‹ Voyage en AbyssinieChapitre 1 sur 35 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Remise de la lettre et des présens de Sa Majesté. ——

Situation critique des affaires en ABYssiNIE. — Détails donnés par M. PEarer, sur tout ce qui s’est passé dans ce pays après mon départ. — Querelle entre M. PEARCE et le ras. — M. PEeaARCE résout de pénétrer dans l’intérieur des terres. — Description du pays de WozssEr at. — Les Dorsa.— Les Assouso GALLASs.— Lac AsHanc y. — Sources du TACAZZE.

Les Acaus. — Montagnes Entrevue de M. PrarCE avec GABRIEL, gouverneur de la province de Lasra.

du SAMEN. — INCHETKAUB.

— M. PEaARrcE retourne à ANTALO.-— Le ras marche à la tête de son armée , contre les GALLASs. — Bataille sanglante qu’il leur livre. — Le ras remporte la victoire. — Bravoure de M. PrartEe. — L'armée s’avance dans les plaines des Epsous. — Barbaries commises par des maraudeurs , en présence de M. PEarcx. — Entrevue du ras avec un chef GALLA , nommé LiBan. — Retour à ANTArLO. — Campagne de 1808, contre des chefs rebelles. — L'armée pénètre dans le pays d'Hamazen. — Chasse de l’Eléphant. — Retour à AGOUEH, — Leltres

IT. l

du capitaine Rupranb.— M. PEARCE se rend sur la côte de la mer. — Son séjour à Mapir.— Embarras où il se trouve, et dangers auxquels il est exposé. Il retourne et arrive à ANTALO.

Ex m'entretenant avec M. Pearce et Debib, durant le chemin, javais découvert en partie l'impossibilité de me rendre à Gondar , comme je me l’étais proposé, impossibilité qui provenait des troubles dont les provinces intérieures étaient agitées , et de l'inimitié subsistante. entre le ras Ouelled Selassé et Guxo, qui avait alors le commandement de quelques-uns des plus importans districts situés à l'est du Tacazzé.Dans une conférence que j'eus, le 16 mars, avec le ras, et où nous discutämes long-temps le sujet de ma mission, non seulement il me confirma la réalité des obstacles dont je viens de parler , mais il massura aussi qu'il était absolument impossible que j'entreprise un tel voyage avant le mois d'octobre, temps auquel les pluies auraient cessé, et où, lui-même se proposait de marcher vers Gondar, à la tête d’une armée, et que si j'osais m'avancer vers cette capitale , sans être protégé par des forces nombreuses , la haine que lui portait Guxo déterminerait, sans doute, ce chef à me faire arrêter , et très-probablement à me faire périr.

J'étais prêt à braver tous ces dangers; mais je vis clairement que le ras ne le souffrirait pas, et je savais quil était inutile de résister à son autorité Je fus donc, à mon grand regret, obligé de renoncer à visiter Gondar; car la dépense qu'aurait occasionnée la prolongation de la relâche de la Marian, et l'ordre qui m'était donné de retourner dans ce vaisseau , ne me permettaient pas d'attendre que le temps des pluies füt passé. Je me vis donc reduit à remettre au ras, ainsi que le portaient mes instructions , la lettre de Sa Majesté et les présens destinés à l'Empereur d'Abyssinie. Toute la semaine suivante fut employée à disposer ceux-ci pour les faire voir à la cour du ras. La glace peinte et devant servir de panneau de vitre , le tableau représentant la Vierge Marie, et une belle table de marbre, choses qui arrivèrent intactes, firent le plus grand plaisir. On les envoya à l’église de Chélicut , où je me rendis sur-le-champ avec le ras , pour les faire disposer convenablement. La table de marbre fut destinée pour la communion , et l'on plaça le tableau au-dessus. Quant à la glace peinte, elle fut mise en un lieu où elle produisit un effet agréable, quoique peu bril-

lant à cause de la construction particulière # t

n VOYAGE de l'église, qui ne permettait pas de l'exposer en plein jour.

Tandis que tout cela se faisait , M. Pearce, à la demande du ras, joua d’une vielle organisée (1) qui, quelque temps auparavant, lui avait été envoyée en présent par le capitaine Rudland. Quoiqu'il sen fallüt beaucoup que l'instrument füt d'accord, jamais je n’écoutai de musique avec plus de ravissement.

Il est impossible de se figurer l'admiration que leras et ses principaux chefs exprimèrent en contemplant nos présens. Différentes fois le ras garda, durant plusieurs minutes , et comme un homme absorbé dans ses réflexions, un profond silence , qu'il rompait ensuite en s'écriant : Æzub, ezub] Merveilleux, merveilleux ! Il paraît qu'il se faisait dans son esprit, une révolution d'idées, à la vue d’objets à la réalité desquels il n'avait pas voulu croire. Bientôt le chef des prêtres récita une prière où le nom anglais fut répété souvent ; et le ras , en sortant de Féglise, donna l’ordre qu'on priât toutes les semaines pour la santé de S. M. le roi de la Grande-Bretagne.

L'effet que nos présens produisirent sur toutes les classes d’Abyssiniens , fut très-

(1) Hand organ.

remarquable. On cessa de mettre en doute la pureté de notre religion , le motif de notre visite ne fut plus un objet de soupçon, et notre importance s’en accrut tellement que, peu de temps après , le frère du roi me visita pour me mettre dans ses intérêts au cas où il se ferait quelque changement , chose à laquelle plusieurs personness’attendaient àcause : desdifférens qui existaient entre le ras et Guxo, Je refusai constamment de me mêler des affaires du pays; et chaque fois qu'on m'en parlait, j'en faisais part au ras.

Je vais mettre sous les yeux du lecteur le tableau de tout ce qui s’est passé dars le Tigré, jusqu à mon arrivée à Chelicut.Ce que je dirai ma été communiqué , à diverses reprises , par M. Pearce , en présence d’Ayto Debib et d'autres Abyssiniens qui ont pris part aux événemernis. J'employerai autant qu'il sera possible les expressions mêmes dont il s’est servi, et je ne me permettrai d'y ajouter qu'un petit nombre d'observations pour éclaircir et lier la narration.

J'ai indiqué dans mon premier journal les motifs qui m'avaient déterminé à laisser , d'après le vif desir que m'en avait exprimé le ras et la promesse qu’il m'avait faite de le traiter convenablement , M. Pearce en Abyssinie. Il

parait que Île ras tint cette promesse durant un certain espace de temps après mon départ; et M. Pearce demeura attaché au service de l'ozoro Setches, la légitime épouse de Ouelled Selassé. Cette dame était issue d’une des premieres familles du pays, et en vertu d'une stipulation faite à son mariage, elle avait droit de recevoir la dime des fusils et des vaches payés en tribut au ras. Il est peut-être nécessaire de faire remarquer que bien que d’après une ancienne coutume les chefs prétendent avoir le privilége d'épouser plusieurs femmes, l'église le leur refuse et n'en considere qu'une seule comme légitime. Le seul mariage regardé comme indissoluble par les prêtres, est celui après la célébration duquel les deux conjoints se sont approchés de Ïa sainte Table ensemble. Le ras s'était soumis à cette cérémonie avec l'ozoro Setches ; et en conséquence, quoiqu'elle eüt perdu son affection depuis longtemps, il n'avait pu rompre le lien qui les unissait,

M. Pearce demeura environ six mois près de l’ozoro comme un ami et un confident ; et c'était par lui que le ras faisait connaître ses résolutions à cette dame. Cependant, d'après les insinuations de pacha Abdallah, qui parait avoir été dans les intérêts du nayb de Mas-

souah, et d'après celles de quelques autres personnes qui avaient conçu des soupçons sur la résidence de M. Pearce à la cour, le ras commença à le considérer d'un œil jaloux et le négligea. M. Pearce n'en continua pas moins à le suivre dans toutes ses excursions et à manger àsatable; mais vers la fin de l’année 1866, cette dernière prérogative lui fut enlevée, parce qu'il s'était plaint, en des termes trop peu mesurés peut-être (1), du mauvais traite-

(x) M. Pearce, dans une de ses lettres , décrit de la manière suivante, une querelie qu'il eut avec le ras. « Lorsqu'il vit, dit-il, que je m’acharnais contre ses ennemis, 11 concut beaucoup d'affection pour moi, etme » donna dix pièces de toile, Celles-ci étant dépensées * au » bout de neuf fois , j'allai le trouver et lui en demandai » d’autres. Sa réponse fut qu’il ne donnait à ses gens que » dix piastres pour deux ans, et qu’il ne m’en donnerait » pas davantage pour le présent. Je lui répondis qu'il res-

» semblait moins à un gouverneur qu'à un gueux, et que je

» ne voulais pas demeurer plus long-temps avec lui. La » dessus il me dit de partir , parce que j'étais trop or- » gueilleux pour rester avec ses gens. Je lui demandai » en quoi j'étais trop orgueilleux. Il me répondit que je » ne montrais pas la même humilité que les gens du pays. » Je repliquai , que ce n’était pas l’usage dans le mien de » s’inclinér jusqu'a terre, comme les Musulmans lorsqu'ils

*On sait que la toile sert de monnaie en Abyssinie. (Vote du traducteur. )

ë VOYAGE

ment quon lui avait fait essuyer; et il se vit dans la dépendance, même pour sa subsistance, d'Ayto Debib et des jeunes amis qu'il avait à la cour. Durant ce temps, il étudia avec ardeur la langue du Tigré. Il jugeait avec raison qu'il n’y ayait que la connaissance de cette langue qui püt lui faire prendre le dessus sur ses ennemis et regagner les bonnes graces du ras. Ses travaux furent couronnés par un plein succès, et bientôt après il trouva l’occasion d'exercer ses talens.

Il éclata, au mois de mars 1807, à Adouebh, une rebellion en faveur des descendans du ras Michael. Cette révolte était dirigée par plusieurs chefs qui, depuis long-temps, méditaient en secret la ruine du ras Ouelled Selassé. Ces chefs, de la plupart desquels il est fait mention dans mon premier journal , étaient Ayto Ischias , fils du ras Michael, Nebrida Aram, gouverneur de la province d'Adoueh, Ayto Hannes et Azage Giga, du Shiré, Guebra Amlac de Kella, et Salo, shum de Temben.

» font leurs prières, et que tout l’amour que les Anglais » avaient pour leurs maîtres était dans leurs cœurs et » non sur leurs lèvres ou dans leurs gestes. À cette ré- » ponse il se prit à rire et me dit : C’est vrai. Mais malgré » cela il ne me donna rien, et en conséquence je lui dis

» adieu. »

Toutes leurs forces étaient réunies aux environs d'Adoueh.

À la première nouvelle de cette conspiration , Ouelled Selassé, qui était à Adoueh, rassembla ses troupes ; et il s'avança accompagné, comme le dit M. Pearce, des provinces d'Enderté, de Temben, de Giralta , d'Agamé, d'Haramat, de Womburta, de Desa, de Monos, de Wojjerat, de Salowé, de Bora et d'Avergale, vers Adoueh. M. Pearce, armé de son fusil, le suivit à pied. Ils prirent la voie de Haramat , et firent huit marches ; mais à l'approche du ras, les rebelles s'enfuirent , et lui envoyérent des messagers pour implorer leur pardon. Sa réponse fut qu'ils se rendissent à discrétion.

Tandis qu'on négociait, les rebelles rassemblèrent de grandes forces, la nuit, aupres de la ville, à un quartier de laquelle ils mirent le feu, dans l'espoir qu'il s'étendrait jusqu’à Ja maison où le ras, qui les croyait prêts à se soumettre le lendemain, reposait presque sans suite. M. Pearce était campé avec les troupes hors de la ville; mais ayant été réveillé par la vive lumière du feu, il prit son fusil et courut vers le ras. La flamme enveloppait la porte d'entrée. M. Pearce se fit jour

au travers sans en être trop atteint, et gagna en süreté la maison. Il trouva le ras presque seul avec ses eselaves , aucun de ses chefs n’étant encore accouru à son secours. Quoique des brandons tombassent sur le toit sous lequel il était assis, 1l donnait avec la plus grande tranquillité ses ordres pour arrêter les progres de l'incendie. À la fin, la porte d’entrée ayant été réduite en cendres, quelquesuns des principaux chefs arrivèrent et dirent que les ennemis étaient réunis. À peu près à cet instant, le kabit ou portier déclara que le Palambaras Guebra Amlac et d’autres chefs lui avaient offert un présent pour les introduire la nuit par la petite porte, dans le dessin d'assassiner le ras. Il fut ordonné de garder le secret sur cette tentative, afin de tendre un piége aux assassins. Dans le même temps, Kouquass Aylo fut détaché à la tête d’un corps de troupes considérable pour aller attaquer les rebelles rassemblés dans la plaine; et il s’ensuivit une action ou ils eurent douze hommes de tués. Comme le ras s’en était douté, on vit, à la brune, le jour suivant, Ayto Ischias et Guebra Amlac, déguisés, se cacher près de la petite porte, s attendant à être admis par le kabit. Le ras, informé de la chose, les fit envelopper par une troupe d'esclaves à la Lète

desquels était M. Pearce, qui les surprit et les força de se rendre.

Ce coup inattendu mit fin à la rebellion.

Le lendemain, les autres chefs implorerent la miséricorde du ras. Guebra Amlac et Nebrida Aram furent envoyés prisonniers sur une montagne située près d'Antalo, et nommée par plaisanterie a/ hadjy ou le pélerinage. Salo, shum de Temben et Ayto Ischias furent dépouillés de leurs shummuts ou districts , et les autres en furent quittes pour une amende. On fut long temps avant d’avoir des preuves contre Ayto Hannes du Shiré; mais à la fin, Ayto Saiel, un de ses tenanciers ou vassaux jura qu'il avait pris part à la conjuration. En conséquence, 1l fut enlevé à la Maskal ou à Ja fête de la croix, époque à laquelle les chefs ont coutume de se rassembler, et il fut conduit à la montagne avec les autres conjurés.

Ayto Saiel fut alors nommé shum du district de Shiré; mais à peine en eut-il pris possession , qu'il fut attaqué de nuit et massacré par Ouelled Haryat , frère d'Ayto Hannes. Le ras, informé du crime, chargea Azage Giga de la punition du meurtrier et de celle de ses complices ; mais son parti était sifort, qu’il culbuta toutes les troupes envoyées contre lui.

Ce succés ne put toutefois lui garantir la pos-

session du district. Le fils d'Ayto Saiel appela Hannes en duel et le tua. Le premier s'empara du gouvernement de la province, dont la tranquillité, dès-lors, ne fut plus troublée.

Le courage et l’activité que M. Pearce montra dans toute cette affaire lui valurent durant quelque temps les bonnes graces du ras, qui lui fit présent d'un mulet blanc, augmenta son traitement, et lui conféra le commandement d'une escorte qui reconduisit l'ozoro Touringa, sœur de Ouelled Selassé. La Maskal se fit cette année avec une somptuosité extraordinaire et fut très-=nombreuse, les principaux chefs s'étant empressés de témoigner leur attachement au ras. On tua plus de bêtes que de coutume, et, pour se servir de l'expression de celui de ses secrétaires que le ras affectionnait le plus , «le maiz coula en abondance comme les eaux d'une rivière. »

Les ennemis de M. Pearce ne tardèrent pas à lui nuire dans l'esprit du ras, auquel en conséquence il déclara hardiment que, s'il n’était mieux traité, il passerait du côté des Gallas , qui étaient sur les confins de la province de Lasta, et qu'il offrirait ses services à Gojy , leur chef. Le ras , qui avait les Gallas en horreur, fut très-courroucé de cette menace , et dit à M. Pearce qu'il saurait bien

prévenir l'exécution d'un tel projet, mais qu'au surplus ii était le maitre de se rendre partout ailleurs , et qu'il ne voulait plus le voir. Ayant fait ses adieux à quelques amis, M. Pearce monta sur son mulet, et partit accompagné de deux domestiques, un jeune homme et une jeune fille , que ses bons traitemens avaient attachés à son service. Il ne savait où porter ses pas; mais ayant appris qu'il était possible de se rendre à Gondar par la province de Lasta , il tourna vers Île sud; et desirant de quitter le voisinage d'Autalo avant que sa querelle avec le ras füt connue, il fit diligence et parvint à la province de Vojjerat en deux jours , ayant marché dix heures chaque jour.

Les habitans de cette province descendent, dit-on, des soldats portugais qui se sont établis dans le pays au milieu du quinzième siècle , descendance dont ils s’enorgueillissent. Ils sont d'une taille plus élevée, et sont plus vigoureux que la plupart des Abyssiniens ; et leur fidélité envers leurs chefs est si grande qu'elle a passé en proverbe (r).

(1) Les habitans du Vojjerat forment , à mon avis, un contraste frappant avec les descendans dégénérés des Portugais dans l'Inde , ce qui peut être attribué à la différence du climat et de la manière de vivre. Les pre-

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M. Pearce reçut l'hospitalité dans la maison d’un des aristis ( fermiers). Il remarqua qu'il n'occasionnait pas cette surprise que la vue d'un homme blanc produit généralement dans les autres parties du pays. La femme de l'aristi eut beaucoup d'attention pour notre voyageur. Le lendemain, lorsqu il partit, elle lui donna quelques gâteaux et une calebasse remplie de bouza.

Le »8 , après avoir marche huit heures, et traversé le district étroit et montagneux de Wojjerat , M. Pearce arriva au bord d’une vaste plaine sans culture, et habitée par les Doba , l’une de ces tribus isolées de nègres, qui se trouvent entremélées avec d'autres peuples dans toutes les régions de l'Afrique. L'histaire du pays, pour les temps les plus reculés, considère les Doba (1) comme des brigands

miers , orgueilleux d’être issus de vaillans guerriers , et habitant un pays montagneux, situé sous un ciel tempéré, sont forcés de mener une vie belliqueuse au milieu des nations sauvages dont ils sont environnés, et ils ont maintenu constamment leur indépendance et leur supériorité, Les autres, qui ne doivent la naissance qu’à de petits trafiquans , et qui vivent sous un ciel brülant, dégénèrent bientôt dans les débauches des villes de l'Inde, et forment une classe d'hommes plus faibles même que les naturels du pays.

(1) Wide Historiale description de l'Ethiopie , par Dom.

très-redoutablies. Il parait cependant qu'ils ont eu beaucoup de peine à maintenir leur indépendance. M. Pearce , qu'on supposait voyager pour le service du ras, ne fut point inquiété par les habitans ; mais 1l eut peu de communication avec eux, parce quil ne savait pas leur langue,

Le 29 , M. Pearce , après avoir marché sept heures, parvint au district d'Iyah , qui est possédé par une tribu de Gallas, dont le chef Ouelleda Shabo était connu par son extrême férocité. Notre voyageur déclara qu'il l'avait vu boire une corne presque entière de sang tiré du cou d'une vache , quoique , par une singularité remarquable, ni ce chef ni ses gens n'eussent voulu manger de la chair de l'animal qu'après qu'elle eut été grillée. Cette tribu de Gallas est appelée Assoubo par les Abyssiniens, nom qui , selon toute apparence, lui a été donné récemment , et provient de

Francisque Alvarez. Anvers, 1558 , p. 129. « Ces hommes » de Dobas sont fort braves et vaillans gens : ayant une » telle loy que personne d’entr'eux ne s’y peut marier, » sans premièrement faire foy et déclarer , par serment , » d’avoir privé de vie douze chrétiens, ce qui rend ces » chemins tant décriez et si fort dangereux, que per- » sonne n'y ose passer , sice n'est en caravanne, etc. » Ce passage a été écrit en 1520.

ce qu'elle a soumis les Aborigènes , et s'est emparée du pays d'Asab. Ces barbares sont à peu près paiens , et l'arbre , nommé Ouanza, est considéré comme sacré parmi eux. Cependant, leur culte particulier est peu connu.

Le pays qu'ils habitent est une forêt continue, et ils y mènent une vie dure et sauvage, occupés à faire paitre leurs troupeaux, ou bien ils dévastent les terres de leurs voisins. Ils étaient en paix avec le ras Ouelled Selassé.

En conséquence , ils accueillirent très-bien M. Pearce , et lui montreérent les retraites de daims et de poules d'inde, dont le pays abonde. Il parait qu'ils étaient enchantés de l'adresse avec laquelle notre compatriote se servait de son fusil.

Le 30, M. Pearce quitta Iyah , et se rendit

à Mocurra , grosse bourgade, peuplée de Gallas musulmans , et soumise aussi à Ouelleda Shabo. Elle est à un mille d'un lac d’eau douce, que les naturels du pays appellent Ashangy, et qu'ils disent être presque aussi grand que le lac Tzana. Je crois qu'il y a erreur ; car on peut faire le tour de ce lac en moins de trois jours. Il est nommé, dans la langue du Tigré , Tsada Babri ou Mer Blanche, et l’on dit qu'il est des temps où il est tout couvert d'oiseaux. Les habitans du pays ont

une tradition portant, qu'une grande ville occupait jadis l'emplacement du lac Ashangy, et que Dieu , dans sa colère , la détrnisit de sa propre main. Le district montagneux de Lasta s'étend au sud de ce lac.

Le 1er octobre | M. Pearce quitta Mocurra, et, après avoir longé le bord oriental du lac, il traverse le district de Wôfila , où commandait alors dégusmati Guéto , chef chrétien, qui avait épousé une Galla. Le même jour au soir , après avoir laissé sur sa gauche un petit lac, appelé Guala Ashangy , il gagna Doufat, village situé sur une des hautes montagnes du Lasta. Là lefroid était très-vif, et il y avoit une gelée blanche. M. Pearce s'était dirigé à trèspeu de chose près au sud. Quant au chemin qu'il fit chaque jour , on peut le mesurer sur la carte.

M. Pearce alla le lendernain à Senaré (1), l'une des bourgades principales du district. C'était la résidence de palambaras Ouelleda Tecla , frère du ras Aylo , gouverneur du Lasta. Ce dernier était prisonnier dans le camp de Gojy, entre les mains de qui il était tombé

(1) Senaré est, dit-on, à huit milles à l’ouest de Jummada Mariam, une des églises que l’empereur Lalibala a fait creuser dans le roc, et de laquelle on lira une descriplion ci-apres.

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