‹ Voyage du jeune Anarchasis en Grèce, Volume 8Chapitre 21 sur 69 · SOUS L'ARCHONTE NICOMAQUE · texte numérisé non relu

SOUS L'ARCHONTE NICOMAQUE

La 4« année de la i og*' olympiade.

(Depuis le Zojuin de Vcm 34 1 , jusqu'au 19 juillet de

Van 34o cMmt J. C.)

Philippe avait formé de nouveau le dessein de s'emparer de l'île d'Eubée pai> ses intri-

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gues, et de layille de Mégare par les armes des Béotiens ses alliés. Maître de ces deux postes y il l'eût été bientôt d'Athènes. Phocion a fait une seconde expédition en Eubée , et en a chassé les tyrans établis par Philippe ; il a marché ensuite au secours des Mégai^iens, a fait échouer les projets des Béotiens, et mis la place hors d'insulte.

Si Philippe pouvait assujettir les villes grecques qui bornent ses Etats du côté de l'Hellespont et de la Propontide , il disposerait du commerce des blés que les Athéniens tirent du Pont-Ëuxin , et qui sont absolument nécessaires à leur subsistance. Dans cette vue, il avait attaqué la forte place de Périnthe. Les assiégés ont fait une résistance digne des plus grands éloges. Ils attendaient du secours de la part du roi de Perse ; ils en ont reçu des Byzantins. Philippe, irrité contre ces derniers , a levé le siège de Périnthe , et s'est placé sous les murs de Byzance , qui tout de suite a fait partir des députés pour Athènes. Ils ont obtenu des vaisseaux et des soldats commandés par Gharés.

3oo VOYAGE

SOUS ^ARCHONTE THÈOPHRASTE.

La I'" année de la i lo* olympiade.

(Depuis le i S juillet de Van ZAojusqu*au Z juillet de l'an 339 avant J. C.)

La Grèce a produit de mon temps plusieurs grands hommes dont elle peut s'honorer , trois surtout dont elle doit s'enorgueillir ; Epaminoudas , Timoléon et Phocion . Je ne fis qu'entrevoir les deux premiers , j'ai mieux connu le dernier. Je le voyais souvent dans la petite maison qu'il occupait au quartier de Mélite. Je le trouvais toujours différent des autres hommes , mais toujours semblable à lui-même. Lorsque je me sentais découragé à l'aspect de tant d'injustices et d'horreurs qui dégradent l'humanité , j'allais respirer un moment auprès de lui , et je revenais plus tranquille et plus vertueux.

a 3 Février 339.

Le 1 3 (Tanthesterion. J'assistais hier à la représentation d'une nouvelle tragédie , qui fut tout à coup interrompue. Celui qui jouait

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le rôle de reine refusait de pandtre , parce qu'il n'avait^s un cortège assez nombreux.

Comme les spectateurs s'impatientaient , l'entrepreneur Mélantfaius poussa l'acteur jusqu'au milien de la scène , en s'ècrîant : « Tu « me demandes plusieurs suivantes , et la « femme de Phocion n'en a qu'une quand « elle se montre dans les rues d'Athènes ! »

Ces mots, que tout le monde entendit, furent suivis de si grands applaudissemens , que , sans attendre la fin de la pièce , je courus au plus vite chez Phocion. Je le trouvai tirant de l'eau de son puits , et sa femme pétrissant le pain du ménage. Je tressaillis à cette Tue , et racontai avec plus de chaleur ce qui venait de se passer au théâtre. Ib m'écoutèrcnt «vec indifférence. J'aurais dû m'y attendre. Phocion était peu flatté des éloges des Athéniens , et sa femme l'était plus des actions de son époux que de la justice qu'on leur rendait.

11 était alors dégoûté de l'inconstance du peuple, et encore plus indigné de la bassesse des orateurs publics. Pendant qu'il me parlait de l'avidité des uns , de la vanité des auU*es , Démostbène entra. Ils s'entretinrent de l'état actuel de la Grèce. Démostbène

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voulait déclarer la guerre à Philippe , Pho-

cion maintenir la paix. • •

Ce dernier était persuadé que la perte d'une Bataille entraînerait celle d'Athènes ; qu'une yictoire prolongerait une guerre que les Athéniens trop corrompus n'étaient plus en état de soutenir ; que , loin d'irriter Philippe et de lui fournir un prétexte d'entrer dans l'Atlique, il fallait attendre qu'il s'épuisât en expéditions lointaines , et qu'il continuât d'exposer des jours dont le terme serait le salut de la république.

Démosthéne ne pouvait renoncer au rôle brillant dont il s'est emparé. Depuis la dernière paix, deux hommes de génies difFérens , mais d'une obstination égale , se liTrent un combat qui fixe les regards de la Grèce.

On voit d'un côté un souverain jaloux de dominer sur toutes les nations, soumettant les unes par la foi'ce de ses armes , agitant les autres par ses émissaires, lui-même couvert de cicatrices , courant sans cesse à de nouveaux dangers, et livrant à la fortune telle partie de son corps qu'elle voudra choisir, pourvu qu'avec le reste il puisse vivre comblé d'honneur et de gloire. D'un autre

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fiàtéf c^est un simple particulier qui lutte avec effort contre l'indolence des Athéniens , contre TaYeuglement de leurs alliés, contre la jalousie de leurs orateurs; opposant ta vigilance à la ruse , Téloquence aux armées ; faisant retentir la Grèce de ses cm , et Tayertissant de veiller sur les démarches du prince ; envoyant de tous côtés des ambassadeurs , des troupes , des flottes pour s'opposer à ses entrepi'ises , et parvenu au point de se faire redouter du plus redoutable des vainqueurs.

Mais l'ambition de Démosthéne , qui n'échappait pas à Phocion , se cachait adroitement sous les motifs qui devaient engager les Athénieus à prendre les armes, motifs que j'ai développés plus d'une fois. Ces deux orateurs les discutèrent de nouveau dans la conférence où je fus admis. Ils parlèrent l'un et l'autre avec véhémence , Démosthéne toujours avec respect, Phocion quelquefois avec amertume. Conmie ils ne purent s'accorder , le premier dit en s'en allant : « Les Athéniens « vous fei'ont mourir dans im moment de dé- « lire. — Et vous , répliqua le second, dans « un retour de bon sens. »

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a 6 Février 330.

Ztf 1 6 danthesterùm. On a nommé aujour- <l*hni quatre députés pour rassemblée des amphictyons , qui doit se tenir au printemps prochain à Delphes.

Vers le même temps.

Le 11 s^est tenu ici une assemblée

générale. Les Athéniens, alarmes du siège de Byzance, venaient de recevoir une lettre de Philippe , qui les accusait d'avoir enfreint plusieurs articles du traité de paix et d'alliance qu'ils signèrent il y a sept ans. Démoslhéne a pris la parole; et, d'après son eonseil , vainement combattu par Phocion , le peuple a ordonné de briser la colonne où se trouve inscrit ce traité, d'équiper des vaisseaux , et de se préparer à la guerre.

On avait appris, quelques jours auparavant , que ceux de Byzance aimaient mieux se passer du secours des Athéniens que de recevoir dans leurs murs des troupes commandées par un général aussi détesté que Charès. Le peuple a nommé Phocion pour le remplacer.

D'AMACHARSIS. )oS

lo Att'iI 939.

Le 80 dèlaphehoUon, Dans la deraîére assemblée des amphictyons , un citoyen d^ Ampbissa , capitale des Locriens Ozoles , située à soixante stades de Delphes, vomissait des injures ati'oces contre les Athéniens , et proposait de les condamner a une amende de cinquante talens >, pour avoir autrefois suspendu au temple des boucliers dorés , monumens de leurs victoires sur les Médes et les Thébains. Eschine, voulant détourner cette accusation, fît voir que les hahitans d'Amphissa , s'étant emparés du port de Cirrha et de la contrée voisine, pays originairement consacré au temple , avaient encouru la peine portée contre les sacrilèges. Le lendemain , les députés de la ligue amphictyonique, suivis d^un gi'and nombre de Delphiens , descendirent dans la plaine , brûlèrent les maisons , et comblèrent en partie le port. Ceux d*Amphissa, étant accourus en armes, poursuivirent les agresseurs jusqu'aux portes de Delphes.

Les amphictyons , indignés , méditent une vengeance éclatante. Elle sera pi-onopcée

■ Dmix cent soixante-dix mille liTres.

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