‹ Voyage en CalifornieChapitre 13 sur 26 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Visile â la Nouvelle-Helvélie. — Les banackas. — Déiroit de San Pablo. — Fraricisca. — Emhouchure du Sacramento. — Les lies, Les ptcheura indiens.

22 octobre. — Nous voulions faire une excursion à Norivelle-Helvélie par eau, afin d*obgerver la partie supérieure de là baie cl de la rivière du Sacranienio, el DUOS rrétâmes un petit bateau à voiles. Pour éviter toute contestation , nous fîmes un coniral dans lequel toutes nos conditions étaient spécifiées. Par cet acte nous nous engagions à payer au patron du bateau trente-deux dollars, et lui à subir une réduction de vingt-cinq cents par chaque heure de retard qu'il nous ferait éprouver. Le lendemain, au moment du départ, point de bateau. Après deux heures de recherches, nous finissons par découvrir le pafVon, qui déclare qu'il ne veut plus remplir son engagement. Il fallut en appeler à l'alcade, qui, après avoir entendu notre déposition et lu aotre contrat, enjoignit au batelier de nous conduire comme il l'avait promis.

A deux heures après midi, nous traversons la' baie de San Francisco, nous passons près d'un bâtiment

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VOïAGE En CALIFORNIE. (»

mexicain, capturé par un sloop des Ëlals-Utiis. Le soir, une brume épaisse enveloppant l'espace, el lu marée lultanl contre nous, il fallut songer à gagner la terre, ce qui n'était pas chose facile dans l'obscurité profonde oii nous étions plongés. Par bonheur, notre pilote vit briller une lumière et se dirigea de ce côté ; celle lumière venait d'un campement de trois lianac/kas, matelots fugitifs des îles Sandwich. Dès qu'ils eurent reconnu ce que nous désirions, ils se jetèrent à l'eau tout nus, nous prirent sur leurs épaules el nous portèrent à terre. Le bateau, qui avait touché le fond, fui remis à flot, après avoir été ainsi délivré de son

Les indigènes des iles Saadwich sont les marins les plus habiles qui existent; ils nagent et plongent oomme des animaux amphibies.- L'eau semble être aussi bien que la teri'e leur élément naturel. Ils ont des cheveux noirs, des traits agréables, une physionomie intelligente ; leur complexion ressemble à celle du mulâtre , et je ne connais aucune race d'hommes mieux constituée et plus robuste. Les équipages des bâtiments marchands et baleiniers qui naviguent sur cette côte sont en pai'lie composés de ces kanackas dont on estime fort les services.

25 octobre. — Les brouillards humides précurseurs des pluies d'automne continuent à flotter autour de nous. Du détroit de San Pablo el San Pedi'o, nous passons dans celui de Carquinez, où nous nous arrêtons quelques heures. En 1847, le général Vallejo el M. Semples ont jeté là les fondements d'une ville qui portera le nom de Francisca. Un bac a été établi pour le passage d'une des rives du déiroit à l'autre, et des

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primes sodI offertes à ceux qui voudroat construire là des maisons.

Xa coucher dn soleil, la marée contre laquelle nous essayions de lutter, et qui, malgré l'efTotl des rames, nous rejetait en arrière, nous obligea à nous arrêter de nouveuu. Mous abordâmes sur une plage où les flots avaient jelé une quantité de paille d'avoioe, et où des milliers d'oiseaux de mer avaient laissé tomber leurs plumes. Un tel lit valait mieux que eelui des sales cabanes indiennes. Mous y dormîmes d'un bon sommeil.

£4 octobre. — Nous côloyons la rive méridionale du Soeson. A neuf heures nous descendons à terre pour cuire notre déjeuner. La plaine où nous faisons cette halte est entourée de montagnes élevées qui pi-éseolent les signes de la fertilité jusqu'à leur sommet. De numbi-eux troupeaux paissent autour de nous. A deux heui-es après midi, nous atteignons l'embouchure du Sacra mento.

Le Sacramento et le San Joaquin tombent ensemble par différents conduits dans la baie de San Francisco, à soixante milles de l'océan Pacifique. Ces conduits tournent dans un immense marais boisé et forment un labyrinthe tellement inextricable que des navigateurs expérimentés y ont péri sans pouvoir trouver leur chemin. Au-dessus de l'embouchure du Sacramento est une rangée de collines qui s'étend le long du Seuve sur un espace de plusieurs milles. Les bords de la rivière, et plusieurs des îles qu'elle enlace, sont couverts de sycomores, de chênes et de différents arbustes; d'arbre eu arbre, courent des rameaux de vigne chargés de fruits. Les lies du

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Sacrainento sont inondées chaque printemps; leur sol et celui des bords de la rivière sont lrès-1'erliles. A cette époque de l'uanée, l'eau du Sacramento est parfaitement limpide, très-douce, nwlgré l'action de la marée qui s'étend fort loin, et on n'y rencontre rien qui entrave la navigation. Je n'ai jamais vu un Seuve plus beau ni plus paisible'.

A minuit, la marée, qui nous repoussait en arrière, uous força de débarquer dans une île où noUs nous frayâmes avec nos haches et nos couleaux un passage à travers les broussailles, et où nous bivaquâmes jusqu'au lendemain.

25 octobre. — Nous arrivons à une rancberia occupée par un vieil Indien, sa femme et deux ou trois enfants. La femme était Tune des créatures les plus maigres, les plus misérables que j'aie jamais rencontrées. Autour de la ranchcria étaient quelques acres de terrain plantées de mais, de fèves, de melons. A mesure que nous remontons le Qeuve, nous apercevons des rives plus élevées, et une contrée qui, de côté et d'autre, est comme une vaste savane parsemée , çà et là, de chênes verts.

Vers midi, nous débarquons près d'un campement d'Indiens Walla-Walla, reste d'une troupe qui, diton, était entrée en Californie avec une intention hostile. Paimi nous était un Indien Delaware qui parlait parfaitement anglais. La plupart des enfants avaient

' M. Dupelit-Thouars parle aussi avec admiralioti du Sacramento : » Cette magniHque rivière, dil-il, est navigable pour Iles baiimeiiU de deux à trois cenls tonneaux jusqu'à cinquante lieues de son embouchure. "

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la fièvre; les hommes armés de fusils étaieat occupés à la chusse du cerf et de l'élan.

Ces Indiens Walla-Walla sont beaucoup plus intelligenls et onl la physionomie plus agréable que les Indiens de la Californie. Leur leinl est moins foncé, leur ligure plus régulière. Les hommes el les femmes élaienl vêtus de peaux.

Au coucher du soleil, nous nous remimes en route, el à une heure du matin nous nous arrêtâmes près de la cabane d'un coton suisse, nommé Schwartz. Au centre de cette cabane, grossièrement cooslruUe en bois et couverte en roseau:^, était un feu flamboyant, au-dessus duquel notre hMe avait suspendu du saumon du Sacramento pour le fumer. Cet honnête Suisse est l'un des personnages les pins curieux que j'aie jamais vus. A force de voyager de contrée en contrée, il avait fini par oublier sa langue maternelle sans en apprendre une autre ; il nous parla dans je ne sais quel jargon mêlé d'allemand, d'anglais, de français, d'espagnol, d'indien. Nous nous endormîmes sur des bancs près de son foyer, et nous eâmes un sommeil paisible.

36 octobre. — M. Suhwartz nous a servi un déjeuner de saumon frit et de lait frais : en y joignant le café et le sucre dont nous étions pourvus, nous Hmes un excellent repas. 11 entreprit de nous expliquer comment il avait perdu une quantité de saumon salé; mais il nous fut impossible de le comprendre. )En continuant notre route, nous vîmes, sur le bord de la rivière, des Indiens qui venaient de faire avec la seine une heureuse péclie, et qui faisaient griller sur la cendre un saumon de quatre à cinq pieds de longueur. Ils

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étaient tous presque entièrement nus, et ceux qui venaient de traîner leurs filets dans l'eau grelottaient de froid en mangeant.

Vers onze heures, nous atteignîmes l'embarcadère de Nouvelle-Helvétie, d'oii nous nous rendîmes à pied an fort.

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