VO\A«E EN
ces lies, en coui-unt sur les flols, en criant, clapolaot et batlahl de Vaite.
A l'aide de la voile et de la rame, nous atteignons, vers les neuf heures du soir, l'embouchure de la crique de Soncima, et iious campons sur la terre marécageuse qui la borde. Ces marais, qui avoisinenl la baie de San Francisco, sont fort étendus, et de même que ceux que j'ai déjà vus ailleurs, je croîs qu'il en coûterait peu pour en faire des rizières productives. Nos matelots ayant généreusement partagé avec nous leur ration de pain et de porc salé, nous étendons nos manteaux sur le sol et nous nous endormons.
t4 oclobre. — A la faveur du vent et de la marée, nous nous avançons le long de la crique sinueuse qui serpente au milieu d'une plaine fertile , çà et là affaissée et marécageuse, çà et là élevée et sèche. A dix heures dti matin, nous arrivons à l'embarcadère; pendant que quelques-uns des passagers se rendent à la ville, je reste à déjeuner avec les matelots. Nul gentilhomme ue pourvoi! plus libéralement aux besoins de ses serviteurs que VOncle Sam '. Aveu leurs rations l'égulières, nos marins nous donnèrent un excellent déjeuner composé de pain, de beurre, de café, de llié, de biftecks, de conserves de vinaigre et d'auli'es friandises dont nous étions privés depuis plusieurs mois, et que nous n'aurions pu nous procurer dans le pays. Ils nous dirent que leurs rations étaient toujours copieuses et d'une qualité excellente,
' Plaisanterie des yankees, qui dtïsignenl ainsi les Ëlals-Uiiis. Cette plaisanlerie vietil dr l'emploi fréquent Jks deux lettres initiales U. S. (Dnited States), d'où l'on a Fall un jour en riant Uncle Samuel.
DiailizodbvGoOgle
VOVAGU £H CALIFORNIE. 57
el que nui gouvernement ne prenail autanl de soin de ses marins que celui des Étuis-Unis; ils semblaienl ti'cs-lieureuK et animés d'un noble sentiment de patriotisme.
De l'embarcadère nous nous rendîmes, par un soleil ardent, à la ville de Suuoma en traversant une plaine parsemée de chênes verts, revêtue d'un gazon abondant, mais, en cette saison, fané. Celte plaine esl entourée de collines pittoresques (|ui, à leur sommet, sont couvertes de folle avoine.
Sonoma est l'une des anciennes missions de In Californie, mais les constructions de cet établissemenl ne sont plus que des amas de ruines, et le seul qui subsiste encore s'écroulera bientôt comme les autres. Quelques maisons, entre autres celle du général don Mai'iano Guadeloupe Valiejo, celles de son frère el de son beuu-frère, ont une assez belle apparence; la ville, du l'esté, est d'un triste aspecl; mais lu contrée qui l'environne esl d'une fécondité extrême et d'une rare beauté. Sous le gouvernement américain, avec une population américaine, Sonoma deviendra bientôt un point de contmerce considérable, et une agréable résidence. Une partie des habitations s'élève autour d'une place qui a environ deux cents mètres carrés; celle place esl ornée de létes el de squelettes de bœufs, dont les restes hideux gisent sur le sol. Des sources d'eau froide et d'eau tiède descendent des collines voisines, et arrosent la plaine. J'ai remarqué près de là des péi;hers, des ceps de vigne, d'autres arbres à fruit plantés par les religieux; mais la clô- ^ lure qui les protégeait esl brisée, el ils sont exposés aux ravages des bestiaux.
DiailizodbvGoOgle
58 VOVAUli KN <.
15 octobre. — Je n'eannierai pas le lecteur de mes perpétuelles lamentations sur les myriailes de puces et d'autres animaux malfaisants qui infestent les rancherias et les anciens édifices des missionij de la Californie; mais, si quelque âme a souffert, avant de se séparer de soir corps, les tourments du purgaloire, je puis dire que cette nuit je les ai soufferts. Quand je me levai le matin, je n'avais pas une parcelle de ma pauvre pei'sonne qui ne portât les traces d'une piqûre envenimée. La petite véi'ole, l'érésipéle, la rougeole el la fièvre scarlatine réunis ensemble, ne m'amutenl pas plus enflammé ta peau. Cette vermine est pourtant engendrée par la saleté indienne; dans les maisons enirelenues avec soin, elle n'existe pas.
Je suis allé voiv M. le général Vallejo et M. Leese, pour qui j'avais des lettres de recoinmandalion. Le général, Californien de naissance, est d'une intelligence Irès-supérieure à celle de ses compatriotes, el l'intérieur de sa maison a un tout autre aspect que celles que j'ai vues dans le pays. L'anlichambre, les corridors , les appartements , tout y est proprement entretenu, tout y présente une apparence de confort que je n'avais pas encore observée en Californie. Le salon est garni de cliaises, de tables, de canapés, de mii-oirs, de meubles en acajou; on y trouve même un beau piano, lepremier que j'aie vu dans cette conli-ée. Quelques peintures et quelques gravures de prix ornent les murailles. M*"' Vallejo possédait à un haut degré la grâce naturelle et les manièies charmantes des femmes espagnoles. Le générât désire, je crois, vivement l'annexion défini tivc delà Califurnieaux Étals- Unis. 11 est dégo&lé du gouvernement mexicain, qui.
DiailizodbvGoOgle
TOïAGB EN CALIFORHIE. 59
au lieu de seconder les progrès de la Californie vers la civilîsatioa, ne fait que les entraver, el il y a des années qu'il aspire au changemenl qui vient de s'opérer,
La maison de H. Leese est également meublée selon les usages américains. Il a près de la ville une vigne oii j'ai goûté du raisin qui aurait fait commettre le péché de désobéissance à notre mère Eve. Je ne connais pas un fruit comparable, pour sa saveur exquise, au raisin de la Califoruie.
Le soir arriva M. Larkin, dernier consul des Ëlals- Unis en Californie. Né k Boston, il y a quinze ans qu'il est établi dans ce pays; il y a amassé une foi*tuue considérable, qui ne peut que s'accroUre par suite des nouveaux événements. M. Laïkin sera probablement le premier millionnaire américain de la Californie.
17 octobre. — Matinée pluvieuse et froide. La période des pluies ne commence cependant ordinairement que vers le milieu de novembre; mais en hiver les pluies ne sont pas ici continues, comme on le suppose généralement. Elles tombent quelquefois pendant tout un jour, puis le soleil reparaît à travers les nuages, et elles finissent vers le milieu de mai. Au mois de décembre tout reverdit; au commencement de mai la végétation arrive à sa maturité. Dès que la terre est suffisamment humectée, on la laboure; les semailles se font jusqu'au mois de mars ou d'avril.
Nous nous disposions à aller voir un rancho qui appartient au général Vallejo, et qui s'étend près de la baie de San Francisco sur un espace de onze lieues. Hais au momentoù nousallions partir, arriva un cour-
DiailizodbvGoOgle
W VOïAGE EN GALIFORIJIB.
rier qui apporlait au commandanl de ta garnison de Sonoma des nouvelles de l'insurreclion du sud, qui nous délerniinèrenl à rettiurner imniédiatemenl à San Francisco. Nous traversâmes à cheval la fertile vallée de Patalama. Le général a là un ranvho où il a fait construire à grands frais une maison. L'a rchi lecture en Californie est encore dans l'enfance; avec l'argent employé à la construction de celte maison, de fort mesquine apparence, on aurait aux États-Unis un palais complet.
De Patalama nous franchîmes un terrain monlagneux , et vers les huit heures du soir nous arrivâmes à la mission de San Rafaël, ayant fait un trajet de quarante-cinq milles.
Cette mission, située à deux ou trois milles de la baie, domine un vaste point de vue. Ses édifices sont à peu près dans le même élal de délabrement que ceux que j'ai déjà vus ailleurs. Mous nous arrêtâmes devant la demeure d'un Irlandais, M. Murphy, qui s'est fixé en Californie depuis plusieurs années. Sa porte était fermée. L'Irlandais ne nous l'ouvrit qu'après avoir prudemment regardé par une petite ouverture qui nous étions. Il y avait sur sa table du moujon et du bœuf froid. Des domestiques indiens nous préparèrent du café; et une ration d'eau-de-vie ayant mis notre h6te de bonne humeur, il se mit à causer gaiement et spirituellement.
18 octobre. — De San Rafaël à Sansolito nous avions à faire quinze milles à travers des collines, des ravins et des inégalités de terrain qui fatiguaient nos chevaux. A une heure et demie, cependant, nous arrivâmes chez H. Ricliardson, propriétaire de Sansolito.
DiailizodbvGoOgle
VOTAGE EN CALIFORNIE. 61
Le long de la roule, nous avons passé devant plusieurs maisons bâties par des colons américains.
A Sansolilo, nous louâmes un Ituteau moyennant deux dollars par personne, el vers onze lieuies nous débarquions à San Francisco. Du 18 au 33, je restai dans celte ville. Le temps était froid; mais les habitants de San Francisco ne font de fen que dans leurs cuisines. Les Américains remédieront à celte factieuse coutume : ils aimeraient mieux construire une maison sans porte que sans cheminée.
DiailizodbvGoOglc