‹ Voyage du jeune Anarchasis en Grèce, Volume 8Chapitre 13 sur 69 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

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d^alhéiflne^ parce qu'ils né ménagent pas assez les opinions de la muldtode , parce tju'ils liasai*dent des principes dont ils ne prévoient pas les conséquences, parce qu*en expliquant la formation et le mécanisme de l'univers, asservis à la méthode des physiciens, ils n^appcllent pas k leur secours une cauàe surnaturelle, lien est, mais en petit nombre , qui rejettent formcÛement cette cause , et leurs solutions sont aussi incompréhensibles qu^insuffîsantes.

Démophon, Elles ne le sont pas plus que les idées qu^on a de la Divinité. Son essence n'est pas connue , et je ne saurais admettre ce que je ne conçois pas.

Philoclès, Vous avancez un feux principe.

La nalurene vous ofire-t-ellepasà tous momens des mystères impénétrables ? Vous avouez que la matière existe , sans connaître son essence ; vous savez c[ue votre bras obéit à votre volonté , sans apercevoir la liaison de la cause à l'effet.

Demophon, On nous parle tantôt d*un seul dieu, et tantôt de plusieurs dieux. Je ne vois pas moins d'imperfections que d^oppositions dans les attributs de la Divinité. Sa sagesse

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exige qu'elle maiutienne l'ordre sur la terre y et le clé80i*dre y triomphe aTec éclat. Elle est juste , et je souÎBfre sans rafoii* mérité.

Philoclès, On supposa y dés la naissance des sociétés, que des génies, placés dans les astres, Teillaient à Tadmiuistration de l'univers : comme ils pai-aissaient revêtus d'une grande puissaDce , ils obtini*ent les hcmunages des mortels , et le souTei*ain fut presque partout négligé pour les ministi'cs.

Cependant son souvenir se conserva toujours parmi tous les peuples. Vous en trouverez des traces plus ou moins sensibles dans les monumens les plus anciens ; des témoignages plus formels dans les écrits des philosophes modernes. Voyez la prééminence qu'Homère accorde à Tun des objets du culte public : Jupiter est le père des dieux et des hommes. Parcourez la Grèce ^ vous ti'ouverez TEtre unique , adoré depuis long-temps en Ai*cadie, sous le nom du Dieu bon par excellence ; dans {4usieurs villes , sous celui du Très-Haut > ou du Très-Grand.

Ecoutez ensuite Timée , Anaxagore , Platon:

C'est la Dieu unique qui a ordonué la matière -el produit le monde.

Ecoutez Antisthéne , disciple de Socrate :

Plusieurs Divinités sont adorées parmi les nations , mais la nature n'en indique qu^une seule .

Ecoutez enfin ceux de Técole dePythagore.

Tous ont considéré Tunivers comme une armée qui se meut augi*é du général ; comme une vaste monarchie où la plénitude du pouvoir réside dans le souverain.

Mais pourquoi donner aux génies qui lui sont subordonnés un titre qui n'appartient qu'à lui seul ? C'est que , par un abus depuis longtemps introduit dans toutes les langues, ces expressions dieu et divin ne désignent souvent qu'une supériorité de rang , qu'une excellence de mérite , et sont prodiguées tous les jours aux princes qu'il a revêtus de sou pouvoir, aux esprits qu'il a remplis de ses lumières , aux ouvrages qui sont sortis de ses mains ou des nôtres. Il est si grand , en e0èt , que , d'un côté, on n'a d'autre m«yen de relever les grandeurs humaines qu^en les rapprochant des siennes, et que, d'un autre côté, on a de la peine à comprendre qu'il puisse ou daigne abaisser ses regards jusqu'à nous.

Vous qui niez son immensité, avez-vous jamais réfléchi sur la multiplicité des objets

que Yotrc esprit et vos sens jieuTeiit embrasser ? Quoi ! -votre vue se prolonge sans effort sur un grand nombre de stades , et la sienne ne pouri*ait pas en parcourir une infinité !

Votre attention se porte , presque au mcme instant, sur la Grèce, sur la Sicile, sur TEgypte ; et la sienne ne poun*ait s'étendre sur tout l'univers !

Et vous qui mettez des bornes à sa bonté , comme s'il pouvait être grand sans être bon , croyez-vous qu'il rougisse de son ouvrage ?

qu'un insecte, un brind'berbe, soient méprisables à ses yeux ? qu'il ail revêtu Thommc de qualités éminentes , qu'il lui ait donné le désir , le besoin et l'espérance de le connaître , pour réloigner à jamais de sa vue ?

Non, je ne saurais penser qu'un pcre oublie ses enfans , et que , par une négligence incompatible avec ses perfections , il ne daigne pas veiller sur l'ordre qu'il a établi dans son Empire.

Demophon. Si cet ordre émane de lui ,

pourquoi tant de crimes et de malheurs sur

la terre ? Où est sa puissance , s'il ne peut les

empêcbcr ? sa justice , s'il ne le veut pas P

PhilocUs. Je m'attendais à cette attaque.

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On Ta faite , on la fera dans tous les temps ; et c'est la seule qu^on puisse nous op]>oser. Si tous les hommes étaient heureux , ils ne se révolteraient pas conti'e l' auteur de leurs jours ; mais'ils souffrent sous ses yeux , et il semble les abandonner. Ici ma raison confondue interroge les traditions anciennes ; toutes déposent en faveur d'une Providence.

Elle interroge les sages ; presque tous d'accord sur le fond du dogme , ils hésitent et se partagent dans la manière de l'expliquer.

Plusieurs d'entre eux, convaincus que limiter la justice ou la bonté de Dieu, c'était Fanéantir , ont mieux aimé dqnner des bornes a son pouvoir* Les uns répondent : Dieu n'opère que le bien ; mais la matière , par un vice inhérent à sa nature, occàsione le mal en résistant à la volonté de l'Etre suprême.

D'autres : L'influence divine s'étend avec plénitude jusqu'à la sphère de la lune , et n'agit que faiblement dans les régions inférieures. D'autres : Dieu se mêle des grandes choses et néglige les petites. 11 en est enfin qui laissent tomber sur mes ténèbres un trait de lumière qui les éclaircit. Faibles moinels \ &'écrient-iis, cessez de regarder comme des

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maux réels y la pauvreté, la maladie et les malheurs qui vous vicnuent du dehors. Ces accîdens , que votre résignation peut conyertir en bienfaits, ne sont que la suite des lob nécessaires à la conservation de Funivers.

Tous entrez dans le système général des choses , mais vous n^en êtes qu'une portion.

Vous fôtes ordonnés pour le tout y et le tout ne fut pas ordonné pour vous.

Ainsi, tout est bien dans la aature, excepté dans la classe des ctres où tout devrait être mieux. Les corps inanimés suivent sans résistance les mouvemefis qu'on leur imprime. Les animaux, privés de raison, se livrent sans remords à Pinstiiitt qui les entraîne. Les hommes seuls se distinguent .sfutant pur lem*s vices que par leur intelligence. Obéissent-ils à la nécessité , comme le reste de la nature ? pourquoi peuvent -ils résister à leyrs penchans ? pourquoi i^ui*ent - ils, ces lumières qui les égarent, ce désir de connaître lem' auteur, ces notions du bien , ces larmes précieuses que leur arrache une belle action, ce don le plus funeste, s*il n'est pas W ylus beau de tous , le don de s'attei|drir sur les malheui^ de leui'S semblables ? Â T aspect de

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tant de privilèges qui les caractérisent essentiellement , ne doit-on pas conclure que Dieu , par des vues qu'il n*est pas permis de sonder, a voulu mettre à de fortes épreuves le pouvoir qu'ils ont de délibérer et de choisir ?

Oui, s'il y a des vertus sur la terre, il y a une justice dans le ciel. Celui qui ne paie pas un tribut à la règle doit une satisfaction à la règle. Il commence sa vie dans ce monde ; il la continue dans un séjoui* où l'innocence reçoit le prix de ses souffrances , où l'homme coupable expie ses crimes, jusqu'à ce qu'il en soit purifié.

Voilà , Démophon , comment nos sages justifient la Providence. Us ne connaissent pour nous d'autre mal que le vice , et d'autre déuoùment au scandale qu'il produit qu'un avenir où toutes choses seront mises à leur place. Demander à présent poiu>quoi Dieu ne l'a pas empêché dès l'origine, c'est demander pourquoi il a fait l'univers selon ses vues, et non suivant les nôtres.

Démophon, La religion n'est qu^un tissu de petites idées , de pratiques minutieuses.

Comme s'il n'y avait pas assez de tyrans sur la terre, vous en peuplez les cieux; vous

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m'entourez de surreiUans, jaloux les uns des autres , avides de mes présens , à qui je ne puis offrir que Thororoage d'une crainte seryile ; le culte qu'ils exigent n'est qu'un trafic honteux ; ils tous donnent des richesses , vous leur rendez des Tictimes. L'homme abruti par la superatition est le plus vil des esclaves. Vos philosophes mêmes n'ont pas insisté sur la nécessité d'acquérir des vertus avant que de se présenter à' la Divinité , ou de lui en demander dans leurs prières.

Philoclês, Je vous ai déjà dit que le culte public est grossièrement défiguré , et que mon dessein était simplement de vous exposer les opinions des philosophes qui ont l'éfléchi sur les rapports que nous avons avec la Divinité. Doutez de ces rapports, si vous êtes assez aveugle pour les méconnaître. Mais ne dites pas que c'est dégrader nos âmes que de les séparer de la masse des êtres, que de leur donner la plus brillante des- origines et des destinées, que d'éAlir entre elles et l'Etre suprême un commerce de bienfaits et de reconnaissance.

Voulez-vous une morale pure et céleste , qui élève votre esprït et vos senliroens ? étu-

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diez la doctrine et la conduite de ce Socrale , qui ue vit dans sa condamnation , sa prison et sa mort , que le décret d'une sagesse infinie , et ne daigna pas s'abaisser jusqu'à se plaindre de rinjustice de ses ennemis.

Contemplez en mcme temps , avec Pythagore , les lois de Tharmonie uniTcrselle y et mettez ce tableau devant vos yeux. Régularité dans la distribution des mondes , roulante dans la distribution des corps célestes ; concours de toutes les volontés dans une sage république , concours de tous les mouvemeiis dans une âme vertueuse ; tous les êtres travaillant de concert au maintien de Tordre, et Tordre conservant Tunivers et ses moindix»

parties; un Dieu auteur de ce plan sublime , et des hommes destinés à être par leurs vertus ses ministres et ses coopérateurs. Jamais système n'étincela de plus de génie ; jamais rien n'a pu donner une plus baute idée de la grandeur et de la dignité de Tbomme.

Permettez que ^insiste ; puisque vous attaquez nos philosophes, il est de mon devoir de les justifier. Le jeune Lysis est instruit de leurs dogmes ; j'en juge par les instituteurs qui élevèrent son enfance. Je vais Tintei*roger

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sur différens articles relatifs à cet entretien. Ecoutez ses réponses. Vous verrez d'un coup d'œii rensemÛe de notre doctrine; et tous jugerez si la raison abandonnée à cUe-méme pouvait concevoir une théorie plus digne de la Divinité , et plus utile aux hommes '.

PHILOCLKS.

Dites-moi , Lysis^ qui a formé le monde?

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