‹ Voyage du T.R.P. Louis Soullier en Amérique [microforme]Chapitre 19 sur 83 · LT ER S EN · texte numérisé non relu

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nous sommes groupés en sociétés de bienfaisance pour les secours temporels, et en ligue de piété pour les besoins de l'âme.

Grâce à la sage bonté et au tact exquis de notre illustre archevêque, les difficultés inhérentes à une paroisse composée de nationalités diverses se sont aplanies à la satisfaction générale, et nous vivons tous dans la paix et dans l'harmonie la plus grande.

Nous sommes heureux de saluer dans la paroisse de l'Immaculée Conception une sœur dévouée et édifiante, qui reconnaît en la Congrégation des Oblats sa fondatrice, et en l'auguste patronne de cette Congrégation notre Mère commune.

Car nous tenons à vous le: dire, mon Très Révérend Père, c'est à votre Congrégation si apostolique et si désintéressée que nous devons les succès remarquables de la paroisse Sainte-Marie. Vos Pères, qui sont aussi les nôtres, ont fait de grands sacrifices, même des sacrifices pécuniaires, pour établir cette grande famille catholique. Nous n'oublierons jamais les 2RR. PP. Lacombe et Beaudin, qui, sous la direction de S. G. Mgr Taché, votre vénéré fils et notre bien-aimé métropolitain, ont été les fondateurs de cette paroisse. Nous chérirons toujours les Pères qui leur ont succédé en imitant leur dévouement. Et si nous autres, paroissiens, nous avons eu le bonheur de payer de nos personnes et de nos ressources pour entretenir les œuvres paroissiales, c'est surtout au zèle inspirateur de vos enfants, mon Très Révérend Père, que nous devons d'avoir compris, comme eux, mais non pas aussi bien qu'eux, qu'il vaut mieux donner que recevoir.

Veuillez donc, mon Très Révérend Père, dire à vos dignes fils qu'ils n'ont pas dégénéré des hautes traditions de votre sainte Congrégation, que leur vie tout apostolique et leur zèle éclairé répandent des flots de lumière, non seulement sur les fidèles de cette parvisse, mais aussi sur nos frères séparés qui viennent ici entendre la vraie parole de Dieu. Nous voudrions surtout que Votre Paternité eût un mot d'encouragement pour celui qui vous représente ici, pour votre vicaire infatigable, qui se dépense tout entier et avec tant de succès pour notre bien.

Enñn, mon Très Révérend Père, nous vous prions de nous bénir et de prier pour les paroissiens de Sainte-Marie de Winnipeg.

« Le T. R. Père Général répondit à peu près en ces termes :

La magnifique démonstration que vous faites aujourd'hui pour affirmer votre ‘oi cathoiique et votre estime pour notre humble Congrégation me pénètr. d'admiration et de reconnaissance pour la population catholique de Winnipeg et de Saint-Boniface. La procession imposante qui vient de

se dérouler à nos regards doit donner à la population protestante une haute idée des forces catholiques au Manitoba.

Je remercie tout particulièrement les paroissiens de Sainte-Marie de la belle adresse qu'ils m'ont présentée. C'est avec bonheur que j'ai entendu répéter avec éloge les noms de ceux de nos Pères qui se sont dévoués à l'œuvre de cette paroisse.

Je vois ici une église très belle, des écoles florissantes, des sociétés prospères et puissantes. Quels progrès depuis quelques années! Comme tout marche vite en ce pays d'Amérique!

Vous avez parlé des excellentes Sœurs de Jésus-Marie, qui donnent à vos jeunes filles une éducation solide et distinguée; il n’est que juste de louer leur zèle intelligent et infatigable. Je vous félicite de les posséder au milieu de vous.

Il m'a été fort agréable d'entendre nommer les chers Frères de la Société de Marie, qui ont bien voulu accepter leur part des sacrifices que la situation scolaire actuelle vous impose à tous. Ces bons Frères dirigent, à Paris, l'un des plus remarquables établissements d'éducation que possède la capitale de la France. Ils ne peuvent que donner à vos enfants une éducation soignée, qui en fera plus tard des citoyens intègres et des catholiques fervents.

En somme, il me semble que la paroisse Sainte-Marie s'achemine vers une maturité, une perfection qui en fera une paroisse modèle.

Je vous renouvelle, Mesdames et Messieurs, l'assurance de ma vive reconnaissance, je m'associe de tout cœur à l'hommage que vous avez rendu au dévouement et à l'abnégation des nôtres, et je demande au divin Maître de vous combler tous de ses plus abondantes bénédictions.

« Après la réponse du T. R. Père Général, je dis quelques mots en anglais pour exprimer combien notre Père était heureux d’une manifestation si cordiale et si populaire. »

Que Mgr Langevin nous permette de citer ici un autre témoin.

Nous traduisons les pages suivantes de la Northwest Review du

9 mai 1894 (1).

La foule immense réunie à cette occasion dans l'église Sainte-Marie n'oubliera jamais l’éloquent appel, les vibrantes paroles du P. Langevin. Un instant il parut comme accablé sous la tâche qui s’imposait à lui, à

(1) Sera-ce de l’indiscrétion de faire honneur des belles pages publiées à cette occasion par la Northwest-Review à leur auteur, M. Barrett, l’un des paroissiens les plus éminents de Sainte-Marie, ancien élève de l’Université d'Ottawa ?

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cause sans doute des sentiments qui remplissaient son cœur et son esprit, et de la foule assemblée devant lui. Il commença d’un ton de voix peu élevé, semblant se modérer et comme s'il essayait de maîtriser l'émotion qui le gagnait. Il devint ensuite peu à peu de plus en plus éloquent jusqu’à ce qu'il éclatât dans toute la puissance de ses dons oratoires. Les paroles d'un saint prêtre, d'un prêtre qui réclamait pour lui et les siens les droits qui leur appartiennent par l'héritage et par le travail, ces paroles tombèrent sur une foule remplie d'admiration, l'enlevant dans le feu de cette éloquence, l'inondant des flots abondants d'un zèle sacerdotal. Jamais encore paroles si enflammées n'avaient passé à travers Sainte- Marie, et il faudra des années avant que la voix du prédicateur s'efface de la mémoire des auditeurs. Non seulement les catholiques de Winnipeg et de S-int-Boniface, mais encore ceux de tout le Nord-Ouest ont contracté ce jour-là une dette de reconnaissance et de remerciements envers le P. Langevin pour ses paroles énergiques et courageuses. En voici quelques extraits :

« Bon peuple de Winnipeg et de Saint-Boniface, il est vraiment dommage que, depuis la confusion de Babel, des lèvres différentes parlent des langues diverses. L'on me demande de vous traduire en anglais les sentiments que vient de vous exprimer notre digne Supérieur général. C'est une tâche difficile pour moi de rendre pleinement les paroles de notre hôte distingué. Le T. R. P. Soullier est profondément touché par la grande manifestation catholique d'aujourd'hui. Non seulement les catholiques de Sainte-Marie, mais ceux encore de l’Immaculée-Conception et de Saint- Boniface sont présentement nos hôtes. L'impression de la cérémonie d’aujourd’hui restera toujours dans la mémoire de notre bon Supérieur général.

« La manifestation d'aujourd'hui montre bien la grande unité d'esprit qui règne parmi les catholiques, dans cette partie du Dominion. La manifestation d'aujourd'hui prouve ce fait que nous catholiques nous existons encore, que nous vivons encore — oui, et dans le sens le plus large du mot —, que nous portons avec nous un principe de vie qui doit vaincre, et qui vaincra tôt ou tard. M’en rapportant aux sentiments d'actions de grâces et de gratitude contenus dans l'adresse que vous venez de lire, je demande aux paroissiens de Sainte-Marie, mon bien-aimé peuple, je vous demande ce que l’on pourrait faire sans votre puissant soutien et votre loyal © \cours ? Dans la chaleur et la mêlée de la bataille, des officiers sans soldats re peuvent rien.

« Ah! je vois maintenant pourquoi notre grand et vénérable archevêque n'a jamais désespéré. Aux jours de la vieille République romaine un général pouvait être battu par l'ennemi; mais tant qu'il continuait d'espérer, tant qu'il restait fidèle aux aigles romaines, les citoyens et le peuple de

Rome le recevaient comme un vainqueur. Pourquoi ? Parce qu'il n'avait jamais désespéré. Notre grand archevêque ressemble au vieux général romain : il n'a jamais désespéré de la cause catholique. C'est là le principe de sa vie. Nous, catholiques, nous ne sommes pas des étrangers ; nous ne sommes pas d'aujourd'hui ou d'hier, dans ce pays du vaste Dominion. Nos missionnaires furent les premiers à planter la croix du Christ dans les vastes prairi s du Nord-Ouest; ils furent l'avant-garde du christianisme et de la civilisation, lorsque l'un et l'autre s'avancèrent à travers les plaines perdues du Manitoba et du Nord-Ouest. Les premiers colons furent notre propre peuple. Il y a encore de la place pour tous dans ce Dominion; il y a encore une patrie pour les catholiques dans le Nord-Ouest. Ici nous sommes établis avec nos droits; nous réclamerons le droit de prendre part aux libertés de notre pays, et à ses institutions. Nous, les catholiques de ce Dominion, nous sommes un par l'essence même de l'unité — nous sommes un, ayant le même Dieu, les mêmes sacrements, le même baptême.

« La manifestation d’aujcird'hui, mes chers amis, catholiques de Sainte- Marie, de l’Immaculée-Conception, de Saint-Boniface, la manifestation d'aujourd'hui remplit de joie le cœur de notre bien-aimé archevêque. La manifestation d'aujourd'hui lui montre que nous, ses fidèles enfants, nous sommes un — un grand peuple, fort par notre unité, invincible par l'union de nos forces. Cette manifestation lui montre que nous catholiques nous n'avons pas encore abandonné, que nous n’abandonnerons jamais la juste réclamation de nos droits, — droits, et non privilèges; que nous sommes ici pour réclamer la liberté religieuse et politique qui nous appartient par héritage.

« Cette manifestation est en vérité grandiose, et relevée par ce fait que c'est précisément l’année des noces d'argent de la paroisse Sainte-Marie. Louanges à ces bons, si bons Pères qui ont été successivement les pasteurs de cette paroisse. Louanges à vous, notre bien-aimé Père Mac-Carthy, l'une des plus solides pierres de fondation sur lesquelles se dresse notre temple. A vous Père Lacombe, Père Beaudin, Père Ouellette, Père Fox toute louange et tout honneur de ma part. Mon cher, bien cher peuple, vous me faites plaisir en rappelant ces noms. Je ne suis qu’un enfant au service du divin Maître, au milieu de ces têtes blanches qui m'entourent.

« Je saisis cette occasion, Père Antoine, de vous offrir un profond hommage, un tribut d'affection. Je ne terminerai pas sans vous -emercier avec toute la sincérité de mon cœur, mon bon ami Père Cherrier, de la noble coopération que vous avez donnée à cette fête. A vous, mon bienaimé peuple, toutes mes félicitations et tous mes remerciements, »

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L'orateur finit en demandant à notre bien-aimé Père de bénir tous ces devoués catholiques. Ce n’est plus de l'émotion, c'est de l'enthousiasme.

« Le T. R. Père Général se lève et annonce qu’il va transmettre à l'assistance la bénédiction que le Souverain Pontife lui a confiée pour toutes nos Missions lors de son dernier voyage à Rome.

« Tout le monde tombe à genoux et reçoit avec piété et recueillement la bénédiction du T. R. Père. J’ai rarement assisté à une cérémonie à la fois si touchante et si imposante. Il eût fallu entonner le Te Deum pour donner une expression à l'enthousiasme de la foule.

« Dans le parloir du presbytère, où nous nous rendons après la cérémonie, les citoyens de Saint-Boniface et de Winnipeg défilent devant le T, R. Père et lui présentent leurs hommages.

« A sept heures et demie, une foule énorme se pressait de nouveau dans notre église. Le T. R. Père Général occupait un fauteuil au milieu du sanctuaire. Après les vêpres, chantées par M. le curé de la catk“drale, quarante enfants de chœur rangés devant l’autel chantèrent de leur plus belle voix : Oremus pro Patre nostro Generali. — Dominus conservet eum et vivificet eum, etc. L’assistance écouta debout cette belle antienne, admirablement enlevée par les anges de notre paroisse. Un salut solennel, pendant lequel le chœur de Sainte-Marie fit entendre ses plus beaux chants, clôtura cette belle journée. Notre très révérend Père était enchanté et nos catholiques triomphaient. Les protestants eux-mêmes ne purent s'empêcher d'admirer cette fête sans précédents, et les comptes rendus de leurs journaux ne le cédaient en rien à l’enthousiasme des journaux catholiques. »

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