I. — AU PORTAGE DU RAT
La première mission que rencontre le T. R. Père dans le Nord- Ouest américain, est le portage du Rat, petite ville naissante et qui a de légitimes espérances de prospérité prochaine.
« Le 27 avril, à deux heures du matin, écrit Mgr Langevin, J'avais le bonheur d’embrasser, à leur arrivée au portage du Rat, notre bien-aimé Père et son digne compagnon, le R. P. Antoine. Je ne vous cacherai point que je me sentis ému en revoyant le
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doyen des assistants devenu le chef de la famille, et, près de lui, le Père très aimé qui a reçu mes vœux d’Oblation perpétuelle.
« Tous deux paraissaient jouir d’une excellente santé, et nous pûmes nous convaincre, le lendemain et les jours suivants, qu’ils portent fort allègrement le poids des fatigues du voyage.
« Le vendredi 27, après avoir dit nos messes, nous procédâmes à la visite du magnifique établissement du Portage du Rat.
« L'église, bâtie en cailloux de diverses couleurs et imitant admirablement le granit rouge ou le marbre vert, est placée au sommet d’une colline qui domine la ville naissante, dont l'ambition est de devenir tout simplement la rivale de Winnipeg. Cet édifice, consacré à la sainte Vicrge, sous le titre de Notre-Dame du Portage, est complété par une jolie tour en pierre, qui lui donne un air monumental.
« C’est l'œuvre du cher P. Beaudin, qui en a surveillé lui-même la construction ; elle peut être évaluée à plus de 15.000 piastres. Rien ne dit plus éloquemment et l’habileté du pasteur et la générosité de son petit troupeau.
« Après l’église, l’école. Elle est spacieuse et bien remplie d’enfants des deux sexes, au nombre de cent soixante-dix, sous la direction des Fidèles Compagnes de Jésus, qui ont fait une très belle réception à notre T. R. Père Général.
« C'était de bon augure pour les fêtes de Saint-Boniface et de Winnipeg.
« En parlant à la petite communauté d'Oblats réunis au portage, et qui se compose des RR. PP. Beaudin, curé; Fox, chapelainaumônier ; Dorais, vicaire, le T. R. Père Général a mentionné le fait que la Mission du portage sc trouvait au centre d’une région où vivent plus de 3.000 sauvages païens, qui ne connaissent pas encore le nom de Jésus-Christ. « Nous ne pouvons pas, dit-il, « demeurer indifférents à cette pensée; il nous faut travailler à « éclairer ces peuplades plongées dans les ténèbres de lidolâtrie. « Nous serons heureux de venir à votre secours. »
« Les RR. PP. Cahill et Valès, qui demeurent à 120 milles d'ici, au fort Francis, sur les bords de la rivière Lapluie, n’ont pu venir audevant de notre Père, parce que la glace du lac des Bois n’est plus assez solide. Il en sera de même, malheureusement, des PP. Magnan Joseph) et Perrault, au fort Alexandre. sur le lac Winnipeg.
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« Dans la nuit du samedi 28, nous fûmes réveillés par le tocsin, annonçant un incendie à quelques arpents de la maison ; c'était un immense magasin de bois qui était la proie des flammes et qui fut consumé en quelques heures; il y avait là une valeur d’un demi-million de piastres. « C’est toute une forêt qui a dû y « passer », remarque avec raison le Père Général. Il faut avouer que la journée commençait d’une façon tragique.
« Comme pour nous donner le temps de dire nos messes, le train de Montréal, que nous attendions à deux heures du matin, n’arriva qu’à cinq heures, à cause d’un grand nombre de colons français ou autres qu’il amenait au Manitoba. Ce retard menaçait de faire échouer la grande réception qui avait été préparée, par les citoyens de Saint-Boniface et de Winnipeg, pour l'heure réglementaire de l'arrivée du train, à huit heures du matin. Nous courons au téléphone pour prévenir la population que nous avons trois heures de retard; mais Abyssus abyssum invocat, un malheur n’attend pas l’autre, disons-nous dans le pays : un incendie avait détruit, à Winnipeg, le bureau central du téléphone, en sorte qu’à l’heure convenue les citoyens des deux villes, ainsi que la fanfare de Saint- Boniface, se rendirent inutilement à la gare. »