sont très agréables dans le commerce de l'amitié ; ils l'animent , ils Tembellissent quand il est formé ; mais ils ne sauraient par eux-mêmes en prolonger la durée.

L'amitié ne peut être fondée que sur Tamour de la vertu , sm* la facilité du caractère, sur la conformité des principes , et sur un certain attrait qui prévient la réflexion , et que la réflexion justifie ensuite.

Si j'avais des règles à vous donner, ce serait moins pour vous apprendre à faire un

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bon choix que pour vous empêcher d'en faire

un mauvais. ,

Il est presque impossible que raraitié s'établisse entre deux personnes d'étals diHcrens et trop disproportionnés. Les rois sont trop grands pour avoir des amis ; ceux qui les entourent ne voient pour Tordinaire que des rivaux à leurs côtés, que des flatleui*s audessous d'eux. En général, on est porté à choisir ses amis dans un rang inférieur , soit qu'on puisse plus compter sur leur complaisance , soitx[u'on se flatte d'en être plus aimé. Mais , comme T amitié rend tout commun et exige l'égalité , vous ne chercherez pas vos amis dans un rang trop au dessus ni trop au dessous du vôtre.

Multipliez vos épreuves avant que de voua unir étroitement avec des hommes qui ont avec vous les mêmes intérêts d'ambition , de gloire et de fortune. Il faudrait des efforts inouis pour que des liaisons toujours exposées aux dangers de la jalousie pussent subsister long-temps ; et nous ne devons pas avoir assez bonne opinion de nos vertus pour Hiire dépendre noli'c bonheur d'une continuité de combats et de victoires.

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Défiez- vous des empressemens outrés , de»

protestations exagérées : ils tirent leur source d'une fausseté qui déchire les âmes vraies.

Gomment ne tous seraient-ils pas suspects dans la prospérité , puisqu'ils peuvent l'être dans Tadversité même ? car les égards qu'on affecte pour les malheureux ne sont souvent qu'un artifice pour s'introduire auprès des gens heureux.

Défiez- vous aussi de ces traits d'amitié qui s'échappent quelquefois d'un cœur indigne d'éprouver ce sentiment. La nature offre aux yeux un certain dérangetnent extérieur, une suite d'inconséquences apparentes dont die tire le plus grand avantage. Vous verrez hriller des lueurs d'équité dans une âme vendue â l'injustice ; de sagesse dans un esprit livré communément au délire ; d'humanité dans un caractère dur et féroce. Ces parcelles de Vertus , détachées de leiu*s principes , et semées adroitement à travers les vices , réclament sans cesse en faveur de l'ordre qu'elles maintiennent. 11 faut dans l'amitié, non une de ces feinreurs d'imaginatioti qui vieillissent en naissant, mais une chaleur continue et de sentiment : quand de longues épreuves n'ont

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fiervi qu'a la rendre plus "vive et plus active , c'est alors que lo choix est fait , et que Ton commence à viTre dans un autre soi-mcme.

Dès ce moment , les malheurs que nous essuyons s'affaiblissent > et les iiiens dont nous jouissons se multiplient. Voyez un homme dans Taffliction; voyez ces consolateurs que la bienséance entraine malgré eux, a ses côtés. Quelle contrainte dans leur maintien ! quelle fausseté dans leurs discours !

Mais ce sont des larmes, c'est l'expression ou le silence' de la douleur qu'il faut aux malheureux. D'un autre côté , deux vrais amis croiraient presque se faire un larcin en goûtant des plaisirs k Tinsu l'un de l'autre ; et quand ils se trouvent dans cette nécessité , le premier cri de l'âme est de regretter la présence d'un objet qui , en les partageant , lui en procurerait une impression plus vive et plus profonde. Il en est ainsi des honnem^ et de toutes les distinctions, qui ne doivent nous flatter qu'autant qu'ils justifient l'estime que nos amis ont pour nous.

Ils jouissent d'un plus noble privilège encore , celui de nous instruire et de nous honorer par leurs vertus. S'il est vi*ari qu'on

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vffrtnà k derenir plus Tertoeiix en fréquentant ceux <{ui lé sont, quelle émuladoo, cpielle force ne doWent pas nous inspirer des exemples si précieux a nou-e cœur ! Quel plaisir pour eux cpiand ils nous Terroni marcher sur leurs traces ! Quelles délices , quel aUendrissement pour nous, lorsque, par leur conduite , ils forceront Tadmiration publique 1 '

Ceux qui sont amis de tout le monde ne le sont de personne ; ils ne cherchent qu^à se rendre aimables. Vous serez heureux si tous pouvez acquérir quelques amis, peut-être même fàudrait41 les réduire k un seul , si TOUS exigiez de cette belle liaison toute la perfection dont elle est susceptible.

Si Ton me proposait toutes ceÉ questions qu'agitent les philosophes touchant Famitié ; si l!on me deoûmdait des régies pour en connaiu*e les devoirs et en perpétuer la durée , je répondrais : Faites vn bon choix , et reposez-vous ensuite sur vos sentimeus et sur oeux de vos amis; car la décision du cœur est toujours plus promple et plus claire que celle de l'esprit.

Ce ne fut sans doute que dans une nation déjà corrompue qu'on osa prononcer ces paviii. i5

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rôles : « Aimez vos amis comme si vous de- « yiez les haïr un jour; » maxime atroce , à laquelle il faut substituer cette autre maxime plus consolante , et peut-être plus ancienne : « Haïssez vos ennemis comme si vous les de* « viez aimer un jour. »

Qu'on ne dise pas que T amitié portée si loin deyient un supplice , et que c^est assez des maux qui nous sont personnels sans partager ceux des autres. On ne connaît point ce sentiment quand ou en redoute les suites.

Les auti*es passions sont accompagnées de tourmens; l'amitié n'a que des peines qui i^esserrent ses liens. Mais si la mort... Eloignons des idées si li'istcs ; ou plutôt profitonsen pour nous pénétrer de deux gi*andes ventés ; Tune qu'il faut avoir de nos amis , pendant leur vie , Tidée que nous en aurions si nous venions à les perdre ; Tautre , qui esi une suite de la première , qu'il faut se souvenir d'eux, non seulement quand ils sont absens , mais encore quand ils sont présens.

Par là nous écarterons les négligences qui font naître les soupçons et les craintes; par là s'écouleront sans trouble ces momens hcu-

reux , les plus beaux de notre f îe , où les cœurs à découyert savent donner tant d'importance aux plus petites attentions, où le silence même prouve que les âmes peuvent être heureuses par la présence Tune de l'autre ; car ce silence n'opère ni le dégoût ni l'ennui : on ne dit rien, mais on est ensemble.

Il est d'autres liaisons que Ton contracte tous les jours dans la société , et qu'il est avantageux de cultiver. Telles sont celles qui sont fondées sur Festime et sur le goût. Quoiqu'elles n'aient pas les mêmes droits que Tamitié , elles nous aident puissamment à supporter le poids de la vie.

Que votre vertu ne vous éloigne pas des plaisirs honnêtes assortis à votre âge et aux différentes circonstances où vous êtes. La sagesse n'est aimable et solide que par l'heureux mélange des délassemens qu'elle se permet et des devoirs qu'elle s'impose.

Si aux ressources dont je vieus de parler TOUS ajoutez cette espérance qui se glisse dans les malheurs que nous éprouvons , vous trouverez, Lysis, que la nature ne nous a pas traités avec toute la rigueur dont on l'accuse.

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Au reste» ne regardez les réflexions précé* dentés que comme le deTeloppement de celleci : C'est dans le cœur <]ue tout Thomme réside; c'est là uniquement qu'il doit ti*ouver son repos et son bonheur.

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