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Zabo , dont l’arrivée fit concevoir à la Cour de Rome , l'espérance flatteuse de convertir l'Abyssinie au catholicisme; et les différens ordres religieux , alors si puissans en Europe, saisirent, avec empressement , cette occasion d'étendre leur influence (1).
Dans le même temps l’Abyssinie fut sur le point d'être subjuguée par un féroce musulman, nommé Mahomed Gragné, qui régnait sur le royaume d’Arrar ou d'Hurrur , situé à lorient de la province de Shoa. Dans cette
(1) Ce fut alors que le couvent de Saint-Etienne fut fondé à Rome pour les Abyssiniens. Abraham Peritsol parait faire mention des religieux abyssiniens , lorsqu'il dit dans ses Züinera Mundi, « et quoque in Roma est istorum sacerdotum nigritarum sOcietas una numero fere 30, habitantes ên excelso uno novo quod de re novo fundatum est nomint tpsorum. » Le savant traducteur de cet ouvrage, le docteur Hyde, a fait une singulière méprise au sujet de ces prêtres noirs. Il suppose que l’épithète de rigritarum leur a été donnée à cause de leurs vêtemens noirs ( propter habitum nigrum, ir contrarium sacerdotum ju- «deorum qui albis indui solebant). Et recherchant à quelle société il pouvait attribuer une intervention dans les affaires de l’Orient , il conjecture, vu que la société des Jesuites (Jesuitarum ) n’était pas fondée en 1525 , que ce livre fut écrit, que ce düt être la société des Jesuates (Jesuatorum) dont il trouve une notice dans un auteur obscur. Une telle critique serait digne de quelques-uns
des derniers commentateurs de Shakespear.
crise , l’empereur envoya Bermudez , un des deux portugais restés en Abyssinie , solliciter les secours du roi de Portugal, promettant une entière soumission au Pape. Bermudez ayant été, en 1540 , élevé à la dignité de patriarche d'Ethiopie , par Paul 11L, retourna en Abyssinie, avgc quatre cents hommes, commandés par Christophe de Gama , et avec une grande quantité d'armes. Ce secours si nécessaire changea la face des affaires. Les efforts de ces braves guerriers, qui souffrirent cruellement dans la lutte et eurent à déplorer la perte de leur chef, délivrèrent l'Abyssinie des attaques des Musulmans. Elle perdit cependant une partie de ses provinces orientales , ce qui força la Cour à se retirer dans le pays montagneux de Samen. Bermudez (1), qui a publié une relation exacte de ces événemens , tomba, par sonzèle immodéré, ainsi que le prouve son propre récit, dans la disgrace de l’empereur Claude, et même il fut
(x) Fid. Relation do embaixada 96 Joaû Bermudez érouxe do emperador da Ethiopia. Lixb. 1565, petit in-4°. (Musée Britannique). Ce livre est extrêmement rare. Ludolf lui-même ( id. Comment.) n'a jamais pu s’en procurer seulement la vue. En conséquence, il renvoie le lecteur à la traduction qu’en a donnée Purchas, Part. IT, PL: 1149.
la
276 VOYAGE délaissé par ses compatriotes qui, presque tous , refusèrent de reconnaître son autorité. Vers ce même temps les instances d’un trèsdigne prêtre abyssinien , nommé Pierre, qui s'était rendu en Europe, portérent Ignace, le fondateur de Îa Compagnie de Jésus, à entrepreudre la conversion de l’Abyssinie ; mais le Pape n'ayant pas voulu le laisser partir pour cette région lointaine, deux membres de la méme société, Nunez Baretto et André Oviedo, y furent envoyés en qualité de missionnaires. Le premier des deux mourut dans l'Inde; mais l'autre arriva en Abyssinie au commencement de l’année 1557, et il y passa le reste de ses jours , faisant faire à la religion catholique de grands progrès , par sa prudence, sa magnanimité el-sa patience , qualités qui lui attirèrent un respect universel. Ce vénérable patriarche mourut en 1577. (1) Durant sa résidence en Abyssinie, et particulièrement sous le règne de Sertza Denghel, les Gallas se rendirent tres formidables par leurs incursions dans les
(1) Vid. de AEthiopiæ patriarchis J. N. Barreto et Andrea Oviedo , P. N. Godigno. Lugdunt 1615 , livre qui renferme beaucoup de choses curieuses sur l’Abyssinie, quoique de même que dans la plupart des livres composés par les Jésuites, on ne doive pas y prendre une entière
confiance,
provinces méridionales ; et à peu-près vers le mêéme-temps , les Turcs semparèrent de Massouah. En conséquence l'accès de ce pays devint des plus difficiles (1). A la fin ( en 1599), un religieux aventurier, nommé Belchior de Sylva, s’y introduisit | déguisé en fakir , et y demeura seul jusqu’à l'arrivée de Pierre Paëz. Ce dernier, qui montra beaucoup plus d’habileté qu'aucun autre missionnaire qu’on eût encore envoyé dans ce pays, y pénétra en 1603(2); et l'année suivante il se rendit à la Cour, où, en peu de temps , il prit un si grand
(1) On dit qu’un des pères de la dernière mission, Francois Lopez, a survécu à ses compagnons jusqu’en l’année 1597.
(2) M. Bruce ( tom. IIT, p. 464 de la traduction francaise) a placé mal à propos, à l’année 1600, l’arrivée du père Paez, auquel il donne , en conséquence, de grands éloges pour s'être tenu si long-temps éloigné de la Cour; mais ‘Tellez, qui entre dans de grands détails sur les affaires de ce temps, dit positivement que Paez partit de Massouah le 5 mai 1603, et il joint à cela beaucoup de particularités qui rendent le fait indubitable (Fzd. Lib. TET, C. XIIT, p.239 ). Le même voyageur fait une pareille méprise au sujet de Belchior da Sylva, qu'il appelle Melchier Sylvanus, et dont il fixe l’arrivée à l’année 1597, et le retour à l’année 1600 ( tom. II, p. 464 et 465 de La traduct. franc. ) , tandis que ce religieux arriva en Abyssinie au mois de mars 1599, et qu’il y passa six ans. | Wid, Teilez, Lib. HIT, €. XI, p. 23h, édit. portugaise.)
ascendant sur l'esprit du prince régnant, qu'il l'engagea à faire passer en Europe des lettres où 1] proposait de reconnaître le Saint-Siége. Sous le règne suivant , Paëz accomplit le grand dessein qui avait été si long-temps l’objet des efforts des Jésuites. L'empereur Socinios , son frère , le ras Sela Christos, et tous les nobles attachés à la Cour , proclamèrent solennellement leur adhésion à la religion catholique romaine. Paëz ne jouit pas long-temps de ce succès important. L'année suivante il mourut à Gorgora , umiversellement regretté par les Abyssiniens comme par ses compatriotes. Sa mort fut une perte irréparable pour le catholicisme (1) en Abyssinie. Au mois de décembre 1623 , le père Emmanuel d'Almeyda et quelques autres prêtres, abordèrent à Massouah. Ils s'avancèrent ensuite par la voie d’Adegada , où ils rencontrerent une troupe de six cents hommes en armes, puis ils tra-
(1) Le père Paez a traité fort au long des affaires d’Ethiopie dans un ouvrage manuscrit qui va de l’année 1556 à l’année 1622, et qu’on dit exister à Rome à la chancellerie de la couronne de Portugal. Le père Bath. Tellez en a fait un grand usage en composant son célèbre ouvrage, et l’on en trouve quelques extraits dans OEdipus AEsypt. de Kircher, et notamment une description exacte des Sources du Nil, que le père Paez a visitées en 1615.
versèrent la plaine de Seraoué , et longèrent en partie le Mareb , jusqu'à leur arrivée à Fremona. On trouve une relation très-intéressante de ce voyage, dans un recueil auia été formé ensuite par le père Almeyda, et dont il ne reste plus qu'un abrégé fait par Tellez (1). Almeyda fit, en Abyssinie, une résidence de dix ans, temps durant lequel il parait s être occupé principalement à recueillir des matériaux pour l'histoire.
Le patriarche qui lui succéda, et qui est le dernier qu'on ait envoyé en Abyssinie , est don Alphonse Mendez (2), qui arriva dans
(1) Historia geral de Ethiopia a alta ou Preste Joum edo que nella obraram os padres da companhia de Jesus composta na mesma Ethiopia pelo padre Manoel d’Almeyda , etc. À Coimbra, 1660. Cet ouvrage se trouve dans le Musée Britannique. On en a publié en anglais une traduction , ou plutôt un abrégé, sous le titre de tke Travels of the Jesuits in Ethiopia , dans 4 new Collection of Voyages and Travels, vol. IT. London, by Knapton, etc. 1711. Un extrait du même livre a aussi été publié par Thevenot , sous le titre d'Histoire de la Haute Ethiopie , écrite sur les lieux par le R. P. Manoel d’Almeyda, jésuite. L’abrégé de Tellez , dont il vient d’être fait mention, est, sans contredit le meilleur ouvrage qui existe sur les affaires d'Ethiopie. On dit qu’il ne s’en trouve que trois exemplaires en Angleterre.
(2) Mendez a aussi publié un ouvrage sur l’Abyssinie ; mais le seul exemplaire que j’en aie vu, est une traduction
ce pays l’an 1625. C'était un homme doué d'un gran cotirage el d'une rare constance, mais dont, à ce qu'il paraît, le caräctère n'était pas propre à lui faire prendre les mesures de conciliation que l'état des choses semblait rendre nécessaires pour faire persister les Abyssiniens dans la foi qu'ils venaient d'embrasser. L'influence da catholicisme était parvenue à son plus haut degré en 1628 ; et il ny avait pas moins de dix-neuf Jésuites en Abyssinié.
Leur puissance , cependant , fut de courte durée. La conduite peu judicieuse de leur patriarche , et le zèle immodéré de leur grand protecteur , Sela Christos, occasionnèrent un soulèvement qui bientôt renversa tous leurs projets. L'empereur Socinios lui-même fut forcé de renoncer à la religion catholique
francaise , ayant pour titre : Relation du révérendissime patriarche d’Ethiopie Don Alphonse Mendez, touchant la conversion des ames qui s’est faite en cet empire depuis l'année 1029; envoyée au père Viteleschi, étc., traduite du portugais par B. Cordose, Med. à Lille, 1633. Musée Britannique). Ludolf dit à tort, dans ses Commentaires, verum ista huistoria lucem non vidit, ce qui prouve au moins la rareté du livre, Jérome Lobo , dont l’ouvrage est bien connu , était à la suite de ce patriarche. On a déjà parlé des traductions que Legrand et Johnson ont faites de ce dernier ouvrage, dont l'original n'existe plus , dit-on.
romaine, et son fils, qui ne tarda pas à lui succéder (eu 1632), bannit du pays, le patriarche et tous ses coopérateurs. Deux des missionnaires ayant osé y rester , furent mis à mort publiquement en 16%o{r).
Toutes cestentatives pour convertir les Abyssiniens au catholicisme , qui furent faites avec tant de persévérance, peuvent être considérées comme ayant rempli un espace de cent quatorze ans (2), durant lequel il y eut une lutte continuelle entre les souverains et le peuple, quiparaitavoireu constamment la plus grande
(1) En 1648, un vaisseau anglais aborda à Souakin, où trois frères mineurs de l’ordre de Saint-François, envoyés par la Propagande , furent mis à mort, pour avoir tenté de pénétrer dans l'intérieur du pays. Trois autres qui, en 1674, furent découverts en Abyssinie, où 1ls avaient converti Oustas, dit l’usurpateur , furent immolés également.
(2) De toutes les lettres éerites durant cet espace de temps et publiées séparément , je n’ai trouvé que celles dont voici les titres :
1. Nuove e curiose lettere dell Ethiopia annualmente al Rev. P. N.Viteleschi, etc. , da Dembea , 1617 , dal Pietro Paez, e altera scritta da Goa , 1620, per Michael della Pace , publiées à Florence en 1622.
2. Liüteræ AEiluopicæ PP. societ. Jesu.— De prop. fide apud Abissinos ab ineunte. Julio 1623 , ad exitum Aprilis 1624 , Gandavi, 1696, Ces lettres, qui paraissent avoir été communiquées par le père Alfheyda, contiennent des
aversion pour la doctrine que les Jésuites se sont efforcés de lui inculquer. L'empire Abyssinien , aprés leur expulsion , jouit d’un intervalle de repos. Le siége du gouvernement s'établit à Gondar , ville fondée par Facilrdas{1}), et la Cour recouvra, en grande partie, son premier éclat, ainsi que le prouve la relation de Poncet , voyageur français, qui visita l’'Abyssinie en 1659. Heureusement pour lui Poncet perdit en chemin , son compagnon de voyage, le père Brévedent, religieux Franciscain , dont la mission , semblable à celle de ses prédécesseurs , aurait probablement occasionné la ruine de l'un et de l’autre.
Cependant la congrégation de la Propagande n'avait pasencore renoncé à ses vues sur l'Abys-
détails très-intéressans sur la situation des affaires en ce temps-là. |
3. Histoire de l'Ethiopie ès années 1624 == 5 et 6. Traduite de l'italien, p. Alphonze, patriarche de l’Ethiopie, et Gaspard Paez. Paris , juillet 1629.
h. Histoire de l'Ethiopie en l’année 1626 jusques 1629. Traduite de l'italien de Gorgora, par Emmanuel Almeyda. Paris, 16929.
Toutes se trouvent dans la bibliothèque du lord Valentia , qui aeu la bonté de me les prèter.
(1) La Cour, durant les règnes précédens , avait réside successivement à Coja , à [baba , à Gorgora, à Dancas, à Kaha, etc., selon qué la conjoncture l'avait exigé.
EN ABYSSINIE. 283 sinié ; Car, à une époque assez récente (l'an 1750) elle y envoya de nouveaux missionnaires, qui furent les pères Remedio et Martino de Bohême et Antonio d'Alep, religieux de l'ordre de Saint François, qui parvinrent jusqu’à Gondar , sous le règne de Yesousll (1), et qui s y conciliérent la faveur de ce prince, ainsi que celle de Fiteghé {2){ la reine-mère ), et d’un grand nombre des personnages principaux de la Cour. Leur relation est renfermée dars un journal italien, manuscrit, qui est maintenant en la possession du lord Valentia. Je fus tenté d'abord de révoquer en doute leur mission , sur laquelle je n'avais rien lu, ni dans le f’oyage de M. Bruce, ni ailleurs; mais ensuite j'ai vérifié plusieurs faits qui ont détruit tous mes soupçons. Ces faits sont la mention exacte des noms que les empereurs
(1) L'empereur Yesous a régné depuis l’année 1729 jusqu’à l’année 1753. Ainsi, c'est par méprise que M. Murray en a noté la mort au 6 juin 1745.
(2) C'était l’iteghé Ouelleta Géorgis , qui ensuite témoigna tant d'amitié à M. Bruce. Ce voyageur lui-même dit (vol. IV, p. 101, dernière édition } : « Qu'elle avait au fond de l’ame un vif attachement pour la religion catholique; » et il fait aussi un récit confus ( vol. IV, p. 111 — 117) des troubles occasionnés par l’arrivée de ces religieux ; mais il est évident qu'il a antidaté l’événement.
Yesous et Bacouffa ont pris à leur avénement au trône, la notice au sujet de la reine-mèere, de petites particularités qui n'auraient pu être facilement inventées, et enfin .une observationi contenue dans une note ({ memnoranda ) originale de M. Bruce ( Æppendix , vol. VIT, p. 65), qui prouve qu'Ayto Aylo, son intime ami, @ élé converti par le père Antonio, Franciscain, en 1550 (1). Ceiteobservation que des motifs évidens l'ont empêché de faire entrer dans son texte, fournit une preuve si convaincante de la réalité de la mission des trois religieux que je viens de nommer, que j'ai inséré dans lZppendix une traduction de la relation de leur voyage, qui peut être considéré comme le dernier effort que la Propagande ait fait dans cette cause désespérée.
En 1769, M. Bruce commença sa hazardeuse entreprise, dont la relation a été donnée au public (2); et depuis son retour jusqu à mon
(1) L’erreur de date d’une année ne change pas le fait, M, Bruce n'ayant obtenu ses informations que de vive voix. On peut noter comme plus ample confirmation que j'ai moi-même trouvé en Abyssinie, un nouveau testament en Arabe, qui parait avoir appartenu à ces religieux. (Voyez les Voyages du vicomte Valentia , tom. IV, p. 172 de la traduction française. )
(2) M. Bruce , outre quil a beaucoup ajouté aux ren-
premier voyage en 1805, aucun autre voyageur n'est parvénu à se faire admettre en Abyssinie. Après avoir de la sorte indiqué sommairement toutes les sources où l’on peut puiser pour éclaircir l’histoire de ce pays, il. ne me reste plus qu à faire quelques remarques générales sur sa situation politique et géographique actuelle. |
L'Abyssinie peut étre considérée comme se.
trouvant au même état que l'Angleterre au temps d'Alfred , le gouvernement étant fondé entièrement sur le système féodal. Les contestations continuelles au sujet des confins, les discussions entre les chefs , l’usurpation du pouvoir par quelques-uns des plus considérables de la noblesse et les fréquentes incursions d’un ennemi barbere , ne rendent que trop juste la comparaison. Je crains toutefois que la lutte où l’Abyssinie est engagée depuis si long-temps, ne se termine pas d'une ma nière aussi favorable que s'est terminée celle
seignemens généraux qu’on avait sur l'Abyssinie, à fait éonnäitré plusieurs nouveaux genres de plantes, et a donné de bonnes descriptions d'âanimauxrares. Il a aussi eu l’honneur d’apporter en, Europe ‘une copie complette de l’Ecriture Sainte, et une suite de Chroniques abyssiniennes , en langue éthiopienne, manuscrits précieux qui sont restés dans sa famille.
que l'Angleterre a soutenue sous Alfred. Les motifs de mes craintes sont en grand nombre ; mais je sortirais de mon sujet Si ] ‘entreprenais de les spécifier.
Je considère l'Abyssinie c comme Joie aujourd’hui en trois états distincts et indépendans les uns des autres. Cette division résulte en partie de causes naturelles et en partie de l'invasion des barbares tribus de Gallas, ainsi que le prouve la carte générale de ce voyage, carte que jai cru devoir faire colorier pour indiquer plus facilement toutes les limites.
La chaine élevée des montagnes du Samen, qui s ‘étend depuis Waldubha jusqu'au sud du Lasta , et la ligne du Tacazze , qui en ceint la base du côté du nord-est, di don clairement les limites du Tigré et de l'Amhara.
Lorsqu'on réfléchit qu'indépendamment de ces obstacles que la nature elle-même a élevés entre les deux grandes divisions de l'empire, les habitans parlent des langues différentes et sont de caractère trèés-opposé , on ne peut qu'étresurpris qu'elles aient jamais eté réunies sous un même gouvernement. Dans le fait, l'union ne parait pas avoir été très-cordiale en aucun temps. L'une a été fréquemment soumise par l’autre ; mais la jouissance de la conquête n'a pas été durable, la jalousie qui
EN ABYSSINIE. 287 divise les deux peuples, n'ayant pas permis d'établir solidement aucune liaison entre eux. L'union du Tigré et de lAmhara a été moins interrompue lorsque cette dernière division étendait sa domination sur toutes les provinces méridionales ; mais depuis l'affoiblissement que lui ont fait éprouver les Gallas , en lui enlevant celles de Shoa et d'Efat , le Tigré a recouvré son indépendance ; et quoique depuis cette époque 1l soit gouverné par un vice- Toi , Soumis en apparence aux ordres du souverain , il sest arrogé souvent le droit de nommer le monarque lui-même.
Les territoires coloriés en jaune sur la carte reconnaissent directement ou indirectement l'autorité du ras Ouelled Selassé. Ils forment la division de l'empire connue communément sous le nom de Tigré, qui peut être considérée comme la plus puissante des trois , avantage qu’elle doit à la force naturelle du pays, aux dispositions belliqueuses de ses habitans et au voisinage de la mer , qui lui procure ie monopole de tous les mousquets importés en Abyssinie, et, ce qui est encore plus avantageux, celui de tout le sel nécessaire à la consommation de l'intérieur.
Le royaume de Tigré est borné au nord, par les contrées qu'habitent les Bekla , les Boja,
les Takuié et plusieurs tribus sauvages de Shangailas. À l'est au sud , il a le pays des Danakil , des Doba et des Gallas, et à l’ouest les montagnes du Samen. Il comprend de la sorte un espace de quatre degrés au moins en latitude , et à-peu près autant en longitude. Il a la forme irrégulière d'un trapèze. Les divisions séparées et les subdivisions de cette partie de l’'Abyssinie, sont extrêmement nombreuses. Je tâächerai d'en donner une idée précise, en les joignant à quelques points principaux ; mais je dois déclarer préalablement que les Abyssiniens parlent souvent des moindres districts, comme s'ils avaient la même importance que les plus grands , ce qui introduit dans leurs rapports une confusion trèsembarrassante,
Selon le mode que pratiquent généralement les Abyssiniens eux-mêmes , je commencerai ma description par le Tigré propre, qui est situé au centre de la province et qui lui a donné son nom. Je me porterai ensuite vers le sud et je ferai une sorte de reconnaissance générale du reste.
La chaine élevée de montagnes , Située aux environs d'Adoueh, court au centre du Tigré propre, qui est borné au nord par la rivière de
.Mareb , à l'est par la province d’Agamé, au
sud par le Ouarrè (qui a sa source à l'est d'Haramat, et qui se rend par les districts de Gullybudda et de Teinben jusqu’au Tacazze ) et à l'ouest par la province de Shiré. Il renferme les districts inférieurs d'Adet , d'Adoueh, de Gundufta, de Kella, de Devra Damo, d'Haramat (1), d'Amba Sanet, de Tsai, de Tsama , d'Abba Garima, et autres moindres encore. Ce qui caractérise particulièrement cette province, est une suite de montagnes, fortes d'assiette ( ambas) et séparées les unes des autres par des gorges profondes et des plaines parfaitement cultivées.
À l'est du Tigré propre, se trouve la province d'Agamé, dont le territoire est fertile, ce qu’elle doit , en grande partie à ce qu’elle est située à une hauteur considérable au-dessus du niveau de la Mer. Cet avantage lui est commun avec toutes les régions de la Zone Torride, qui ont la même situation. Elle a pour limites à lorient, une partie de la chaine de hautes. montagnes , qui s'étend depuis le Sanafé jusqu’au Taranta et les lieux forts qui bordent le Taltal. Cela joint au voisinage de la plaine de sel , fait de l’Agamé une province de grande
(1) Les habitans de cette province sont renommés peRx l'art avec lequel ils font la cuisine.
importance. La ville principale est Genata ; et les petits Gultas de Seraxo, de Shihah, de Calaut , d’Adegraat , de Gullimuckida , de Gunde-Gunde et d'Agro , sont compris entre ses limites.
Ausudde l'Agaméet aux environs du Sanafé, se trouvent un nombre considérable de petits districts, qu'on peut considérer comme faisant partie dela province d'Enderta, à laquelle, dans le fait, ils ont été long-temps soumis.
Ce sont ceux de Derra, d'Asmé, de Womburta, de Desa, de Muntilli etge Mouos , qui sont montagneux et forment les limites orientales du Tigré. L'Enderta renferme, en outre , les territoires de Mocullah , de Dirbah , de Gambela, de haut etde bas Gibba , auxquels j’ajouterai ceux de Wazza , de Saharti et de Giralta, quoiqu'on les regarde quelquefois comme des provinces séparées. La capitale de l'Enderta est Antalo (1), villeadmirablementsituée pour défendre les provinces méridionales contre les Gallas, ce qui a porté le ras à y établir sa résidence.
Au-dessous et au sud de cette province, s'étend, de l’est à l'ouest, une longue bande
(1) Chelicut ne peut être considéré que comme un lieu
de plaisance, qui dépend d’Antalo.
EN ABYSSINIE. s9t de terre, appelée Wojjerat, dont les habitans sont célèbres pour avoir soumis les Doba, tribu de nègres qui réside sur la frontière.
Le Wojjerat est un pays sauvage, qui abonde en éléphans, en lions , en rhinocéros et en toute espèce de gibier (1). On dit que les pluies ne sont pas si périodiques dans cette province que dans Le reste du Tigré , ce qui est peutêtre dü aux vastes forêts qui la couvrent. Entre le Wojjerat et le Lasta, est un district petit et bas , qui est appelé Wofila, et qui borde le lac Ashangy.Les Gallas, dont un grand nombre professent le christianisme , ÿ sont mêlés avec les indigènes. |
On a déjà fait mention des montagnes escar+
(x) Cette provinceest fameuse par son miel blanc, qu’on. apporte , en grande quantité à Antalo. Voici la manière dont les habitans s’y prennent pour élever les abeilles. Lorsqu'ils ont trouvé une ruche sauvage, ils suspendent à côté, une caisse de bois , appelée muggil, qui est frottée de vieux miel, auquel on ne peut parvenir que par un petit trou pratiqué dans an des côtés. Les abeilles attirées par cet appät , se rassemblent en grand nombre dans la caisse. Le propriétaire s’en approche ensuite de nuit , la bouche et l’emporte chez lui. Les abeilles s’accoutument promptement à leur nouvelle demeure , et forment leurs cellules dans des compartimens quarrés , préparés pour elles dans R les murs, qui sont généralement construits en terre dans une grande partie du pays.
pées et presque inaccessibles , qui composent la province de Lasta , que les écrivains portugais nomment fréquemment Bugné, ce dont je n'ai pu découvrir la raison; car ce nom est aujourd'hui tout-à fait inconnu dans le pays. Le Bora et le Salowa forment aussi deux districts montagneux, au nord du Lasta ; et entre eux et le Tacazze sont situés les pays comparativement bas, de Waag et de Goualiou , habités par des Agaus chrétiens.'
En continuant à marcher vers le septentrion on trouve la province d'Avergale , qui est étroite, ets étend l'espace d'environ cinquante milles, du nord au sud , sur la rive orientale du Tacazze. Elle est aussi possédée par les Agaus, sur les mœurs et le langage de qui j'ai donné précédemment quelques détails. Je remarquerai de plus, que les édifices de ce peuple paraïssent invariablement construits sans mortier, et que leurs meilleures maisons ont la forme caractéristique des anciens temples égyptiens, ainsi qu on peut le remarquer dans une des esquisses qui accompagnent la présente relation. (7oy. pl. XXX.) du côté oriental du Tacazze , et , au même degré de latitude , est la haute province de Samen qui, sans contredit , doit être considérée comme la terre la plus élevée qu'il y ait en Abyssinie. La chaîne
EN ABYSSINIE. 203 äes montagnes qui la composent, s'étend , du nord au sud, lespace de quatre-vingts milles. Depuis mon départ on a fait une nouvelle tentative pour déposséder le ras de son influence sur cette province ; mais elle a complettement échoué, comme toutes les autres qui ont été faites contre lui. Entre la partie septentrionale du Samen et le Tigré, proprement dit, est située la précieuse province de Temben, qui est subdiviséeen plusieurs Shummuts (districts), sous différens chefs, dont jai connu un grand nombre durant mon séjour en Abyssinie. Le principal d’entreseux était le shum Guebra Michael , qui, s'étant fort signalé dans la guerre contre Gojy , était très-considéré par le ras. On croyait même qu'il en serait le successeur. Les maisons dans le Temben , ressemblent infiniment aussi à des temples égyptiens ; et les habitans tressent leurs cheveux comme le font les soldats du Lasta. | ù Au-dessus de la province de Temben et à l’ouest d'Axum , est située la province de Shiré, qui forme au 15€ degré de latitude, un angle assez aigu avec le Tacazze, riviere de l'autre côté de laquelle s'étendent toujours plus à l'ouest , les districts de Waldubba et de Walkayt, qui continuent à payer tribut au ras.
Les prés fleuris , les bosquets touffus , les fertiles vallées qui se trouvent en grand nombre dans le premier , sont céléebres par la réunion d'une foule de pélerins qui portent une robe jaune , se ceignent les reins aveé une corde, et passent le temps dans la retraite , ou occupés à des actes de religion. Cependant l’esprit satirique qui distingue les Tigréens , leur prête des motifs bien moins décens, et l’on va jusqu'à dire qu'un amour qui nest pas de l'espèce la plus pure, les conduit en ces lieux. Il ne me reste plus à décrire , du Tigré, que celte partie qui est appelée communément le royaume du Baharnegash , et qui peut être considérée comme comprenant les districts d'Hamazen, de Kote , de Seah, de Kude Falasha, d'Égella, de Seraoué (1), de Maisella (2), de Dixan, de Halai , de Tsama (qui est commandé par le baharnegash Soubhart}, de Logo , de Rivai-Munnai, de Gehasé. (le district d’Ayto Debib) et de Zewan Bur (3), ou le Haut Bur
(1) Tudde A yto gouverne le district de Seraoué, et est soumis au ras.
(2) Ce district est gouverné par Ayto Gasso, l’un des serviteurs du ras.
(3) Ce mot, qui signifie défilé, a relation avec le Bur Taakti, ou le Bas Bur de la côte, qui est possédé par
(le district du shum Ouldo). Ils sont gouvernés tous par des chefs distincts, qui ont le titre ou de shum , ou de kantiba, ou de baharnegash , et desquels j'ai eu suffisamment occasion de parler, lorsque , dans le cours de mes deux voyages ; j'ai traversé leurs différens territoires.
La seconde division de l’Abyssinie ( celle qui est coloriée en bleu sur la carte) est toujours appelée Amhara . par les naturels du pays, nom que, selon toute apparence, elle conserve à cause de la langue qu'on ÿ parle le plus généralement, et quoique , depuis longtemps , l’'Amhara propre (1)soit presque en-
les Hazortas. Jene doute pas que ces lieux ne fussent situés sur la grande route d’Adulis à Axum.
(1) Les Gallas, qui ont conquis l’Amhara, ont depuis, adopté en grande partie, les mœurs plus civilisées des Abyssiniens. Ils s’habillent et vivent de même qu’eux. Les noms suivans de districts situés dans l'Amhara et mentionnés par Ludolf, ont été reconnus par des hommes intelligens avec qui j'ai conversé sur ce sujet , à Chelicut ; mais comme je n’ai pu en déterminer les situations relatives , plusieurs n’ont point été inscrits sur [a carte : Anbasit, Atronsa Mariam ( qui est sous le gouvernement de Liban , mais est toujours habité par des chrétiens), Barara, Beda , Gadel, Daj , Demah , Feras Bahr ( dont les habitans sont toujours chrétiens , et sont gouvernés par le Gusmati Tumro , qui dépend de Liban }), Ganeta
tiérement en la possession des Gallas. Cette division comprend les provinces de Begemder, de Menna , de Belessen , de Foggora , de Dembéa , de Tcherkin, de Rouara ,.de Tchelga , de Maitsha, de Gojam et de Damot , qui toutes a présent, peuvent passer pour être sous le commandement d'un chef nommé Guxo , le grand antagoniste du ras Ouelled Selassé.
Ayant succédé de fait à autorité dont jouissait Pohoussen , lorsque M Bruce visita lPAbyssinie, Guxo ne commandait d’abord que dans le Begemder et les provinces orientales ; mais ensuite 1l accrut considérablement sa puissance en soumettant Zoldi, chef célébre, qui avait succédé à Fasil, dans les provinces de Damot et de Gojam. Zoldi est un jagonah (guerrier ) fameux par son courage ; mais il fut trahi par les troupes du Gojam, qui l’abandonnèrent. Il tomba entre les mains de Guxo qui , depuis ce temps , le tient confiné à
Georgis, Gel, Geshen, Makana Selassé ( qui borde la province de Shoa, et est soumis à Malza, gouverneur de cette province qui, lui-même, est aussi subordonné à Liban )}, Shelga (près du Lasta), Zedbaba Mariam, Waro (sous Liban) Wanz Egr ( près de Feras l’Bahar sur les confins du Bashilo), et Zar-Amba, qui est sur les confins du Shoa, et habité par des chrétiens soumis. à Liban.
Gondar ; quoiqu'il n'ose le mettre à mort, par la crainte que lui inspire le ras Ouelled Selassé , à qui Zoldi a toujours été fermement attaché. La réunion des provinces de Gojam et de Damot à celles qu'il possédait déjà , font jouir Guxo , d'un pouvoir absolu sur les contrées situées à l’ouest du Tacazze, pouvoir qu'il conserve par ses relations avec les Gallas méridionaux, auxquels l’attachent le sang et les mœurs. Il vient même de se les rendre encore plus favorables , en édifiant , dans leur pays, une superbe maison sur le bord méridional du lac de Dembéa. La force de son armée consiste principalement en cavalerie, que lui fournit la province de Begemder{1), et l’on prétend qu'il peut en mettre vingt mille hommes en campagne ; mais quelque considérable que soit celte cavalerie , à quoi servirait-elle dans une guerre offensive contre un peuple dont on peut dire que les habitations sont posées sur la crête des montagnes ? Le gouvernement de Guxo passe pour n’avoir aucun principe de justice pour base. Le roi, presque
(1) Les noms de lieux suivans ont été reconnus dans le Begemder : Anjabet, Esté, près du Lasta , et gouverné par Shoute Aylo, Guna, Maket près d’Angote, Mashalama, Nefas Musa, Smada, Tiama, Wudo et Wainadga. Cette dernière place est renommée pour ses raisins.
entièrement négligé , végète avec quelques serviteurs , à Gondar , capitale du Dembea/1), où l'on n'ose rien porter , de peur d'être dépouillé en chemin par de féroces Gallas.
La troisième division , ou la division méridionale de l'Abyssinie, ( celle qui est coloriée en bleu sur la carte) est entièrement séparée aujourd hui des deux autres par les Gallas.
Elle se compose des provinces réunies de Shoa et d'Efat. |
La province d'Efat est située entre le 9° et le 310 degré de latitude. On la représente comme une terre élevée , qui s'étend du nord au sud, etqui s abaisse insensiblement à chaque extreémité , de façon à former une kolla, ou plaine basse. Il en découle , tant du côté de l’est que de celui de l'ouest , nombre de petits ruisseaux qui tombent les uns dans le Nil et les autres dans le Hawush , rivière dont les deux branches ceignent, dit-on , en partie, cette province. La capitale s'appelle Ankober. C'est la résidence habituelle du Murd-azimaj, ou chef du pays, qui peut être considérée comme un
(x) La province de Dembea est commandée par un chef dépendant de Guxo. Cependant , malgré l’inimitié qui subsiste entr'eux et le ras Ouelled Selassé, il y a de grandes communications entre Gondar , Adoueh et Antalo, par
les deux différens chemins du Lamalmon et d’Inchetkanb.
EN APYSSINIE. 209
souverain indépendant , le gouvernement ayant, depuis plusieurs générations , passé en droite ligne du père au fils. Le présent Murdazima]j se nomme Oussen Segued. Il est fils d’Asfur Oussen et petit fils du Yesous dont M. Bruce fait mention. Le pays qu'il gouverne est reconnu , même par les Tigréens, comime étant une des plus belles parties de lAbyssinie , et l’on dit que la puissance de ce chef est égale à celle du ras Ouelled Selassé. Ses troupes consistent principalement en corps de cavalerie , fort renommés par leur courage. Oussen Sesued entretient des relations avec Gondar et Antalo , son amitié étant cultivée par Guxo et par Ouelled Selassé, à cause des superbes présens en chevaux qu'il leur envoie de temps en temps. Cependant les communications entre ces points divers sont extrêmement difficiles par rapport aux tribus de Gallas qui les sépa: rent.Cela force quelquefois les messagers à faire de tels détours que de plusieurs mois ils ne peuvent parvenir au lieu de leur destination.
La province de Shoa n'est pas si élevée que celle d'Efat. Elle est célèbre par ses gras pâturages et ses fertiles vallées, qui renferment un grand nombre de grosses bourgades et une infinité de monastères. Les distrits les plus dignes de remarque qui en dépendent, sont
ceux de Walaka et de Gidin. Le premier était peu connu de la personne de qui j'ai tiré mes renseignemens. Quantau dernier , qui est situé ‘au nord de la province d’Efat , ïl venait de se révolter , à l'instigation du jeune frère de Oussen Sesued, qui, disait-on , avait embrassé l’islamisme.On avait fat marcher contre lui des trou pes nombreuses , et l’on ne doutait pas que la révolte ne füt bientôt étouffée.
D'après ce qu'on m'a rapporté au sujet des deux provinces de Shoa et d’Efat, il y a lieu de croire que la littérature éthiopienne s’y trouve dans un état plus florissant qu’en toute autre partie de l'Abyssinie, et que leurs habitans ont conservé plus religieusement les mœurs et les coutumes de leurs ancêtres.
L'effet qu'ont produit mes deux voyages, a, jusqu à un certain point, accru l'influence du Tigré ; et il me semble que le seul moyen de rétablir, en Abyssinie, un gouvernement régulier, serait de favoriser la prospérité de cette province, en renversant les obstacles qui lui coupent la communication avec la Mer, et en établissant des relations directes entre elle et les possessions britanniques de l'Orient. Si l'on y parvenait et que, du consentement des chefs du Tigré, on placât une branche de la famille royale sur le trône , à Axum, on
EN ABYSSINIE. 301 pourrait faire revivre l'importance politique de l'empire Abyssinien, ce qui ne pourrait manquer d'avoir les résultats les plus satisfaisans.
La possession des DORE de Massouah et de Souakin par les lieutenans du gouvernement de Djeddah (r), oppose aujourd'hui un grand chstacle à toute communication efficace avec l'Abyssinie, à cause des extorsions qu'ils se permettent contre les négocians qui trafiquent dans leurs ports. La puissance de ces officiers peut , comparativement , être considérée comme formidable dans la Mer Rouge, vu qu ils ont plusieurs vaisseaux armés , du port de quatre cents a cinq cents tonneaux, et une flotte de daous montés chacun de six à huit canons, et manœuvrés par les enragés coquins qui composent la population de Djeddah. C'en est assez pour assurer leur domination sur l'une et l’autre côte du golfe. Le moyen que je croirais être le plus propre à réduire leur influence , qui peut devenir dangereuse , même pour nos possessions de l'Inde, serait de créer, dans la Mer Rouge, une ER maritime
6: 1) Depuis quej'aiquitté la Mer Mn paca dei a dépossédé du gouvernement de Djeddah , le Shériff de, la Mecque. Son influence dans cette Mer, doit, à mon avis, produire les effets les plus fächeux.
assez forte pour en contrarier les effets ; et disposée à favoriser les intérêts de l'Angleterre. Cela se pourrait faire, sans beaucoup de peine, par le moyen de l'Iman de Sanah, qu'on engagerait promptement à Pre exécution de tout projet conçu pour faire échouer les desseins ambitieux des maîtres de Djeddah, qui, tout récemment encore , l'ont menacé d'une attaque contre la partie la Per précieuse de ses Etats.
J'observerai de plus, quesi un plan général, de la nature de celui que je viens de suggérer, était mis à exécution, et qu'un point quelconque de la côte d'Abyssinie füt placé sous la sauve-garde du pavillon britannique, il n’y a pas de doute que bientôt il ne füt fait des demandes considérables en marchandises anglaises et de l'Inde (1}, qui pourraient être
(1) Les droits qui se prélèvent à Massouah produisent de 20,000 à 30,000 piastres par an; et en fixant ces:mêmes droits à 10 pour 100, cela fait monter à : 250,000 piastres r là valeur dés tmportations qui indubitablement s’accroitraient de beaucoup. L'étain se vend'sept piastires et demie le frasel de Moka , le cuivre neuf piastres ét demie, le poivre deux et demie, et le coton, qui est le principal article de demande, de deux piastres et démie à trois piastres. Le drap large ne se vend pas plus de trois piastres, les, trois pieds ; mesure d'Angleterre ; mais on ne s'inquiète que de la couleur et non de la qualité. Du drap
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envoyées de Moka à peu de frais. De telles communications. seraient infiniment avantageuses pour les Abyssiniens eux-mêmes. Elles leur procureraient des moyens de perfectionnement dont ils:sont , depuis si long-temps, privés ; elles leur feraient acquérir une importance plus que suffisante pour repousser les incursions des Gallas ; ; et en améliorant leur état elles pourraient servir à propager la civilisation , siuon le christianisme , sur une grande partie de l'Afrique.
Outre les observations insérées dans cette relation , je possède un grand nombre de faits que j'ai recueillis sur le royaume d'Hurrur et ses habitans, de même que sur les naturels du pays situé au sud, et particulièrement
de deux couleurs, l’une dessus , l’autre dessous, se vendent parfaitement, soit en Abyssinie, soit en Arabie. La feuille de cuivre et la feuille d'argent valent deux piasires et demie l’once. La soie ouvrée se vend une piastre et demie le ouakea. Une peau de chevreau rouge , vaut une piastre et demie, et le tabac de trois à quatre piastres le frasel. Outre ces articles, on pourrait porter quelques velours à bas prix, de grosses mousselines et des miroirs à bon marché. Tout vaisseau employé à ce commerce, doit arriver avant la fin de mai dans la Mer Rouge, afin de pouvoir la quitter au mois d’août. Cependant, vu l’état actuel des choses dans cette Mer , un tel négoce ne mérite aucune attention.
304 , VOYAGE des Somauli. Ces peuples divers sont désigriés sur la carte: qui accompagne cet ouvrage. Je m'étais proposé de traiter d'eux plus au long dans cette relation, à laquelle je croyais joindre aussi un extrait du journal tenu par M. Stuart, durant sa résidence à Zeyla; mais j'ai été forcé d'y renoncer pour ne pas enfler ce volume d'une manière déraisonnable (r). Cependant si mon travail recevait du public un accueil favorable, je pourrais rédiger un petit volume qui, outre les renseignemens dont je viens de parler , renfermerait quelques informations nouvelles au sujet de l'Abyssinie, vu que j'ai reçu dernièrement ( mai 1814) un journal en règle de ce qui s'est passé dans ce pays depuis la dernière fois que je l'ai quitté , journal qui a été composé par M. Pearce , et auquel étaient jointes plusieurs lettresen langue éthiopienne, écrites par le ras Ouelled Selassé, par Dofter Esther , et par plusieurs autres personnes instruites dont j'ai fait mention dans le cours de mes deux relations. Le tout pourrait , je le suppose , former un recueil digne de l’attention du public. PA
Le capitaine ayant embarqué toute sa car-
(x) L’original de cettetraduction forme un volume in-4°, de près de 600 pages d'impression. ( Vote du traducteur. )
EN ABYSSINIE. 305 gaison, nous primes , le 27 juin , congé de nos amis de la factorerie , et nous nous rendimes à bord de la Marian. Le même jour nous quittâmes la rade de Moka , dans l’intention de faire voile pour le Cap de Bonne- Espérance, malgré la mousson du sud-ouest, notre bâtiment devant relâcher dans cette colonie en retournant en Angleterre: Comme le vent soufflait du sud-sud-ouest , nous fûmes trois jours avant de pouvoir sortir du détroit de Bab-el-Mandeb. Peu de temps après nous éprouvämes un changement remarquable dans le ventet le temps, lun, tournant vers le nord-est, et l’autre étant inconstant et sujet à des bourrasques. Le 1er juillet, nous trouvant à l’est d'Aden, et par les 12° 5/0" de latitude , nous eùmes de si grands coups de vent que le capitaine crut devoir porter À l'ouest; les vagues repoussant le vaisseau, qui, d’après le tangage qu’il éprouvait , faisait plus d’eau que de coutume. Le lendemain , comme nous continuions à aller vers l’ouest , le vent se. modéra de nouveau, et :à six heures du soir nous tombèmes presque en calme. Cela nous engagea à gouverner au sud est-quartd'est, dans la supposition que le vent était appaisé; mais, au bout.de quelques heures, nous eümes de nouveau un vent de nord-ouest
306 VOYAGE qui, dans la nuit, devint un ouragan et nous força de mettre en panne, le grand hunier les ris pris. Dans le même-temps des vagues furieuses venaient sur nous de l’ouesi-sudouest. Nous dérivaämes considérablement vers l'ouest ; et le ventet la Mer se modérèrent dans la matinée. |
Si j'ai remarqué ces changemens de temps soudains, c'est qu’ils prouvent clairement que cest dans ces parages qu'on commence à éprouver pleinement l'influence des moussons du sud-ouest qui dominentsur l'Océan indien.
Depuis ce temps nous nous tinmes près de la côte d'Afrique, où nous eùmes de petites brises , à-peu-près de l’ouest-quart-nord , avec un temps agréable et clair qui dura jusqu’au 5 juillet, quà quatre heures après midi(r}, le mont Feluk (2) nous restant à quatre lieues au sud, le capitaine porta à l'est-nord-est, dans le dessein de passer au nord de file de Socotra. Quelques heures après ; le vent de nord-ouest mollit et à neuf heures nous tombâmes en calme ; mais avant minuit il se leva
(:) Les détails de notre route seront insérés dans l’Appendix du présent volume, n° III.
(2) Une ésquisse de ce cap et une autre du cap Gardafui , sont tracées sur la carte de la côte orientale d'Afrique. ( Voy. l'Atlas, pl. n.° I. ).
EN ABYSSINIE. 307 un grand vent du sud-ouest , qui souleva des vagues furieuses , comme nous entrions dans le canal qui se trouve entre le cap Gardafui ét l'ile de Socotra. Il fallut mettre le vaisseau sous la misaine , pour le faire marcher constamment vers l’est , et durant toute la nuit la fureur des vagues le remplit tellement d’eau qu'on fut obligé de faire jouer les pompes toutes les dix minutes. Il paraît, par les observations précédentes , que si l’on tirait une ligne depuis le cap Gardafui jusqu'à Aden , on aurait une notion exacte de la direction générale de la mousson du sud-ouest, ainsi que des points jusqu'où elle s'étend dans ce golfe. Elle est poussée très souvent plus loin le long de la côte d'Arabie dans la Mer Rouge, comme on l'a remarqué précédemment ( Joy. tom. I.
pag.128) ; mais sur la côte d'Afrique elle paraît opérer un remoux complet, ce qui très-probablement est occasionné par la forme courbée des deux côtes assujetties à l'influence du promontoire de Bab-el-Mandeb et de Ia haute terre du continent Africain , située au nord de Zeyla. PONT ON
Le lendemain matin nous fûmes très-surpris de découvrir, à stribord , quoique le temps fût très brumeux , une ligne de haute‘terre, dont l'extrémité méridionale nous restait au
sud-sud-est , et l'extrémité occidentale au sud= quart. d’ouest , à la distance de cinq lieues(1); et à onze heures nous vimes à notre avant, sous le vent, un rocher blanc qui nous restait au nord-est-quart-d'est, à la distance de quatre milles. Le temps s'étant éclairci nous nous trouvèames à midi, par les 12° 20’ 0" de latitude septentrionale, D'après l’aspect général qu'offrait alors da terre , qui était étendue.et montagneuse , nous crûmes que nous passions devant l'île de Socoira, vers laquelle nous supposämes que nous avions été portés par un courant extraordinaire qu'on renconire, dit-on, dans ce parage; car, d'après la manière fautive dont l'ile d'Abd-el-Curial est indiquée sur les cartes modernes, qui ne la représentent guère plus grande qu’un rocher, nous ne soupçonnäâmes pas que ce püt être cette ile. Dans cetteidée , le capitaine , croyant avoir devant lui une mer ouverte, gouverna vers l’est sud-est Le vent du sud-ouest continuait à souffler avec force, et le vaisseau em- ‘barquait beaucoup de James d’eau. À minuit, le vent étant parvenu au plus haut degré de violence, fendit la voile d'étai du mât de
(1) Voyez l’esquisse de l’iled’Abd-el-Curial sur la carte de la côte orientale d'Afrique.
EN ABYSSINIE. 309 hune d'avant ; et la mer continuait à pousser ses vagues contre le vaisseau.
+ A cinq heureset demie du matin nous vimes au vent quelque chose qui ressemblait à la terre, et que nous jugeàmes d'abord n'être qu'unecouché de brouillard ; mais à septheures nous fümes fort effrayés en reconnaissant que c'était une terre très-élevée dont nous n’étions pas à plus de quatre milles. En même temps nous fümes à vue, à moins de trois milles de distance au vent, d'une falaise à pic, ce qui nous fit croire que nous entrions dans une grande baie, située sur la côté sud-ouest de Socotra ; les vagues de la mer s’élevant fort haut, et le vaisseau étant évidemment sur une eau très-peu profonde (r). Nous füûmes alors dans un péril imminent. En conséquence le ‘capitaine prit le seul moyen qui offrit Pespoir de sauver le vaisseau , en virant vers le nord-ouest et en déployant toutes les voiles , ce qu'on eut .à peine le temps de faire ; car on avait été poussé très-pres de la côte. Par bonheur, nos efforts furent couronnés par le succés. Ayant été secondés par un fort
(1) Le capitaine , pour empêcher toute alarme, ne voulut pas faire leverle plomb} ce qui n’aurait été d’au- ‘cuné utilité ;- mais certainement nous ne fûmes pas sur plus de cinq brasses dürant quelque temps.
courant qui venait de l'ile, nous virames vent devant ; et nous trouvant, à midi, par les 12° 23” o! de latitude, nous eùmes la satisfaction de nous éloigner de la pointe de terre occidentale, et de nous voir dans une situation comparativement sure , après quoi nous passâmes en arrière d'un rocher blanc(i), qui git par le travers de cetteextrémité de Socotra ; et nous tentàmes de gouverner sous le vent de cette ile (2). Ce que je viens de rapporter démontre la nécessité de représenter sur les cartes l’île d’Abd-el-Curial, plus grande qu'on ne l’a faite jusqu'ici ; car c'est à ce manque d'attention de la part des hydrographes que nous dûmes d'être jetés dans la situation terrible où nous nous trouvâmes. Nous eùmes tout lieu de remercier la Providence que ce n'ait pas été avant le jour. Sans cela , le vaisseau et tous ceux qu'il portait auraient infailliblement péri ; car lorsque. nous füûmes le plus près de la côte, nous pümes distinguer
(1) Ce rocher ressemble beaucoup à un autre qui git par le travers de l’extrémité septentrionale de l’ile d’Abdel-Curial, et qui contribua à nous faire tomber dans l'erreur.
(2) La carte présente une esquisse de l'extrémité nordouest de l’île de Socotra. En conséquence, j'espère que l'ile d’Abd-el-Curial ne causera plus de méprise.
un violent ressac qui brisait sur les rochers dont élle est bordée.
Le 8 juillet, quoique nous nous tinssions ‘près de terre, le vent soufflait avec une violence extrême, ce qui nous força de rester sous la misaine. Cela nous empécha de faire un seul mille, et nous fûmes convaincus qu'il nous serait impossible de poursuivre notre route. Le 9 juillet le temps devint plus orageux et le vaisseau embarqua tant d’eau , que nos matelots furent presque toujours employés aux pompes. Le charpentier ayant examiné les flancs du vaisseau , déclara qu'il les avait trouvés en si mauvais état que par fois l’eau y pénétrait par le milieu. En conséquence , le capitaine convoqua les officiers pour déterminer le parti qu'il convenait de prendre. II fut, à l'unanimité, jugé nécessaire pour Îa sureté du navire et de la cargaison, de renoncéer À tenter un passage contre le vent, et l'on résolut de porter vers Bombay, ou vers tout autre point de la côte de Malabar, où l'on pourrait faire les réparations indispensables pour continuer notre voyage. On en dressa l’acte, qui fut signé par tous les officiers ; et à deux heures après-midi , le capitaine gouverna vers Bombay. Depuiscet instant jusqu’au 15 juillet, nous fimes voile constam-
ment vers ce > port. Le Mer était si grosse , 1€t le vaisseau roulait tellement qu'il fallut sans cesse faire jouer les pompes. Le 15, nous eùmes une grosse pluie, et nous vimes des serpens de mer, animaux qu'on sait être des présages assurés de l'approche de la: côte.
Bientôt après nous eûmes des sondes de trentesept brasses. Le lendemain, par un hazard heureux (1), nous rencontrâmes un. vaisseau qui n'avait quitté Bombay que depuis vingtquatre. heures , et dont le commandant nous donna le gisement du phare, sur lequel nous portâmes ; ; et à cinq heures nous entràmes dans le port.
À mon arrivée je rh demander audience au gouverneur , M. Duncan, qui me recut de la manière la plus amicale et me donna un appartement à l'hôtel du gouvernement. Quelques jours après, l’état dangereux où se trouvait la Marian , ayant été vérifié légalement, on en init à terre la cargaison, et l’on conduisit le vaisseau au chantier pour le réparer complètement. Grace aux bontés qu’eurent pour
(1) Le port de Bombay , durant la saison des pluies, pendant la mousson du sud-ouest, est de très-difficile approche , à cause de la brume qui obscurcit continuelle- - ment l'atmosphère , et qui empêche de déterminer la position exacte des vaisseaux.
EN ABYSSINIE. 313 mot les habitans de Bombay je ‘passai , de Ja manière la plus agréable ; toùt lé temps que durèrent les travaux. Sir James Mackintosh m'ouvrit, avéceet émpressement à obliger qu'on lui connait, sa belle bibliothèque qui peut passer pour la collection de livres la plus précieuse que probablement on ait vue dans les limites de notre empire d'Orient. À
Le 4 octobre nous appareillâmes de Bomis (1), et le 4 décembre nous abordämes au Cap de Bonne-Espérance , où je fus parfaitement accueilli par mes anciennes connais- ‘sances , à qui notre retard avait fait concevoir de vives alarmes pour ma sureté. Le lord Caledon m’apprit, à mon grand regret, quon m'avait reçu , depuis que j'avais quitté cette ‘colonie |, aucune nouvelle satisfaisante de ‘M. Cowan et de ceux qui laccompagnaient, qu'au contraire il y avait tout lieu de craindre qu'ils n'eussent été victimes de l’ignorance et ‘de la défiance de quelqu’une des tribus bar- -bares de l'intérieur du pays, etqu'ils n'eussent nus à de nouveaux noms à la liste fatale de
Me :) Milord Faientia a donné au tom. IT, p. Lee et suiy. de ses Voyages , une descriplion très-curieuse et très-détaillée de Bombay. C’est-la, sans donte, ee qui a empêché M. Salt de parler plus au long de cette ville. ENote' du traducteur, )
ces entreprenans et infortunés voyageurs ; à qui leurs généreux efforts pour répandre les bienfaits de la civilisation parmi les habitans de l'Afrique , ont cause la mort.
La Marian quitta le Cap de Bonne- “Espérance, le 12 décembre , et le 29 du même mois elle toucha Sainte-Hélène. Après la plus heureuse traversée elle aborda, le 11 janvier, à la côte d'Angleterre , et le jour suivant j'eus le plaisir de débarquer au port de Penzance, dans le comté de Cornouailles. De là je me rendis à Londres où je mis sous les yeux du marquis de Wellesley, alors secrétaire-d’'état pour le département des affaires étrangères , le compte de mes opérations dans les deux années qu'avait duré mon absence. Sa seigneurie m'a fait l'honneur de m’en témoigneur sa satisfaction d'une manière pleine et entière. Je le dis , avec quelque orgueil , sans doute; mais on m'excusera lorsqu'on se rappellera les talens éminens et la grande connaissance des affaires de l'Orient, que. possède ce ministre , et qui devaient me faire attacher le plus grand prix à opinion qu'il avait à exprimer sur ce sujet.
Je prendrai congé ici du lecteur. J'espère qu'il m'accordera de nouveau cette indulgence avec laquel!'e il a soutenu mes efforts pour la cause de l’Abyssinie; et rappelant encore une fois
nd EN ABYSSINIE. 315 ce pays, je citerai les propres paroles du savantet désintéressé Ludolf qui dit:« £xcitet D. O. M. principum nostrorum animos, Ut pervetusiæ huicchristianæ nationi opem ferant, christianissimo in tam remotis mundi partibus proferendo utilem : sibiqueomni ævo glorivsam
Juturam.
S sx mis desire tee LE OU TA 3 75 c# À Ts £ ÿ
Courte relation d’un Voyage en Erniorre par les Pères Remento et MarTino de BonHËME , et par le Père Antonio D'ALer, de l'ordre des Frères Mi-
LA
neurs réformés, et Missionnaires en Ecypre (1), de la Congrégation instituée pour la propagation de la foi.
Âv mois de ; juin 1751, moi frère Remedio de Bohême, frère mineur reformé et missionnaire pour la propagation de la foi, je fus rappelé de la ville de Girgeh, dans la Haute- Egypte, au grand Caire, par le préfet que nous avions en cette ville, et je fus nommé à une mission en Ethiopie, conjointement
(1) Voyez le tom. IV$ pag. 357(traduction française ) des J’oyages du vicomte Valeria, et V’ Appendix du Voyage de Bruce, tom. VII, p. 65 { dernière édition publiée en Angleterre. )
DA à
avec les pères Remedio (2) de Bohème , et Antonio d'Alep ; tous deux:du: même ordre que le mien. Comme il était impossible de pénétrer par terre dans le pays ; à cause des diverses tribus d'Arabes dont le chemin est infesté, notre départ fut différé jusqu’au 27 août. Nous partimes pourvus de toutes les choses nécessaires pour fonder une nouvelle mission , et avec une caravanne de Turcs qui allaient à Médine et à la Mecque , adorer leur faux prophète Mahomet. Durant trois jours nous traversämes les déserts d'Egypte, où l'on ne peut se procurer ni pain, ni eau, ni aucune sorte de nourriture; cest pourquoi les voyageurs emportent du Caire une quantité de vivres suffisante pour leur consommation, jusqu'à leur arrivée à Suez. Durant ces trois jours de marche, la chaleur fut excessive , le désert étant plat, sablonneux, aride et nu.
Les voyageurs y sont tourmentés par une Soif si dévorante ,‘que les personnes qui composent la caravanne sont presque réduites au dernier degré de faiblesse avant d'être parvenues à Suez ; et comme elles ne peuvent aller à pied, à cause de la chaleur brülante du sable, elles sont forcées de monter sur deschameaux, dont la marche fatigante brise les os. Nous fümes obligés de nous contenter d’une petite quan-
(2) Ce doit être Martino ; mais comme l’erreur est dans de manuscrit , je l’ai maintenue. *
. * Je suppose que les PP. Remedio et Martino de Bohême, sont des religieux allemands , au nom desquels on a donné une terminaison italienne, ( Remarque du traducteur. )
tité d’eau et de biscuit, et nous dormimes peu , tant par insomnie que par la crainte des voleurs, qui sont assez nombreux pour em: pêcher les Chrétiens d'entreprendre le voyage ;; excepté au mois d'août ; avec la caravanne turque (composée de plus de 100,000 ames), sans la protection de laquelle ils seraient certainement dépouillés et mis à mort.
Ayant passé ce dangereux désert, nous arri< vämes , le 1er septembre à Suez, qui est le premier port situé sur la Mer Rouge. À la recommandation de quelques marchands catholiques du Caire, nous obtinmes, moyennant soixante et dix sequins, passage sur un vaisseau , Où, malgré cette somme, nous fûmes si mal logés qu'à peine pouvions-nous lever la tête. Nous commençâmes ainsi notre voyage, et le 1 4 nous passâmes un lac ,appelé Pharoun. Le 17 , nous saluàmes , à quelque distance , le Mont Sinaï. Notre unique nourriture était du biscuit, et notre boisson de l’eau infecte , remplie de vers, et dont une petite coupe nous coûtait huit baiocchi ou medins.
Nous arrivâmes à Djeddah le 4 octobre. Si nous n'avions pas été recommandés chaudement, par nos catholiques grecs, à un digne marchand turc , nous aurions eu fort à souffrir de la part des grecs schismatiques.
Ayant appris, d’une manière ou de l'autre , le motif de notre voyage en Ethiopie , ils excitérent beaucoup de murmures contre nous parmi les turcs, résolus qu’ils étaient de nous empêcher de pousser plus loin. Mais ce que la malice invétérée de faux chrétiens voulait
prévenir , la divine Providence l'opéra par le moyen des turcs eux-mêmes. Ainsi , après une courte persécution, et lorsque nous demandions humblement au Visir , [a permission de passer à l'ile de Loheïah , à notre grand contentement , non seulement il nous l’accorda, mais il nous donna une recommandation pour le commandant de l'ile, où nous arrivâämes le 2 novembre. Nous y demeurâmes dix jours, avant de pouvoir nous embarquer pour Massouah, port où, après beaucoup de peines et de fatigues , nous abordâmes le jour de Saint-André.
Desirant d'obtenir de l'empereur d’'Ethiopie une permission de débarquer , permission sans hiquelle le gouverneur de l'ile ne permettrait à aucun chrétien de pénétrer dans cet empire , nous envoyâmes notre humble requête à la Cour , par deux messagers , qui, au bout de quatre-vingts Jours, nous rapportèrent une gracieuse lettre du souverain, et qui arrivérent accompagués de deux officiers , de trente domestiques et de seize mulets , pour porter notre bagage à la ville royale de Gondar.
La lettre de l’empereur était ainsi conçue :
« Louange à Dieu seul. — De la présence du Negush Negashi, de l'empereur des chrétiens et des turcs , successeur du Seigneur de l'Univers, qui est constitué pour les affaires de ce monde et pour les affaires de la foi en ce qui concerne la créature, par qui Dieu a mis l'ordre parmi les hommes, et a éclairé la terre et les provinces. Il est brave dans le conseil , d'une prudence consommée et utile
aux autres. C’est pourquoi il a laissé une mémoire qui est répandue dans toute la terre; et sa Justice ,. sa bonté, ses bienfaits, le font habiter l'empire de l'antiquité des temps, ayant la génération de son père, de sûn aieul et de son bisaïeul. Il est le métal de la liberté, de la bienveillance et de la bonté. Il est orné: de tant de qualités qu'à peine aucun de ceux qui respirent peuvent l'égaler , et que com parés à lui tous les autres hommes paraissent vils. Il est d'une éminence si sublime que tous les autres rois desireraientardemment de l’imiter ; mais ils ne pourraient y parvenir, parce. qu'ils le tronveraient , de tous les princes de la chrétienté , le plus noble; et vraiment il est le plus grand de tous les princes qui professent la foi Nazaréenne , et le plus excellent depuis le temps qu'il est baptisé(1). Il est le défenseur de la foi évangélique , le propagateur de la justice entre les ames des chretiens et dés-turcs. Il est établi au milieu de la nation chrétienne, dans la ville de Gondar , qui est gardée et protégée par l'empereur Tasu Adiam Sagad (2), fils de l'empereur Bagatta Masick Sagad(3*. Puissent ses jours etsa Justice
(1) Je soupconne fort que la première partie du titre a été forgée par les religieux mêmes. * |
(2) Le nom de ce prince était d’abord Yesous , et le titre qu'il a pris à son couronnement est Adam Segued.
(3) Ce doit être Bacouffa qui prit le titre de Malek Segued.
* Nous en avons supprimé un passage qui est encore plus
obscur que ce que nous avons conservé. ( Vote du traducteur, )
être multipliés , et puissent les nuits de sa prospérité être continuellement renouvellées par l’excellence de Jésus-Christ et de sa mère. Ainsi soitil. L’empereur salue les trois médecins et demande pour vous toutes les bénédictions , son desir étant que vous conserviez la santé. Venez promptement vers nous avec nos gens , et soyez assuré qu'il ne se ferarien qui ne vous soit agréable , et vos cœurs seront réjouis par un bon accueil, et vous recevrez de nous honneur , justice et sûreté.»
Nous recümes aussi une autre lettre remplie de témoignages de bonté , de la part du signor George Braco (1), de Scio, grec schismatique et trésorier de l’empereur. La voici :
« Honneur à Dieu seul. — Nous rendons grace à Dieu de votre heureuse arrivée et de ce qu'après avoir échappé aux dangers de la mer etaux embuches des hommes, vous êtes venus vers nous. Tout ce que vous desirez est parvenu aux oreilles de l’empereur , qui accède à vos vœux et vous envoie de ses gens pour veiller à votre sureté. Ne tardez donc pas à venir.
Que Dieu , le Dieu tout puissant dirige vos pas ! Que la paix soit avec vous! Je suis pour la vie votre sincère ami.
Le gouverneur rassuré par ces lettres ne put nous retenir plus long-temps. Remerciant le Seigneur d'échapper encore une fois des mains des turcs, le 25 février 1952 , nous
(1) C'était le frère du Pétros dont parle M. Bruce. IL. 21
Sa APPENDICE.
quittâmes Massouah , le dernier port dela Mer Rouge. Mais nous n’étions pas au bout de nos maux. Comme il n'y a pas de grands chemins dans le pays, nous passâmes de hautes montagnes, nous descendimes dans des vallées profondes , nous traversimes d'épaisses et sombres forèts, et nous essuyàmes beaucoup de dangers. Plus d’une fois nous fûmes forcés de grimper au haut des monts, sur nos pieds et sur nos mains , cruellement déchirés par des ronces et des arbrisseaux épineux. Comme il ne se trouve rien à acheter dans le pays , les voyageurs sont forcés d'emporter de la farine pour faire leur pain. Il n'y a ni maison, ni auberge , eten conséquence, il faut coucher en plein air, exposé aux attaques des voleurs et des loups, des lions, des tigres et autres bêtes féroces, qu'on rencontre à chaque instant et dont je cesserai de parler tant elles m'inspirent encore de crainte et d'horreur. Je me bornerai seulement à dire que dans lecours de cette expédition si hazardeuse, nous repétàmes souvent que nous aimerions mieux être enterrés dans le pays, que de tenter de retourner par un chemin sur lequel nous avions tant souffert.
Le 19 mars, nous arrivâämes enfin à Gondar où nous fümes reçus avec beaucoup de joie, et logés agréablement dans le palais royal. Le lendemain, l’empereur , qui n’était pas alors dans cette capitale, mais à Kaha(1), nous manda
(1) M. Bruce, tom. IV, p. 122 ( dernière édition anglaise} écrit Kabha.
APPENDICE. 323 gracieusement à son audience. Lorsque nous lui eùmes fait une profonde révérence , il nous adressa la parole en ces termes :
«Je vous embrasse de tout mon cœur. — Je suis charmé de vous voir et vous félicite de votre heureuse arrivée. N'étantencorequ'un enfant , je desirais ardemment de vous avoir ( des hommes comme vous) dans mon royaume.
En conséquence, je me réjouis fort de votre venue, et Je vous promeis , lantque je VIVrai, assistance , protection et faveur. » Sa majesté nous interrogea ensuite sur divers points. Sa première question fut celle-ci : « Où sont les tables de Moïse? Après cela l'empereur nous parla de la reine de Saba. Pour troisième question , il nous demanda en quelle langue notre Seigneur Jésus-Christ jugerait les humains ; quelle langue il parlait lorsqu'il conversait avec les hommes , et quelle était la langue la plus ancienne. Il nous fit ensuite beaucoup d’autres questions sur les Européeus, sur leurs coutumes et leur manière de vivre. Nous y répondimes de notre mieux et à la satisfaction du prince. Charmé de mon discours , il se leva de son trône, qui formait une espèce de couche, et il nous dit :« Cette maison sera votre habitation. » Alors il se rendit à un autre corps-de-logis voisin de celui qui nous était destiné. |
Le jour suivant , l'empereur nous fit visite en personne, et nous lui présentämes humblement une lettre du supérieur de notre mission. Le prince demanda si elle venait du pape. Je lui répondis que non, ce à quoi
jajoutai que , comme notre voyage avait été arrangé à la hâte en Egypte, on ne pouvait pas encore avoir reçu ( à Rome) des nouvelles de notre mission en Ethiopie ; que cependant je ne doutais pas qu'aussitôt que Sa Sainteté aurait appris notre arrivée , notre heureux séjour dans le pays et les graces dont Sa Majesté nous avait comblés , elle ne lui fit parvenir des lettres remplies des témoignage d’une paternelle et sincère affection. Nous passämes à Kaha les quinze jours suivans, et l’empereur nous honora chaque jour de sa visite Enfin, le 8 avril, nous partimes aveclui pour Gondar. Nous y résidèmes dans un palais qui avait ap. partenu à son pére, et nous y vécümes tranquilles et abondamment pourvusde tout. Sans cela , nous aurions eu beaucoup à souffrir , tant à cause de la rareté des vivres qui affligeait le pays depuis huit ans, et était occasionnée par les ravages des sauterelles, qu 1 cause des grandes dépenses que nous avions faites , tant sur mer que sur terre , el qui avaient considérablement réduit la somme qu'on nous avait donnée pour nous défrayer durant deux ans, Mais la divine Providence ui n abandonne jamais ceux qui mettent en elle leur confiance , vint à notre secours, en nous procurant la bienveillance et la protection non seulement de l'empereur mais aussi de la reine sa mère (1).
(x) C'était l’itéghé que M. Bruce vit ensuite. L’attachement de cette princesse pour les religieux catholiques, dont il s’agit dans le texte, explique plusieurs points qui avaient paru douteux dans la relation du voyageur anglais.
Durant environ six mois, nous instruisimes plusieurs membres de la ile royale, dans la foi catholique , que nous enseignions AUSSI chaque jour dans notre logis , à un a concours des principaux ministres du pays et même d'ecclésiastiques et de peuple, de que nous faisions dans leur propre langue chaldéenne, que, par la grace Dieu, nous avions apprise en quelques mois. En dope quence, un grand nombre furent éclairés par nos discours ; et poussés par les remords de leur conscience ,ilss’écriaient publiquement : « Nous sommes d'indignes chrétiens, et nous ne pouvons manquer d'aller en Enfer |» D'autres parurent desirer ardemment d’embrasser la foi catholique; mais ne nous sentant pas encore assez denent établis dans le pays, nous les remimes jusqu ‘à une occasion plus favorable. A la fin, après de grandes démonstrations d'amitié de la part de l'empereur , des ministres, du peuple et de quelques ecelésiastiques , nous crüûmes n'avoir plus rien à redouter , et nous nous promimes une abondante moisson. L'empereur m'avait déjà nommé son ambassadeur auprès du Saint-Siége, pour l’avancement de la religion catholique dans ses états, lorsque l'ennemi de la race humaine excita contre le monarque et contre nous une grande révolte parmi le peuple.
L'archevèque Gofto, craignant pour les émolumens de sa place , menaça d'excommunier le roi et tout le peuple , si nous n'étions surle-champ bannis du royaume. Durant la nuit une populace furieuse , conduite par des
moines plus furieux encore , sonna le tocsin, s'attroupa autour du palais du roi, et demanda notre expulsion avec de grands cris et en menaçant de nous mettre à mort. Le roi confondu nous fit paraître, le 2 octobre , en sa présence, et nous dit : « Je vous déclare, avec le plus grand regret , qu'il faut que vous sortiez de mon royaume, à cause de la révolte de mon peuple qui menace de nous mettre àmort, moi et vous, si vous ne partez sur-le-champ. J'ai, pendant quelque temps, cherché à appaiser les murmures qui s’élevaient contre vous ; mais il n'est plus en mon pouvoir de les calmer.
En conséquence , hâtez votre départ et détournez cet orage de dessus ma tête et de dessus la vôtre. »
Je répondis à l'empereur que nous ne pouvions partir sans en avoir obtenu l'autorisation de la sainte congrégation , et que je le supplais de nous souffrir patiemment jusqu'à ce qu'il eüt reçu une lettre de Rome. Cependant nous résolümes de ne pas quitter notre demeure , disposés que nous étions à souffrir le martyre plutôt que de déshonorer notre ministère par une fuite honteuse. Cela dura trois mois, pendant lesquels l’empereur nous pressa plus d’une fois de partir. Nous parümes fréquemment en sa présence et en celle de la reine-mére (regina madre), leur parlant avec une liberté évangélique, au sujet de la religion chrétienne, et les menaçant de la damnation éternelle s'ils ne se rendaient aux vérités de l'Evangile. Nous leur répétions ces mots de l'évangéliste : « Ne craignez pas ce qui ne peut
faire périr que le corps; car cela ne blesse point l'ame ; craignez plutôt ce qui peut faire périr le corps et l'ame pour l'éternité. »
Enfin , après trois mois d'une dure retraite, nous fümes chassés de vive force, du palais, le troisième jour de la fête de Noël, de lan de J.C. 1752. Nous secouâmes la poussière de nospiedset reprochämes vivement à l'empereur et à son peuple son infidélité, nous écriant : « Nous sommes chassés par de faux chrétiens ; fuyons et cherchons un asyle chez les gentils !» Nous nous retiràmes parmi les turcs ( mahométans ) à une lieue de Gondar, et nous tentâmes encore de rester dans le pays. Mais ce fut vainement , quoique durant un mois nous eussions fait tous nos efforts pour recouvrer la bienveillance de l'empereur et appaiser le peuple. Ne voulant pas exposer nos jours imprudemment .et sans aucune utilité pour le salut du prochain, nous résolümes de nous en retourner. Nous y fümes déterminés principalement par une lettre de notre supérieur du Caire, qui nous mandait que notre illustre et révérend seigneur le secrétaire de la Propagaude , desirait quesi nousnepouvionsobtenir le libre exercice de notre religion en Abyssinie , et quesi nous n'avions aucune espérance de convertir le roi , sa famille, ou plus spécialement les moines , nous parüissions , vu surtout que ce peuple (les Abyssiniens } passait pour léger et sans foi.
Pleinement instruits alors des intentions et des vœux de la sainte congrégation , nous annonçames , au nom du Seigneur , que nous
étions prêts à quitter le pays. Mais en cet instant l'empereur donna l’ordre de retenir de force , le père Antonio d'Alep, pour qu'il transcrivit le Pentateuque , en Arabe. Comme je ne pouvais ni ne voulais y donner mon consentement , j'envoy: ai ce père dire à l'empereur qu'il ne serait ni convenable, ni juste, qu un de nous demeurât sans compagnon. L’empereur, outré de COUITOUX , lui répondit :
« Je sais que voire supérieur (car tout indigne que jétais, J'agissais comme tel) desne) de vous emmener; mais je n y consentirai pas, et sil 4 persiste , j'enverrai mes gens à votre poursuite, et je oise ramener tous les trois, bon gré, malgré. » En conséquence ; je Lis le père Antonio à Gondar , mais à condition et d'après la promesse positive du roi, que, lorsqu'il aurait fini son travail, il serait remis en liberté et renvoyé en sureté au grand Caire, où je le crois maintenant parvenu heureusement.
Mon compagnon, frère Martino de Bohème, et moi, nous passämes de nouveau les montagnes escarpées et les épaisses forêts de l'Ethiopie ,et nous eümes à essuyer , dans ce voyage, toute sorte de fatigues , d'incommodités et de dangers. Dépouillés des CHéSER qui nous étaient le plus nécessaires , et étant, pour ainsi dire, tout nus, nous fûmes des objets de pitié et de mépris pour les musulmans eux-mêmes.
Ayant gagné Massouah, le gouverneur nous demanda trente scudis (piastres) pour nous permettre de partür ; ; mais ayant vérifié notre misère , il se contenta de quinze. Nous tra-
versämes la Mer Rouge, et nous nous rendimes à Moka, où nous trouvämes plusieurs vaisseaux marchands , français, venus de l’Inde.
Nous obtinmes, par charité, sur un de ces navires , le passage pour nous rendre à Pondichéry. M. Dupleix, qui était alors gouverneur de cette colonie, nous recut avec beau:
coup de bonté. Voyant que nous avions été expulsés de notre mission dans un dénuement total, il voulut bien payer deux cents écus romains pour notre passage à Lorient en Bretagne , où nous nous embarquâmes pour Marseille. De cette ville , nous nous rendimes à Civita-Vecchia, et de celle-ci à la sainte cité de Rome; pour y rendre compte de notre voyage et de notre mission en Ethiopie, eten mêéme-temps pour y baiser humblement les pieds de notre Saint-Pere, Benoît XIV, heureusement régnant , comme aussi la sainte pourpre de tous les éminens cardinaux de la Propagande.
Du couvent de Saint-Pierre, in Montorio , le 26 juillet 1754.
Signé, FrA Remepio de BoHrmia, Vice-Préfet d'Ethiopie.
N Lt
Jx me suis efforcé , dans ce numéro, de donner une idée des animaux indigènes de l'Abyssinie, et j'y ai ajouté une liste considérable d'oiseaux et de plantes rares que j'ai rassemblés dans le cours de mes voyages en ce pays.
Les animaux domestiques d’Abyssinie sont des bœufs, des moutons ( d’une espèce petite et noire) , des chèvres , des chevaux, des mulets, des ânes et quelques chameaux. On rencontre communément deux espèces de chiens , dont l'une , comme celle des chiens paria de l'Inde , n'a point de maitres particuliers. Les individus de cette espèce forment des meutes, qui sont attachées aux différens villages. Ceux de l’autre espèce sont légers et forts. Ils sont employés à la chasse. On leur apprend de très-bonne heure à poursuivre le gibier et particulièrement les poules d'Inde. Ils sont d'une adresse merveilleuse à prendre ces o1seaux , et 1ls ne les perdent jamais de vue, une fois qu'ils les ont fait partir. On trouve aussi des chats domestiques dans toutes les maisons d'Abyssinie.
Les animaux sauvages , appelés Ænsissa Gudam , et habitant les barraka, ou forêts, forment un grand nombre d'espèces. Je vais en donner une liste avec leurs noms, dans la
APPENDICE. 331 langue du Tigré et dans celle de l'Amhara.
J'y joindrai une courte explication , d’après laquelle on pourra s’en faire une assez juste idée.
L'Eléphant( /rmaz, T. Zohan, À.)\se trouve dans toutes les forêts qui bordent l’Abyssinie. Les Shangallas lui donnent ordinairement la chasse pour en avoir les dents.
Le Caméléopard ( Zeratta , T. Jeratta Ketchin , À. } est un animal qu'on rencontre rarement à cause de son naturel timide , et parce qu'il n habite que l’intérieur des contrées désertes. Sa peau forme un article d'échange dans quelques provinces. On coupe les poils de la queue pour les attacher au haut bout des fouets avec lesquels on chasse les mouches, sorte d'insectes qui sont très-incommodes dans le tempsde la chaleur. Les lanières de ces fouets qui sont appelés kallinga , sont faites de peau d'Hippopotame. |
La seule espèce de Rhinocéros (.{roué haris, T. 4ouir haris; À.) dont j'aie entendu parler est celle du Rhinocéros à deux cornes, qui est semblable à celui qu'on trouve aux environs du Cap de Bonne-Espérance, et dont M. Barrow a donné un dessin parfait. Je crois qu'il a d’abord été décrit par M. Sparmann.
Je ne l'ai jamais rencontré vivant ; car il ne fréquente que les contrées voisines du pays des Funges ou les forêts du Wojjerat; mais je me suis procuré plusieurs paires de cornes -de cet animal , cornes qui sont unies ensemble par une partie de la peau , d'oùuil paraïitqu'elles n'avaient aucune connexité avec l'os de la tête.
Ce fait rend irès-croyable la notion répandue parmi les naturels de l'Afrique , que cet animal a la faculté d'élever et de baisser ses cornes à volonté. Bruce tourne Sparmann en ridicule, pour avoir dit cela ; mais, comme le dessin qu'a donné le premier de ces voyageurs , est évidemment très-inexact (1), on ne doit pas mettre beaucoup d'importance à son opinion. Les chasseurs poursuivent l’animal pour en avoir la peau ( qui sert à faire des boucliers en Arabie), et aussi pour en avoir les cornes, qui forment un article de commerce considérable dans tout l'Orient, où l’on en fait des poignées d’épée et des manches de poignard. Il semble, d’après le peu de grosseur des cornes qui sont exportées, que les habitans tuent rarement l'animal lorsque son corps est parvenu à son entier développement. Cependant , M. Pearce m'en a envoyé une paire, dont la plus grande a deux pieds de long. On n’en avait jamais vu d'une pareille longueur à Antalo. |
Le Buffle (Goshy,T. Gosh, À.) est commun dans les forêts du Ras-el-Fyl. On en emploie la peau à faire des boucliers qui sont fabriqués avec beaucoup d’art , et qui, lorsqu'ils sont d'une belle forme et bien conditionnés , se vendent quatre et cinq piastres dans le pays.
(1) Le dessin, donné par M. Bruce, paraît avoir éte copié sur celui du Rhinocéros unicorne de Buffon , auquel on auro't ajouté une seconde corne ; car le Rhinocéros à deux cornes , n’a pas les replis de peau qu’on remarque sur ce dessin,
Le Zebre ou Zecora se trouve principalement dans les provinces méridionales. La crinière de cet animal est fort recherchée pour en faire une sorte de collier que, les jours de cérémonie, on met aux chevaux des principaux chefs, privilége dont ils jouissent seuls et qui est peut-être dü à la rareté du Zèbre. L’âne sauvage , qui doit être le Quacha (Erge Gudam, T. Ebudah Hiyah , À.) habite les mêmes contrées que le Zecora.
Le Lion (Æmbasa T. et A. )se rencontre par fois dans les districts sablonneux qui bordent le Tacazze. En tuer un est un insigne honneur pour un chef. Cela lui donne le privilége d’en porter les pattes sur son bouclier (1). La peau sert à faire une sorte de vêtement qui ressemble fort à celui que portent les chefs Kafres des environs du Cap de Bonne-Espérance, mais qui est orné plus richement.
Il y a plusieurs espèces de Léopard en Abyssinie. L'espèce commune est appelée ÂVémir dans le Tigré, et Aibr dans l’'Amhara. La seconde espèce est le Léopard noir ( Gussela T. et A). On en vend la peau très-cher, et il n'y a que les gouverneurs de province qui aient le droit de la porter. La troisième espèce (Muntillut,T. Wobo, A.) parait être inconnue. On dit que c'est un animal très-féroce, qui enlève quelquefois des enfans et même des hommes , lorsqu'il les trouve endormis. On en représente la face comme semblable à la
(1) 11 est probable qu’une coutume pareille aura donné lieu aux armoiries écartelées.
figure humaine.Nous mentionnerons un Lynx qui ressemble fort au Lynx commun (Aibre Arrar , T.);le Lion Chat ou Caracal ( Chon Ambasa, T.); le Tigre Chat ow le Lynx gris ( Nibre Gulgul ,T. ), etle Chat sauvage ( 4kul Dimmo,T. Yedir Dimmut, À.),dont M. Bruce a donné un dessin. On peut ajouter à ces animaux ,le Zibet (l'urine Dimmo(s),T. 4nkeso, À.) qui donne la Civette, dont il se fait un commerce considérable dans le pays.
Dans l'espèce du Chien, on peut compter le Hyène{ Ziby, T. Gib, À. )— Une petite espèce de Loup (Ouacharia, T. Kabbaro, À.) — Une espèce de Renard ordinaire ( Consul, T. Folga , A.)— Le Renard des côtes de la mer ( W'uggera, T Tokela, A.), et le Jackal (kul Mücho,T. Michæl Chitlo, À). Ce dernier animal dévaste les basses cours.
On trouve une grande variété d’'Antilopes, La plus grande espèce est le Kudou( Agazen, T.) qu’on rencontre aussi Gans l’intérieur du Cap de Bonne-Espérance ; —le Harte bist { Wéél,T. Bohur , À.) ; — la Gazelle sautante ( Sassa , T.) et une autre tres-petite espèce, un peu plus grosse qu’un lièvre , qui se trouve communément ausst au Cap et à Mozambique, et qu'on appelle Maqguoda dans le Tigré. Il y a, enoutre, la Chèvre sauvage( Taille Budde, T. Ebada fe el, À. et une autre espèce d'Antilope (Ouitil, T.), probablement alliée au Chamois qui se trouve dans les parties les plus
(1) C’est à tort qu’il est dit, dans l’Æistotre Naturelle de Buffon , que cet animal s’appelle Kankan, en Ethiopie.
hautes des districts montueux et froids du Samen. :
DiverseS espèces de Singe abondent dans les contrées sauvages. Les plus gros ( Hevve, T.
Gingero, À.) semblent être de la famille de ceux qu'on trouve en Arabie. Il y a une autre petite espèce qui a la face noire (4{esieo, T. Tota , À.)
Les autres animaux sont : Le Sanglier ( 4rrouah Akul, T. Eryeah, À.) ; le Porc-Epic { Confus , T. Zurt, À.), une espèce de Cavia ( Gihé, T. 4shkoko , À. ), allié de près à celui qu'on trouve au Cap; une petite espèce de Lièvre à robe grise (Muntilé,T.) qui est considérée comme émmonde par les Abyssiniens ; l’Ecureuil ( Shele el Hehout, T.); le rat (/nchoua, T#it, À.), animal qui dévaste les campagnes ; et une espèce de Maki où de Lemur ( Faunkus, T. Guereza , À.) dont Ludo!f a donné un dessin tres-imparfait. Ce dernier animal est à-peu-près de la grosseur d’un chat, On le voit communément sur les arbres.
Il a la queue longue, légèrement rayée de noir et de blanc , et terminée par une toufle de poils blancs. La robe a le poil long , et elle est par-tout d'un blanc très-clair , excepté sur le dos , qu'elle a une grande tache ovale, dont le poil est court et tres-noir. Les peaux de ces animaux sont apportées du Damot et du Gojam, et on les trouve communément sur les marchés. On les y vend environ une demipiastre la pièce, et chaque homme en porte un morceau sur son bouclier. Plusieurs cousues ensemble forment une tres-belle couver-
ture de lit. Je n’en ai vu que chez le ras. Luimême men a donné une , qui est aujourd'hui dans le cabinet de curiosités de S. A. R. le prince Régent. On a déjà fait mention de l’Hippopotame ( Gornart ) et du Crocodile ( #gous ), qui se trouvent dans les lacs et les rivières principales du pays. On ne sait pas si un grand nombre d'autres espèces d'animaux se ren-:
contrent en Abyssinie ; mais la liste que je viens de donner , renferme les noms de tous ceux que j'ai vus ou dont j'ai entendu parler durant ma résidence en ce pays.
Il y a une grande variété d'espèces dans le genre du Faucon , parmi les grands oiseaux indigènes en Abyssinie. Les plus remarquables sont les deux espèces décrites et dessinées sous l'inspection de M. Bruce, qui a distingué sous le nom d’Aigle d’or la plus grande des deux.
Le docteur Shaw la range parmi les Vautours, et l'appelle le Vautour barbu , à cause de la forme droite de son bec. Mais son aspect général dans l'état naturel, joint à la vigueur et à l’ardeur qu’elle montre, me porte à croire qu'elle tient plus de l’Aïgle , et je serais disposé à l'appeler l’Aigle d'Afrique barbu. La tête d’un individu, que j'ai tué, et qui ressemblait beaucoup à celui que décrit M. Bruce, différait un peu de son dessin. La prunelle de l'œil était trés-noire , et l’Iris d'un Jaune de sable, Cet individu avait une membrane de couleur écarlate foncée et brillante, membrane doni l’animal se couvre quelquefois tout le globe de l'œil. La langue était dure et fourchue, et elle remplissait toute la mandibule inférieure. Le
bec était d'un brun sale. Des touffes de poils noirs sortaient de chaque côté de la mandibule supérieure , et couvraient presque les narines. 11 y avait de pareilles touffes de chaque côté de la mandibule inférieure , au-dessous de laquelle il s’en trouvait une autre qui formait une barbe. L'espace qui entourait l'œil et le surmontait aussi bien qu'un angle derrière, était d’un beau noir luisant. La tête était entièrement couverte de petites plumes dun blanc sale, et qui, de mème que celles du cou , dela poitrineet du ventre, étaient teintes légèrement d'un brun roux. Les plumes du dos, de laqueue et des ailes étaient d’un beau brun lustré et avaient des raies blanches. Les plumes du dessous du cou s'élevaient en droite ligne, un peu comme une fraise. La queue avait dix plumes qui toutes étaient en forme de coin.
Chaque aile avait vingt-six plumes. L'étendue de l'aile, d'un bout à l’autre , était au moins de huit pieds. L'oiseau avait d'ailleurs toutes les dimensions ou proportions données par M. Bruce. Tout le corps était couvert d'un duvet jaunâtre. L'autre Aigle, tué en mêmetemps, était à-peu-pres de la même forime et un peu plus petit; mais la tête et Le cou étaient plus noirs. Le dessous du corps était d'un brun sale. Les petites plumes des ailes étaient d'une couleur plus claire , et les serres un peu plus longues. Nous supposâmes que cet individu était le mâle. ( Le dessin que M. Edwards a donné de cet oiseau est extrémement inexact. ) L'autre espèce est rare en Abyssinie. Elle a été décrite par le docteur Shaw, sous le nom de IT.
Falco Occipitalis ou d’Aigle Occipital. Le dessin qu'en a donné M. Bruce est fort exact. Il ya une autre espèce de Faucon que les Abyssiniens appellent Goudic Goudic(1), et que je crois allié de près au Sacre. 1 est à-peu-prés dela grosseur du Faucon ordinaire. Les pieds et le bec ont une teinte bleuâtre. La couleur générale du corps est un brun foncé qui approche du noir. Toute la poitrine est d’un beau blanc. Ainsi l'oiseau pourrait être, à juste titre appelé le Lanier Abyssinien à poitrine blanche. Les peuples de l'Abyssinie ont une singulière superstition au sujet de cet oiseau. Lorsqu'ils se mettent en route et qu'ils en rencontrent un, ils l’'observent attentivement et tirent de bons ou de mauvais présages , selon ses mouvemens ou sa position. S'il demeure perché, la poitrine tournée vers eux, c'est le plus favorable de tous Îles signes, et tout doit leur prospérer dans leur voyage. S'il leur tourne le dos, c'est un pronostic fâcheux ; mais il ne l’est pas au point d'inspirer des craintes. Si, à leur approche , l'oiseau s'enfuit à tire d’aile , les plus superstitienux retournent sur leurs pas, et attendent un moment plus propice pour se remettre en route. D'apres cela et la ressemblance qui se trouve , quant à la forme , entre cet oiseau et ceux qu’on voit si fréquemment parmi les hiéroglyphes de l'Egypte, je soupçonne que cette espèce peut avoir du rapport
* (1) Les Abyssiniens ont une si grande vénération pour cet oiseau, qu'ils ne permettent à personne de le tuer, sous quelque prétexte que ce soit.
APPENDICE. 339 avec le Faucon sacré de ce pays, qui était ré- Véré par les anciens habitans.
Il ÿ a en Abyssinie un grand nombre de Vautours qui, dansles temps de guerre, suivent les traces des armées. L'individu le plus gros de cegenre, que j'aie rencontré , paraissait être d'une nouvelle espèce. La tête était d’un blanc sale , -et elle avait un capuchon ou une crète d'une substance spongieuse et dont le dessus était couvert d'un duvet. Le bec était fort crochu et de couleur d'orange claire. L'espace qui était sous l'orbite de l'œil et tout le cou étaient nus et de couleur de chair. L'oiseau. avait au cou une sorte de grande fraise, composée de plumes de couleur foncée ; et toute la partie supérieure du corps était d'un brun cendré.
L'Autruche (Sogun) se trouve dans les contrées basses situées au nord de l'Abyssinie. Les Hérons de différentes espèces , sont communs danses terrains marécageux (r). Jérôme Lobo parle d’uneespèce de cesoiseaux (feras Sheitan où le cheval du diable }; mais sa description est si vague quil est difficile de déterminer quelle est cette espèce. Le Corbeau cornu Abyssinien (Æmba gumba, T. Erkoum , À.)
(1) Héron tué, le 19 avril, sur la plaine de Seraoué. Couronne de la tête noire ; bec de couleur orange ; ailes à l'extrémité d’un noir lustré ; vingt-quatre plumes à chacune,; sous le bout de l’aile, nu et d’un rouge vif comme dans le flammant ; queue fourchue avec huit plumes blanches au milieu «et quatre à chaque côté ; jambes noires, ainsi, que le devant des cuisses. Le reste du corps blanc. L'oiseau étant debout avait près de quatre pieds de haut.
fréquente les terres en culture dans le Tigré, et parait être utile en détruisant les vers et les bulbes sauvages , quisont en grand nombre. Cet oiseau construit son nid sur les branches inférieures des grands arbres , et on l'y voit souvent dans une sorte de solitude et d’indépendance. Le Corbeau, ainsi que tousles autres oiseaux qui se trouvent en Abyssinie, fréquentent aussi la côte opposée du continent.
On voit, dans le Muséum de M. Bullock, d'assez beaux individus de cette espèce, venus du Sénégal. Une grande et belle Outarde, que j'ai tuée sur la côté d’Abyssinie , et dont j'ai rapporté la peau en Angleterre, paraît être de la même espèce que celle qui se trouve sur les bords de la rivière de Gambie.
On rencontre quelquefois en Abyssinie, l'Oie égyptienne, ainsi qu'une espèce de Ca : nard (1), alliée à l’Anas Lybica , et plusieurs autres espèces d'oiseaux aquatiques, dont le
lus commun est le Derhko-Mai (littéralement Oiseau d'Eau) , espèce de butor dont on trouve un dessin dans la Description des iles de l'Ar-
(1) Autre espèce de canard tué à Abha. Mandibule supérieure , d’un gris clair, bordé de ronge; haut de la tête gris tirant sur le brun; iris jaune ; corps tacheté un peu comme celui de la poule d’Inde, plus blanc vers les parties inférieures et plus jaune sur le dos ; les scapulaires couleùr de terre d’ombre foncée; le tour de l’œil et la partie supérieure du cou couleur de fer rouillé ; jambes d’un rouge vif; aux ailes vingt plumes longues et noires, douze d’un bleu lustré, et quatre plumes derrière d’un brun jaunâtre; secondaires noires ; tertiaires, dix-sept blanches avec une raie noire ; croupion et partie supérieure du corps noirs; partie inférieure jaune.
chipel par Dapper. Les Poules d'Inde, les
Perdrix rouges, les Cailles, les Bécassines , les Vanneaux , les Alouettes et les Colombes abondent dans tout le pays. Les habitanstirent si bien avec leurs fusils à mèche qu'ils ne manquent jamais, du premier coup, les Poules d'Inde et les Perdrix, de sorte que durant toute notre résidence parmi eux, on nous en servit constamment , ainsi que de la venaison. Le ras menvoyait toujours une partie du gibier que ses gens lui apportaient.
Dans le cours de mon dernier voyage, j'ai fait une collection des oiseaux les plus rares qui se trouvent en Abyssinie, et j'ai été assez heureux pour la rapporter en bon état en Angleterre. Je l'ai misesous les yeux du docteur Latham , qui a bien voulu me communiquer ses remarques sur les individus qui la composent. J'ai ensuite présenté ma collection au lord Stanley , qui a pris beaucoup de peine Pour la mettre en ordre. A ma demande il a eu ]a complaisance de faire une description de quelques-uns des oiseaux les plus rares, description , Qu'ainsi que les précieuses remarques du docteur Latham , je comuniquerai au Public, comme étant bien supérieure à tout ce que mes faibles connaissances me permettraient de lui offrir sur ce sujet.
Ramsey , le 25 septembre 1811.
| # Monsieur , | Je vous renvoie vos oiseaux. Plusieurs sont curieux et me paraissent n'avoir pas encore
été décrits. Je l’ai noté dans le catalogue et j'ai renvoyé pour la plupart à mon /rdex Ornithologicus. Vous ne manquerez pas d’en faire la remarque. en rangeant les n0$5, 8,9,14, 15,19 ,922. 34:35 ,49,48,,60 , 644 4h: 57:
et le dernier n° , qui est /e plus rare de tous. Plusieurs de la liste se trouveraient dans plus d'une collection , quoique j'en aie peu de ceuxlà dans la mienne. Mon échantillon du n° 11 a été trouvé en Angleterre. Le n°9 16 m'est venu du Sénégal, le n° 20 du Cap de Bonne- Espérance , et le n° 3r de l'Inde. Je n'ai pas vos deux Colys, maïs j'ai le Coly Leuconaios du Cap de Bonne-Espérance. J'ai prisle dessin de huit ou de neuf. J'avais la figure du reste, ou je puis la tracer suffisamment pour mon usage. |
J'ai marqué le n° 55 , comme étant l’4rdea Pondiceriana ; mais si lon examine la figure dans la planche enluminée, 432, les pieds sont trés-fendus , tandis que dans vos échanüllous ils ont une membrane fort profonde, comme dans l’Avocette , dans le genre duquel il faudrait les placer , sans la singulière conformation du bec, qui permettrait difficilement de les ranger parmi les Hérons.
Je suis, etc. | Jon LATHAM.
1. Lanius , allié a la Pie grièche silentieuse de Levaillant.. Ois. pl. 74, fig. 1, 2. Deux échantillons (1). (Tués en Abyssinie. )
(1) Les remarques en caractères romains sont ajoutées par l’auteur.
2, —— Q. Lanius Cubl. nd. Orn. 4p re Un échantillon. ( Abyssinie.) da —— férrugineus , Ind. Orn. I, 762, ou
une variété. Un échantillon. Chalon en Abyssinie. )