‹ Voyage du jeune Anarchasis en Grèce, Volume 8Chapitre 22 sur 69 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

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dans la dicte des ThermopyleSy qui s'assemble pour 1* ordinaire en automne ; mais on la tiendra plus tôt cette année.

On ne s'attendait point à cette guerre. On soupçonne Philippe de l'avoir suscitée ; quelques-uns accusent EscJiîoe d'avoir agi de concert avec ce prince. '

Vers le mois de mai oti de juin 339.

Le Phocion campait sous les murs

de Byzance. Sur la réputation de sa vertu , les magistrats de la ville introduisirent ses ti'oupes dans la place. Leur discipline et leur valeur rassurèrent les habitans , et contraignirent Philippe à lever le siège. Pour couvrir la honte de sa retraite , il dit que sa gloire le forçait à venger une offense qu'il venait de recevoir d'une tribu de Scythes.

Mais , avant de partir, il eut soin de renouveler la paix avec les Athéniens , qui tout de suite oublièrent les décrets et les préparatife qu'ils avaient faits contre lui.

Vers le même temps.

Le On a lii dans l'assemblée générale

deux décrets, l'un des Byzantins » l'autre de

quelques villes de THellespoiit. Celui des premiers porte qu'en reconnaissance des secours que ceux de Byzance et de Périntlie ont reçus des Athéniens , ils leur accordent le droit de cité dans leurs villes , la permission d^y contracter des alliances et d'y acquérir des terres ou des maisons, avec la préséance aux spectacles , et plusieurs autres privilèges. On doit ériger au Bosphore trois statues de seize coudées * chacune , représentant le peuple d'Athènes couronné par ceux de Byzance et de Périnthe. Il est dit , dans le second décret, que quatre villes de la Chersonése de Thrace , protégées contre Philippe par la générosité des Athéniens , ont résolu de leur offrir une couronne du prix de soixante talens *, et d'élever deux autels, l'un à la Reconnaissance, et l'autre au Peuple d'Athènes.

• Vingt-deux de nos pieds el huit |>ouce8.

* Trois cent vingt-quatre mille livres. Celle somme est si forte , que je soupçonne le texte altère en cet endroit.

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SOUS L'ARCHONTE LYSIM ACHIDE.

La s* année de la i lo* olympiade.

(Dejmis le % juillet de Van ZZ^,jusqu*auiSjuin de l'an

338arantJ. C.)

Vers le mois d^aoât 339.

Le Dans la diète tenue aux Thermo-

pyles, les amphictyons ont ordonné de marcher contre ceux d' Amphissa , et ont nommé Cottjphe général de la Ûgue. Les Athéniens et lesThébains , qui désapprouvent cette guerre, n^avaient point envoyé de députés à rassemblée. Philippe est encore en Scythie , et n*en reviendra pas sitôt; mais on présume que, du fond de ces régions éloignées , il a dirigé les opérations de la diète.

Au printemps de 338.

Le Les malheureux habitans d^Am-

phissa, vaincus dans un premier combat, s^étaient soumis à des conditions humiliantes ; loin de les remplir, ils avaient , dans une seconde bataille , repoussé Tarmée de la ligue , et blessé même le géuéral. C'était peu de temps avant la dernière assemblée des amphictyons :

O'ANACHAHSIS. 309

elle s*est tenue k Delphes. DesThessaliens vendus à Philippe ont fait si bien par leurs manœuvres , qu'elle lui a confié le soin de venger les outrages faits au temple de Delphes. Il dut à la première guerre sacrée d'être admis au rang des amphictyons ; celle-ci le placera pour jamais à la tête d'une confédération à laquelle on ne pourra résister sans se rendre coupable d'impiété. Les Thébains ne peuvent plus lui disputer Tentrée des Theimopyles. Ils commencent néanmoins à pénétrer ses vues ; et »

comme il se défie de leura intentions , il a ordonné aux peuples du Péloponése qui font partie du corps amphictyonique de se réunir au mois de boédromion *, avec leurs armes et des provisions pour quarante jours.

Le mécontentement est généraldans laGréce .

Sparte garde un profond silence ; Athènes est incertaine et tremblante ; eUe voudrait et n'ose pas se joindre aux prétendus sacrilèges. Dans une de ses assemblées , on proposait de consulter la Pythie. JElle philippisca s'est écrié Démoslhène ; et la proposition n'a pas passé. Dans une autre , on a rapporté que la pré-

' Ce mois commença le a6 août de Tan 338.

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tresse , interrogée , avait répondu que tous les Athéniens étaient d'un même avis, à l'exception d'un seul. Les partisans de Philippe avaient suggéré cet oracle , pour rendre Démosthéne odieux au peuple ; celui-ci le retournait contre Eschine. Pour terminer ces débats puérils , Phocion a dit : « Cet honmie que vous chérit chez, c'est moi, qui n'approuve rien de ce a que vous faites. »

2 7 Mars 338,

Lelhdèlaphêholioii, Le danger devient tous lesjom^s plus pressant; les alarmes croissent à proportion. Ces Athéniens qui , Tannée dei^ niére , résolui*ent de rompre le traité de paix qu'ils avaient avec Philippe , lui envoient des ambassadeurs , pour l'engager à maintenir ce traité jusqu'au mois de thargélion '.

3i Mars.

Le premier de mvnychion. On avait envoyé de nouveaux ambassadeurs auroi pour le même objet. Ils ont rapporté sa réponse. 11 n'ignore point, dit-il dans sa lettre, que les Athéniens s'efforcent à détacher de lui les Thessaliens ,

' C« mois commença le 3o avril de Tan 338.

D'ANACHARSIS. du

les Béotiens et lesThébains. IlTeutbien cepen-% dant souscrire à leur demande , et signer une trêve 9 mais à condition qu'ils n^écouteront plus les funestes conseils de leurs orateurs.

la Juin 328.

. Leibde scirophoriôn, Philippe avait passé les Thermopyles , et pénétré dans la Phocide. Les peiqiles voisins étaient saisis de frayeur ; cependant , comme il pi*otestait qu'il n'en voulait qu'aux Locriens, on commençait à se rassurer. Tout à coup il est tombé sur Elatée ; c'est une de ces villes qu'il eut soin d'épargner en terminant la guerre des Phocéens. Il compte s'y établir, s'y fortifier ; peut-être même a-t-il continué sa route : si les Thébains , ses alliés, ne l'arrêtent pas , nous le verrons dans deux jours sous les murs d'Athènes.

La nouvelle de la prise d'Elatée est arrivée aujourd'hui. Les prytanes * étaient à souper ; ils se lèvent aussitôt ; il s'agit de convoquer l'assemblée pour demain. Les uns mandent les généraux et le trompette ; les autres courent k

* CViaient cînqnaute sénateurs qui logeaient au Frytanée pour veiller sur les aiTaires imporunles de l'Eut , et convoquer au besoin rassemblée géitii^ale.

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la place publique , en délogent lesmarchands, et brûlent les boutiques. La ville est pleine de tumulte : un mortel efifroi glace tous les esprits.

i3 Juin 338.

Le \ 6 de scirophorion. Pendant la nuit , les généraux ont couru de tous côtés , et la trompette a retenti dans toutes les rues. Au point du jour, les sénateurs se sont assemblés , sans rien conclure ; le peuple les attendait avec impatience dans la place. Les prytanes ont annoncé la nouvelle^ le courrier Ta confirmée ; I«s généraux , les orateurs étaient présens. Le béraut s^est avancé , et a demandé si quelqu^un voulait monter à la tribune : il s'est fait tm silence efifrayant. Le béraut a répété plusieurs fois les mcmes paroles. Le silence continuait, et les regards se tournaient avec inquiétude sur Démosthéne ; il s'est levé : a Si Philippe , a-t-il « dit t ^tait d'intelligence avec les Tbébains , il « serait déjà sur les frontières de TAttique ; il « ne s'est emparé d'une place si voisine de leurs « Etats que pour réunir en sa faveur les deux « factious qui les divisent , en inspirant de la « confiance à ses partisans, et de la crainte « à àes ennemis. Pour {irévenir cette réunion.

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« Athènes doit oublier aujourd'hui tous les « sujets de haine qu'elle a depuis long-temps « contre Thèbes sa rivale ; lui montrer le péril « qui la menace ; lui montrer une armée prête « à marcher à son secours ; s'unir, s'il est pos- « sible, avec elle par une alliance et des ser- « meus qui garantissent le salut des deux réa publiques, et celui de la Grèce entière. »

Ensuite il a proposé un décret , dont voici les principaux articles. « Après avoir imploré « l'assistance des dieux protecteurs de l'Atti- « que , on équipera deux cents vaisseaux ; les « généraux conduiront les troupes à Eleusis ; « des députés iront dans toutes les villes de a la Grèce ; ils se rendront à l'instant même « chez les Thébains , pour les exhorter à dém fendre leur liberté , leur offrir des armes , « des troupes , de l'argent , et leur représen- « ter que , si Athènes a cru jusqu'ici qu'il était A de sa gloire de leur disputer la prééminence, M elle pense maintenant qu'il serait honteux « pour elle, pour les Thébains, pour tous « les Grecs , de subir le joug d'une puissance « étrangère. »

Ce décret a passé sans la moindre opposi* tioo ; on a nommé cinq députés, parmi les*

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quels sont Démosthéne et Torateur Hypéride :

Ûs Yont pai'tir incessamment.

Le Nos députés trouvèrent à Thébes

les députés des alliés de cette ville. Ces derniers, après avoir comblé Philippe d'éloges et les Athéniens de i-eproches, représentèrent aux Thébains qu'en reconnaissance des obligations qu'ils avaient à ce prince , ils devaient lui ouvrir un passage dans leurs Etats , et même tomber avec lui sur TAttique. On leur faisait envisager cette alternative , ou que les dépouilles des Athéniens seraient transportées à Thébes, ou que celles des Thébains deviendraient le partage des Macédoniens. Ces raisons, ces menaces , furent exposées avec beaucoup de force par un des plus célèbres orateurs de ce siècle , Python de Byzance , qui parlait au nom de Philippe ; mais Démosthéne répondit avec tant de supériorité , que les Thébains n'*hésitèrent pas à recevoir dans leurs murs l'armée des Athéniens , commandée par Charès et par Stratoclès ^ Le projet d'unir les Athéniens

> Diodore Tappelle Lysiclès^ maU Eschine (de fait, leg., p. 45i) et Polyen (sU-al., lib. 4, cap. a , S *) *« nomment Stratoclès. Le témoignage d'*Eschine doit faire préférer celte dernière leçon.

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avec les Thcbains est regardé comme un trait de génie; le succès, comme le triomphe de r éloquence.

Le En attendant des cii*constances plus

favorables, Philippe prit le parti d'exécuter le décret des amphictyons, et d'attaquer la ville d'Amphissa ; mais, pour en approcher, il fallait forcer un défilé que défendaient Charés et Proxène , le premiei* avec un détachement de Thchams et d'Athéniens , le second avec un corps d'auxiliaires que les Amphissiens venaient de prendre à leur solde. Api*és quelques vaines tentatives, Philippe fit tomber entre leurs mains une lettre dans laquelle il marquait à Parménion que les ti'oubles tout à coup élevés dans la Tbrace exigeaient sa présence , et Tobligeaient de renvoyer à un autre temps le siège d'Amphissa. Ce sti'atagéme réussit. Charés et Proxéue abandonnèrent le défilé; le roi s'en saisit aussitôt, battit les Amphissiens, et s^empara de leur ville.

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