‹ Voyage du T.R.P. Louis Soullier en Amérique [microforme]Chapitre 43 sur 83 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Qu’appelle.

AARAAAAAS

I. — LA PRAIRIE, QU'APPELLE STATION, LA MISSION, L'ÉCOLE INDUSTRIELLE, CÉRÉMONIES RELIGIEUSES, ASSEMBLÉE DES SIOUX

C’est en Colombie Britannique, nous l’avons dit, que la nouvelle du deuil où la mort avait plongé le diocèse de Saint-Boniface était allée surprendre nos vénérés voyageurs. Revenons en arrière pour les suivre sur la route de Winnipeg à Qu’appelle, Prince-Albert et Calgary, et à travers les Montagnes Rocheuses. Ils quittèrent la capitale du Manitoba le 18 mai.

Le voyage allait revêtir dès lors un autre caractère. On pénétrait plus avant dans le Nord-Ouest, et on s’engageait bientôt dans Ja Prairie. Vastes espaces, infinis comme le désert ou l’océan, avec le silence et la solitude. Non point que le paysage fût absolument uniforme et monotone. La prairie présente parfois d'immenses tapis de fleurs, d’autres fois ce sont des terres de culture très fertiles et qui donnent d’opulentes moissons ; parfois encore ce sont les taches noires du sol où a passé le feu : spectacle qui évoque les scènes tragiques de l'incendie, avec des flammes qui courent sur tout l’horizon, avec les galops et les hennissements des chevaux sauvages terrifiés, se cabrant tout à coup devant le feu qui barre le chemin, bondissant, la crinière échevelée, pour sauter au-dessus de l’océan de flamme, et puis fuyant affolés. L’immensité de la prairie possède encore, sous la brise, l’infinie variété des ondulations de l'herbe et des fleurs, comme des mouvements de vagues. Elle n’est pas non plus absolument plate, et le terrain est légèrement mouvementé,

C'était le royaume des buffalos ou des buffles. Richesse inappréciable par la chair et la fourrure de ces animaux; richesse que les sauvages ne surent pas ménager, malgré les avis de leurs missionnaires. Ce fut un vrai gaspillage. Des chasses sans fin et sans discernement devinrent souvent d’effroyables boucheries, et le buffle fait aujourd’hui complètement défaut à la subsistance de l’Indien. Lui, l’homme des longues courses sur les chevaux rapides, l’homme des horizons sans limites, l’homme de ja prairie, en un mot, il lui faut, s’il ne veut pas s’éteindre et laisser éteindre sa race, il lui faut s'attacher maintenant à un lopin de terre. Finira-t-il par le comprendre?

Le T. R. P. Soullier ne devait faire qu’une étape relativement courte dans la Prairie. Après douze heures environ de chemin de fer, il débarquait à Qu’appelle Station, avec sa suite : les RR. PP. Antoine, Langevin, alors vicaire des Missions, Camper, ancien vicaire des Missions, J. Allard, vicaire général de Mgr Taché, et M. l'abbé Rocan, secréiaire particulier de l’Archevêque.

Qu’appelle Station est une localité assez considérable, et une église s’y élève, qui était alors desservie par M. l’abbé Roy. Ce zélé missionnaire voulut prendre sa part de la joie de ses confrères religieux, et donner lui aussi, au Supérieur général, des témoignages de vénération et d’attachement. Il eut la delicatesse d'organiser une réception publique à l’église, et l’un des premiers paroissiens lut une adresse française, que nous ne possédons malheureusement pas, mais dont on nous a écrit qu’elle fut vivement appréciée. « Dans sa réponse, écrit un chroniqueur (1), le T. R. Père loua hautement la foi canadienne, qui fait de nos compatriotes des prédicateurs de l'Evangile partout où ils portent leurs pas. Il exhorta les catholiques de Qu’appelle Station à faire honneur à leur titre, et il exprima l'espoir de voir bientôt leur village prendre les proportions d’une grande ville.

« Après avoir prié le R. P. Langevin de l’interpréter en anglais, le vénérable Supérieur donra une poignée de main à tous les assistants, et il se rendit chez M. Beauchamp où un plantureux déjeuner avait été préparé pour lui et toute sa suite ; on ne devait arriver à la Mission que dans l’après-midi. »

(1) Dans le journal /e Manitoba.

Chasse au buffalo.

Chasse au buffalo.

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La Mission de Qu'appelle constitue un poste important dans nos missions de Saint-Boniface, surtout à cause de l’école industrielle des petits sauvages. Cette école est Horissante, et a obtenu des prix nombreux dans des concours publics organisés par le gouvernement canadien. Le T. R. Père Général devait donc une visite à cet établissement.

« Le départ eu lieu immédiatement après le déjeuner, continue le narrateur que nous venons de citer et que nous allons suivre. M. l'abbé Roy voulut bien accompagner les voyageurs. Le temps était superbe : soleil radieux, ciel serein, brise légère et fraîche, précieux maringouinifuge ! et des chemins tout à la fois solides et moelleux, sablés et nivelés, et pourtant vierges de la main des hommes ; peut-être les plus beaux chemins du Dominion.

« À mi-chemin, quelques éclaireurs à cheval, la plupart enfants de l’école industrielle, nous rejoignirent, et bientôt nous aperçûmes sur une hauteur une cavalcade de près de cent chevaux du pays (poneys) montés par des métis et des sauvages, surtout de petits sauvageons tenant en main un pavillon de couleur. Le nom du général de cette cavalerie est M. Dazé.

« La fanfare de l’écoie, composée de près de vingt enfants indiens, sous la direction de M. Rivard, frère de la Supérieure de l'hôpital de Saint-Boniface, nous attendait au même endroit, et elle nous fit oublier, par ses joyeuses harmonies, la longueur de la route.

« La cavalcade prit les devants à un moment donné et nous précéda au fort Qu’appelle, à quatre milles de la Mission; c’est dans la maison du bourgeois du fort de Qu’appelle que Mgr Taché a écrit ses Vingt années de missions.

« Plusieurs voitures vinrent s'ajouter à l’escorte durant le trajet, et il y en avait plus de vingt qui suivaient celle du Supérieur général quand il descendit dans la plaine où repose le village du fort.

« Les protestants, accourus de toutes parts pour contempler ce spectacle nouveau, durent penser, ce jour-là, que les catholiques savent honorer leurs prêtres. L’évèque anglican a peut-être donné la note du sentiment général, quand il a eu la gracieuseté de lever son chapeau pour saluer chacun des groupes de prêtres passant devant sa porte.

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« Jamais la vallée de Qu’appelle ne m’apparut plus belle qu’à ce moment.

« Les côtes, qui ont plus de 300 pieds d’élévation, ont revètu leur fraîche parure de printemps. La rive droite, abondamment boisée, nous envoie le parfum de ses peupliers et de ses érables en fleurs, tandis que la rive gauche, avec son gazon verdoyant, offre l'aspect d’une pelouse de parc anglais.

« Les huit lacs poissonneux, auxquels la rivière sert de chaîne d'argent, sont pleins jusqu'aux bords, tout comme celui qui est devant nous. La plaine s'étend entre les deux falaises sur plusieurs milles carrés ; il y aurait là l'emplacement d’une ville féerique, et je comprends que l’on y ait songé.

« Je n'explique maintenant les paroles enthousiastes de notre vénérable archevêque : « Entre le lac des Bois et les Montagnes Rocheuses, il n’y a rien de comparable aux beautés de la vallée de Qu’appelle. »

« Nous traversons la rivière et en quelques minutes nous arrivons à la Mission où une foule immense, composée surtout de blancs et de métis avec quelques sauvages, attend, aux portes de l’église où elle ne peut pénétrer, afin de saluer le noble visiteur.

« M. Dazé lut alors une très belle adresse en français et le docteur Seymour, médecin de l’école, lut en anglais une adresse qui fait honneur à sa foi et à la délicatesse de son cœur.

« Le Supérieur général était visiblement ému. Il avoua qu’il ne s'attendait pas a de pareilles démonstrations, et il remercia les paroissiens anglais et français de Qu’appelle des précieux témoignages de respect et d’estime qu'ils lui donnaient.

« Il exprima son étonnement de voir les progrès rapides qui se sont opérés en cet endroit depuis onze ans, alors que Qu’appelle ne renfermait qu’en germe les grandes œuvres qui se sont si magnifiquement épanouies depuis. [1 releva les paroles flatteuses et filialement affectueuses de l’adresse anglaise, rappelant que Mgr Taché était le fondateur de la Mission de Qu’appelle, et il exprima le regret de ne pas le voir présent. Le R. P. Langevin etle R. P. Hugonard parlèrent ensuite, le premier en anglais et le second en cris. »

A l’école industrielle. — « Dans l'après-midi du même jour, les enfants de l’école réclamèrent l'honneur de saluer le Supérieur des Pères Oblats auxquels est confiée cette belle et grande œuvre.

« Il y eut deux adresses en anglais, langue officielle de l’école : l’une pour les filles indiennes et l’autre pour les garçons.

« Le Père Général eut, dans sa réponse, des paroles fort élogieuses pour le gouvernement canadien. « En Europe, dit-il, on sera émerveillé d'apprendre ce qui se fait ici pour la cause de la civilisation. Rien ne fait tant d'honneur à un pays que cette protection accordée aux faibles et aux petits. Je remercie le gouvernement de sa libéralité à l'égard de cette œuvre confiée à mes missionnaires. »

« Le R. P. Langevin traduisit ces belles paroles en anglais, et il y ajouta l'éloge de la Compagnie de la Baie d'Hudson. « Sans cette noble Compagnie, dit-il, nos missionnaires auraient parfois péri de faim et de misère dans les plaines sauvages, sur les rivages inhospitaliers de l’extrême nord. » Il se tourna alors vers M. Archer Macdonald, bourgeois de la Compagnie au fort Qu’appelle, et il le remercia tout particulièrement de sa bienveillance à l'égard des missionnaires catholiques.

« Le R. P. Hugonard ajouta quelques mots en cris.

« La journée devait avoir un couronnement digne de ses débuts.

« Dans la soirée, les filles indiennes de l’école nous ont fait passer deux charmantes heures, en jouant deux petites pièces anglaises pleines d'intérêt, et qui étaient en même temps une leçon de vertu. Un chœur de petites mignonnes est venu entre temps chanter un joli cantique à la sainte Vierge, en français, et chacune a déposé au pied de la statue de la bonne mère sa petite fleur, de façon à lui former ensuite une couronne. M. Bétournay, inspecteur des écoles sauvages catholiques, voulut bien nous jouer sur l’harmonium, dans les entr’actes, les plus jolis morceaux de son riche répertoire.

« Je reviens aux petits drames anglais. C’était vraiment merveille de voir ces petites squaws se donner des airs de grandes dames anglaises du meilleur monde. Je me demande s’il y a beaucoup de couvents de demoiselles blanches où l’on puisse s’en tirer avec plus de grâce et de naturel que ne l’ont fait ces demoiselles cuivrées.

« La prononciation anglaise était nette et distincte ; on pouvait comprendre chaque mot très aisément. On a entendu plusieurs dames et plusieurs messieurs protestants, venus du fort, exprimer hautement leur admiration.

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Mission de Qu'’appelle.

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« Où pensez-vous que le gouvernement puisse trouver, ailleurs que chez les infatigables religieuses, des personnes qui réussissent, dans l’espace de quelques mois, à faire déclamer, en un si joli langage, des filles de Peaux-Rouges ?

« Il est bien vrai que ces bonnes Sœurs Grises y ont consacré une partie de leurs nuits ; mais le dévouement ne sait pas s'épargner.

« Et puis, si vous aviez vu la propreté et même l'élégance qui règnent dans la tenue extérieure des cent petits garçons et des cent petites filles de l’école! Ces dernières surtout ont un costume fort cossu.

« Honneur donc aux filles de la vénérable Mère d’Youville (Sœurs Grises de Montréal) qui secondent si puissamment l’habile directeur de l’institut, le R. P. Hugonard ! Que de fois ce missionnaire infatigable, dont le prestige merveilleux et la patience inaltérable réussirent à faire regorger l’école d’enfants sauvages, s’est écrié : « Que ferions-nous sans les bonnes Sœurs ? Sans elles, nous n’aurions jamais eu le succès dont nous bénissons Dieu chaque jour. »

Plantation d’une croix. — « Le samedi, 19 mai, fut encore un jour de grande fête.

« La matinée fut consacrée à des jeux publics dont les principaux héros furent des enfants de l’école.

« Dans l’après-diner, il y eut une cérémonie importante.

« Il y a vingt-neuf ans, au mois d’octobre 1865, notre vénérable archevêque choisissait le site de la Mission de Qu'’appelle. Il n’y avait pas alors un seul sauvage chrétien dans toute la région, on n’y rencontrait que des métis catholiques qui y venaient camper durant quelques mois pour faire la chasse aux buffalos. Avouons que le fait d'établir une Mission dans de telles circonstances était un acte de foi presque héroïque. Comme pour prendre possession, au nom de Jésus-Christ, de ce pays où le démon régnait jusque-là en souverain sur les pauvres sauvages païens, le grand évêque missionnaire planta une croix sur le sommet le plus élevé des hauteurs de Qu’appelle, et il fit promettre aux métis, et même aux païens alors présents, de respecter et de faire respecter le signe du salut ainsi que les terrains de la future Mission. La parole donnée a été loyalement gardée ; le temps seul, ce destructeur impitoyable, a pu ébranler ce monument de notre foi, et depuis quelques années

la croix avait cessé de 5e dresser dans les airs éomme le témoin d’un autre âge.

« C’est pour rattacher le présent au passé et affirmer de nouveau les droits de Jésus-Christ sur ce pays, que le T. R. Père Supérieur a bénit et planté une superbe croix en bois, de quinze pieds hors du sol, et couverte de fer-blanc. Une procession composée des deux cents enfants de l’école, avec les religieuses et tous les employés, et d'un bon nombre de blancs, de métis et de sauvages, s’est rendue solennellement, croix en tête, et au chant d’un cantique sauteux en l'honneur du signe de notre rédemption, sur le plateau élevé où la cérémonie devait avoir lieu. Le P. Théophile Campeau voulut bien se faire le héraut de la bonne nouvelle; il fit le tour des loges nombreuses disséminées dans les ravins, sur les flancs des collines ou autour de l’école, et il exhorta les sauvages païens à venir voir cette belle démonstration. Une vicille femme païenne, qui s'était vermillonnée pour réparer des ans l’irréparable outrage, et qui portait un accoutrement étrange tout comme une sibylle antique, sc faisait prier. — « Qu’allons-nous gagner, dit-elle, en « montant si haut ? »

« Tu vas gagner le ciel », repartit le missionnaire. La pauvre vieille a gravi péniblement le monticule élevé. Qui sait si son salut ne sera pas à ce prix !

« Le nombre des païens présents était très considérable et leur attitude fut très respectueuse.

« Après que le R. Père Général eut dit quelques mots en français pour rappeler les circonstances de la plantation de la première croix dont on voit encore les débris vermoulus, le R. P. Allard, Oblat de Marie Immaculée, vicaire général, fit un beau discours en sauteux. Les sauvages étaient ravis d'entendre un blanc parler si bien leur langue, ils en exprimèrent ensuite leur satisfaction.

« Le R. P. Favreau ajouta alors quelques mots en sioux et tout se termina par quelques prières récitées en anglais et en français au pied de la nouvelle croix, d'abord pour Mgr l’Archevêque, ensuite pour la conversion des infidèles, et enfin pour les morts. »

Procession du Très Saint Sacrement. — « Le lendemain, dimanche, 20 mai, à 8 heures du matin, confirmation de cent soixante-cinq personnes par le T. R. Père Général, que Mgr Taché avait eu la délicatesse de déléguer, en vertu d’un indult spécial,

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« À 10 heures, grand’messe avec diacre et sous-diacre, suivie de la procession du Très Saint Sacrement.

«Le nombre des blancs a été plus considérable que d’habitude, ce jour-là. On voyait des représentants de plusieurs nations européennes — anglais, écossais, français, irlandais, al'emands, suédois — et plusieurs colons canadiens venus de la chère province de Québec. Les sauvages vinrent aussi en bon nombre. Ils aiment beaucoup à aller prier dans le bois, comme ils disent, faisant allusion au reposoir qui est dressé chaque année dans un charmant bocage (un îlot de bois, en style de prairie) situé à quelques pas de l’église.

« La fanfare de l’école et tous les enfants en costumes de fête et portant de petits pavillons de diverses couleurs précédaient le clergé. Les sauvages paiens accoururent de toute part pour contempler ce spectacle si étrange pour eux.

« Le R. P. Antoine portait le Très Saint Sacrement, assisté de M. l'abbé Roy comme diacre, et de M. l’abbé Rocan comme sous-diacre.

« Le Sacré-Cœur de Jésus, patron de la paroisse naissante de Qu'’appelle, a dû bénir abondamment ce bon peuple si pieuscment recueilli, ces chers enfants dont la tenue était irréprochable, et tous ces pauvres malheureux qui méconnaissent encore Jésus- Christ et qui sont comme sans Dieu en ce monde, sine Deo in hoc mundo.

« L'église de Qu’appelle possède un groupe superbe représentant la scène du Calvaire, don des paroissiens et de quelques âmes pieuses de la région de Montréal ; si une âme généreuse établissait un calvaire là où se dresse aujourd’hui la croix dont on a parlé, et si l’on plaçait les stations du chemin de la croix sur les flancs de la colline, l’œuvre serait complète et le prochain reposoir pourrait être dressé sur les hauteurs —- Qui in allis habitat, « Dieu aime à habiter les cimes. » — Qui donc lui fera ce plaisir ?

« À 3 heures de l'après-midi, nous eûmes les exercices du mois de Marie. Sermon en français par le T. R. Père Général, qui put rendre le témoignage qu’il avait vu la Très Sainte Vierge honorée sur quatre continents : en Afrique et en Asie aussi bien qu’en Europe et en Amérique. Le T. R. P. Langevin prouva ensuite que le culte de la Vierge Immaoulée n'avait rien de nouveau, et il fit

voir que les protestants avouaient maintenant leurs erreurs passées, puisqu'ils revenaient au culte de celle dont on a dit que l’Angleterre était son douaire. »

Assemblée des Sioux.— « Un certain nombre de sauvages sioux s'étant réunis à la Mission, le T, R. Père Général, sur la demande de leur missionnaire, voulut bien les recevoir et leur adresser quelques paroles d'encouragement.

| « Le T. R. Père Général commence par donner à tous une poignée de main.

« Le chef, Bœuf-levé, prend ensuite la parole. Il exprime sa reconnaissance au T. R. Père Général d’être venu de si loin pour les voir, eux pauvres sauvages :

Nous n'avons pas pris la prière encore, pour plusieurs du moins, mais nous l'aimons, cette prière. Tu nous as bâti une église en pierre sur notre terre, nous t'en remercions. Tu nous donnes un prêtre qui parle notre langue, nous te demandons de ne pas nous l'enlever. Nous ne prions pas, c'est vrai ; autrefois, vois-tu, il n'y avait pas de robes noires avec nous, nous étions seuls, nous pensions que notre religion était la seule ; mais depuis que la robe noire est avec nous, nous réfléchissons à ce qu'il nous dit, nous aimons à entendre sa parole, parce que c’est la parole du Grand Esprit, parole toujours droite. Nous avons donné nos enfants à la robe noire pour qu'il leur verse de l'eau sur la tête, qu'il leur enseigne à prier droitement le Grand Esprit et qu'il leur montre à lire dans les gros livres et à parler avec les blancs.

« Le T. R. Père Général répondit à ce discours en exprimant son contentement de voir les Sioux, cette nation si célèbre par ses Hal exploits guerriers, si brave, si courageuse. Leur renommée a pis à traversé la grande mer. Il les aime. Ils sont intelligents, ils ont fa compris que la robe noire était pour eux un père. Il les félicite de leurs bonnes dispositions. Lorsqu'il retournera dans son pays, il dira qu’il a vu les Sioux; il parlera de leurs bonnes dispositions, mais il voudrait pouvoir dire que les Sioux ont entendu sa parole, qui est la parole de Dieu. « Vous m’ouvrez votre cœur, laissez-moi vous ouvrir le mien. Quelques-uns d’entre vous n’ont pas encore pris la prière ; il faut qu’ils la prennent. Vos enfants sont baptisés, dites-vous. Ce que vous trouvez bon pour vos enfants doit être bon pour vous aussi. Il vous faudra mourir un jour, et ces enfants

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que vous faites prier vous ne les verrez jamais si vous ne mai. .ez dans le même chemin qu'eux. Vous avez encore quelques enfants qui ne sont pas baptisés, promettez de les donner au prêtre. »

« En présence même du T. R. Père Général, les Sioux se consultent et ‘nissent par promettre de donner tous les enfants au prêtre, Immédiatement après l'assemblée, deux païens se rendent au camp, donnent les premiers l'exemple de l’accomplissement de leur promesse et portent leurs enfants au missionnaire. »

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