‹ Voyage du T.R.P. Louis Soullier en Amérique [microforme]Chapitre 78 sur 83 · RÉVÉRENDISSIME ET VÉNÉRÉ PÈRE · texte numérisé non relu

RÉVÉRENDISSIME ET VÉNÉRÉ PÈRE

L'heure du travail, en nous réunissant de nouveau sous ce modeste toit, nous trouve doublement joyeuses ; car, outre le plaisir de revoir les personnes aimées que les vacances nous avaient ravies pour quelque temps, nous avons la joie d'offrir nos hommages de bienvenue au :''us haut dignitaire de la noble famille de Marie Immaculée. Nous voudrions avoir

Le ft. P. GARIN pieusement décédé depuis la visite du T. R. P. Louis Soullier.

le talent et la verve des petites parisiennes, Très Révérend Père, pour vous traduire les diverses émotions qui agitent nos âmes en ce moment; pour vous peindre nos sentiments de profonde vénération, de respectueuse sympathie, et vous exprimer le bonheur que nous fait augurer votre passage au milieu de nous, au commencement de cette nouvelle année scolaire ; mais, françaises par le cœur seulement, nous ne saurions nous écarter de notre simplicité ordinaire, et nous ne ferons que protester, dans notre naïf langage, que si le cœur est une couronne tressée par l'affection, une fleur au suave parfum, nous voulons être tout cela pour vous, de même que nous voudrions l'être pour les zélés pasteurs qui, du berceau à la tombe, nous entourent de si touchantes sollicitudes.

Digne chef d'une Société que tout esprit judicieux ne sait qu'admirer et exaher, illustre commandant d'une phalange d'apôtres aussi intrépides que courageux, aussi dévoués que généreux et tendres, quel que soit le climat vers lequel vous tourniez vos pas, toujours la renommée vous désigne, toujours le charme des vertus que vous inspirez vous fait désirer, et persuade que votre charitable bienveillance est de toutes les contrées et pour tous.

Daignez croire, Vénéré Père, que votre aimable visite marque ce jour, pour nous, d'un cachet tout particulier de joie et de bonheur ; et, lorsque les beaux soleils de notre enfance seront cachés derrière un horizon chargé de nuages peut-être, nous nous rappellerons avec plaisir ce jour aimé, qui fut, pour nous, une date de félicité, et, comme le dit un célèbre écrivain, nous nous consolerons de vivre par le bonheur d'avoir vécu.

À la faveur de votre visite, Révérendissime et Vénéré Père, veuillez ajouter celle de votre bénédiction qui nous fera participer à votre esprit de paix, de suave dilection, et nous vaudra une année de succès et dans la science et dans la pratique de la vertu.

Voici enfin le récit de la cérémonie qui eut lieu dans la paroisse et l’église de Saint-Joseph.

C'était le dimanche 23 septembre. Le Supérieur général devait se rendre de la maison des Pères à l’église de Saint-Joseph, assez éloignée du presbytère. Les catholiques avaient organisé pour cette circonstance, en pleine ville protestante, un superbe cortège. Une fanfare marchait en tête ; l'Association catholique suivait avec ses deux cents jeunes hommes vêtus de magnifiques costumes. Après un premier groupe de voitures venaient des gardes à cheval, puis la voiture du Très Révérend Père entourée de gardes d'honneur et

suivie de nombreux équipages. Des délégations de diverses Sociétés d'hommes fermaient la marche : Sociétés de l’Ange-Gardien, de la Corporation Saint-André, de l’Union Saint-Joseph, de la Société Saint-Jean-Baptiste. « Des milliers de curieux, dit l’Etoile, étaient « stationnés dans les rues le long du parcours, et tous affirmèrent « unanimement que ce fut l’une des plus belles processions qui « aient eu lieu à Lowell depuis longtemps. »

L'église était bondée, naturellement. Après la messe sulennelle durant laquelle un chœur puissant exécuta fort bien une messe et des motets artistiques, le président de la Corporation Saint-André, M. Charles-H. Belanger, lut, au nom de la paroisse, l'adresse suivante :

Au Très Révérend Père Louis SOULLIER, Supérieur général de la Congrégation des missionnaires Oblats de Marie Immaculée.

TRÈS RÉVÉREND PÈRE

Un jour, une pauvre famille se trouvait dans l'attente d'un personnage aimé, d'un bienfaiteur, inconnu cependant.

Le chef de cette nombreuse famille disait souvent : « Nous aurons l'honneur bientôt de recevoir la visite qui nous a été promise. Nul doute que tous vous vous efforcerez de lui faire un accueil convenable. » Et comme de pauvres enfants que nous étions, naïfs comme au premier âge, nous nous disions en battant des mains : « Oh ! quelle joie nous allons éprouver ! » Cette joie, Très Révérend Père, nous l'avons déjà ressentie ; le jour du 15 septembre 1894 était destiné à nous la procurer, nous l'avons salué avec allégresse.

Les plus vieux de la famille sont allés vous recevoir. Le fondateur de cette paroisse, que toujours nous appelons notre Père, était à notre tête, nous le suivions avec bonheur comme cela nous arrive chaque fois qu'il se dirige vers l'église, notre véritable demeure. Nous n'avons pas dérogé à notre habitude aujourd'hui. Regardez, nous sommes là, et c'est d’une voix unanime, les yeux au ciel et la main sur notre cœur, que nous disons, Très Révérend Père Louis Soullier, Père des Pères : « Nous vous saluons. » Déjà vous avez parcouru les immenses plages de l'Amérique. Le Canada, notre patrie bien-aimée, a eu l'avantage d'entendre le premier votre voix. On est accouru sur vos pas. Montréal, Québec, Ottawa, Winnipeg et d'autres villes encore se sont disputé tour à tour l'honneur de vous posséder dans leurs murs. Partout vous avez rencontré une population

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sympathique, partout vous avez vu un franc sourire errer sur les lèvres de ceux qui vous souhaitaient la bienvenue.

Nous ne voulons pas nous montrer moins prodigues de nos sentiments à votre égard.

Assis sur un sol étranger, à l'ombre d'un drapeau qui nous laisse toutes les libertés religieuses, entourés d’un peuple qui ne vit pas, hélas! de notre foi, il nous est glorieux aujourd'hui de pouvoir dire : « Père, regardez l'œuvre de vos enfants. » Des milliers de Canadiens viennent s'agenouiller dans ces temples élevés par les soins de vos sujets. Des écoles ont surgi, nos enfants y apprennent à servir Dieu dans l'amour du travail et de la prière. Et quand sonne le jour du Seigneur, nous courons tous nous grouper autour de la chaire sacrée pour entendre la voix éloquente de nos prêtres nous encourageant à suivre sans relâche le chemin plein d'écueils qui nous conduit aux portes de l'éternel bonheur. Hommes et femmes mariés, jeunes garçons et jeunes filles, enfants même, tous répondent avec ardeur à ce zèle d'apôtre, qui, toujours, a distingué ceux que votre sollicitude a placés à notre tête pour nous guider.

Phares lumineux, ils nous dirigent sans que jamais les tempêtes suscitées par l'ennemi puissent les arrêter un seul instant; ils sont nos sauveurs, nos Pères. Et vous, noble Visiteur, vous êtes Ià les guidant de vos lumières, de votre science et de vos vertus. Ah! comment pourrionsnous ne pas être heureux ! Comment pourrions-nous passer sous silence ce jour si beau qui marquera dans l'histoire canadienne de cette ville une page glorieuse ! Daignez donc, Très Révérend Père, daignez donc accepter nos humbles hommages. Nous le savons, naguère encore un deuil profond se répandait sur la Société dont vous êtes le chef. Votre honoré prédécesseur était enlevé à l'affection de ses sujets. Réunis en un conseil suprême, les représentants des diverses provinces vous ont choisi pour continuer l'œuvre pleine de dévouement de votre prédécesseur. Vous n'avez pas failli à votre tâche. Déjà, par vos ordres, une nouvelle contrée s'est ouverte : l'Océanie réclamait des missionnaires, votre cœur d'apôtre s'est ému et vous y avez envoyé quelques-uns de ces soldats du Christ qui, toujours, n'ont pour armes que la prière, la mortification et la charité, vertus qui, nous n'en doutons pas, font l'ornement de votre âme. Mais il n'est pas besoin d'aller sous des climats inconnus ni dans des contrées sauvages, pour admirer l’œuvre de vos missionnaires, ou pour applaudir à l'abnégation de ceux que vous désignez.

Lowell ne vous est pas étranger; ici comme ailleurs il ÿ a du bien à faire, vous le savez ; c'est pourquoi votre amour pour la religion maintient au miiieu de nous des prêtres qui nous la font aimer. Par votre permission, une bâtisse s'élève sur des bases inébranlables. Déjà l'église Saint-

Jean-Baptiste se dessine au-dessus des édifices de la ville. Les Canadiens la voient et l'admirent. L'étranger s'arrête stupéfait : « Qui donc, dit-il, qui donc élève ce monument P » Ceux qui sont là répondent :

« Ce sont nos Pères, ce sont les gardiens de notre foi et de notre nationalité. C'est le R. P. Garin, qui depuis vingt-six ans travaille pour notre bonheur et pour la conservation de notre foi. C'est vous, Très Révérend Père Général, puisque rien ne se fait sans que vous y donniez votre haute approbation ; c'est donc à vous que revient tout l'honneur et c’est pourquoi nous vous disons : « Merci. »

Oui, merci, merci de votre tendre sollicitude ! Merci de votre attention à notre égard ! Merci pour la génération qui commence !.. Merci pour nos chers enfants |

Et dans ce sentiment de reconnaissance, associons aussi votre digne compagnon, le R. P. Antoine. Longtemps il a vécu au milieu des Canadiens ; il connaît leur foi, et nul doute qu'il veut bien croire à la sincérité de nos paroles quand nous rendons hommage à ceux qui se dépensent pour le bien des âmes, quelle que soit la sphère où Dieu les ait placés.

Au R. P. Antoine donc, nous disons également : « Bienvenue et merci! »

Quant à vous, Très Révérend Père Général, votre tâche est une de celles qui ne peuvent être appréciées que par Dieu. Continuez donc longtemps encore à veiller sur nous par ceux qui tiennent ici votre place. Continuez à nous guider dans les combats de la vie, afin que toujours nous puissions porter haut le drapeau du devoir, comme vous-même portez haut celui de l'honneur et de la vertu.

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