‹ Voyage du T.R.P. Louis Soullier en Amérique [microforme]Chapitre 70 sur 83 · I. — A MATTAWA · texte numérisé non relu

I. — A MATTAWA

A mesure que le vénérable Visiteur approche du terme de son vayage, les hôtes qui le reçoivent redoublent de soins et d’attentions ; les manifestations deviennent de plus en plus imposantes, comme si chacun, dans une religieuse émulation, voulait dépasser ses voisins. Voici, d’après le journal la Sentinelle, la réception faite par la petite ville de Mattawa, au retour de Saint-Boniface :

« La ville de Mattawa vient d’être le théâtre d’une des plus belles démonstrations qu’on puisse imaginer. Les citoyens de Mattawa et des environs voulurent profiter de la visite du T. R. Père Général des Oblats de Marie Immaculée pour exprimer à l’illustre visiteur la reconnaissance qu’ils éprouvent pour le bien opéré par les Oblats dans cette partie du Dominion, et ils firent les choses comme ils savent les faire, c’est-à-dire magnifiquement.

« Le T. R. P. Soullier, accompagné du R. P. Antoine, ancien provincial du Canada et maintenant assistant général, devait arriver par le train de 9 h. 30 du soir. Malheureusement, un retard de plus de deux heures trompa notre espérance, et ce ne fut que vers minuit que le train fut signalé. Malgré l'heure avancée, des centaines de personnes attendaient au débarcadère, se disputant l’avantage de voir les premiers le vénérable vieillard.

« À peine le Très Révérend Père eut-il le temps de recevoir les hommages de quelques-uns de ses sujets, qu’il fut en présence d'un spectacle qui le transporta d’admiration. En un instant, une multitude de torches enflammées brillaient dans la nuit sombre, Les ténèbres disparurent pour faire place à une éclatante lumière,

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Mattawa.

et la ville sembla sortir, comme par enchantement, du repos où elle paraissait plongée, pour témoigner à l’humble et illustre religieux sa joie de le recevoir, son respect, sa gratitude et son amour.

« En contemplant cette véritable ville de feu qui roulait au loin ses vagues lumineuses, le T. R. Père Général ne put retenir une exclamation : « Mais, c’est vraiment merveilleux ! » s’écria-t-il,

« Des équipages avaient été préparés pour les membres du clergé seulement, toute l’immense multitude devant faire à pied le trajet de la station à l’église, où devait avoir lieu la lecture des adresses.

« La fanfare de la ville ouvrit la marche en faisant retentir ses plus beaux accords, que les montagnes environnantes se chargeaient de répercuter au loin. Les illustres visiteurs s’avancèrent entre deux haies de flambeaux, sur un espace considérable de la rue Principale.

« La procession aux flambeaux s’organisa derrière les équipages, et conduisit, dans un ordre admirable, les dignitaires jusqu’à l'église Sainte-Anne. On remarquait dans les rangs des hommes distingués de la place, même des citoyens qui ne partagent pas les croyances catholiques romaines, et qui, cependant, avaient à cœur de témoigner de leur respect et de leur reconnaissance pour le Supérieur des Oblats. Pour mieux juger combien les cœurs des chayens battaient à l'unisson dans cette solennité, on n’a qu’à lire le compte rendu qu’en a donné The Mattawa Tribune, dont l'éditeur est un anglican distingué.

« De tous côtés, sur le parcours de la procession, le spectacle était ravissant. On voyait flotter, sur les édifices publics et sur plusieurs résidences privées, des drapeaux de différentes dénominations. Les maisons et les magasins, magnifiquement décorés et illuminés depuis la station jusque sur les hauteurs de la colline, offraient un coup d’œil des plus pittoresques et des plus enchanteurs. Des inscriptions, très appropriées, se lisaient au frontispice de plusieurs habita‘sns et dans les vitrines des principales maisons de commerce, pendant que, sur la Terrace qui domine la ville, un feu d’artifice bien nourri annonçait au loin l'allégresse des citoyens de Mattawa.

« Arrivés en face de l’église, les visiteurs mirent pied à terre sous un arc de triomphe de dimensions considérables et richement

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orné de verdure et de drapeaux aux couleurs de France, d’Angleterre et du Dominion. Puis le T, R. Père Général et sa suite firent leur entrée dans l’église au chant de Vivat ! vivat ! très bien exécuté par le chœur de Mattawa.

« Le vaste temple était littéralement rempli de spectateurs de toutes nations et de toutes croyances. Deux adresses éloquentes furent présentées, auxquelles le T. R. Père Général répondit. Voici l'adresse française, « dont nous ne voulons pas, dit la Sentinelle, priver le lecteur intelligent » :

Au Très Révérend Père SOULLIER, Supérieur général des missionnaires Oblats de Marie Immaculée.

Mon TRÈS RÉVÉREND PÈRE,

La population canadienne-française de Sainte-Anne de Mattawa est heureuse de souhaiter la bienvenue au premier chef des missionnaires Oblats de Marie Immaculée. Elle se sent toute honorée de votre passage au milieu d'elle. Ce n'est pas un simple étranger, auquel des mérites éminents auraient d'ailleurs conquis toute notre estime et notre vénération, que nous avons l'honneur de saluer en votre personne ; mais c'est au Père de nos Pères que nous nous adressons, et alors, aux sentiments du plus profond respect s'ajoute l'expression de la plus filiale reconnaissance pour le bien qui s'est opéré parmi nous, grâce à l'initiative, au zèle éclairé et au dévouement infatigable de vos enfants.

Aussi, mon Très Révérend Père, notre bonheur est grand, en ce moment, de vous posséder au milieu de nous et de réjouir votre cœur paternel et apostolique en attirant votre attention sur le bien opéré par les vôtres sur cette terre lointaine. Il vous sera facile d'apprécier l’état florissant de la religion dans cette paroisse, de contempler les magnifiques édifices que la piété a élevés à la gloire du Très-Haut, de considérer la condition actuelle et de la comparer avec ce que vous avez observé en 1876 et en 1883, lors de vos deux précédents voyages, de vous rendre compte par vous-même du progrès accompli et de dire avec un paternel et légitime orgueil : « Voilà ce qu'ont fait mes enfants ; voilà comment ils savent cultiver la part de la vigne du Seigneur qui leur est échue en partage. » Vous admirerez entre autres ce temple majestueux dans lequel nous sommes en ce moment assemblés.

Ce fut l’œuvre de prédilection du R. P. Poitras qui a dépensé, pendant près d’un quart de siècle, son énergie et ses forces à notre service, avec un zèle, un iact et un dévouement qui lui ont à jamais assuré l'estime, la

reconnaissance et l'amour de la population catholique de Mattawa. Il a longtemps travaillé sous la haute direction de celui que nous contemplons en ce moment à vos côtés et qui fut pendant d’heureuses années notre Provincial ain: et vénéré, et qui n’a quitté le Canada que pour travailler plus puissamment à ses intérêts dans la position élevée d'Assistant général qu'il occupe aujourd'hui. Vous nous permettrez, mon très révérend Père, de faire partager au R. P. Antoine, dont le souvenir est toujours vivant au milieu de nous, les souhaits de bienvenue que nous sommes heureux de vous adresser.

Le départ du R. P. Poitras nous a causé une grande tristesse, que le R. P. Lefebvre, supérieur actuel de cette province, qu'il dirige avec tant de prudence et de sagesse, s'est efforcé de dissiper en plaçant à notre tête le R. P. Gendreau. Celui-ci poursuit avec ardeur les œuvres commencées, tout en nous faisant bénéficier de son esprit d'entreprise et de son expérience.

Faire l'éloge des enfants, c'est réjouir le cœur du Père; aussi Très Révérend Père Général, votre cœur peut se livrer à une entière allégresse au touchant spectacle que vous pouvez contempler partout sur votre passage. Et ici, comme dans le reste du monde, vos enfants sont dignes de vous et sont dignes de leur sublime apostolat. Ici, comme ailleurs, ils savent travailler, souffrir — ils sauraient mourir s’il le fallait — pour que leurs sueurs, leurs larmes, leur sang, procurent aux âmes le bien-être, le bonheur et la vie.

Un seul nuage vient assombrir l'horizon de notre âme, en cette circonstance, et troubler l'allégresse de nos cœurs. C'est que vous ne faites que passer au milieu de nous. Image de tous les bonheurs d'ici-bas, votre visite ne sera que de courte durée; mais elle laissera dans notre population reconnaissante un souvenir ineffaçable.

Dans quelques heures, vous poursuivrez votre route pour aller semer, à cent milles d'ici, la joie que vous avez répandue avec abondance dans nos âmes. Là encore, le long de la route, vous trouverez des sujets de douces consolations.

Vous verrez les difficultés du chemin parcouru en 1876 aplanies, grâce à l'initiative de celui que nous avons le bonheur de posséder à la tête de cette paroisse, et qui congut ia première idée, et fut le premier président de la Compagnie de chemin de fer de Mattawa à Témiscamingue. Et vous bénirez le ciel qui inspire à vos disciples la pensée de travailler non seulement au bien éternel des âmes, mais encore de consacrer leur science et leur énergie aux intérêts temporels des peuples.

Voilà déjà de bien longs discours, et nous n’aurions pas fini s’il fallait résumer le bien accompli dans ces contrées par les enfants de Mgr de Mazenod, dont vous êtes le très digne successeur. Il faudrait nommer

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tous les révérends Pères qui se sont occupés de nos intérêts les plus chers. Ne vaut-il pas mieux résumer tout en un mot et dire : « Ce que nous sommes comme catholiques, et en grande partie comme citoyens, nous le devons aux Oblats de Marie Immaculée et nous en rendons grâces à Dieu d'abord, puis au T. R. Père Supérieur général qui nous fait en ce moment l'honneur d’une visite P »

Soyez certain qu'en retour, mon Très Révérend Père, nous nous efforcerons de ne pas rendre inutiles tant de bienfaits, et que « la mémoire

du cœur saura vous élever un sanctuaire. »

Les citoyens Canadiens-Françaïs de Mattawa.

6 août 1894.

Adresse anglaise.

To The Very Revere:d Father SOULLIER, Superior General of the Order of Mary Immaculate.

VERY REVEREND AND DEAR FATHER

The universal success which has attended the work of your Noble Order, from the time of its institution down to the present day, pays the highest tribute to the self sacrificing labours of its devoted Members.

Notin the land ofits Origin alone does it carry on its good work, but in every parc of the world, its Missionaries are noted for their zeal and devotion in the service of their Divine Master.

In this Country more particularly they are carrying on the heroic labours oftheir forerunners the Jesuits and to day the words of the celebrated Historian Brancroft might well be applied to them when in refering to the ‘“ariy Missionarÿ

Au Très Révérend Père SOUL- LIER, Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée,

TRÈS RÉVÉREND ET CHER PÈRE

Les succès universels qui ont récompensé les travaux de votre noble Ordre, depuis le temps de son institution jusqu'aujourd'hui, prouvent hautement l'esprit de sacrifice et le dévouement de ses membres.

Ce n'est pas seulement dans le pays de ses origines qu'il fait sa belle œuvre, mais c'est dans toutes les parties du monde que ses missionnaires sont connus pour leur zèle et leur générosité au service de leur divin Maître.

Dans cepaysplus particulièrement, ils poursuivent l’'héroïque tâche de leurs devanciers les Jésuites, et aujourd'hui les paroles du célèbre historien Bancroft peuvent être appliquées aux Oblats comme aux anciens ouvriers apostoliques de cet

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