‹ Voyage du T.R.P. Louis Soullier en Amérique [microforme]Chapitre 7 sur 83 · I. — MONTRÉAL · texte numérisé non relu

I. — MONTRÉAL

Enlacée par lu rivière Ottawa et le majestueux Saint-Laurent, la ville de Montréal doit à sa situation et au génie de ses habitants, d'être la première ville du Canada par son activité et l'importance de son commerce. Elle l’est aussi par le chiffre de sa population qui s'élève à 300.000 âmes. Fidèle aux traditions canadiennes, elle garde au cœur la foi de ses ancêtres.

C'est en 1841 que les Oblats s’y établirent. Leur zèle n'y est pas demeuré stérile et ne s’y est point dépensé pour des ingrats. Nous en avons une preuve nouvelle dans la réception faite au T.R. P. Soullier.

L'arrivée d:3 voyageurs ressembla à un triomphe, triomphe pacifique organisé par l'affection filiale des uns, par l'amitié des autres, par le dévouement de tous.

A la gare attendaient, avec une nombreuse délégation, composée des principaux citoyens du faubourg Québec où est située notre résidence, les Pères de la communauté de Montréal, le Procureur et les Consulteurs provinciaux, le R. P. Lacombe, Vicaire général de Mgr Grandin, le R. P. Duvic, Supérieur du scolasticat d'Ottawa, et à leur tête, Mgr Clut, vénérable vetéran de nos missions au Mackenzie.

Après les premières salutations et les premières présentations, le T. R. Père Général, Mgr Clut, ies RR. PP. Antoine et Lefebvre prennent place dans une calèche découverte, traînée par quatre magnifiques chevaux et suivie d’une trentaine de voitures. « Le cortège s’avance lentement à travers les plus belles rues de la ville, dit l’un des témoins de cette scène. Au faubourg Québec, — quartier de nos Pères, — les maisons sont pavoisées aux couleurs françaises et anglaises. Deux grands drapeaux flottent sur le clocher de l’église Saint-Pierre, dont les cinq belles cloches lancent dans les airs leurs plus joyeuses volées auxquelles vient se mêler la voix puissante et majestueuse du bourdon. Notons en passant que ce bourdon et ces cloches sont le frère et les sœurs de la « Savoyarde », destinée à l’église du Vœu National; ce sont des œuvres sorties des ateliers de MM. Paccard. Aux abords de

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l'église et de la résidence des Pères, la foule est énorme, massée sur les trottoirs, tandis que des groupes serrés apparaissent à toutes les fenêtres des maisons environnantes. Arrivé sur le perron de la résidence, le T. R. Père Général, tout ému d’une si belle manifestation, se retourne et remercie de la main cette multitude qui vient de l’accueillir avec tant de sympathie et de vénération.

« Tandis que le T. R. Père Général dit sa messe dans la chapelle intérieure de la Communauté, le R. P. Antoine célèbre la sienne dans la chapelle de la maîtrise, magnifiquement décorée et où se sont réunies les congréganistes de l’ImmaculéeConception dont il fut longtemps le zélé directeur. Les chants préparés pour la circonstance sont exécutés avec une rare perfection. Deux vieux amis font office d’enfants de chœur. Le R. P. Antoine a de la peine à retenir ses larmes. Le lendemain, il offre le saint Sacri-

__ Le R. P. ANTOINE, fice dans la vaste église 1er Assistant général du T, R. P. Louis Soullier, de Saint-Pierre entiè-

rement remplie par les

membres de la Congrégation de Sainte-Anne qui, pour la beauté

des chants, rivalisent avec leurs jeunes émules de la veille, les Enfants de Marie.

« Dans l'après-midi du premier jour, le T. R. Père alla présenter

ses hommages à Mgr l'Archevêque de Montréal, et fut reçu par le

vénéré prélat entouré de tous les membres de son Chapitre. Il

rendit également visite au digne Supérieur de Saint-Sulpice et aux principales Communautés de la ville.

« Le soir, à huit heures, les citoyens du faubourg se réunissent dans la vaste salle de Saint-Pierre et présentent une adresse au T.R. Père Général. L'orateur est M. François Martineau, député au Parlement de Québec. Il dit éloquemment la reconnaissance et la vénération de ses compatriotes pour les Pères Oblats qui se dévouent depuis si longtemps à leurs intérêts spirituels et même à leur bien-être temporel. Il salue, dans la personne du T. R. P. Soullier, le chef de ces intrépides et zélés missionnaires qui leur ont fait tant de bien, qu’ils estiment, qu'ils admirent, qu'ils vénèrent, qu’ils aiment. Le T. R. Père ne pouvait, au reste, leur faire un plus grand plaisir que d'amener avec lui le R. P. Antoine, dont le souvenir n’a pas cessé de vivre dans la mémoire et dans le cœur de ses amis de faubourg Saint-Pierre, »

Le T. R. Père Supérieur général remercie les citoyens de leur magnifique réception du matin : il en a été, dit-il, profondément touché; il les félicite d’avoir élevé cette belle église Saint- Pierre, où lui-même, onze ans auparavant, avait contemplé cet admirable spectacle : quinze cents hommes se préparant par une fervente retraite à la communion de Noël; il constate avec bonheur leur attachement aux Pères et à toute la Congrégation dont il est membre et dont la Providence l’a fait le chef. « La preuve la plus « éloquente du zèle de nos Pères, dit-il, c'est votre foi, Messieurs, « c’est la générosité de votre christianisme, et cet ensemble de « vertus domestiques et religieuses qui me permettent de saluer « dans les citoyens du faubourg Saint-Pierre d'excellents pères de « famille, de fidèles héritiers de la foi canadienne, des catholiques « dignes de tous nos éloges et de toutes nos félicitations. »

Ces paroles sont fréquemment interrompues par les applaudissements. Les acclamations redoublent lorsque le P. Antoine se lève. Il remercie ses anciennes ouailles de la triomphale réception qu’elles ont faite au Supérieur général de la Congrégation des Oblats. Se laissant aller lui-même à ses émotions et à ses souvenirs, il manifeste toute la joie qu’il éprouve. « Vous avez dit « tout à l'heure que vous étiez heureux de me revoir; je puis « affirmer que je suis plus heureux encore de me retrouver au « milieu de vous. On m’a demandé si je n'avais pas regretté le

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« Canada; eh bien, oui, Je puis dire que je l'ai regretté, et, pendant « plusieurs années, j'ai pensé au Canada non pas une fois, mais « plusieurs fois par jour. » Le Père termine par quelques mots d’exhortation et demande aux citoyens réunis de prier et de faire prier leurs familles pour le succès du voyage que va poursuivre le T. R. Père Supérieur général.

Pont sur le flenve Saint-Lanrent.

Au noviciat. — [a journée du mercredi fut consacrée au noviciat de la province canadienne. Peu éloigné de Montréal, à vingt minutes en chemin de fer, il occupe, au village de Lachine, un site agréable, dominant le vaste cours du Saint-Laurent, Sur l'autre rive, et en face du village de Lachine, se trouve la mission iroquoise du Sault-Saint-Louis ou Caughnawaga, jadis dirigée par le R. P. Antoine. A l'arrivée du T. R. Père Général, la Communauté était réunie à la chapelle ; les novices entonnent l’ « Ecce quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum : voyez comme il est bon et comme il est doux pour des frères de vivre ensemble! » C'était le cri du cœur, l'expression fidèle des senti. ments qui remplissaient toutes les âmes ; bien des visages étaient baignés de larmes. ‘

« Nous nous rendons ensuite à la salle des exercices, écrivait le

R. P. Lefebvre. Le R. P. Tourangeau, maître des novices, souhaite la bienvenue au T. R. Père Général et lui présente une belle couronne de jeunes âmes, déjà prêtes à tous les dévouements et à tous les sacrifices. Le T. R. Père répond en exprimant sa joie de se trouver au milieu d’une si belle Communauté; il recommande à tous l’œuvre si importante de leur formation religieuse; puis, faisant le tour de la salle, il a pour chacun une parole affectueuse.

« Dans la journée, plusieurs membres de la tribu iroquoise viennent saluer le R. P. Antoine, leur ancien et dévoué missionnaire.

« À midi, plusieurs prêtres veulent bien prendre part à nos agapes de famille. Nommons entre autres M. Piché, curé de Lachine, ami et généreux bienfaiteur du noviciat; M. Forbes, curé des Iroquois de Caughnawaga, successeur du R. P. Burtin qui lui-même l’a été du R. P. Antoine; enfin, le digne aumônier des Sœurs de Sainte-Anne. »

Ces Religieuses secondent nos Péres dans plusieurs Missions, notamment en Colombie Britannique ; le T. R. Père Général fait une visite à la Communauté composée de plus de 180 professes, novices ou postulantes, et au pensionnat où celles dirigent plus de 200 élèves. Chants, musique, compliment, rien ne manque à la fête.

Nous sommes heureux de donner ici l'adresse que les élèves du Pensionnat présentèrent au T. R. Père Général.

RévéREND PÈRE SOULLIER, O. M. I.

Supérieur général des Révérends Pères Oblats de Marie Immaculée.

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