I. — À OTTAWA
La Baie-des-Pères formait la dernière étape du long voyage entrepris par le T. R. Père Général dans le Nord-Ouest. Des bords du lac Témiscamingue où s’élève le naissant et gracieux village, les voyageurs se dirigèrent enfin vers la capitale du Canada et descendirent au scolasticat d’Archville. Le R. P. Duvic nous écrit les pages suivantes sur le séjour du chef de la famille parmi
la jeunesse du scolasticat :
« Aussitôt après son long voyage à travers le Nord-Ouest de l'Amérique, le T. R. Père Supérieur général, toujours accompagné du R. P. Antoine, son fidèle compagnon, voulut s’arrêter à notre charmante solitude du scolasticat, et y prendre quelques jours de repos. Cependant, entendons-nous, et n’allez pas croire que ces jours de repos furent des jours d’inaction ou d’oisiveté. Non, je puis vous assurer qu'aucun moment ne fut perdu; notre vénéré Père s'étant mis entièrement à notre disposition, nous en usâmes cet en abusâmes. Chacun des membres de la communauté, jusqu’au dernier des Frères soit scolastiques, soit convers, put le voir, lui causer à son aise pour lui faire connaître ses dispositions, ses peines, ses difficultés, et recevoir en échange ses conseils, ses consolations et ses encouragements. Quel bonheur pour chacun de nous de pouvoir ainsi, de vive voix et dans l'intimité, verser les secrets de son âme dans le cœur d’un père si bon et si tendrement aimé !
« Pendant la semaine que dura son séjour au milieu de nous, nous eûmes le bonheur de le voir présider une de ces fêtes de
famille qui fournissent toujours un nouvel aliment à la piété et à la ferveur. Le 15 août, fête de l’Assomption de la sainte Vierge, onze Frères scolastiques faisaient leurs vœux perpétuels et déposaient ieurs engagements sacrés entre les mains de notre bien-aimé Père Supérieur général, qui adressa aux nouveaux élus une touchante allocution et leur donna de précieux conseils. Prenant pour texte ces paroles de l'Evangile du jour : Maria optimam partem elegit, quæ non auferetur ab ea, il leur rappela la beauté de leur vocation et la fidélité avec laquelle ils devaient y corres-
Le Parlement d'Ottawa.
pondre. La vie de l’Oblat est une vie de labeur et de fatigue, mais elle est aussi une vie de recueillement et de silence. L’Oblat doit sans doute imiter l’activité de Marthe, la sainte obéissance l’envoie dans des régions où il est obligé de s’occuper de travaux matériels: mais, même au milieu de ces occupations inhérentes à la vie de missionnaire, l’Oblat doit surtout imiter Marie et se tem: aux pieds de Jésus pour écouter ses divines paroles ; car à quoi bon se donner tant de mouvement, se livrer à tant de travaux extérieurs, si l’on néglige l’unique chose nécessaire, la sanctification de son âme? La cérémonie s'acheva de la manière prescrite par nos
saintes Règles, et la journée fut ce qu’est partout une journée d’oblation perpétuelle, journée de fête et de réjouissance. Le soir eut lieu l’offrande traditionnelle de la couronne à la très sainte Vierge ; le T. R. Père Supérieur général commença par bénir la nouvelle statue de Marie qui préside à nos réunions de communauté dans la salle des exercices, puis nous priâmes tous ensemble pour les besoins de l'Eglise et de la Congrégation. Le dimanche suivant. nos nobles et vénérés hôtes nous quittaient pour se rendre à : Université, où les attendaient un grand nombre de Pères de la province, réunis pour la retraite.
« D’autres, mieux informés, vous parleront sans doute de cette retraite, vous diront ce qui s'y est passé et tout le bien qui s’y est accompli. Ne quittons pas le scolasticat où nous avons le plaisir de recevoir, le samedi suivant, 25 août, une nouvelle visite du T. R. Père Supérieur général.
« Cette fête du 25 août, au scolasticat d'OUiiawa, nous a procuré une de ces nombreuses réunions où les enfants de Mgr de Mazenod aiment à se retremper dans l'esprit de charité que leur a légu: leur vénéré Fondateur, et où nous voyons d’une manière éclatante comme Dieu a daigné bénir notre famille religieuse dans cette portion de la vigne du Seigneur, confiée à nos soins. »
Il. — FÊTE DU T. R. PÈRE GÉNÉRAL
Notre correspondant continue :
« Ce jour-là, nous célébrons la fête de saint Louis, roi de France, et notre bien-aimé Père Supérieur général avait voulu fêter son glorieux patron au milieu de ses enfants du scolasticat. Ce même jour était encore la clôture de la retraite annuelle des Pères et des Frères de la province du Canada, retraite prêchée à l’Université par le R. P. Antoine, et à laquelle présidait le T. R. Père Supérieur général. Heureuse coïncidence qui nous procura le bonheur d’avoir au scolasticat une des plus belles réunions d’Oblats qu’on ait encore eue de ce côté de l’Atlantique, et peut-être dans la Congrégation tout entière.
« La retraite s’était terminée le matin par l’imposante cérémonie
du renouvellement des vœux ; à dix heures, notre bien-aimé Père À arriva au scolasticat, accompagné du R. P. Antoine, du R. Père Provincial et de quelques autres Pères, et aux accords aussi | harmonieux que bruyants de notre petite fanfare, il fait son entrée dans la salle des exercices où se trouve réunie toute la communauté. Lorsqu'il a pris place au fauteuil qui lui a été préparé au fond de la salle, nos Frères lui disent, dans une cantate appropriée à la circonstance, l’allégresse dont tressaillent en ce jour les cœurs de ses enfants, puis, au nom de tous, un jeune Père scolastique lui exprime nos souhaits de fête. Il compare à la royauté de saint Louis l’autorité que notre bien-aimé Père exerce sur ses nombreux sujets, et rappelle que la seconde l’emporte de beaucoup sur la | | première par son extension, son côté spirituel et son caractère tout | paternel. [1 fait allusion en finissant à une pensée qui pouvait jeter un nuage de tristesse sur cette belle fête et que chacun s’efforce de refouler au fond de son cœur : c’est que, pour la dernière fois en ce monde, la plupart d’entre nous coniemplent les traits d’un Père qu’ils vénèrent, pour la dernière fois ils vont entendre les accents de sa voix aimée.
« En quelques mots tirés de son cœur, le R. Père Supérieur général parle des sentiments de joie et d’affection dont son âme / est remplie. Après la touchante réunion du matin à l’Université, il va retrouver tout à l’heure une réunion plus nombreuse encore.
Cette royauté que vous m'attribuez, ajoute-t-il, vous allez bientôt la partager avec moi; vous aussi, vous serez les rois des peuples que vous allez évangéliser ; vous en ferez la conquête par votre zèle ; vous régnerez sur eux par l'influence de vos vertus et par l’autcrité de votre science. Dans toutes les tribus que je viens de visiter, le missionnaire est pour elles, au plus haut degré, le représentant de Dieu, le défenseur des intérêts communs, l'arbitre de toutes les difficultés. Unissez donc la science à la sainteté et ne restez étrangers à aucune branche des connaissances humaïnes, afin de porter bien haut le drapeau de l'Eglise et de la Congrégation, et de vous assurer de nombreuses victoires.
« Ces paroles furent les dernières que nous adressa notre vénéré Père; nous les conservons dans nos cœurs. Avec la grâce de Dieu et la bénédiction que nous donna ensuite notre bien-aimé Père, elles produiront leurs fruits.
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« Cependant les Pères arrivent en grand nombre; les Frères scolastiques se joignent à eux pour leur faire visiter le scolasticat, son jardin et son beau parc. C’est une joie pour les jeunes missionnaires de revoir les Frères qu’ils ont connus au scolasticat, et ces lieux bénis où se sont écoulées les plus belles années de leur vie religieuse ; les vétérans de l’apostolat racontent leurs aventures les plus émouvantes, les dangers courus dans leurs. voyages, les difficultés du saint ministère ; et les conversations se poursuivent intéressantes, animées, jusqu’à ce que la cloche nous appelle à la chapelle pour l’examen particulier, puis au réfectoire pour le dîner.
« Notre réfectoire avait pris ses airs de grande fête, et offrait vraiment un coup d’œil splendide. Au fond de la salle, entourées de drapeaux et d’oriflammes, les armoiries de la Congrégation, auxquelles font un cortège d’honneur les portraits de notre vénéré Fondateur, du T. R. Père Supérieur général, du T. R. P. Fabre, du KR. P. Antoine. Des guirlandes de sapin, entremêlées de banderoles et parsemées de roses de diverses couleurs, courent le long des colonnes, des murs, du plafond, et s’entre-croisent de la manière la plus gracieuse. Au milieu de la salle, sous un dôme richement décoré, se dresse la statue de saint Louis, entre un drapeau fleurdelisé et l’oriflamme de saint Denis.
« Mgr Duhamel, archevêque d'Ottawa, invité de la part du T.R. Père Supérieur général à prendre part à cette fête de famille, occupe la place d'honneur, ayant à sa droite le T. R. Père Supérieur général, à sa gauche le R. P. Antoine, assistant général, et en face de lui, le R. P. Lefebvre, provincial du Canada ; puis les membres de l'administration provinciale, les Supérieurs et une magnifique couronne de cent cinquante Oblats, dont soixante-dix Pères, cinquante Frères scolastiques et trente Frères convers. Cent cinquante Oblats là où,un quart de siècle auparavant, on en comptait à peine une vingtaine ! Quasi ,'erminantes multiplicati sunt, ac roborati nimis impleverunt terram. (Exode, 1, 7.) Quelle joie pour notre Père et jour nous tous de voir l'esprit de charité et de fraternel abandon qui anime tous les membres de cette réunion nombreuse ! Au dessert, trois jeunes violonistes viennent charmer nos oreilles de leurs douces harmonies; puis le R. Père Provincial se lève et en quelques paroles émues se fait l'interprète de notre reconnaissance auprès de Mgr l’Archevêque.
Un pieux usage veut, dit-il, qu'après la retraite annuelle, les Pères qui ont pris part à cette retraite viennent goûter dans ce cher scolasticat les douces joies du Cor unum et anima una, dont notre vénéré Fondateur a fait le plus bel héritage de notre famille religieuse. Aujourd’hui, ces agapes fraternelles prennent un caractère de solennité que jamais nous n’eussions osé espérer. Ce ne sont plus seulement des frères qui s'embrassent dans l'effusion d’un amour longtemps contenu, c'est une famille réunie autour d'un Père vénéré pour lui témoigner sa filiale affection au jour glorieux de sa fête. Votre Grandeur, Monseigneur, a voulu donner à notre chère Congrégation un nouveau et touchant témoignag” de sa bienveillance, en relevant, par sa présence au milieu de nous, l'éclat de cette fête de famille; je l’en remercie au nom de tous les membres de cette Congrégation. Nous sommes très heureux, Monseigneur, de voir Votre Grandeur s'associer à nos joies comme à nos peines ; depuis iongtemps, il existe entre Elle et les Oblats du Canada une douce intimité, que nous ne désirons rien tani que de voir se resserrer encore de jour en jour.
« Monseigneur répondit en termes flatteurs pour notre Congrégation :
Vous dites vrai, mon Révérend Père, quand vous affirmez qu’une franche intimité m'unit à la Congrégation des Oblats ; je puis dire que tout ce que j'ai de bon, c'est aux Oblats, après Dieu, que je le dois. J'aime à le reconnaître en toute occasion ; j'aime à le reconnaître surtout en ce jour où nous nous trouvons réunis si nombreux autour du T. R. Père Supérieur général de votre Congrégation.
« Monseigneur rappelle ensuite qu’il doit toute son éducation aux Oblats, depuis son plus jeune âge jusqu’à sa sortie du Grand Séminaire, rend hommage à ses anciens maîtres dont il nomme plusieurs toujours estimés et aimés : les RR. PP. Gaudet, Tortel, Tabaret.
Oui, dit Monseigneur en terminant, je suis heureux de témoigner ma reconnaissance à la Congrégation des Oblats dans la personne de son chef vénéré. Partout où travaillent les Oblats, l'Eglise apprécie leur dévouement; l'Eglise du Canada en particulier leur doit beaucoup, mais l'Eglise d'Ottawa leur doit tout; ce sont les Oblats qui l'ont fondée, ce sont les Oblats qui soutiennent en partie son existence. Recevez donc, mon Très Révérend Père, mes sincères remerciements en mon nom, et au nom de tout le diocèse que je dirige.
« À ces dernières pa'oles de Mgr Duhamel, une longue salve d’applaudissements retentit, et Monseigneur en provoque une nouvelle par ce mot aimable qu’il dit en s’asseyant: « Peut-être dira-t-on, après ma mort, que j'étais Oblat honoraire. »
« Hélas ! le soleil n'avait pas arrêté sa course pour nous permettre de prolonger cette réunion fraternelle. Le moment de la séparation est arrivé. Mgr Duhamel et M. le chanoine Bouillon, qui l’'accompagnait, reprennent la route de l’archevêché. Ce sont ensuite les Pères qui s’en vont, un peu dans toutes les directions, vers le poste de travail et de dévouement que l’obéissance leur a assigné. Enfin, vers quatre heures du soir, le T. R. Père Supérieur général et le R. P. Antoine nous font, à leur tour, leurs adieux; les Pères et les Frères de la Communauté accourent pour voir encore une fois leur Père bien-aimé et en recevoir une dernière bénédiction. Un sentiment d'émotion indéfinissable s'empare de nos cœurs ; nos yeux suivent, aussi longtemps qu'ils peuvent l’apercevoir à travers les grands arbres, la voiture qui emporte nos illustres et bien-aimés visiteurs.
« Tout est fini ; que dis-je ? non, tout n'est pa: fini, il nous reste les consolants et fortifiants souvenirs de cette mémorable journée ; ils resteront impérissables dans les cœurs de ceux qui en ont été les heureux témoins. »
I1Il. — A QUÉBEC
Au mois de juin, le vénéré visiteur n'avait fait que passer dans la vieille cité canadienne ; le 3 septembre, en revenant d'Ottawa, il lui fut loisible d'y demeurer quelques jours. Les catholiques en profitèrent pour faire au Supérieur général une grandiose réception. Le lendemain même de l’arrivée, M. Parent, maire et député de Québec, venait, accompagné des principaux personnages de la cité, et aux accents de deux corps de musique, chercher les visiteurs et les Pères de la communauté pour les conduire à ia vaste salle Saint-Pierre, élégamment décorée et remplie d’une foule compacte.
M. le maïirc présenta l’adresse suivante :
Au Révérendissime Père Louis SOULLIER, Supérieur général de la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée,