‹ Voyage du T.R.P. Louis Soullier en Amérique [microforme]Chapitre 45 sur 83 · SEE · texte numérisé non relu

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Vous nous appelez vos pères et nous vous aimons comme nos enfants. Mais vos missionnaires n'ont pas quitté leur patrie, leurs parents et tout ce qu'ils ont de cher pour s'occuper de vos corps ; ils viennent ici pour vous prêcher une vie meilleure et vous enseigner les moyens d'y arriver. Il faut aimer à vous faire instruire et procurer le même bienfait à vos enfants. Je vois ici un établissement magnifique qui fait grand honneur au gouvernement canadien, et qui est une preuve de son bon vouloir à votre égard. Ici, vos enfants sont instruits gratuitement dans la science des Blancs. Ils apprennent tout ce qui peut leur être utile pour gagner honorablement leur vie plus tard, à la façon des Blancs.

Mieux que cela, ils entendent parler du bon Dieu et ils sont formés aux vertus chrétiennes. Quoi de plus avantageux pour ces chers enfants! Cette école est vraiment l'honneur et la gloire de la religion et du gouvernement.

C'est une nouvelle preuve de cette vérité incontestable que la religion, qui semble n'être destinée qu'à procurer aux hommes le bonheur de la vie future, leur assure encore ici-bas le bien-être et les plus douces jouissances. Vous m'avez demandé des missionnaires. Je suis heureux de constater l'estime que vous témoignez à ceux qu'on vous a déjà envoyés ; je ferai tout en mon pouvoir pour augmenter leur nombre. Soyez tous heureux et contents; vivez comme de bons priants, vous en aurez la récompense éternelle. C’est le vœu de mon cœur.

« Le P. Camper avait été chargé de répondre en sauteux à tous les discours des sauvages. Il parla avec une vivacité et une force qui parurent faire grande impression sur les Indiens. Plusieurs métis étaient émus jusqu'aux larmes. Il fit un résumé succinct de la religion et il montra l’inanisé du culte des faux dieux. C’est ainsi, sans doute, que parlaient les Apôtres qui ont converti les nations. Ce discours a été l’emporte-pièce du premier congrès sauvage de Qu’appelle. Si le vénérable P. Lacombe, qui a tant fait pour le succès de cette belle fête, avait été présent pour adresser la parole en cris, la joie de tous eût été complète. Son nom a été prononcé plusieurs fois : « Où est le P. Lacombe ? Va-t-il venir ? » « Nous savons que les intérêts si graves de nos écoles catholiques le retenaient à Ottawa, où il a couronné son honorable mission auprès des évêques de la puissance du Canada, en présentant lui-même la pétition de l’épiscopat canadien tout entier demandant justice pour les catholiques du Manitoba et du Nord-Ouest, « En somme, ces fêtes de Qu’appelle ont fait un grand bien aux

sauvages catholiques, et le paganisme y a reçu son coup de mort. De l'aveu des païens eux-mêmes, parlant par l'organe de Pia-pot, les dieux s’en vont.

« Aussi, est-ce la persuasion intime des missionnaires que Piapot mourra chrétien; le respect humain explique seul sa profession de foi au paganisme. C'est le cri de détresse du paganisme agonisant.

« Le gouvernement canadien a pu se convaincre une fois de plus, en cette circonstance, qu'il n’a qu’à se louer de l'influence des missionnaires catholiques sur les sauvages tant paiens que chrétiens.

« Les paroles flatteuses du Supérieur général des Oblats et les déclarations formelles du chef catholique O’Shouppe sont bien propres à calmer les sauvages et à les disposer à accepter la civilisation. Saluons, en terminant, la belle croix de Qu’appelle, qui inaugure l’ère nouvelle, l’ère de la colonisation, et qui symbolise les espérances de l'avenir. Puisse-t-elle être le gage des bénédictions divines sur ces vastes régions destinées à nourrir des peuples entiers !

« Que personne n'oublie cependant qu'il y a encore des âmes à convertir dans le diocèse de Saint-Boniface, dont Qu'appelle fait partie, bien que la Mission soit située dans les territoires du Nord- Ouest (Assiniboia). On compte 14.257 sauvages dans l’archidiocèse, et, sur ce nombre, 6.536 sont encore païens ! La moisson à recueillir y est plus abondante que dans aucun des vicariats du Nord- Ouest.

« Pater noster... adveniat regnum tuum.

« O Père ! que votre règne arrive! »

Ajoutons, comme épilogue à cette intéressante relation, que la visite du T. R. P. Soullier ne tarda point à porter des fruits. Vingt mois plus tard, le R. P. Campeau annonçait au Supérieur général le baptême de la sœur et du neveu d’O’Shouppe, deux adultes païens, et l'admission au catéchuménat de deux familles païennes. Le missionnaire ajoutait :

« Un jour, je parlais à un de ces sauvages de la grandeur et de la puissance communiquées aux prêtres. Il me dit : « Ah! je te crois, tu dis la vérité. J’ai vu à Qu’appelle les très grandes robes noires venues de bien loin. J'ai entendu leurs paroles fortes, et

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