LT8IS
La pureté du cœur. Il se laisse plutôt fléchir par la vertu que par les offrandes ; et comme il ne peut y avoir aucun commerce entre lui et l'injustice , quelques-uns pensent qu'il faudrait aiTacher des autels les méchans qui y trouvent un asile.
rHILOCLIS.
Cette doctrîne , enseignée par les philosophes , est-elle reconnue par les prêtres?
LTSIS.
Ils l'ont fait graver sur la porte du temple d^Epidaure : l'entréb de ces lieux y dit Tinscription, m'est permise qu'aux ames pures.
Ils Tannoncent avec éclat dans nos cérémonies saintes , où , après que le ministre des autels a dit, qui est-ce qui est ici? les assistans répondent de concert : Ce sont tous gens de bien,
philoclès.
Vos prières ont-elles pour objet les biens de la teixe P
LTSIS.
Non. J'ignore s'ils ne me seraient pas nuisibles , et je craindrais qu'irrité de Tin-
D'ANACUAftSlS. «SS
discrétion de mes Tœuz , Dieu ne les exauçât.
philoclès.
Que lui demandez-vous donc ?
De me protéger contre mes passions ; de m'accorder la vraie beauté y celle de l'âme; les lumières et les vertus dont j'ai besoin ; la force de ne commettre aucune injustice y et surtout le courage de supporter , quand il le faut y l'injustice des autres.
philoclÈs.
Que doit-on faire pour se rendre agréable h la Divinité?
LTSIS.
Se tenir toujours en sa présence ; ne rien entreprendre sans implorer son secours ; s'assimiler en quelque façon à elle par la justice et par la sainteté ; lui rapporter toutes ses actions; remplir exactement les devoirs de son état, et regarder comme le premier de tous celui d'être utile aux bommes ; car, plus on opère le bien » plus on mérite d'être mis au nombre de ses en&ns et de ses amis.
philoclÈs.
Peut -on êli'e heureux en observanl ces prcceples ?
LTSIS.
Sans doute, puisque le bonheur consiste dans la sagesse , et la sagpsse dans la connaissance de Dieu.
philoclÈs»
Mais cette connaissance est bien imparfaite.
Aussi notre bonheur ne sera-t-il entier que dans une autre vie.
^ philoclÈs.
Est-il vm qu'api'és notre mort nos âmes comparaissent dans le champ de la vérité , et rendent compte de leur conduite à des juges inexorables; qu^ensuite les unes, transportées dans des campagnes riantes, y coulent des jours paisibles au milieu des fêtes et des concerts; que les autres sont précipitées par les Furies dans le Tartare, pour subir à la ibis la rigueur des flammes et la cruauté des bétes féroces ?
D'ANACHARSIS. s&7
LTSIS.
Je rignore.
philoclÈs.
Dirons -nous que les unes et les autres, après avoir été , pendant mille ans au moins , rassasiées de douleurs ou de plaisirs, repren-» dront un corps mortel , soit dans la classe deo hommes , soil dans celle des animaux , et commenceront une nouvelle vie ; mais qu'il est pour certains crimes des peiucfl éternelles?
Je rignore encore. La Divinité ne s^est point expliquée sur la nature des peines et des récompenses qui nous attendent après la mort. Tout ce que j'aflirme, d'après les notions que nous avons de ToiMlre et de la justice f d'après le suffrage de tous les peuples et de tous les temps, c*est que chacun sera traité suivant ses mérites, et que l'homme juste , passant tout à coup du joui* ténébreux de cctfe vie à la lumière pure et brillante d^une seconde vie, jouira de ce bonheur inal* iérable dont ce monde n* offre qu'une faible image.
*5ft VOYAGE