VI PRÉFACE
vers documents que nous avons réuur^ , et du livre de M. Bryant, qui a luï-ménte été de canton en canton , de rancho en rancho , à travers toute la haute Californie , et qui , sans avoir la prétention de conaposer un récit de voyage , a fail avec ses notes précises-un livre utile.
Il ne faut plus chercher dans le mouvement de migration qui, depuis un siècle, entraîne tant de familles vers les parages américains, le caractère épique des aDciennes migrations qui apparaissent en traita giga»' tesques dans l'histoire de l'humanité. Ce n'est plus cetle sublime ardeur d'entreprises aventureuses qui, au xvi' siècle , entraînait à la suite de Christophe Colomb les marins de l'Europe à la découverte d'un nouveau monde. Ce n'est plus cet héroïque sentiment de religion et de chevalerie qui, à l'appel des papes, à la voix de Pierre l'Ermile, poussait, au moyen âge, les légions de l'Occident vers celles de l'Orient. Ce n'est plus l'action providentielle qui conduisait aux portes de Rome les hordes du Nord, pour achever la ruine d'un empire qui avait assez vécu, et légénérer par sa sève vigoureuse une race décrépite. Mais c'est sans doute encore un bienfait de la Providence. L'Amérique est comme une jeune sœur qui tend ses bras à ses vieux frères d'Europe, et qui, en échange de leurs . travaux, de leur expérience, ne demande qu'ù leur faire part de ses immenses richesses.
Ces richesses , on ira les chercher avec ardeur dans les veines métalliques des Andes , dans les flots brésiliens qui roulent des diamants, dans les sables éblouissants du Sacramento. Il y en a d'autres plus sûtes et plus solides au sein de ces plaines revêtues
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d'un éternel gazon, de ces vallées désertes, qu'il suffit de cultiver pour en tirer d'abondantes moissons.
Le travail des mines d'or a été partout funeste à ceux qui l'entreprenaient et souvent inutile à ceux qui eu retiraient les produits. Les mines du Mexique et du Pérou ont été un fléau pour des millions d'individus, et n'ont point enrichi l'Espagne. L'or que l'on acquiert si aisément se dissipe aisément. Cet or, qui éclate en longs filons dans une veine de rocs, ou brille en poudre fine à la surface du sol, a la propriété fatale des rouleaux qu'un coup de râteau amasse sur une table de jeu. Il brûle la main de celui qui le touche, il lui donne toules les angoisses, toutes les joies désordonnées et toules les passions fiévreuses du joueur.
Le travail agricole, au contraire, moralise l'ouvrier, tient son esprit et ses sens dans un juste équilibre, et le réjouit honnêtement par une récompense qui n'est point le résultat étourdissant d'un coup de dé, mats le fruit régulier de son intelligence et de sa patience.
Je plaindrais la riche Californie, si elle ne devait être envahie que par des chercheurs d'or. Mais il est à croire que, parmi ceux qui, au nord et au sud, s'embarquent pour courir aux précieux gisements, il y en a qui, se laissant tenter par le fécond aspect d'un vallon solitaire, voudront s'établir là, construire un ranclio, défricher des champs, élever des bestiaux , et la fortune de ceux -lu, pour être moins rapide, n'en sera que meilleure et plus durable.
le Changeait, mars 1649.
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